04 mai 2008
Le grand alibi

Un brillant chirurgien volage est assassiné par balles lors de sa villégiature dans le manoir d’un de ses amis, sénateur et collectionneur d’armes à feu. Voila pour le pitch du scénario très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Bonitzer que l’on n’ est pa peu surpris de trouver aux manettes d’un tel film pour notre grand plaisir très nouvelle qualité française façon Podalydes, s’il a pris beaucoup de libertés avec la lettre, a été parfaitement fidèle à l’esprit de la reine du roman à énigmes. Le grand alibi est un titre quelque peu trompeur, si l’on grand plaisir à voir ce film cela ne doit guère aux mânes de sir Alfred. Il faut attendre la fin pour retrouver dans la poursuite sur les toit quelque chose du Hitchcock de “Sueur froide” même si cette séquence m’a encore plus évoqué “Frantic” de Polanski. Ce qu’il y a de plus hitchcockien dans ce “Grand alibi” là, c’est sans doute la musique très “hermanienne”.
On remerciera Bonitzer d’avoir joué humblement le jeu de l’adaptation, d’avoir réalisé le film sans l’écraser sous les références et autres clins d’oeil post moderniste. La réalisation est propre servie par un montage particulièrement efficace. Enfin un cinéaste qui ne fait pas son malin tout au service de ses acteurs, sans pourtant oublier de les diriger et ils donnent le meilleur d’eux même. Miou Miou est exceptionnelle dans son rôle d’épouse de notable et de conne supersonique. Lambert Wilson que l’on regrette de voir nous quitter si tôt est admirable dans la précision de son jeu où le moindre haussement de sourcil ou frémissement de rides construit son personnage, lui et Arditti parfait en huile maniaque apporte une touche à la Resnais, façon Smoking, no smoking fort bien venue que renforce la superbe affiche signée Floc’h nous sommes d’ailleurs peut être encore plus chez François Rivière que chez Agatha Christie. Tous les acteurs seraient à citer, la jeune génération avec Céline Sallette et Agathe Bonitzer ne démérite pas. J’ai seulement trouvé Maurice Bénichou un peu à coté de son rôle, et quand on voit que c’est un acteur du calibre de Bénichou que l’on trouve un peu juste, cela donne une idée de la performance des autres...
Près de deux heures de plaisir enfantin retrouvé. Grâce au Grand alibi je me suis souvenu des heures de bonheur que j’avais aux alentours de la onzième année à lire les petits volumes brochés du masque qui avaient déjà des couvertures aux photos incitatives et que je traquais dans un magasin de planche, face à la mer, à l’enseigne du dauphin vert et qui ne se consacrait qu’à la vente de livres de poche, objet qui passait encore, alors pour certain, comme une nouveauté vaguement sulfureuse. Dès que j’avais acquis le précieux petit parallélépipède je le dévorais tantôt le ventre raclé par le sable de la plage, tantôt les cotes et les coude malmenés par la chaise longue de pont dévoluée à la lecture de plein air au jardin. L’hiver pour ce plaisir que j’entrevoyais comme presque interdit je me repliais sur le divan du salon dont les ressorts et la toile rêche et fleurie n’étaient pas tendre pour mon dos.
Les professeur de nos collèges devraient se rappeler qu’Agatha Christie est l’auteur idéal pour faire aimer la lecture aux jeunes adolescents et puis on y apprend à respecter les belles demeures et le sens de la hiérarchie, ce qui me paraissent être de bonnes choses en ces temps de plèbéisme triomphant...
17 avril 2008
Alex De La Iglesia et La Marque jaune

A propos du futur film adapté de "La Marque jaune" son metteur en scène Alex De La Iglesia, invité du 18ème Festival du Film Espagnol à Nantes, déclarait le 25 mars dans Ouest France : << Le tournage est calé en février-mars 2009, en grande partie dans les
décors de la Ciudad de la Luz, les studios près d'Alicante où a été
tourné Astérix aux jeux Olympiques... puis à
Londres.>>.
Pour l'instant, il n'y a pas d'informations définitives sur le casting mais le réalisateur a émis quelques souhait : << Pour le rôle d'Olrik, j'imagine bien un Kevin Kline de 40 ans, Jude Law dans le rôle de Blake et Clive Owen dans celui de Mortimer... C'est de l'ordre du désir... Mais comme dit Hitchcock : si tu as un bon méchant, tu as de fortes chances d'avoir un bon film. >>
Ce méchant, on apprend sa possible identité dans l'interview donnée une semaine plus tard, le 31 mars, à La Libre Belgique,
Alex De La Iglesia ayant continué sa promotion et sa tournée des festivals par le
BIFFF2008 (26ème Festival International du Film Fantastique de
Bruxelles) :
<< Mon prochain film est à nouveau une coproduction européenne avec des comédiens anglais. Il s'agit de La Marque jaune.
