20 juin 2009
Anders Nielsen
Regards croisés de la bande dessinée belge
C’est un article du “Monde” signé Yves-Marie Labé qui attiré mon attention sur cette exposition “Regards croisés de la BD Belge”. Je lui en suis d’autant plus reconnaissant que je n’ai rien lu d’autre sur cette manifestation qui pourtant se déroule dans le prestigieux musée des beaux-arts de Belgique, au même endroit où, il y a presque deux ans j’avais été ravi par la superbe exposition Alechinsky. Les musées royaux belges me semble t-il ont un problème de communication...

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Dès l’arrivée à la gare du Midi le voyageur à sa descente du Thalis est mis en condition par de nombreux panneaux dans le grand hall de la gare qui proposent une charmante évocation de la série Boule et Bill pour le cinquantenaire de sa naissance et qui malheureusement à perdu son papa...
Puis à la sortie de la gare c’est une nouvelle fresque (depuis mon dernier passage il y a déjà dix sept mois) signée Johan de Moor qui accueille le visiteur dans la capitale belge. 
Sur le chemin du musée je conseille de faire un petit détour par la "maison de la bande dessinée" qui se trouve en face la gare centrale. C'est en fait une librairie qui propose dans une belle petite salle attenante à celle-ci régulièrement des expositions toujours très intéressante, en novembre 2007 je vous avais parlé de celle sur Jacques Martin. Cette fois c'est Willy Vandersteen grand dessinateur un peu méconnu des français alors qu'il est une célébrité du coté des flamands, qui bénéficie d'un bel accrochage où l'on découvre qu'il est bien autre chose que le créateur de Bob et bobette, ce qui suffirait déjà à sa gloire.



ci dessus 4 photos prises à la maison de la bande dessinée dans l'exposition Willy Vandersteen
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Une heure de marche après (1h 30 si vous avez suivi mon conseil d'aller voir l'exposition Vandersteen qui vient d'ouvrir) , en slalomant dans les éternels travaux de Bruxelles, je suis à pied d’oeuvre dans le beau musée royal d’art moderne qui vient de s’ adjoindre un musée Magritte, mais c’est une autre histoire dont je devrais vous parler en octobre si tout va bien...

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Ce regard croisé va dans bien des directions. Il signifie qu’il prend en compte le coté flamand aussi bien que le coté wallon du massif belge de la BD et qu’il explore aussi les influences que les ”écoles belges” ont reçues ainsi que son rayonnement sur cet art dans le monde entier. L’exposition répond à des questions cruciales pour la Belgique: Y-a-t-il un particularisme belge en terme de bande dessinée? (oui, ouf!). Dans quelle mesure celle-ci participe-t-elle à l’évolution de la bande dessinée mondiale? (elle y a pris une part considérable, re ouf!)...
une des premières planches de Buck Danny dessinée par Hubinon sur un scénario de Charlier
dessin pour la couverture d'un des Timour de Sirius, belle série historique qu'il serait bon de rééditer
Une première partie à coup de chef d’oeuvre retrace l’historique de la bande-dessinée belge et sa spécificité. Si cette section n’est pas la plus originale de l’exposition, elle est efficacement didactique si bien qu’un béotien en ressortira informé. C’est aussi dans ces premières salles, dans lesquelles même le spécialiste fera des découvertes comme cette planche de 1943 du “Rayon U” de Jacobs qui nous fait découvrir que dans ces premiers pas dans la BD le baryton du 9 ème art pratiquait la mise en couleur directe sur la planche!, que l'on peut vraiment mesurer tout ce que la bande dessinée doit aux artistes belges.
