Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

03 mai 2008

Jean Boullet au bonheur du jour

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Image_17Il y a quelques jours je vous ai parlé de “Wessel + O'Connor Fine Art”, une galerie new yorkaise dévolue essentiellement, mais pas seulement, à la photo masculine. Aujourd’hui, à l’occasion d’une superbe exposition Jean Boullet (1921-1970), je voudrais vous présenter son pendant parisien qui s’appelle “Au bonheur du jour”; peu d’endroit porte aussi bien son nom, tant cet un tel bonheur d’être dans ce lieux, à la fois lumineux et intime, pour admirer moult merveilles. Contrairement à sa consoeur new-yorkaise, si elle se voue surtout à la célébration des beautés masculines et garçonnières ce n’est pas seulement sur le support de la photographie mais aussi par l’intermédiaire du dessin et de la peinture. Ne soyez pas timoré, sonnez, car on ne peut être introduit dans cette caverne d’ali baba de la masculinité que par la maîtresse des lieux qui vous réservera un accueil chaleureux; ce qui est malheureusement bien rare dans les galeries parisiennes. Parfois il vous faudra patientez quelques minutes si Nicole Canet, c’est le nom de cette galeriste passionnée, montre des trésors cachés à un autre esthète. Profitez de l’attente pour faire le tour des belles et longues vitrines que trop souvent on néglige lors des visites aux galeries.

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Bien sûr dans le cas de Boullet, les dessins que vous verrez de la rue, comme ceux reproduits dans ce blog, sont les plus sages  et ne reflètent pas complètement ce que vous allez voir le seuil franchi. Les expositions de la galerie, notamment celle de Jean Boullet, ne sont pas pour les chastes regards. Un conseil demandez à visiter le boudoir, petite pièce pelucheuse et douillette attenante à la galerie qui contraste avec celle-ci claire et dépouillée. Vous y verrez d’autres merveilles,  parfois plus épicées, ne faisant pas partie de l’exposition en cours, mais sur le même thème. Mais il me semble qu’alors il serait indélicat de repartir de cet oasis garçonnier les mains vides. Mais comment quitter cet endroit la besace légère. Si votre pécule ne vous permet pas d’ acquérir des originaux, de prix très variables et toutefois moins chers que de l’autre coté de l’Atlantique, il vous restera les catalogues, les affiches ou les multiples.

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Mais venons en enfin à ce qui m’amena une veille de 1er mai dans cette belle antre, l’exposition Jean Boullet.
Jean Boullet est un personnage de légende, du moins dans un certain milieu. Son influence va bien au delà de sa trop modeste célébrité comme sur le libraire éditeur bruxellois Michel Deligne, sur Druillet par exemple qui l’a rencontré... Une des grandes surprises que l’on a, quand on se penche sur ce personnage, c’est l’extrême diversité de ses activités et des personnes qui l’ont approché. “Au Bonheur du jour” le suggère, car en plus des dessins, on peut voir quelques vitrines qui rendent compte de cette foisonnante vie.

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Image_13Lancé comme dessinateur dans le Saint Germain des prés de la Libération il y côtoie le tout Paris artistique de l’époque, Jean Cocteau, Edith Piaf, Marie-Laure de Noaille, Juliette Gréco, Jacques Chazot, Guitry, Kenneth Anger, Piéral, Marcel Carné, Roland Lesaffre, Félix Labisse, Lise Deharme, Michel Laclos, Elliott Stein.... On découvre sur les murs les portraits de Jean Marais, Jean-Louis Barrault, Rolland Petit... En 1944, Michel Déon, à l’occasion de la première exposition de Jean Boullet, le rencontre et en dresse un subtil et juste portrait: <<  Il habitait avenue d’Italie un appartement sur cour, de trois pièces d’enfilade bourrées d’objets baroque, de très belles gravures, de dessins de Jean Cocteau, de Max Jacob . Je découvris un être passionné d’une exquise éducation, qui fabulait certainement mais aussi ouvrait des portes et montrait une curiosité, un savoir incontestable dans des domaines - en premier, le bizarre - où je m’étais peu aventuré jusque là... sous l’étincelant vernis, il y avait un désespéré. >>.

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Jean Chollet, son biographe donne un éclairage différent sur l’artiste: << Il se voulait " imagier " mais son comportement outrancier l'entraîna bien au-delà, dans une rock n' roll attitude jouée en permanence sur son propre théâtre de la cruauté. Discours blasphématoire et anticlérical, dérive onirique où coexistent tritons magnifiques et montres répugnants, cris d'admiration excessifs, tatouages et chirurgie du visage sont quelques repères au milieu d'une quête désespérée des émotions enfantines. >>.

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img_368_0_mIl fut aussi journaliste, critique de cinéma. Il collabora à de nombreuse revues, Bizarre, La gazette du cinéma, Saint cinéma des prés, Arcady... On lui doit rien de moins que l’introduction de la science fiction et du fantastique cinématographique en France.  Il est l’auteur d’un article, que malheureusement je n’ai pas lu, mais dont le titre me fait rêver,  “King kong contre Jeanne d’Arc... Il fait connaître aux français Dracula, Bela Lugosi par l’intermédiaire de Midi Minuit Fantastique (1962-1971), édité par Eric Losfield, qu’il co-fonde avec Michel Caen, Alain Le Bris et Jean-Claude Romer. Ce dernier se souvient de la création de Midi Minuit Fantastique, << Tout est parti de la Librairie du Minotaure. C’était la librairie où l’on pouvait trouver tout ce qui était Fantastique, science-fiction, pataphysique… Et c’est là où l’on faisait des rencontres. Au début des années 60, j’y venais régulièrement et j’y ai rencontré un personnage vêtu de noir qui vociférait et qui gesticulait en parlant du Cinéma Fantastique. C’était Jean Boullet. L’incontournable Jean Boullet ! A l’époque, je préparais un numéro spécial de la revue "Bizarre" à propos de Tod Browning. J’en parle avec Jean Boullet qui me dit "Ah, mais moi, ça m’intéresse. J’ai beaucoup de documents chez moi. Ce serait bien que l’on travaille ensemble et ce serait bien de pouvoir ajouter Boris Karloff, Bela Lugosi...>>.

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Pour montrer les films rares qu'il aime, il monte un ciné-club privé dans sa maison de la rue Bobillot : La Société des Amis de Bram Stoker. Grand imagier il illustra des textes de Boris Vian, Edgar Poe, Verlaine et même les évangiles!...