On a enfin eu les droits ! cela fait 10 ans au moins que je travaille
sur ce film. Ils avaient déjà reçu plusieurs scripts avant le mien. Je
suis donc très fier qu'ils m'aient choisi. Si Dieu est avec nous, on
commencera à tourner en avril... de l'année prochaine. On tournera à
Londres, mais aussi en décors à la Ciudad de la Luz à Alicante où a été
fait Astérix.
S'il accepte le rôle, John Hurt jouera Septimus. C'est un film très
complexe avec beaucoup de décors... Je suis très inquiet parce que je
sais que je dois être très respectueux de la BD. Mais j'en suis le plus
grand fan ; j'ai lu La Marque jaune des
centaines de fois... >>.
A la question de savoir si son humour sera présent, il répond : << C'est
une bonne question... Je ne veux pas faire une comédie. Il y aura de
l'humour, mais pas trop fort, comme chez Jacobs. J'aimerais conserver
cet équilibre. >>.
C'est John Hurt qui est donc pressenti pour le rôle de Septimus.
01 avril 2008
Crimes à Oxford

J’étais au départ fort méfiant, comme je le suis toujours envers les revisitation post moderniste des classiques fussent-ils policiers comme les romans d’Agatha Christie. D’autant que cette relecture était proposée par un espagnol, alors que l’anglomanie est plutôt une marotte lusitanienne. Mais comme précédemment les films du talentueux Alex de La Iglesia m’avaient enchanté que ce soit ses deux opus d’humour très noir, “Mes chers amis” et “Le crime farpait” ou son essai d’un classicisme horrifique de bon aloi qu’est “La chambre du fils”, je me suis laissé tenter. Dés les premières scènes toutes mes préventions s’évanouir. Je sus d’ emblée que j’étais devant un objet savoureux comme le sont ces bons vieux romans à énigmes britanniques même si le film ne tarde pas a bifurquer vers le thriller et le film de campus, un peu à la façon de “Mort à l’arrivée”. “Crimes à Oxford est l'adaptation sur grand écran du roman Mathématique du crime, écrit par l'Argentin Guillermo Martinez et publié en 2003.
D’un classique meurtre d’une vieille dame dans une belle maison victorienne nous passons vite à une enquête sur des meurtres en série que l’assassin signe à chaque fois par un élément d’une suite mathématique logique. L’enquête est mené par un policier très “Watson” sur lequel je reviendrai, et en parallèle par une sommité des mathématiques, Arthur Seldom (John Hurt), vieil ami de la première victime, et de son jeune admirateur Martin ( Elijah Wood) qui a traversé l’Atlantique pour approcher le grand professeur.
Comme l’expose le cinéaste on tutoie les hautes sphères de l’esprit, << La réalité est-elle réductible à une matrice numérique ? Y a-t-il une logique secrète qui conditionne et explique nos actes ou à l'inverse, nos vies sont-elles le fruit du hasard ? Le film met en présence deux visions du monde et de la connaissance qui s'affrontent et tentent de l'emporter l'une sur l'autre.>>. on y croise même les mânes de Wittgenstein mais pourtant ces spéculations intellectuelles ne freine jamais l’action.
L’auteur du roman et le cinéaste se sont amusés à dissimuler quelques énigmes quelques mystères dans le déroulement même du film. La voie principale du scénario n’est peut être pas la résolution de l’énigme mais plutôt les rapports entre Arthur Seldom et son jeune admirateur. La vénération de Martin pour son maître se transforme assez vite en un affrontement des deux personnages qui ont deux visions du monde absolument opposées. Ce qu’explique Alex de La Iglesia: << C'est le choc de deux caractères antagonistes. Le professeur, vieux et cynique, n'a plus d'illusions sur le monde. Tandis que l'étudiant est plein d'optimisme et pense qu'on peut résoudre n'importe quel problème en se servant de sa tête, de la logique et des maths en particulier. Il veut découvrir le secret de l'existence ! Le film tente de répondre à une question : peut-on se connaître parfaitement les uns les autres ? L'élève va finalement s'apercevoir que même les mathématiques ont aussi leurs failles et que rien n'est parfait. L'âme humaine est aussi compliquée que désorganisée.>>.
“Meurtre à Oxford” est un film évident mais ceux qui en décrypteront le sous texte, en particulier le sous texte gay, verront leur plaisir décuplé.