La pièce maitresse de l'exposition une des premières planches de Jacobs
Alix par Jacques Martin, alors au sommet de son art
Dans le septre d'Ottokar (1938) Tintin est ému lorsqu'il remet le septre au roi, dernier refuge des valeurs et symbole de l'unité du pays, un album toujours d'actualité
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C’est une avalanche de planches originales (presque toutes issues de collections privées) des oeuvres mythiques de la bande dessinée que l’on peut admirer dans les vitrines telles que “On a marché sur la lune”, “La marque jaune”, “La flûte à six schroumpf”, “Jerry Spring” “La grande Menace”... Tous les grands anciens de la BD belge sont représentés parfois avec des dessins inédits, réalisés pour diverses occasions comme ces très beaux projet de couverture dessinés par Jean Graton, ou ceux de Maurice Tillieux, Sirius, Reding... Tous les héros de nos enfances sont là, Alix, Corentin, Buck Danny, Dan Cooper, Jary, Bob et bobette...
La patrouille des castors par Mitacq
Un original de Roba
Le franc par Jacques Martin.
projet de couverture pour un Michel Vaillant, signé Jean Graton
jeunes footballeurs par Raymond Reding
Tintin en Amérique où la première manière d'Hergé
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Pour rompre la suite des planches encadrées, ce qui aurait pu devenir monotone, les commissaires de l’exposition on demandé à des fresquistes, aussi prestigieux que François Avril, Ever Meulen et Swarte de réinterpréter l’histoire de la bande dessinée belge à leur manière. Ce qu’ils ont fait avec beaucoup d’invention et de fraîcheur. Malheureusement on ne retrouve aucune reproduction de ces fresque dans l’épais et fort instructif catalogue.



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Le cœur de l’exposition est la mise en exergue de 20 artistes qui œuvrent aujourd’hui dans la bande dessinée belge. Chacun est représenté par plusieurs planches et dessins significatifs de son travail, par une rapide biographie que l’on retrouve étoffée dans le très utile catalogue, par une vitrine, véritable petite installation à chaque fois évoquant son enfance et enfin par cinq oeuvres des “anciens” de la B.D. qui l’ont influencé sans limite d’époque ni d’espace ce qui donne des confrontations inattendues servies par un accrochage souvent heureux.
un rare tableau de Cuvelier voisine avec une non moins rare aquarelle de Jijè




rencontre improbable de deux grands talents, Schultz et Tillieux.
Cette dernière rubrique (qui elle non plus n’est pas reprise dans le catalogue) permet habilement à la manifestation de déborder très largement du cadre, pourtant pas étroit, de la simple bande dessinée issue du terroir d’outre Quiévrain. Ainsi on peut admirer des oeuvres d’Alex Raymond, Tardi, Schultz, Floc’h, Moebius, Bilal, McCay, Caniff, Uderzo, Pratt...
le Tarzan de Hogarth
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sans oublier les grands anciens du pays...

le Corentin de Cuvelier
les rats noirs de Macherot
Black et Mortimer.
La grande idée des commissaires est dans le choix des personnalités qu’ils ont choisies de mettre en lumière, toutes belges bien sûr, toutes connues et importantes dans leur art, mais certaines pas encore célébrées, selon eux (et je suis complètement d’accord) leurs mérites. Leur choix est très varié et surtout il inclut des scénaristes, ces grands méconnus de la B.D. Ce qui rappelle qu’une bande-dessinée ce sont des dessins mais aussi une histoire ou des gags. Ainsi sont mis à l’honneur Cauvin (un jeune homme de soixante dix ans qui vient de réaliser un scénario sur un taureau transsexuel dont il faut absolument que je vous reparle...), Van Hame, Dufaux, scénariste entre autre de Murena que je tiens pour une des toutes meilleures B.D. du moment (et de toujours).
un joli garçon dessiné par Shuiten.