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Ses passions sont très diverses, il s’intéresse aux ombres chinoises, à la magie, la démonologie, les mythologies populaires... En 1968, il ouvre, rue du Château, une librairie spécialisée dans ces thèmes et dans la BD de collection. Mais il ne tiendra ce commerce que pendant une année... Il fut aussi taxidermiste ce qui l’amène à fréquenter le zoologiste Bernard Heuvelmans et un érotomane fasciné par les jeunes amputés... Homosexuel flamboyant il a écrit: << Il y a trois pédérastes comme il y a trois églises, la militante, la souffrante, la triomphante. Je suis heureux d’appartenir à la troisième.>>. Tout de cuir vêtu avant la mode, homosexuel extraverti, cyclothymique, victime de quelques amitiés crapuleuses, il finit sa vie dans un itinéraire foncièrement masochiste. On le retrouvera pendu à l’orée du désert en Algérie en 1970.

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La plus grande partie de la production de Jean Boullet se compose de dessins qui pour le coup peut être qualifié du trop galvaudé, qualificatif de ligne clair. Il suffit à l’artiste de quelques traits sûr pour évoquer un univers mystérieux ou un désir incandescent. Il a néanmoins peint quelques huiles. On peut en voir deux dans l’exposition (mais pas celle ci-dessous du portrait de Jean Marais dans lequel curieusement Boullet semble pasticher le style des peintures de son modèle) dont une d’un pope!

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Les superbes dessins que l’on peut admirer aujourd’hui sont plus lumineux et joyeux que sans doute l’ était leur auteur. Le thème principale en est l’érotisme homosexuel. Il ne sont pas sans rappeler ceux du livre blanc de Jean Cocteau. Le marin y est au centre des fantasmes. Les beaux garçons ne furent pas sa seule source d’inspiration,  dans le même temps Boullet est fasciné par la violence. Il a fait une série sur les esclaves et une autre sur la guillotine.

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Il ne dessine le plus souvent à la plume et à l’encre noire, avec parfois des rehauts de couleur et pas toujours sur des supports nobles. Ses formats, presque toujours rectangulaires excèdent rarement 40 cm dans leur plus grande dimensions. On peut situer son travail de dessinateur entre Aubrey Beardsley et Tom de Finlande. J’ai même trouvé du Philippe Julian dans son interprétation graphique d’oedipe, à moins qu’il y ai beaucoup de Jean Boullet dans les dessins de l’auteur du “Dictionnaire du snobisme”...

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Guitry dans une formule lapidaire dont il avait le secret définit parfaitement le style des dessins de Jean Boullet: <<... C’est dessiné comme avec l’ongle et cependant il n’en est rien mais ce que ç’a d’aérien vient de ce que Jean Boullet jongle.>>.

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La galerie publie un très beau catalogue où pour 35€ vous retrouverez remarquablement imprimé, la quasi totalité de l’exposition. La préface échevelée est signée par Denis Chollet qui est aussi l’auteur en 1999, d’une passionnante biographie de Jean Boullet, “Jean Boullet, le précurseur”, aux éditions France Europe Editions Livres, rarement le style d’un biographe, ici échevelé, aura été autant en parfaite adéquation avec celui de son sujet. On y croise un monde à la Modiano, transfiguré par une écriture profuse.

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P.S. L’excellente et indispensable émission de France-culture, “Mauvais genres” a consacré en mai 2001 à Jean Boullet un de ses numéros. Si vous en possédez l’enregistrement pensez à moi...

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informations pratiques
Exposition Jean Boullet
jusqu’au 21 juin 2008
Au bonheur du jour
du mardi au samedi 14h30-19h30
Galerie au bonheur du jour
11 rue Chabanais
75002 Paris

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30 avril 2008

Dino Valls

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A l’occasion du Salon du dessin contemporain  je vous ai parlé d’un grand peintre dérangeant d’ Aujourd’hui, Jean Rustin dont le blog de Jean-Yves  parle très bien. Voici dans ce post un nouvel artiste aussi malaisant, Dino Valls, cette fois non du coté de la France et de l’expressionisme comme Rustin, mais de l’Espagne et de sa peinture mystique du XVII ème siècle.
Dino Valls est un peintre espagnol né en 1959 à Saragosse. Actuellement il vit et travaille à Madrid. il est aujourd'hui l'un des représentants espagnols de l'avant-garde de l'art figuratif.
Dino Valls est un artiste autodidacte, avant de se lancer dans une carrière artistique, il a préalablement obtenu son diplôme de médecin et de chirurgien.
Il a commencé à peindre en 1975 au cours de ses études de médecine à l'Université de Saragosse à l’époque  il participe à de nombreuses exposition de groupe  en Espagne et en France, où il reçoit plusieurs prix.

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Sa première exposition personnelle a lieu à Saragosse en 1981.  L'année suivante, il a reçu le San Jorge récompense pour la première place dans la peinture espagnole. Après avoir reçu son diplôme en médecine et de chirurgie en 1982, il décide de se consacrer exclusivement à la peinture. lIl déclare que sa peinture s’inscrira dans une perspective humaniste influencée par son l'étude de l'homme. Cette d'attitude n'est pas sans rappeler celle de nombreux peintres de la Renaissance.

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Il semble avoir garder de ses études médicale un penchant pour la dissection et une fascination pour les cire anatomiques. Ses toiles sont peuplées de personnages des deux sexes d’age divers, mais tous semblent sous l’emprise d’une taraudante souffrance intérieure qui rappelle celle que l’on peut lire dans les portraits des grands mystique  dans la peinture espagnole de la renaissance.

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Sa peinture s'élaborer et se développer selon les méthodes et techniques des maîtres du passé.
L’art de Valls est centré sur la psyché humaine. Sa technique figurative est au service d’un concept qui prend en charge les plus obscurs des pulsations qui habitent l’esprit humain par le biais de processus symboliques et intellectuelle.

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Sa passion pour la peinture ancienne lui fait faire de nombreux voyages pour aller étudier sérieusement les techniques des maîtres anciens dans les grands musées européens.
Entre-temps, il a continué à participer à de nombreuses expositions de groupe.
En 1991, Valls étudie l'art de la tempera à l'œufs et la technique des maîtres italien et flamands des 16e et 17e siècles; cette technique reste sa favorite  aujourd’hui.
En 1993, Valls a commence à participer à diverses foires d'art aux États-Unis à Miami, New York et aussi en Amérique du Sud en Australie et en Europe.

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29 avril 2008

Robert McCall, le peintre de Stanley Kubrick

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Robert McCall avec l'affiche qu'il a réalisé pour le film de Kubrick


Lecteur cinéphile vous ne pouvez pas ne pas connaître l’un des tableaux de l’artiste dont je vais vous parler, mais probablement vous ignorez son nom. En effet Robert McCall qui est né en 1919, est l’auteur de la célébrissime affiche de 2001 Odyssée de l’espace, le film de Stanley Kubrick. Il est aussi le père de celles de “The black hole”, de “Star trek”, “Tora, tora, tora”... Le choix de McCall par Kubrick est somme toute très logique. Le peintre avait déjà pris l’homme dans l’espace depuis 1960 comme sujet de prédilection. Dés son diplôme obtenu de l’Ecole d’art de Colombus dans l’Ohio, il choisit, fasciné par toutes les choses qui volent, d’illustrer la réalité et les rêves nés de la conquête spatiale. Peut être pour trouver plus d’inspiration pour ses paysages stellaires il déménage son atelier en 1970 de New York à une contrée désertique de l’Arizona où il travaille toujours.