Tout au début du film lorsque Martin entre chez sa future logeuse, la caméra s’arrête sur un curieuse machine, la vieille dame précise qu’il s’agit d’une copie du fameux engin inventé par Alan Turing qui réussit à décrypter, pendant la dernière guerre, les codes secrets des nazis. On le sait Turing était gay c’est probablement ce qui causa sa mort, mais ceci est une autre histoire encore plus romanesque que celle que nous raconte Alex de La Iglesia... Ensuite la caméra s’attarde sur une photo de deux tennisman que visiblement une grande complicité unie, Martin reconnaît aussitôt Arthur Seldom, son idole, la vieille dame précise que l’autre sportif est Turing et laisse entendre qu’ils étaient un peu plus qu’amis et collaborateurs mais rien est appuyé, pas plus que les réactions de jalousie que Seldom éprouve quand Martin le délaisse pour une chaude infirmière, qui par ailleurs, comme rien est simple, est une ancienne maîtresse du savant, l’ ambiguïté est à son comble et durera jusqu’à la dernière image...
La tragique destinée de Turing a inspiré l’extraordinaire bande dessinée de Goffin et Peeters, “Le théorème de Morcom” (éditions les humanoides associés, 1992) qui n’est pas sans rappeler notre film.
Il est dommage que le cinéaste ne profite pas plus du décor surprenant que lui offre Oxford en particulier du contraste entre les vénérable collèges, à l’architecture gothique, aux domaines champêtres et à la quiétude propice aux études avec les rues bruyantes et colorées de la ville qui rappellent celles de Londres, tout le contraire de Cambridge... Il faut savoir que le tournage s'est étalé sur une durée de neuf semaines. Après deux mois passés à Londres, l'équipe du film s'est installé une semaine à... Oxford. Ce qui visiblement n’était pas suffisant.
Autre private joke du film, cette fois ayant un rapport avec le possible futur du cinéaste puisque l’on a récemment appris qu’Alex de La Iglesia avait pour projet l’adaptation de la célèbre bande dessinée d’ Edgar P Jacobs, “La marque jaune”. Perspective qui m’avait tout d’abord horrifiée mais qui après avoir vu “Crime à Oxford” j’envisage avec la plus grande confiance. Or dans l’oeuvre de Jacobs l’enquête pour démasquer “La marque jaune est bien sûr menée par Blake et Mortimer mais aussi par l’inspecteur Kendall aussi brave qu’ obtus parfait sosie du commissaire Petersen (Jim Carter) qui peine à suivre les théories mathématiques des deux détectives amateurs de “Crimes à Oxford”.
En outre les citations cinématographiques sont nombreuses, l’escalier de “Vertigo”, le bureau de smoley semblable à celui du héros du "Limier" le personnage et le feu d’artifice de “V” où jouait john Hurt, la vieille logeuse est jouée par Ann Massey une des actrices de “Frenzy”...

La distribution est éblouissante à commencer par John Hurt qui interprète Seldon que je vois cousin de l’écrivain qu’il incarnait dans “Amour et mort à Long Island”. Son ton, son arrogance et même son accent sont parfaits, délectable ! Il semble, en particulier dans ses éblouissants monologues, plagier Ian McKellen, réussissant à ne pas faire regretter ce dernier pour qui cependant le rôle de Seldom paraissait taillé sur mesure. D’autres grands acteurs comme Michael Caine et Jeremy Irons avaient été envisagé pour le rôle. Quant à Martin, Elijah Wood est tellement évident pour ce rôle que l’on ne voit pas quel autre acteur pourrait le remplacer.
10 mars 2008
Soyez sympas, rembobinez
Selon la rumeur je m'attendais avec "Soyez sympas, rembobinez" le dernier film de Gondry qui est affublé d'un titre assez laid qui ne retrouve pas complètement la richesse de celui en anglais, à retrouver mon rire d'enfant que j'avais en découvrant les vieux burlesques de Laurel et Hardy. Au lieu de cela, je me suis retrouvé devant une fable à la Capra, mâtinée de Lubitch, mais tout de même assez mal foutue.... Ce qui n'est déjà pas si mal, même si le dernier opus de Gondry est inférieur à ses deux précédents. Le film pêche surtout par son montage qui ne sait pas donner du rythme au film que paradoxalement j'ai trouvé trop court. D'une manière incompréhensible Gondry a intégré à son montage final que peu d'images des films "suédés (pour le pitch du film je vous renvoie à votre gazette habituelle), voilà un néologisme qui devrait avoir un bel avenir... Ce manque est d'autant plus incompréhensible qu'elles ont été tournées et que l'on peut s'en régaler sur le site du film . Cette aberration a pour résultat de déséquilibrer le film le tirant plus vers la comédie sentimentale que vers le burlesque. Le film, comme toujours chez Gondry, fourmille d'inventions visuelles mais elles sont au service d'un scénario un peu mince. Il reste le maître du "low-tech" (par opposition à high-tech), une esthétique revendiquée du bricolage en totale opposition aux effets spéciaux hollywoodiens. Comme l'illustre cette déclaration du cinéaste: << L'image de synthèse, il faut l'employer avec parcimonie. Quand les cinéastes utilisent des fonds bleus pour éviter aux acteurs d'avoir à se rendre dans la ville où se situe l'action, cela montre surtout un manque d'engagement de la part de ces acteurs!.. l'idéal est de faire un mélange de choses qu'on fabrique soi-même qui ont la densité et le poids de la vraie matière, et des ajouts en 3D qui ne serait pas réalisable autrement. >>.