Outre qu’il est juste de mettre enfin à la place d’honneur les scénaristes, ce choix permet encore à l’exposition de s’ouvrir largement sur d’autres horizons. Sont ainsi présentés des oeuvres de Julliard (“Black et Mortimer”), Delaby (“Murena”), Wurm (“Rochester” ), Griffo (“Giacomo”), Lambil (“Les tuniques bleues”), Laudec (“Cédric”)...
une planche de Murena
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Le choix des dessinateurs mis en vedette fait preuve d’un bel éclectisme, grands noms qui ont fait les belles heures de l’hebdomadaire Tintin comme Hermann, ou qui sont toujours très actifs dans le journal de Spirou tel Walthéry , jadis révélation du si regretté mensuel “A suivre” comme Sokal ou Comes. Il y a aussi des tenants de la bande dessinée esthétisante comme Frank Pé, Yslaire...
un somptueux crayonné d'Yslaire
Quand Midam se moque du manga.
Il y a aussi Schuiten le grand architecte d’un Bruxelles rêvé ou encore Geluck et sont inénarrable chat philosophe...

le chat de Geluck
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Ivre de ses merveilles quand vous sortirez du musée, prenez garde à la chute de mammouths... 
Musées royaux des beaux-arts de Belgique
3 rue de la régence, Bruxelles.
19 juin 2009
Street art bruxellois
autoportraits adolescents 13
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Le dernier jour (mise à jour)
France, 2004, 1h 45
Réalisation: Rodolphe Marconi, image: Hélène Louvart, montage: Isabelle Devinck, son: Frédéric Ullmann & Nathalie Vidal
Avec: Nicole Garcia, Gaspard Ulliel, Mélanie Laurent, Bruno Todeschini, Alysson Paradis, Christophe Malavoy, Thibault Vincon
Résumé
A
Noël, Simon (Gaspard Ulliel), dix huit ans, un garçon sensible,
étudiant aux Beaux-Arts à Paris, débarque chez ses parents (Nicole
Garcia & Christophe Malavoy), sur l’ile d’Oléron, avec une jeune
inconnue (Mélanie Laurent) rencontrée dans le train de nuit. Simon
retrouve Mathieu (Thibault Vincon) son ami d’enfance dont il est
amoureux mais qui va apprécier Louise...
Durant son séjour un coup de téléphone vient bouleverser la famille, faisant resurgir un secret enfoui depuis vingt ans.
L’avis de Bernard Alapetite
Ça
commence fort, première image, Simon donne un coup de boule dans une
vitre et sa tête passe au travers de la fenêtre; suivent, sans
transition, quelques belles images des lumières de Paris, alternées
avec celles d’un sapin de Noël que l’on suppose familiale. Dans les dix
premières minutes du film Rodolphe Marconi réussit, avec un minimum de
dialogue, seulement par des images et un montage dynamique, beaucoup de
plans caméra portée mais pour une fois à bon escient, a installer ses
personnages, à nous suggérer les liens qui les unissent, à nous
présenter les lieux, à nous indiquer dans quel milieu ils évoluent et à
quelle période de l’année. C’est remarquable, une belle leçon de cinéma
d’un réalisateur qui fait confiance à sa seule mise en scène. Le
cinéaste à l’habileté, tout en gardant un grand mystère notamment sur
Louise, de glisser dans son scénario de petites informations qui
stimulent notre imagination et nous font parfois partir sur de fausses
pistes. Il lui suffit de quelques plans pour nous faire comprendre ce
qu’il y a entre Simon et Mathieu. Mais avec ses silences, ses litotes,
ses non dit et ce jeu d'acteurs qui met étrangement mal à l'aise, Le
dernier jour est un film à aussi débusquer dans les hors champs.
Après
un début dynamique au montage très cut. La caméra se fait moins mobile,
se pose. Les cadres sont très construits. Le metteur en scène a une
forte propension dans les fréquents moments de silence à filmer ses
acteurs de dos et a utiliser le montage parallèle.