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L’oeuvre de Robert McCall est dans la droite ligne de celle de Chesley Bonestell  (1888-1986) qui fut le pionnier de l’ “art spatial”. Son travail est loin de se limiter à la seule illustration réaliste des grandes pages américaine de l’épopée spatiale. Il est surtout un extraordinaire imagier des mondes futurs. C’est un peu le Robida  de la seconde moitié du XX ème siècle. Regarder certaines peintures de Robert McCall s’apparente à la lecture d’un bon roman de science-fiction. Si certaines de ses créations témoignent aussi des drames qui ont émaillé cette grande aventure scientifique, la plupart sont surtout de merveilleux passeports pour le pays de demain. C’est une célébration de l’avenir. Voilà enfin une oeuvre optimiste que l’on devrait montrer à tous les jeunes. Elle nous parle déjà d’un temps où nombre d’entre nous avaient le regard fiché dans les étoiles... Il me semble qu’aujourd’hui le grouillement des lémures rend la contemplation des cieux plus ardue...

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Robert McCall travaille dans des formats les plus divers du plus grand, c’est un muraliste reconnu qui a déjà décoré des maisons, des bureaux, des centre commerciaux, mais il est surtout l’auteur de la fresque qui orne le Space Museum de Washington DC (que je vous conseille vivement de visiter) qui est à la fois une belle synthèse de la conquête américaine de l’espace et aussi de sa production. Au plus petit, il a également créé dès 1971 de nombreux timbres pour la poste américaine, mais aussi pour d’autres pays. Il a même réalisé des vitraux pour une église. Il faut néanmoins dire que Robert McCall s’est surtout consacré à l’illustration et à la peinture de chevalet.
Allez sur le site  de l’artiste pour découvrir l’étendue et la diversité de l’oeuvre, pourtant sur presque un seul thème.
C’est pourtant à des images atypiques de Robert McCall que vont ma préférence, celles faisant revivre l’attaque japonaise de la flotte américaine à Pearl Harbor. Elle m’ont rappelé le meilleur Brenet . Vous pouvez trouver une autre version dessinée de cet événement et moult autres batailles aérienne, mais cette fois vu du coté japonais dans le chef d’oeuvre du manga qu’est Zipang...

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26 avril 2008

Kam Mak

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D'autres images de cet illustrateur sino-américain ici.

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25 avril 2008

James Paick

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James Paick travaille dans la conception des jeux vidéo à Los Angeles. Il est diplômé de la section art de l’université de cette ville. A part cela je ne sais pas grand chose de lui car ni son site, ni son blog  sont riche en informations biographiques. Néanmoins son cas est significatif. Il montre que le jeu vidéo contribue au regain d’un art figuratif aux Etats Unis. Il est un exemple également du mélange des techniques traditionnelles et numériques pour obtenir une image même si Paick semble fonctionner principalement digitalement. Il a beaucoup de talent pour créer une atmosphère grâce à des détails astucieusement suggérés. Il utilise souvent une palette limitée pour focaliser l’attention sur les parties importantes de ses compositions.

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Quelques Saint Sébastien modernes et contemporains

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Aurichio

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GRANT

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Heidelbach

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Jukowicz

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Mario Patino

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Egon Shiele

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24 avril 2008

Joseph Christian Leyendecker


Image_8Il est amusant de penser que la référence de la virilité américaine élégante et un rien machiste, c’est en tout cas ainsi qu’aujourd’hui on peut l’interpréter, soit l’oeuvre d’un gay, le dessinateur Leyendecker qui prit pour cela comme modèle son ami.
Si vous demandez à la plupart des gens (y compris américains) qui ont quelque culture, c’est à dire bien peu, de citer l’ illustrateur américain le plus significatif de la première moitié du 20e siècle, qui était à la fois un artiste de formation classique et un maître artisan, qui a été en grande partie responsable de l'image que nous avons du père noel, qui a eu l’idée d'utiliser un bébé pour représenter la Nouvelle Année dans les illustrations, dont la production s'étend  sur plus de 50 ans,  la réponse sera toujours Norman Rockwell, une réponse qui est fausse. C’est Leyendecker qu’il aurait fallu nommer.
Joseph Christian (Joe) Leyendecker est né le 23 mars 1874 à Montabour en Allemagne . Sa famille émigre aux USA alors qu’il a 7 ans et s’installe à Chicago.

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Comme plusieurs de ses contemporains, il fait preuve d’un talent de dessinateur précoce qu’encouragent ses parents; mais ceux-ci, modeste ne peuvent financer les études artistiques de leur fils. En 1889, à 15 ans, Joe entre  en apprentissage chez J. Manz et Cie., une firme de gravure de Chicago. Le soir, il suit des cours de dessins à l'institut d'art de Chicago. Un de ses professeurs est John H. Vanderpoel, dont les livres sur l'anatomie sont recherchés encore aujourd'hui. Vanderpoel a étudié en France et en a rapporté les techniques classiques du dessin d'Academie qu’il enseigne à ses élèves. Ses efforts doivent avoir été efficaces, car Leyendecker a rapidement de l’ avancement chez son employeur, de garçon de courses il devient illustrateur. J. Manz et Cie. n’ était pas seulement une maison d'impression souvent ses clients lui demandait de fournir des illustrations. Ainsi bientôt Leyendecker conçoit des affiches et des publicités. À l'âge de 19, il est chargé de créer 60 illustrations pour une édition de la bible que Manz doit produire.
En 1896, il a gagne un concour de couverture de magazine (le 2ème   est Maxfield Parrish !). Cela apporte à son travail une reconnaissance nationale et l’amène à réaliser des illustrations et couvertures de magasines nationaux.

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Image_7Une certaine aisance lui permet de partir à Paris en compagnie de son jeune frère,  Francis Xavier lui aussi un artiste très doué. Ils parcourent la France à l’automne 1896. Puis, les frères étudient à la célèbre Académie  Julian sous la tutelle de Jean-Paul Laurens. William Bouguereau en est alors son directeur. Les Leyendeckers sont considérés comme les élèves les plus doués de leur classe. Joe a eu une exposition individuelle de son travail au Salon de Mars.
Ils rentrent Amérique à l’ automne de 1898 et ouvrent un studio à Chicago qui travaille rapidement pour des publications importantes comme Colliers.  En 1900 Leyendecker transfert son studio à New York. Il est situé à l’angle de Bryant Park et de la 41 ème rue, à Manhattan.