Malheureusement, sans doute par crainte d'alourdir son film, Gondry rechigne à exploiter à fond ses multiples et souvent très poétiques idées, comme par exemple celle de remplacer les touches d'un piano par des doigts d'enfants, alternant noirs et blancs. Il affaiblit ses gags parfois par un choix discutable d'optique (il y a peu de gros plans dans le film) comme celui dans lequel Jack Black, magnétisé, est irrésistiblement attiré par les masses métalliques et se retrouve collé sur un grillage. Un gros plan aurait été hilarant au lieu de cela, on ne voit la péripétie que de loin comme si Gondry avait peur de s'approcher de son acteur principale qui est parfait comme le reste de la distribution. Certaines séquences pâtissent de n'être pas à inserrer à leur juste place telle celle où l'urine de Jack Black magnétisée et corrosive, s'écoulant dans le caniveau, attire les pots d'échappement des automobiles en stationnement. Elle est placée trops loin de l'origine du gag.
Après son préhambule astucieux, le cinéaste peine également à tenir son fil rouge, la légende de Fats Waller que l'on aurait aimé plus présent dans la B.O.
Alors que Gondry, extraordinaire casting man, avait diriger de main de maitre dans des contre-emplois Jim Carrey dans "Eternal Sunshine" et Bernal dans "la science des rêves", dans "Soyez sympas rembobinez il est un peu timoré. Il n'exploite pas entièrement l'extraordinaire potentiel comique de Jack Black et ne donne pas grand chose à faire à Mia Farow que l'on a grand plaisir à retrouver dans un film qui a quelques parentés avec l'un des somment allenien qu' est La rose pourpre du Caire, et encore noins à Sigourney Weaver.
Le film suggère que tout le monde peut faire son film dans sa cuisine et dans son jardin, acclimatant au cinéma la vieux slogan bobo-libertaire, "tous artistes", une vieille lune qui a nourri bien des illusions et fait déjà beaucoup de mal au beau.
On pourrait qualifier le film de Gondry par la sentence mi figue mi raisin que l'on l'écrivait, il y a longtemps, parfois sur mes copies d'écolier: peu mieux faire.
02 mars 2008
La ronde nuit de Peter Greenaway
On retrouve avec plaisir le cinéma de Peter Greenaway après une trop longue absence avec les même défauts et les même qualités que lors de notre dernière rencontre. Il y a toujours cet intellectualisme un peu cuistre que transfigure un regard d'esthète qui peut devenir de temps à autre légèrement salace, cet amour des intrigues de pouvoir compliquées dans un microcosme.
Le sujet du film, une spéculation sur le sens caché du plus célèbre de Rembrandt, La ronde de nuit, qui serait, crypté, la révélation d'un crime, rappelle beaucoup celui de "Meurtre dans un jardin anglais"; mais les personnages de "La ronde de nuit sont beaucoup moins policés que ceux du premier opus de Greenaway.
On apprend que c'est sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, que Rembrandt, alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte, avec réticence, une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam ce qui donnera l'immortel "Ronde de nuit". Saskia lui donne un fils Titus qui mourra en 1668, un an avant son père. Saskia ne se remet pas de ses couches mais vivra assez longtemps pour voir le tableau. Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Le réalisateur suggère que c'est la vengeance des notables d'Amsterdam qui aurait conduit Rembrandt à la ruine et non comme c'est communément admis les dépenses somptuaire de sa maîtresse et le changement de mode.
Les scènes de sexe des plus crues ne manquent pas dans le film et Martin Freeman, un parfait Rembrandt véritable sosie du peintre de nous cache rien de ses avantages qui, n'étant pas du calibre de son talent de comédien, il eut peut être été préférable de ne pas sur exposer.