Il
est dommage que Rodolphe Marconi scénariste n’est pas assez fait
confiance à Rodolphe Marconi cinéaste et ait éprouvé le besoin de ce
coup de théâtre téléphonique, très téléphoné alors que les rapports
entre les membres de cette famille et leur entourage suffisait à nous
tenir en haleine. Le scénario n’est pas sans quelques maladresses avec
les rôles secondaires sacrifiés comme celui de Malavoix, ou inabouti,
comme ce grand père (?) qui ne fait que passer. Pourquoi ne pas situer
précisément l’action, tournée dans l’ile d’Oléron, alors que l’on nous
suggère qu’elle se déroule en Bretagne? Autre bizarrerie pourquoi
indiquer que nous sommes à noel alors que cela n’apporte rien au
déroulement de l’histoire et que cela semble oublié par la suite , lors
de la fête familiale, il n’y a aucune distribution de cadeaux par
exemple et que surtout la lumiére et les vêtements font plutôt penser à
la période de Pâques qui aurait aussi bien convenu. Ce ne sont que
vétilles mais elles sont d’autant plus agaçantes qu’elles auraient pu
être facilement évitées.
On peut aussi regretter que Marconi n’ait
pas eu la petite audace d’extraire son intrigue du milieu habituel qui
envahi nos écrans. Comme nous sommes dans le cinéma français nous
n’échappons pas à la bourgeoisie qui ne semble prospérer que sur nos
écrans hexagonaux. Cette famille n’a aucun souci d’argent habite une
grande maison juste un peu délabrée pour ne pas faire nouveau riche. On
ne saura pas ce que fait le père pour faire bouillir la marmite, mais
c’est la mère qui semble porter la culotte. Le fils de dix huit ans
fait des études à Paris et quand il rentre il retrouve sa voiture et
pas n’importe laquelle un coupé des années cinquante... Curieusement
cette voiture, comme la caméra super huit et non un camescope
qu’utilise Simon, la musique, très connotée années 70, semblent vouloir
instaurer un certain flou sur l’époque à laquelle se déroule l’histoire.
Le
réalisateur et son chef op sont incontestablement de bons photographes;
on remarque à maintes reprises l’intelligence du cadre, le choix
judicieux des couleurs ainsi que l’inventivité des angles de vue. C’est
d’ailleurs grâce à la photographie que le film a pris corps nous dit le
réalisateur: << on m’ a proposé de photographier Gaspard Ulliel
(pour la sortie du film Les égarés). J’ai accepté. Gaspard m’a donné
envie de faire ce film dont le scénario était dans un tiroirs depuis
deux ans. Je l’ai réécrit pour lui et il a accepté le rôle. Le plaisir
de tourner avec Gaspard ne se limitait pas à sa photogénie et à son
talent, mais surtout à la façon dont il s’est fondu dans le personnage.
Il incarnait Simon tel que je l’avais imaginé, c’est-à-dire pas très
loin de moi>>.
Le traitement du son est également soigné, un
mixage subtil de musiques de variétés, souvent en décalage, d’airs
classiques, de voix sourdes et de bruitages surprenants. Dans ce
domaine le clou du film est une formidable scène à la Demy dans
laquelle une palanquée de pécheurs bretons swinguent au son de Mamy
blue par Nicoletta dans un rade improbable. Marconi devrait se lâcher
plus souvent.
Les acteurs sont parfaits à commencer par le très
craquant Gaspard Ulliel qui tient tout le film. Il est presque de tout
les plans et le rôle de Simon est peut-être sa meilleure prestation à
ce jour. La lenteur de son jeu apporte une sorte d’élégance et beaucoup
de mystère à son personnage. Cette indolence est renforcée par le jeu
trépident et agressif de Nicole Garcia. Le contraste fait merveille. Il
ne faudrait pas cependant oublier Mélanie Laurent épatante dans le rôle
de Louise assez proche de celui qu’elle tient dans Je vais bien, ne
t'en fais pas qui la faite découvrir du grand public.
Le dernier
jour est d’abord le portrait d’un adolescent, âme pure et tourmentée,
trahis par la médiocrité égoïste des siens. Il y a quelque chose de la
colère méprisante d’un Montherlant pour les médiocres dans le regard
peu amène que porte le réalisateur sur ses personnages secondaires.