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La rapide renommée Leyendecker  est sans doute venu de sa capacité d’avoir un dessin spécifiques et dont la signature est facilement identifiable. Dés cette époque,  son travail, se caractérise par  un discret homoerotisme . La figure centrale de ses images est souvent un beau jeune homme, surtout des athlètes, des soldats, des marins et des ouvrier faisant un travail de force. Ces hommes sont des figures héroïques, rappelant les idéaux classiques de l'Académisme français. Son style alors, utilise aussi parfois les sinuosités de l'Art Nouveau.

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Parallèlement à sa fructueuse carière de publicitaire il fait preuve dès 1895, d’ une grande activité en tant d’illustrateur de livres.

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Joseph Leyendecker devient rapidemment l'un des créateurs publicitaires les plus célèbre du 20ème siècle. Sa capacité de travail incroyable et sa dextérité  dans le dessin et la peinture, illuminées par sa sexualité gay, ont introduit une nouvelle esthétique dans la publicité. Il travaille essentiellement pour des marques de grand luxe.
Avant même l’existence du cinéma, Leyendecker dans ses illustrations invente une mise en scène que l’on peut qualifier de cinématographique.

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En 1905, il est embauché par Cluett, Peabody & Co. pour promouvoir leur marque Arrow . C’est cette campagne  qui assoit définivement sa réputation. Son homme, habillé de la chemises Arrow devint pour longtemp l’archétype et l’épitomé du mâle américain urbain et prospère. Cette publicité a propulsé Arrow comme la plus grande marque de chemises en Amérique. Leyendecker a fourni la majeure partie de la publicité de la marque jusqu'en 1930.

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Cette image de l'homme idéal reçut plus de demandes en mariage que son contemporain Valentino! Ses admiratrices ne surent jamais que le modèle en était Charles Beach l’amoureux du dessinateur! Charles Beach, est devenu l'équivalent masculin de la Gibson Girl, un idéal de beauté à suivre par tous les hommes américains.

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Leyendecker aurait rencontré Charles Beach en 1901. Lorsque jeune modèle venant de Cleveland il pose pour lui. L'artiste aurait été impressionné non seulement par le beau visage de Beach, mais aussi par sa capacité à tenir la pose pendant un long temps. Ils ont vécu ensemble cinquante ans! Si Beach était à l'origine un modèle, il est bientôt devenu pour Leyendecker en plus de son amant, son indispensable collaborateur. Leyendecker a tiré un voile efficace sur sa vie privée. Il est significatif qu’en 1974 quand Schau écrit son livre sur l’artiste (aujourd’hui épuisé et difficilement trouvable), il peut seulement remplir que 22 pages sur la vie de son modèle et presque la moitié de celles-ci sont consacrées à la vie de Leyendecker avant son installation à New York.

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Si l’on fait la nomenclature de ses très nombreuses illustrations on constate que beaucoup ont trait au sport, ce qui lui permet de rendre un bel hommage à la beauté masculine. Il peint de nombreuses affiches pour promouvoir la Ivy League de football, de baseball. Elles sont largement diffusées dans le monde étudiant.

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Leyendecker, en compagnie d’autres artistes importants comme Gibson, Christie, Flagg et Wyeth, réalise des affiches de propagande pendant la Première Guerre mondiale, pour encourager les gens à acheter des obligations de guerre.

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Au début des années 20 Il a eu une brouille avec son frère. Ce dernier lui même un excellent artiste a du constamment lutter contre l’étiquette de “frère” de Joe Leyendecker; il meurt d’une overdose en 1924 à l’age de 47 ans, alors que Joe Leyendecker atteint l'apogée de sa gloire et de sa productivité.
Si la mode masculine est probablement l'aspect le plus significatif des publicités signées Leyendecker, son travail ne se limite pas à ce seul domaine. Il a été aussi utilisé pour promouvoir une foule d'autres produits, notamment du savon, des automobiles, des cigarettes...

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Il semble bien que l’ambition secrète de Leyendecker était de s’imposer dans le monde de l’art, ce qu’il ne parvint jamais à faire; sans doute trop marqué par ses succès dans la publicité. Il reste néanmoins que son influence a été considérable, en particulier sur Norman Rockwell qui deviendra un ami et qui prononcera l’oraison funèbre à ses obséques. Leyendecker est inhumé au Woodlawn Cemetery du Bronx à New York. C’est d’ailleurs grâce au livre de souvenirs de Norman Rockwell que l’on connait quelques rares anecdotes sur la vie privée de Leyendecker.

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Aujourd’hui on trouve des réminiscences du trait de Leyendecker dans des domaines où à première vue on ne le soupçonnerait pas comme dans les jeux vidéo par exemple par l’intermédiaire de Terese Nielsen. Jusqu’en France où l’on retrouve sa marque comme dans le dessin d’un Le Gac ou chez un jeune créateur de Bandes dessinée comme Mathieu Lauffray...
leyendeckerportrait2Si sa vie privée reste un mystère ses motivations artistiques ne sont guère plus claires. On sait qu’il voulut, sans doute par intermitance réussir dans la peinture de chevalet, mais dans le même temps il a refusé des commandes prestigieuses de fresques murales, très en vogue dans l’ Amérique de l’entre deux guerres,  sans qu’on en comprenne complètement la raison. Est-ce sa formation à l’académie Julian qui pronait un art “populaire” qui l’expliquerait? Se voyait il  comme un artiste créant style d’art pour les masses à travers les magazines et les affiches tout en étant bien payés pour son travail?
Sa réussite financière est telle que dés 1914 il se fait construire un manoir à New Rochelle une élégante banlieue de New York fréquentée par les artistes. Le batiment a trois étages et est de style anglo-Normand (il existe toujours). Il y avait deux grands ateliers pour chacun des frères, deux salles de réception, sept chambres, cinq salles de bains, et quatre cheminées...  Leyendecker y habitera jusqu’à sa mort en 1951 avec son ami qui fut aussi son modèle, son cuisinier et son directeur commercial...  Cette maison était richement meublée dans un style vaguement Renaissance française, à la mode peu de temps après 1900. Des photographies rendrent bien l’ opulence évidente du décor. Elle semble avoir été conçu pour recevoir.  Frank  quittera la maison en 1923 de même que sa sœur Augusta suite à une querelle  familiale dont on ne sait rien.

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illustration de Frank.

Beach déclara dans une interview juste après la mort de Joe, qu'ils recevaient souvent dans les premières années quand Joe était au sommet de son succès. C’est ensuite qu’ils vivront en quasi reclus. Beach explique que Joe refusait de laisser les engagements de la vie sociale dévorer son temps voué à sa peinture.
Il semble néanmoins qu’ils participaient,  au moins en partie, à la vie sociale locale dans un petit cercle d’ artistes voisins.
Il faut noter que de 1919 à 1930 les illustrateurs récurrents des grandes revues étaient des personnages très “people”, un peu comme le furent les grands photographes dans les années 80. Dans ce contexte, le curieux manque de photographies de Leyendeckers et de Beach est extrêmement étrange, pour un artiste aussi connu qui se devait d’être aussi une personnalité publique...