Plus intéressant que le mac gufin que constitue le mystère, quasi policier, du tableau où la peinture un peu trop à charge de la bourgeoisie amsterdamoise, est le portrait de Rembrandt que nous propose Greenaway, tantôt candide, tantôt calculateur, tantôt faible, tantôt courageux, souvent paillard, parfois fleur bleue et surtout dominé par son amour des femmes.
Le film qui se regarde sans ennui malgrè sa longueur, vaut néanmoins surtout pour le magnifique travail du directeur de la photo, un maître du clair obscur qui fait défiler devant le spectateur une suite ininterrompue de "Rembrandt" et cela sans jamais tomber dans le statisme où sont tombé de nombreux films ayant pour sujet un peintre. Je conseille au futur spectateur du film de réviser son rembrandt avant pour se mettre les toiles du peintre "dans l'oeil".
Greenaway nous fait voir la "Ronde de nuit" un peu différemment lorsqu'il met en évidence l'ombre « très démonstrative », selon le cinéaste, de la main d'un personnage qui s'étale sur le ventre d'un autre. Est-ce une provocation d'ordre sexuel ?, s'interroge Greenaway.
Le cinéaste dynamise son film par des artifices un peu clinquant comme l'adresse du comédien à la caméra ou bien encore le galop d'un cheval dont on a l'impression qu'il va finir contre notre fauteuil. Pourtant ces subterfuges qui pourraient être grossiers donnent un peu d'air au film grâce à l'excellence des décors et la grande qualité des comédiens. Les quelques extérieurs sont judicieusement distribués tout au long du film et réussissent à nous faire oublier ce que la scénographie de Greenaway à de trop théâtrale avec ce lit qui tient du char à banc et du radeau sur lequel se déroule une grande partie du film. Le réalisateur a l'intelligence de ne jamais montrer Rembrandt peindre...
La ronde de nuit est une extravagance historique qui n'est pas sans rappeler celles de Ken Russell, cinéaste qu'il serait temps de réévaluer.
06 février 2008
Le triste Bégaudeau
Dans le bulletin des salles MK2, Trois couleurs, article inepte et démagogique de François Bégaudeau, qui hélas sera tiré à 200 000 exemplaires. L'auteur se targuant de son expérience pédagogique, soutient que l'enseignement du cinéma dans les lycés, loin d'avoir à transmettre un patrimoine culturel, doit au contraire se rapprocher du goût des élèves qui ne comprennent pas plus Antonioni que Molière. << Analysons plutôt "Le sixième sens" de Shyamalan >> déclare notre bon apôtre! Le titre de son manifeste, "Oubliez Murnau"...
Michel Ciment, décembre en cinéma, Positif n° 564, février 2008
Merci Michel Ciment d'épingler les raclures du conformisme démagogique
03 février 2008
No country for old men
Je n’aurais pas l’outrecuidance d’encombrer le web d’une énième analyse et d’une nouvelle salve de louanges qu’incontestablement “No country for old men” mérite (ridicule snobisme de ne pas traduire le titre américain quand celui-ci est évident et sans un sous texte que la langue d’origine parfois apporte). Vous trouverez tout cela dans le toujours excellent Positif qui consacre un dossier aux frères Cohen dans son numéro de janvier 2008 et sur le web vous trouverez des avis éclairés ici ou là ...
Je me contenterais donc d’une réflexion que je n’ai pas trouvée ailleurs. ( ATTENTION SPOILER) N’ayant trouvé nulle part ce que je subodore...
En préambule, je dois confesser que je n’ai pas lu le livre de Cormac McCarthy dont le film est tiré. Est-ce parce que je suis gay que je remarque que le placide tueur certes un peu fou, mais qui a de bonnes connaissances médicales et est fort méticuleux dans son labeur de désoudeur professionnel, est distrait lors de son retour du travail, au volant de sa conduite intérieure par deux jeunes et jolis garçons musardant à bicyclette. Notre intègre tueur les matte dans son rétroviseur, distraction qui peut être fatale dans les villes américaines dont les rues se coupent à angle droit. Ce qui est le cas. Après avoir embouti un autre véhicule, il parvient à s’ extirper de son tas de ferraille qu'est devenu son automobile. Il se repose un peu assis sur une pelouse près du crash, son radius perforant sa peau. Les deux adolescent le rejoignent et s’enquièrent de sa santé. Notre exterminateur, pas au mieux, avec néanmoins une lueur dans son œil vitreux, demande alors à l'un des garçons, le plus joli, de retirer sa chemise. Secrètement on admire alors la santé de l’individu qui pense à se rincer l'oeil, peut être une ultime fois, dans un moment pareil. En même temps on est inquiet pour le jouvenceau, car notre bougre même manchot pourrait bien lui faire subir les derniers outrages. Très serviable, contre tout de même un billet ensanglanté, l’adolescent s’exécute. Et là: éblouissement, l’un des plus beaux torses juvéniles que l’on ai jamais vus au cinéma apparaît. La chemise du jeune cycliste dissimulait une tendre et musclée poitrine de nageur! Retour au trivial utilitaire l’estourbisseur patenté réduit la pimpante liquette en lambeaux, la transformant ainsi une écharpe pour tenir son bras brisé à l’os saillant. Il se relève du gazon et s’éloigne sans se retourner sur ce trottoir de banlieue résidentielle comme Charlot à la fin de ses films vers l’horizon...