Le
dernier jour est le troisième film de Rodolphe Marconi. Il est en gros
progrès par rapport à, Ceci est mon corps (2001), et Défense d’aimer
(2002), qui se caractérisaient déjà par être des portraits où le
personnage principal découvre sa vérité dans des ambiances tendues. Il
est difficile de ne pas rapprocher le cinéma de Marconi avec ceux de
Chéreau et de Christophe Honoré. Mais il va plus au bout de ses envies
que ces derniers. Il est aussi plus libre. Avec Chéreau il partage
entre autres ce grand comédien qu’est Bruno Todeschini, ici largement
sous employé comme tout les seconds rôles. C’est Hélène Louvart,
l’excellente chef op. du film qui a aussi signé la photo de Ma mère de
Christophe Honoré. J’ai aussi beaucoup pensé au beau Ciel de Paris de
Michel Bena.
Un film d’un cinéaste qui ose presque toujours aller au
bout de ses désirs de mise en scène, aux constants changements de
rythme, beau et passionnant, mais surtout, profondément humain sur un
gamin en quête de lui même.
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17 juin 2009
Alex Gilbert
THE BUBBLE (mise à jour)
Israel, 2006, 115mn
Réalisation: Eytan Fox, scénario: Amir Feingold & Gal Uchovsky, image: Yaron Sharf, montage: Yosef Grunfeld, Yaniv Raiz, Production: Amir Feingold, musique: Ivri Lider
Avec: Ohad Knoller, Yousef Sweid, Daniela Wircer, Alon Friedmann, Miki Kam , Shredi Jabarin , Lior Ashkenazi , Zion Barouch , Oded Leopold , Dorin Munir , Zohar Liba , Yael Zafrir , Noa Barkai , Yotam Ishay , Avital Barak
Résumé
Un roméo et juliette moderne au pays de la kipa et du keffieh où Juliette s’appelle Ashraf (Yousef Sweid) et est un beau mec et veut entraîner dans la mort son roméo-Noam (Ohad Knoller) encore plus beau mec par désespoir politique.
L’avis de Bernard Alapetite
Bubble est un film politique. Un film politique à l’américaine dans lequel on nous intime de nous identifier à l’un des personnages, surtout au personnage principal du jeune juif que l’on découvre dès la première image remplissant ses obligations militaires sur un barrage entre Israël et la cisjordanie. Nous avons là, j’insiste, un film politique, genre en plein renouveau ces dernières année (Lord of war, Syriana, Good night good luke...) qui suit le modèle américain dans lequel l’intimité, la psychologie la vie sexuelle, professionnelle des personnages se mêlent à l’actualité, presque toujours dramatique. C’est ce mariage de l’Histoire avec de petites histoires qui nous émeut. On peut mesurer la différence entre le modèle du film politique américain, aujourd’hui quasiment hégémonique, avec l’archétype du film politique italien, mondialement reconnu dans les années 60 et 70 qu’est L’affaire Matei grâce à la rétrospective parisienne de l’oeuvre de Francesco Rossi et surtout de sa ressorti en dvd. Un cinéma qui met en avant les faits, les rapports des personnages avec la rue et non leur vie privée. Dans le premier type il y a symbiose entre le privé et le public, c’est que nous voyons, tous les jours, en une de nos gazettes; dans la seconde il y a une séparation nette entre le privé et le public, cinéma d’un autre temps que l’on peut regretter... Bubble appartient au premier genre est-ce surprenant venant d’un pays autant dépendant des américains?
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Il est amusant de constater qu’un cinéaste aussi éloigné des critères du cinéma américain, tel qu’Eric Rohmer ne fait pas autre chose dans ces deux derniers films historiques, L’anglaise et le duc et Triple agent. Cette remarque m’amène à une autre considération quand et comment un film historique cesse de l’être pour devenir un film politique? Je vous laisse répondre à cette question...