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Pendant plus de quarante ans, Leyendecker a une relation privilégiée avec le populaire hebdomadaire Saturday Evening Post dont il réalise la plupart des couvertures et toutes celles des numéros spéciaux. Au total, il a produit plus de 300 illustrations pour la revue. Aucun autre artiste, jusqu'à l'arrivée de Norman Rockwell , deux décennies plus tard, sera autant  identifié à une publication.

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Pour ses illustrations il aurait travaillé en plusieurs étapes. Il peint d’abord à petite échelle des études préparatoires à l’huile et sur toile; Ensuite il les transfère, toujours à l’huile et sur toile, en plus grand utilisant pour cela la classique technique du carreau. Il a presque toujours pris soin de signer les différentes étapes de son labeur; malheureusement à sa mort la plupart de ses études ont été découpé façon puzzle  par Charles Beach...

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Son travail d’illustrateur a beaucoup influencé les campagnes publicitaires photographiques qui peu à peu remplacèrent les beaux dessins de Leyendecker.

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A partir des années 40 la photo concurence gravement les illustrateurs. Malgrè sa célébrité, Leyendecker en est lui aussi victime. S’il continue à avoir des commandes, comme cette série de portraits de grands militaires, il doit réduire son train de vie. Il garde son manoir mais doit se séparer de ses nombreux domestiques...

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En dépit de sa renommée la vie de Leyendecker est mal connue. Il a vécu discrètement mais sa sexualité et sa vie privée le contraignait à cela; un coming out aurait à l’époque signifié pour lui la ruine. En outre il aurait été très timide et aurait parlé avec un léger bégaiement. Il a vécu dans quasi-solitude, enfermé la plupart du temps, dans dans la tour d'ivoir qui était son atelier. A sa mort son ami a détruit beaucoup dessins, de correspondances ainsi que ses journaux intimes. On ne sait pas s’il agissait de son propre chef ou s’il suivait le désir de l’artiste. Il faut aussi avoir présent à la mémoire la période, l’apogée du Macarthisme, alors être convaincu d’homosexualité pouvait conduire en prison. Il est pourtant évident que l’on ne pouvait pas ignorer l’homosexualité de Leyendecker mais se dernier ne l’ayant jamais revendiqué il ne risquait pas grand chose. Dans cette société américaine hypocrite, le crime est dans le dire plus que dans le faire! Beach suivit son ami dans la mort  de quelques mois.

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En 2000 la poste américaine a émis un timbre à l’ effigie d’ “Un couple de danseurs” de JC Leyendecker dans sa série the American Illustrators commemorative. L’original de cette image a été vendu aux enchère la même année pour 50 000 $

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Bien qu’aujourd’hui, il n’y ait seulement que quelques personnes, même aux Etats unis, qui connaissent le nom Leyendecker, mais cela est en train de changer car recemment plusieurs musées (Fullerton, Stockton...) ont organisé des expositions Leyendecker, son travail a été parmi les plus populaires de son époque, en raison de sa capacité à transmettre l'essence à la fois la vie quotidienne en Amérique et des événements internationaux par le biais de peintures qui reflètent son sens unique de l'art dramatique mélant romantisme et humour . Son travail a aidé à définir l’image de l’Amérique autant que le cinéma.
À bien des égards, les images de JC Leyendecker furent la personnification de l'Amérique, elles en sont venus à symboliser la culture, et la civilisation américaine.

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21 avril 2008

Vintage/Vantage où Voinquel à New-York

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Il y a longtemps que je voulais vous parler de cette galerie                     Wessel + O'Connor Fine Art, sise au 111 Front Street, Suite 200 à Brooklyn, New-York. L'occasion m'en est fourni par l'exposition actuelle, Vintage/Vantage qui se déroule jusqu'au 3 mai 2008 et sous le titre vintage rassemble un nombre important de photos anciennes dont le thème est la beauté masculine, thème s'il n'est pas unique à cette adresse y est néanmoins récurrent.
Pour les chanceux qui seront dans les parages il verront certes les habituelles vedettes de ce genre de manifestation, Gloeden, Herbert List, George HOYNINGEN-HUENE, Edward MUYBRIDGE... plus originale est la présence d'images de deux photographes italiens, Gaetano D'Agata (1883-1949) et Vincenzo Galdi (1856-1931) et de celles de l'autrichien Rudolph KOPPITZ (1884-1936) dont une belle photographie sert d'affiche à l'exposition.

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Gaetano D'Agata                           Vincenzo Galdi.

La photographie américaine est aussi représentée par un photographe de moi totalement inconnu, John Hernic, mais aussi par PAJAMA (PAul Cadmus , JAred & MArgaret French) et par George Platt Lynes.
               

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John Hernic

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PAJAMA Paul Cadmus, Provincetown, 1940.

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PAJAMA, George Platt Lynes & Jonathan               Tichenor, Fire Island"1945

Mais surtout il découvriront des nus fort rares du grand photographe de plateau Raymond Voinquel.
Le nom de Voinquel me fait me souvenir de mon inoubliable rencontre avec ce photographe.
J'ai rencontré aux alentours de l'année 1990 ce grand monsieur de la photographie pour essayer de monter sa première rétrospective à Paris sous l'égide du Salon d'Automne, dans le cadre prestigieux de la nef du Grand Palais. Son adresse m'avait été donnée par notre sémillant et incapable attaché de presse qui jouait les intermédiaires encombrants...

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Raymond Voinquel

Raymond Voinquel me reçut fort courtoisement, ce qui n'était déjà pas gagné car il passait pour être un ermite inabordable selon la rumeur qui entourait le personnage. Le vieux monsieur vivait dans un petit studio duquel, en se penchant on pouvait voir l'arc de Triomphe de la Place de l'Etoile. La pièce était encombrée de meubles volumineux dont un énorme lit et une grande armoire normande d'où il me sortit de nombreuses boites dûment étiquetées qui chacune renfermait des trésors. Je fus surtout subjugué par la collection de photographies de nus de Jean Marais. Ma contemplation était régulièrement interrompue par les deux colocataires du photographe, un perroquet qui n'arrêtait pas de voleter dans l'appartement et un gros chat persan qui semblait s'être pris d'amour pour ma jambe.

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Raymond Voinquel

Les superbes photographies que Raymond Voinquel me montrait, n'étaient pas les seules supports de mon admiration. Le moindre morceau de mur était occupé par des peintures ou des dessins soigneusement encadrés dont je reconnus certaines signatures, Bérard, Cocteau... Mais le plus surprenant était que le plafond était également intégralement rempli de cadres ce qui obligeait à se casser le cou en arrière pour voir très inconfortablement les toiles. Raymond Voinquel nullement vexé par mon intérèt pour son décor me précisa les auteurs et l'histoire de chaque oeuvre, il m'enmena même dans la petite salle de bain contigue à la pièce principale qui avait, elle aussi des murs sur lesquels les tableaux étaient à touche touche. Le plus surprenant etait que, juste au dessus de la baignoire, sur toute sa longueur, était accroché une huile représentant un homme nu.
Si le photographe s'était montré on ne peux plus aimable avec moi, je ne réussis pas à organiser l'exposition tant ses conditions étaient extravagantes. Je ne parvint pas plus à lui acheter une photographie malgrè mes offres pressantes me répondant qu'il ne vendait plus rien gardant tout pour les musées!