Cette scène qui semble avoir échappée à la pourtant vigilante communauté gay américaine, peut être à cause de son relent presque pédophile, ne peut elle pas être interprétée comme homophobe? La fratrie ayant doté son serial killer consciencieux, mais peu ragoûtant pour la majorité des spectateurs, d’une attirance pour les très jeunes personnes de son propre sexe? A l’inverse on peut aussi la lire comme homophile, le personnage gay (ou que je suppose tel) est un des rares à se sortir vivant de l’aventure... Ou bien encore (je songe au délicat casting) les frères Cohen auraient-il un intérêt pour les jeunes torses mâles? Mais peut être que j'ai mauvais esprit, assez en tout cas a pour trouver ce film délectable et plein d'humour très noir...
P.S. Autre message subliminale que délivre le film, les frère Cohen préfère les chats aux chiens...
30 janvier 2008
Lust caution
La matière romanesque de “Lust Caution” est plus épaisse que celle du “secret de Brokeback Mountain qu’Ang Lee avait étirée plus que de raison, ce qui donne un rythme languissant au film, sauvé par l’émotion, son image soignée due au même chef op, Rodrigo Prieto que Lust caution, et sa remarquable interprétation. Pour rester dans le registre gay avec “Un garçon d’honneur” le cinéaste en disait plus et avec beaucoup plus de légèreté sur la perception de l’homosexualité qu’il ne l’a fait dans son “western gay”.
Il en va tout autrement dans son dernier film pendant lequel on ne s’ennuie pas une seconde durant les 2h 40 mn de projection. L’histoire et l’atmosphère rappellent celles des romans cruels et surannés d’ Ambler. Un groupe d’étudiants de Hong-Kong décident de tendre un traquenard pour tuer un haut dignitaire chinois, monsieur Yee qui collabore avec l’occupant japonais. Pour appâter le traître ils se servent d’une de leurs camarades, la belle Wong. Le rôle est tenu par une débutante, Tang Wei. Née en 1979, cette ex-mannequin fut finaliste du concours Miss Univers à Pékin en 2004. Après quelques péripéties et hésitation le collabo, interprété par Leung qui semble avoir séché sur pied depuis sa dernière apparition, tombe dans le piège. Une relation sado masochiste s’engage entre les deux amants. Ce qui nous vaut des scènes de sexe torride (et parfaitement filmées), du jamais vu dans le cinéma chinois et d’un paroxysme rarement vu ailleurs...
Lust, Caution est l'adaptation d'une nouvelle d'Eileen Chang (1920-1995), un des plus grands noms de la littérature chinoise du XXe siècle. Son oeuvre a déjà inspiré plusieurs longs métrages : “Fleurs de Shanghai” de Hou Hsiao Hsien (1998)., “Love in a Fallen City” (1984) et “Eighteen Springs” (1997) d'Ann Hui ou encore “Red Rose, White Rose” de Stanley Kwan (1994), dans lequel on retrouve déjà Joan Chen au casting. C’est le plus beau film avec “Center stage” du cinéaste de Lan Yu.
L’argument rappelle bien sûr celui de “Black book” de Verhoeven, mais c’est aussi à deux autres films du hollandais que Lust caution fait penser d’abord à “Soldier of orange” pour cette bande de courageux mais naïf patriotes qui se dresse avec témérité contre l’occupant et à “Basic instinct”.
Lust caution est beaucoup plus noir que Black book. Les dits résistants sont assez lamentables et au final leurs sacrifices aura été inutile, quant à l’homme à abattre c’est une absolue ordure qui ferait passer l’officier ss du film du hollandais pour presque fréquentable. Pourtant l’ accorte infiltrée tombera amoureuse, ou plutôt sexuellement dépendante de lui. Aucun des personnages du film sera sauvé, peut être parce qu’il n’y en a pas un qui le méritait.