Dans une interview Ethan Fox déclarait qu’il voulait être l' Almodovar israélien. Disons qu’il est sur la bonne voie mais qu’il a encore du travail pour y parvenir. Comme l’espagnol il a visiblement un don pour les castings justes et un grand talent pour la direction des acteurs. Dans Bubble ils sont tous formidables. Comme Almodovar il possède un vrai courage dans le choix de ses sujets et leurs traitement. Ni l’armée, ni la gauche israélienne, ni les palestiniens sont traités avec ménagement. Comme sont modèle il est aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie. Dans ce dernier registre certaines scènes, bien amenées, sont hilarantes, mais l’on passe vite du rire aux larmes. Ethan Fox sait aussi très bien capter l’atmosphère du petit monde de Tel Aviv dans lequel vivent ses protagonistes grâce notamment à une judicieuse utilisation des décors. Enfin dernier points commun entre les deux artistes l’exellence et l’originalité de la musique qui dynamise Bubble de bout en bout. La belle musique originale du film émane d'une rock star Israélienne montante : Ivry Lider.
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Il rend bien compte, assez subtilement aussi, du sentiment qui existe aujourd’hui chez les Israéliens que seul est possible une politique d’ apartheid (je ne trouve pas d’autre mot malheureusement celui-ci est démonétisé par la pratique faite de cette philosophie politique en Afrique du sud) au sens de développement juxtaposé excluant toute mixité, idée qui a largement gagné même la gauche israélienne (les travaillistes).
Mais on voit bien que c’est dans la construction de son scénario que le réalisateur a voulu imiter le plus le maître madrilène; avec son histoire où tous les personnages se rencontrent, se connaissent, tissent des liens complexes qui ne peuvent qu’amener au dénouement dramatique. Mais contrairement a Almodovar, chez qui cette construction est arachnéenne et est à peine perceptible au premier visionnage, chez Eytan Fox le maillage scénaristique est fait de grosses cordes qui freinent l’empathie que l’on peut éprouver pour ses créatures.
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En ce qui concerne l’aspect formel, contrairement à Almodovar, mais aussi par exemple à Rossi que j’évoquais précédemment, si sa réalisation est propre, même si parfois dans des scènes de foule il manque visiblement de figurants, il ne possède pas encore une véritable signature dans l’image. Le plus gros défaut du film est peut être son montage un peu mou. En écourtant chaque scène, presque chaque plan, il aurait pu, sans modifier la durée de son film, se donner plus de temps pour développer ses personnages secondaires que l’on aurait aimé mieux connaître.
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Il faut féliciter Eytan Fox d’enfin nous proposer un film gay, c’est aussi un film gay, dans lequel les personnages ne soit pas déconnectés du réel et le quotidien en Israël c’est la guerre et les attentats fromentés par les palestiniens extrémistes. Enfin dans le cinéma gay un cinéaste qui lève les yeux de sa bitte et pas seulement pour mater celle des autres! Voilà un film où l’on ne s’encule pas dans une bulle c’est le paradoxe voulu du titre bubble en bon français bulle. La bulle en question est Tel aviv où est possible une liberté de mœurs inimaginable dans le reste du pays. Ethan Fox s’explique sur son titre: <<The Bubble est le surnom que les israéliens donnent à Tel Aviv. Il y a une connotation péjorative dans cette expression. Comme Gal et moi, les personnages du film vivent rue Shenkin, dans le quartier branché et alternatif d’Israël. Beaucoup de gens se sont volontairement coupés des réalités sociales et politiques du pays. Leur attitude est souvent jugée comme superficielles et irresponsables. Naturellement, ce n’est pas ce que nous pensons. Cette « bulle » est selon nous un mécanisme de survie. Beaucoup des forces créatrices d’Israël sont concentrées dans ce quartier devenu aujourd’hui une pépinière d’artistes. On y trouve également de nombreux cafés, des boutiques branchées. De nombreux Israéliens, notamment les plus jeunes, rêvent de venir vivre ici.>>
Le cinéaste reste fidèle à la thématique de son précédant film Tu marcheras sur l'eau, qui était déjà la difficulté de se mettre à la place de l’autre, en espèce celui de jeunes Allemands dont la famille avait participé à la Solution Finale. Il existe d’ailleurs un trait d’union entre Bubble et Tu marcheras sur l’eau personnalisé par Lior Ashkenazi, l’acteur de Tu marcheras sur l'eau, joue un déporté homosexuel à Auschwitz dans la pièce de théâtre que Noam et Ashraf vont voir. Il est a noter que cet pièce, on reconnaît Bent, est appelée inexplicablement Les tordus!. Il me semble qu’il existe un problème dans la traduction du sous-titrage qui en plus ne trouve pas utile de traduire les paroles des chansons que l’on entend alors que ces paroles font parfois office de chœur par rapport au dialogue des personnages. Quant a Ohad Knoller, il fait la liaison avec Yosi et Yager puisqu’il jouait Yosi.