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Voinquel

Les américains sont assez joueurs et ont la curieuse tendance à cacher leurs galeries donc pour atteindre ces merveilles il vous faudra être un peu astucieux. Sur la carte ci-dessous le A indique la position de la galerie.A l'adresse il faut prendre l'ascenceur jusqu'au 2nd floor, soit notre premier étage tourner à gauche et la galerie est la première à droite au numéro 200. Auparavant je vous conseille de venir de Manhattan par le Brooklynd bridge et d'ainsi admirer les gratte ciel de New-York dont on a une vue imprenable...

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20 avril 2008

Figuration narrative au Grand Palais

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Réjouissons nous le Grand Palais est libéré des impressionnistes. Enfin une exposition officielle de peintres vivants.
Voilà un accrochage qui chez moi à la fois remué bien des souvenirs et fait naître bien des questions.
Avant remémorations et interrogations, voyons de quoi il s’agit . Nous avons à faire à un panorama de l’”école”, non constituée, de la figuration narrative  qui a regroupé un certains nombre de peintres qui s’opposaient au diktat de l’abstraction de l’école de Paris. Il s’agissait entre autres de Monory, Fromanger, Rancillac, Klasen , Arroyo , Erro... Comme le nom de leur groupe l’indique trouvé, par leur rassembleur, le critique Gérald Gassiot-Talabot , ils se voulaient et se veulent toujours pour les survivants de cette équipée, figuratifs mais au delà de la forme (et pourtant!) qui est nourri de la BD, de la photographie, du cinéma ou des images d'actualité. Ils avaient aussi en commun un grand sens de la couleur qu’ils utilisaient souvent pure en et aplat.


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Peter Saul

Mais ils étaient surtout, et le sont resté pour certains, très engagés à gauche. A  ce titre ils ne s’opposaient pas seulement à l’abstraction mais aussi à la “figuration bourgeoise” que l’on pouvait voir rive droite avenue Matignon où à la galerie de Paris qui était le fief d’Yves Brayer, cette peinture aujourd’hui se survit, complètement ignorée de la critique, chez un Jouenne par exemple. Contrairement à ces peintres dont la peinture, surtout de paysages, est étrangement intemporelle, riche en “petites bretagnes” et “provences ensoleillés, nos mousquetaires de la figuration narrative voulaient ferrailler avec les tenants du pouvoir capitaliste. Ils entrèrent très vite en conflit avec un autre groupe, Les nouveaux réalistes César, Arman, Ben..., organisés par le charismatique Restany, qui étaient les tenants d’un art sociologique. Ils étaient classés à droite à cause de leur mentor. Cette guerre des clans curieusement ne paraissait pas, alors ridicule; mais ce dont ne s’aperçurent pas les belligérants c’est que les américains allaient les mettre très vite tous d’accord. Paris n’était plus le centre du monde de l’art c’était dorénavant New York. Un événement allait les réveiller, mais trop tard, l’attribution du Grand Prix à la biennale de Venise de 1964 à Rauschenberg.

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Fromanger

Comble de malheur pour la figuration narrative, dans ces mêmes années, Paris découvre le pop art anglais et surtout américain avec notamment Wahrol et Rosenquist. Des critiques assez mal intentionnés (et dollardisés) accuseront la figuration narrative de copier les anglo-saxons.
Faisons immédiatement un sort à cette accusation. Si comme les artistes de la figuration narrative ceux du pop art se servent, d’une part des objets du quotidien et d’autre part la photographie et la reproduction mécanique entrent dans leurs pratiques, ces derniers font un art de constatation alors que pour les peintres de la figuration narrative sont fermement ancrés dans la contestation.

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Télémaque

Une réflexion entendue lors du vernissage, émise trop fort par une jeune femme élégante, trop jeune pour percevoir l’enjeu politique de ces œuvres, je reviendrais sur la perception que l’on peut en avoir aujourd’hui, se plaignait de la laideur des tableaux (avis que je ne partage en rien). Cette remarque met en exergue une autre grande différence entre la figuration narrative, qui ne s’est jamais souciée du beau, et le pop art dont le souci décoratif est évident. Je précise que le beau et le décoratif, concernant l’art, ne sont pas des gros mots chez moi. A ce propos je mettrais un peu à part deux artistes de la bande Monory et surtout Gilles Aillaud dont j’ai beaucoup de mal à imaginer que le beau n’est pas été une de leurs préoccupation majeure.

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Gilles Aillaud, La bataille du riz, 1968

En 2005 Fromanger s'exprimait sur la notion de beauté: << Certes, il y a des critères, des définitions, des codes, un académisme de la beauté. Aujourd'hui, les définitions sont contradictoires, d’ailleurs aussi bonnes les unes que les autres. Si pour reprendre Breton, la beauté doit tenir  le coup devant le journal du matin, je suis d’accord. Voilà un des sens que je peux donner à la beauté : tenir le coup devant le journal du matin. Si, comme Picasso, la beauté doit sentir sous les bras, je suis encore d’accord. A une époque où l’on ne pisse plus, on ne chie plus, on ne sent plus, on ne crache plus, c’est pas mal. Je peux t’en dire vingt comme ça. Mais LA beauté, je ne sais pas ce que c’est.>>.
Petit aparté à  propos de Monory , il est amusant de voir chez un peintre membre d’un groupe qui contestait la consommation sa fascination pour l’automobile, fascination qui ne s’est jamais démenti comme le prouve ses dernières toiles montrées à Art Paris , il y a deux semaines. Cet amour de la bagnole chromée il le partage avec son collègue américain du pop art Rosenquist. Monory est à mon avis le Seul artiste de la figuration narrative que l’on peut rapprocher du pop art.

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Monory, voiture de rêve, 2007

Un aparté menant à une digression voyons le cas de Gilles Aillaud  (1928-2005) dont le discour politique est parfaitement inaudible face à ses splendides toiles (exception faite pour “Vietnam la bataille du riz”) qui représentent des animaux dans leur cage au zoo. La dénonciation de l’enfermement ne me parait pas sauter au yeux. Son talentueux suiveur, Bourquin peint le même type de sujets sans vouloir y mettre aucune charge politique.

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Oeuvres de Gilles Aillaud dans l'exposition.