Dans l’état actuel des choses je m’explique mal comment la censure chinoise a pu laisser passer un film où tous les chinois brillent surtout par leur cynisme, sans doute parce qu’elle était obnubilée par les scènes de sexe qui sont coupées pour le public chinois.
Le film d’Ang Lee a d’autres atouts que son scénario passionnant tout d’abord une impeccable interprétation et un montage soigné même si la construction aurait pu être simplifiée pourquoi ces retours en arrière qui n’apporte rien à la narration. Mais c’est surtout les stupéfiantes reconstitution des rue de Shanghai et d’Hong-kong qui m’ont bluffées, on est parfois dans le Lotus bleu d’Hergé. Le dossier de presse nous livre quelques secrets sur l’élaboration de ces décors, << Lust, caution a nécessité un gigantesque travail de reconstitution. Le film a été tourné dans différentes régions d'Asie (Malaisie, Hongkong, Shanghaï), pendant 118 jours. Pour le tournage en extérieurs à Shanghaï, il a fallu retirer provisoirement la climatiseurs de pas moins de 3000 habitants... Le scénariste et producteur James Schamus se souvient avec émerveillement des décors créés dans les Shanghaï Film Studios : "Vous pouviez vous tenir là et regarder jusqu'en haut d'une rue entière, puis de l'autre côté, jusqu'en bas d'une autre. L'équipe a habillé 182 devantures de magasin différentes, les a stockées, puis les a toutes vieillies pour qu'elles ne semblent pas neuves.>>.
Ces prodigieux décors semblent avoir laissé de marbre l’ensemble de la critique déjà blasé par les prouesses du numérique. Un bel hommage au cinéma classique à voir aussi pour se rappeler de David Lean.
16 janvier 2008
Reviens moi
Une question que se pose un nombre d’écrivains dont l’oeuvre est adaptée au cinéma, sans parler des malheureux scénaristes, est-ce qu’une bonne histoire peut résister à une mauvaise mise en scène? Reviens moi permet de répondre à cette angoissante interrogation qui taraude aussi bien les professionnels de l’écritures que les producteur et bien la réponse est oui. Ce qui va j’en conviens à l’encontre de la doxa, en France et seulement dans cette contrée, en cours depuis la Nouvelle Vague, qui veut que la mise en scène ait la primauté sur le scénario. Loi, bien discutable qui a fait des ravages depuis un demi siècle dans le cinéma français depuis un demi siècle. Il faut néanmoins ajouter que les péripéties du récit peuvent palier à l’ incurie du réalisateur à condition que celles-ci soient incarnées avec talent, ce qui est heureusement le cas dans “Reviens moi”.
“Reviens moi” est au strict sens du terme, un cas d’école. En effet il faut souhaiter que le film soit projeté à tous les élèves des écoles de cinéma pour leurs montrer ce qu’un réalisateur ne doit jamais faire! Pas une scène qui ne soit pas étirée jusqu’à en perdre toute pertinence, pas un effet de montage qui ne souligne pas lourdement un événement, pas une image attendue qui n’arrive pas... Joe Wright, jusque la connu pour son premier film “Orgueil et préjugé dont il a reconduit une grande partie de l’équipe, dans son deuxième opus veut absolument que sa mise en scène se voit. La caméra virevolte, plonge, s’élève... pour mieux nous montrer son impuissance à faire autre chose que de la laborieuse illustration et puis que de travellings inutiles qui ne dynamisent en rien l’action. A croire que cette visibilité forcenée n’est là que pour prouver au producteur que son argent n’est parti en oiseuses bamboches.
Certaines scènes virent à l’ obscène comme ce grotesque ballet d’infirmière, on s’attend à ce qu’elles entonne une guillerette chansonnette sur les joies de vider les bassins, lorsqu’on apporte les grands blessés dans un hôpital londonien, mais non le plan suivant est sur de la bidoche humaine calciné qui sera bientôt suivi un autre sur un crâne fracassé. Le cinéaste a semble-t-il un plaisir à filmer frontalement la blessure la plus horrible possible, jouissance largement partagée dans sa profession; soyons magnanime et imaginons que s’est pour rendre hommage au travail des maquilleuses...