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Il est dommage que le réalisateur n’ait pas osé un happy end, car paradoxalement le happy end qui a disparu du cinéma de qualité est aujourd’hui un acte de courage artistique alors que dans le cinéma classique des années 50 et 60 il était un poncif. Le choix de cette fin très lourdement mélodramatique est aussi peu judicieux qu’en contradiction avec la psychologie de Noam et d’ Ashraf.
Eytan Fox avec Raphaël Nadajari ou Dalia Hager et Vidi Bilu montre que la relève d’Amos Gitaï existe dans le cinéma israélien.
Bubble par son émotion et son intelligence agrandit considérablement le champ du cinéma gay.
http://www.imdb.com/title/tt0476643/
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16 juin 2009
La proximité entre Proust et Cavafy
Le désir de Cavafy était, de manière terrifiante, dénué de de tout sentiment contrairement à Proust. La proximité entre les deux écrivains se situerait dans leur obsession pour le temps, plus précisément pour le passage du temps, non seulement sur le désir (thème majeur de l'oeuvre de Cavafy) mais aussi sur la mémoire et notre perception du passé. En dépit du fait que les deux écrivains sont résolument tournés vers le passé, Proust vers le monde disparu de sa jeunesse et Cavafy vers l'antiquité, ils sont tous deux intéressés, même obsédés, par des thèmes caractéristique du XX ème siècle, la relativité du temps, la subjectivité, l'identité.
Daniel Mandelsohn, Transfuge, juin 2009
L’habilleur d’Harwood au théâtre Rive Gauche

La force d’une oeuvre, film, roman ou comme ici, pièce de théâtre est d’aller de l’anecdote au général tout en étant issu d’un individu et d’un terroir et pourtant, lorsque l’oeuvre est réussi d’atteindre à l’universel.
Sans atteindre ce sommet presque inaccessible “L’habilleur” de Ronald Harwood y parvient presque par le truchement d’un portrait d’un couple d’hommes, un acteur finissant et son vieil habilleur. Ils n’ont plus d’illusion l’un sur l’autre et se tendent réciproquement le miroir dans lequel ils ne voient que désillusions.
Harwood peint magistralement le milieu du théâtre avec ses grandeurs et son sordide, monde d’illusions de cartons et de postiches que les protagonistes ne parviennent jamais complètement à quitter. Monde mirage qui dresse un mur entre eux et le réel en ce janvier 1942 où l’Angleterre est sous les bombes allemande.
Le texte est nourri de son expérience personnel. Harwood a été engagé, comme figurant puis comme habilleur, au début des années 50, par Wolfit alors célèbre chef de troupe (L’habilleur est aussi un hommage à ces chefs de troupe qui ont aujourd’hui disparu) qui parcourait tout le Royaume uni pour y jouer le répertoire shakesperien. Il s’est inspiré de Ronald Wolfit pour créer le personnage du maître. Une anecdote ayant trait au célèbre comédien se retrouve même telle quelle dans la pièce. Pour Wolfit, comme pour le maitre, la tempête dans le roi Lear n’était jamais assez tonitruante et il houspillait rituellement à ce propos sa troupe.