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Gilles Aillaud, à la fin de sa vie, devant une toile qui est exposé au Grand Palais

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Une digression conduisant à un complément d’information, le peintre Cuéco est bien le même homme qui, il n'y a pas si longtemps ravissait les auditeurs de l'indispensable émission de France-culture, "Les papous dans la tête de ses propros cocasses sur les latrines et autres lieux d'aisance. Il est aussi l'auteur de "Dialogue avec mon jardinier" récemment adapté au cinématographe.

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Henri Cuéco, Marx Freud Mao, 1969

Un complément d'information pouvant induire un nota, le lecteur attentif du blog s'apercevra combien les pièces de Fromanger exposées ici sont éloignée de celles qu’en chantre de la Bastille j’ai admiré au salon du dessin contemporain.

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Oeuvres de Fromanger dans l'exposition

Le nota ne pouvant conduire qu’à une précision en voilà une à propos de Rancillac car si vous avez connu de près ou de loin mai 68, vous ne pouvez pas avoir eu connaissance d’une de ses affiches (que l’on voit au Grand Palais) celle célèbre du portrait de Daniel Cohn-Bendit, légendé Nous sommes tous des juifs et des allemands ".  Elle a été dessinée en juin 1968 par Bernard Rancillac, pour protester contre l'expulsion du meneur du mouvement alors qu'il s'était réintroduit clandestinement en France quelques jours plus tôt. Elle a été réalisée dans l'Atelier populaire, autrement dit l'atelier de lithographie de l'Ecole des beaux-arts, annexé pour l'occasion. Le 5 avril 2008 un exemplaire de cette affiche a été vendue pour 2687 euros!

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Rancillac

La politique est rarement bonne conseillère ainsi la plupart des membres de la figuration narrative firent sur l'invitation de Fidel Castro et du peintre Lam un voyage à Cuba où il exposèrent leurs toile. Je ne peux que rapprocher cette excursion avec le fameux voyage en Allemagne en 1943 dans lequel se compromirent des peintres comme Derain et de Vlamynck, même si ce n'est pas tout à fait semblable de se faire goberger par Hitler en 1943 et par Fidel en 1967 mais tout de même...

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Fidel par Rancillac

Autant de considérations historiques et politiques quasi absentes de l’exposition, fort peu pédagogique. Tout le contraire du formidable catalogue qui offre à l’acheteur, pour 50€ tout de même, un extraordinaire voyage dans le temps avec le calendrier très illustré des combats artistiques qui se déroulaient dans le Paris des années 60. S’y ajoutent, en fin de volume, après les belles reproductions des œuvres exposées, d’éclairantes interviews des protagonistes, Erro, Cuéco, Jouffroy, Klasen , Rancillac, Télémaque ...
La grande question qui se pose, hors de son contexte politique, ces tableaux tiennent-ils pour ceux qui n’ont pas connu cette période. Je suis incapable de répondre à cette question, car trop d’ affectes, en ce qui me concerne, polluent mon jugement. Jouffroy dans l’interview du catalogue semble bien avoir raison quand il dit: << La figuration narrative, c’est la peinture à laquelle il faut ajouter les commentaires innombrables qu’elle a suscité l’espérance qu’on a eue.>>. (ci-dessous une toile de Klasen)

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Il me semble que c’est le bon moment pour montrer cette peinture, car je sent monter, pour le meilleur et pour le pire, une repolitisation des esprits, même si je ne pense pas qu’elle puisse atteindre le degré d’exaspération qu’elle atteignait à l’époque où étaient peints ces tableaux. Une conscience politique me parait indispensable pour appréhender les courants artistiques de ces années là. Mais n’en est-il pas de même pour la littérature contemporaine à la figuration narrative tel le roman “Les choses”   de Pérec à qui cette rétrospective m’a fait beaucoup penser.

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Fromanger

Pour continuer dans ce difficile mariage entre la peinture et la politique, qui irrigue toute l’exposition, un oubli me parait dommageable pour la compréhension du public à la continuité historique de l’histoire de l’art, celui de Fougeron (décédé en 1998). Il faudra bien un jour sortir Fougeron du purgatoire et admettre, malgré son statut durant l’immédiate après guerre de peintre officiel du Parti Communiste Français et seul représentant du réalisme socialiste à la française, qu’il fut un peintre digne d’intérèt et le précurseur de la figuration narrative. Avec des moyens plus traditionnels Fougeron avait le même but que des artistes comme Arroyo, Fromanger , Télémaque, faire passer un message politique à travers la peinture. On retrouve aujourd’hui l’echo de la facture des tableaux de Fougeron dans ceux d’Erro qui eux même ne sont pas pour rien dans ceux de Speedy graphito.

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Fougeron

On peut s’etonner aussi de l’absence de Jean Jacquet, trop jeune? pourtant actif dans les mêmes années, ou de celle de Cremonini et Segui un temps compagnons de route...
Il ne faut pas oublier de rappeler que cette peinture est aussi une peinture générationnelle. Tous les membres du groupe, on aujourd’hui aux alentours de soixante dix ans. Et qu’elle est aussi le fruit de  l’émergence de nouveautés techniques comme l’arrivée de la peinture acrylique, de l’épiscope et de l’aérographe...

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Erro

S’il y a une assez grande unité politique entre les membres de ce que j’hésite à qualifier d’école, il n’y a en rien une unité esthétique. Cette diversité pourra surprendre le visiteur. Autre chose qui pourra le désarçonner nous sommes en face de tableaux qui sont au début ou et à l’origine des oeuvres de peintres qui n’étaient alors âgés que d’une trentaine d’années et qui sont pour la plupart loin de leur apogé artistique. Comme vous le voyez une exposition où il ne faut jamais perdre de vue le sablier du temps.

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Arroyo, une toile de 2007

Cette visite comme je le disais en préambule a ravivé bien des souvenirs. Il se trouve que j’étais présent au vernissage de “l’exposition Pompidou”, dans ce même Grand Palais en 1972, événement que les commissaires de l’exposition d’aujourd’hui ont choisi comme le terme de la figuration narrative. Je ne me souviens plus, au tout jeune homme que j’étais alors, ce qui avait valu cet honneur. Je me rappelle d’avoir échappé aux horions qui furent le cuisant souvenir de cette escapade artistique pour certains et de n’avoir entendu qu’au loin le hourvari des protestataires. Je dois dire qu’en cette belle année 1972, je n’avais à peu près rien compris à ce que j’avais vu n’ayant aucune formation artistique et un mince bagage culturel. J’avais tout de même compris l’orientation politique des artistes et certains messages qu’ils voulaient faire passer.
Cette incompréhension d’alors, nourrit mon inquiétude d’aujourd’hui, car au moins à l’époque je baignais dans l’actualité dont étaient issu de nombreux tableaux et j’étais en pleine bataille d’idées; nous sommes avec la figuration narrative dans une peinture d’idées, là encore comme pour les vocables beau et décoratif rien de péjoratif dans ce terme de peinture d’idées; la grande peinture classique d’un Poussin est entre autres cela. Le spectateur de 2008, dans un monde qui bannit l’idée, ignorant de la sophistication technique que demande la réalisation de plusieurs des œuvres exposée et coupé de l’actualité du moment qui les a accouchées que comprendra-t-il? Que verra-t-il?