Le summum du grotesque est atteint avec la fastueuse reconstitution de l’attente des troupes britanniques avant leur hypothétique embarquement à Dunkerque. Certes on pourra me dire que les extravagances de certaines séquences sont validées par le retournement final (je ne peux en dire plus sans gravement déflorer l’histoire), mais où le bât blesse c’est que nombre de morceaux du film, aussi pénible que peu crédible, ne rentre pas ne rendre pas dans cette habile astuce scénaristique telle la plombante prestation de Jérémie Rénier en agonisant français. Cette scène parfaitement inutile me fait m’interroger sur l’adaptation de Christopher Hampton pourtant vieux et talentueux routier de l’adaptation, connu notamment pour celle des Liaisons dangereuses pour Frears. On l’a connu beaucoup mieux inspiré. Il a pour “Reviens moi” oublié la règle première de l’adaptation cinématographique, surtout quand il s’agit de celle d’un roman aussi copieux que celui de McEwan , qui est de dégraisser le récit jusqu’à l’os. Ce n’est pourtant pas les exemples d’adaptation cinématographique des œuvres de cet écrivain qui manquaient à Hampton. McEwan qui déclare: << une adaptation au cinéma d’un livre est en quelque sorte une entreprise de démolition. Il faut réduire une œuvre de 130 000 mots à un scénario de 25 000 mots.>>. Ces propos n’empêche pas qu’il exerce une grande séduction sur les cinéastes puisqu’il a été adapté par ordre chronologique par Richard Eyre (The Ploughman's Lunch), Wolfgang Becker (Schmetterlinge), Paul Schrader (Etrange séduction), Andrew Birkin (Cement Garden), John Schlesinger (The Innocent) ou Roger Michell (Délire d'amour). Je vous recommande particulièrement le cruel chef d’oeuvre méconnu d’Andrew Birkin, “Cement garden”.
Le plus éprouvant pour le spectateur reste l’omniprésence de la sirupeuse musique de Dario Marianelli qui surligne chaque expression des acteurs, chaque événement... Pour un tel film il faudrait prévoir lors de sa sortie en dvd, une touche pour désactiver la musique.
Malheureusement pour Wright il se trouve qu’à cause de l’époque à laquelle se déroule l’intrigue, la classe sociale où elle se déroule, du drame au cœur du récit et de son ambiance générale on est amené à comparer sa mise en scène pachydermique à celle de Jean Renoir pour “La règle du jeu”, d’ Anthony Minghella pour “Le patient anglais, d’Altmann pour “Gosford park”, de Joseph Losey pour “Le messager ou de James Ivory pour “Retour à Howards end” autant de films qui vont du chef d’oeuvre au bon film et dont la mise en parallèle avec “Reviens moi” est désastreux pour celui-ci.
Il reste que le film m’a apporté le plaisir de revoir la grande Vanesa Redgrave. On retrouve aussi Romola Garai, l'héroïne de “Angel” de François Ozon. Et de découvrir un comédien aussi joli que talentueux, James Mac Avoy. Si malgré cette critique vous allez voir le film repérerez vous les apparitions très fugitives d’ Anthony Minghella, le réalisateur entre autres du Patient anglais auquel le film fait parfois penser (malheureusement en beaucoup moins bien) et des français Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz.
Le film a été nommé dans 7 catégories aux Golden Globes 2008. Il a décroché deux prix lors de la conférence de presse (qui tenait lieu de cérémonie cette année) : Meilleur film dramatique et Meilleure musique pour Dario Marianelli; les votants devaient être sourds!

S’il n’est pas indispensable de voir “Reviens moi”. Il est très recommandé de lire le roman de McEwan “Expiation “ (éditions Folio Gallimard) dont il est tiré, bien malmené par cette malencontreuse adaptation.
.
22 décembre 2007
Les films de 2007
Chaque année je me livre à l'exercice un peu vain, mais qui curieusement m'apporte toujours un petit plaisir que je ne saurais définir, d'établir, à l'instar des gazettes que je dépouille, le classement des dix meilleurs films vus dans l'année. Je m'aperçois que l'année 2007 aura été une des années où je serais allé le moins au cinéma. La raison en est peut être la fréquence de mes voyages, je vais très rarement au cinéma hors Paris et même je fais assez peu d'infidélités à ma salle préférée, mais surtout l'offre, cette année, est moins parvenue à me faire sortir de ma tanière. Il y a bien sûr d'assez nombreux films que j'ai aimés à part cette dizaine...
1- Les lettres d'Iwo Jima
2- Une jeunesse chinoise
3- Avant que j'oublie
4- Ratatouille
5- Election 1
6- Les chansons d'amour
7- I dont want to sleep alone
8- Persepolis
9- Still life
10- La vie des autres
Mon critère principal est le plaisir que j'ai pris à voir le film en question, ce qui est hautement subjectif et montre que le plaisir est pluriel...