Dans cette pièces dans laquelle les péripéties sont réduites et qui n’est qu’en définitive qu’un double portrait, le premier celui d’un acteur, incarné, habité par Laurent Terzieff qui est aussi le metteur en scène de la pièce, que l’on nomme que le maître et le second celui de son vieil habilleur joué par Claude Aufaure vieux complice de Terzieff et qui donne toute la complexité du personnage avec son coté louche et plébéien qui contraste avec l’aristocratisme de Terzieff. Ce personnage de cabotin, il faut beaucoup d’humilité à Terzieff pour interpréter un acteur tout en excès, le contraire de ce qu’il a démontré tout au long de sa riche et longue carrière, est à la fois héroïque et dérisoire... Mais ces qualificatifs ne peuvent ils pas définir toute vie?
Double portrait en miroir mais si celui du maître est nourri par ses soliloques tantôt délirants, tantôt d’un cynisme amer, celui de son domestique se dessine en creux par les membres de la troupe qui cancane avec lui. Aucun d’eux ne font vraiment attention à lui, ils n’ont d’attention que pour le chef de troupe.
Cette pièce ne pourrait pas se situer ailleurs qu’en Angleterre, il me semble d’ailleurs qu’il est bon d’être anglophile pour l’aprécier pleinement, c’est le seul pays où le théâtre, en particulier l’oeuvre de Shakespeare, référent ultime, est au centre de l’instruction.
C’est dans l’enracinement dans ce terroir que nait le grand moment d’émotion de la représentation lorsqu’à la fin de la représentation du roi Lear qu’il vient d’interpréter, le maître vient saluer son public qui entonne le good save the king pour honorer son courage d’avoir joué la pièce sous la menace des bombardements allemands. Nous voyons cette scène de dos en ombre chinoise comme du fond des coulisses.
La mise en scène est ingénieuse, la pièce se déroule dans sa plus grande partie dans la loge, le décor est très naturaliste, du maître où son habilleur tente de ranimer sa vigueur flageolante pour qu’il affronte, une fois de plus le public, dans le rôle écrasant du roi Lear. Mais à d’autres moment nous sommes dans les coulisses où l’on assiste à des bribes de représentation de la tragédie de Shakespeare, grand moment de drôlerie lorsque le maître repris par sa sénilité refuse d’entrée en scène et qu’un de ses camarades, truculent Laudenbach, est obligé d’ improviser pour meubler l’attente. Si les angles trouvé pour la mise en scène sont habiles en revanche elle manque de rythme, trop de temps mort et le texte aurait pu être débarrassé de plusieurs redites. Il y a bien quinze minute à retrancher pour donner plus de muscles à cette tragi-comédie. Elle souffre d’un montage trop lâche en quelque sorte. Si j’emploie des termes issus du cinéma, c’est à dessein tant on voit bien dans cette mise en scène si cinématographique, combien l’adaptation pour l’écran serait facile. Ce qui fut fait en 1983 par Peter Yates avec Albert Finney dans le rôle du maître. 
Aucun des seconds rôles ne déméritent mais je donnerais une mention particulière à Philippe Laudenbach qui est stupéfiant dans son personnage de cabotin boiteux et bolchevique.
J’ai tout de même été gêné lorsque Terzieff exhibe en caleçon sa maigreur squelettique, j’ai eu à ce moment l’impression de voir la momie de Rascar Capac jouer le roi Lear ce qui est un peu déstabilisant... Mais c’est malgré cette réserve un privilège de passer une soirée en compagnie d’un acteur qui incarne à ce point l’ exigence du théâtre.








