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Galeries nationales du Grand Palais jusqu'au 13 juillet 2008
tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h, le mercredi jusqu'à 22h
   

Posté par bernar alapetite à 08:27 - DE CIMAISES EN CIMAISES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 avril 2008

Lovis Corinth au Musée d'Orsay

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Alors que la programmation des expositions à Paris ne brille pas par son audace, on ne remerciera jamais assez le musée d’Orsay pour nous avoir fait découvrir tant de peintres de grands talents. Au moment où son directeur Serge Lemoine quitte son poste. Je ne suis pas trop inquiet puisqu'il est remplacé par Guy Cogeval qui fut commissaire des belles expositions consacrées à Hitchcock et à Walt Disney.
J’ose le pluriel car je ne crois pas être le seul à qui le musée d’Orsay a étendu grandement son horizon artistique. Lovis Corinth que nous découvrons aujourd’hui est certainement l’un des plus remarquables. Pour ma part j’ignorait jusqu’au nom de cet artiste qui pourtant joui, à juste raison, d’une grande notoriété chez ses compatriotes allemands. Par cet exemple, on voit combien on est très loin d’une culture européenne. Mes lecteurs habituels on sans doute remarqué mon très modeste effort pour que la peinture anglaise ne soit plus complètement ignorée de ce coté ci de la Manche. Avec cette exposition je m’aperçoit que l’on est également complètement ignorant de la peinture allemande. Le titre de la rétrospective, Lovis Corinth (1858-1925) entre impressionnisme et expressionniste est réducteur et un peu trompeur comme si l’artiste était entre les deux manières sans avoir réussi à en choisir une. C’est tout le contraire Lovis Corinth a été impressionniste évoluant vers un expressionniste pour le dépasser. Il a été bien d’autres choses encore à commencer par pompier il fut l’élève de Bouguereau mais aussi caricaturiste, réaliste et presque abstrait dans certains paysages à la fin de sa vie... Mais ce qui est remarquable chez cet artiste dont l’énorme personnalité et la gourmandise envers la vie transparaît dans chaque toile, c’est qu’il n’a jamais été prisonnier d’une école, n’hésitant pas pour donner plus de force à son propos à mélanger plusieurs manières en un seul tableau.

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L'artiste n'est pas seulement un grand peintre c'est aussi un remarquable dessinateur et graveur comme en témoigne ces études d'expression entre Ingre et Daumier...

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Quand à la liberté de regard sur les sujets, à la crudité du propos, Il faut attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour trouver des artistes aussi peu inhibé, je pense à Gilbert et George, que Lovis Corinth. Sa relecture de la passion du Christ n’est pas faite pour les gentils catéchumènes bêlants. Dans “Le grand martyre” on voit  jésus nu comme au premier jour, le sexe rabougri tordu dans un dernier spasme de douleur arc bouté à ses bois de souffrance pendant que quatre zigs s’affèrent pour le clouer au mieux. Dans une descente de croix, un malabar à la mine patibulaire tente, à l’aide d’une pince monstrueuse, qui m’a évoqué celle que manient les métallurgistes pour saisir le feuillard à la sortie des laminoirs, d’arracher les clous comac qui rivent le crucifié à son arbre de souffrance comme l’épingle fixe le papillon sur son velours de présentation.

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Lovis Corinth a beaucoup produit (malheureusement quelques une de ses toiles ont été détruites durant la dernière guerre)  mais c'est sans doute dans ses nus de tous les âges et des deux sexes que son ode à la vie est le plus présent comme dans  son Diogène  de 1892.

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L’érotisme n’est jamais loin chez ce passionné de la chair, sans oublier parfois une pointe d’humour comme dans ce qui est mon tableau préféré, “Les armes de Mars” où il parvient à subvertir en un détail ce thème classique. On y voit trois charmants enfançons  nus qui portent les armes du terrible dieu pendant que Vénus qui, tout en se coiffant, se mire dans le bouclier de Mars. Mais si l’on suit son regard, ce n’est pas son image qui la captive en fait , et je la comprend, elle reluque le beau jeune homme nu qui maintient le bouclier miroir devant elle.

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Son véritable maître, et l’une de ses grandes sources d’inspiration c’est Rembrandt. Comme lui toute sa vie Corinth s’est pris pour modèle se regardant en face, sans jamais se flatter, se ridiculisant même parfois, jusqu’à cet ultime toile deux ans avant de disparaître où la mort déjà s’invite dans les yeux du peintre.

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Il a su tirer toute la substantifique moelle de l’enseignement du génie hollandais en regardant ses toiles. On voit bien dans le portrait d’une vieille femme dans lequel le visage est rendu par une succession de petites touches finissant par faire une pâte épaisse où se lisent les rides de l’ aïeule qui contraste avec la matière lisse du fond et de la vêture, combien il a parfaitement assimiler la technique de Rembrandt.
Ce n’est plus Rembrandt qu’évoque ce nu féminin couché de 1907, c’est du Lucian Freud soixante ans avant!
Quand aux paysages  de son cher lac de Walchen  dans lesquels la nature se convulse c’est du meilleur Soutine.

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On voit bien que Corinth a beaucoup scruté non seulement Rembrandt mais aussi Hals, Manet, Cezanne, Murillo... Mais face à la toile il a toujours su rester lui même. Il n’a jamais oublié non plus de regarder par la fenêtre, ou dans la chambre, sa femme se lever de son lit ou prendre son bain. Parfois il nous offre aussi de savoureuses extravagances comme Persée et Andromède (ci-dessous).

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Lorsqu’il est atteint, à la fin de 1911, d’une attaque cérébrale qui le laisse momentanément paralysé du coté gauche, ce boulimique de peinture travaille encore plus comme s’ il avait compris qu’il n’avait plus guère d’années pour mettre sur la toile ce qu’il avait en lui. Sa palette s’éclaircit, sa touche se fait plus large. Elle devient un élément d’équilibre du tableau, entrant dans la composition du cadre.
Peu après son accident de santé il peint une de ses toiles les plus magistrales Ecce Homo où pour ma part j'y voit un médecin conduisant un malade au tombeau autant qu'un soldat le Christ à son calvaire.

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On ne s’etonnera pas que tant de liberté dans les sujets le ton et la manière lui ait valu de figurer dans le panthéon de l’art dégénéré des nazis. Ces derniers c'est certain ne pouvaient pas voir en cette Salomé, (voir ci-dessous) sadique et aguicheuse une Lorelei génitrice.

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Le catalogue de l'expositon est fort bien fait, outre qu'il nous donne à voir les quelques toiles exposées seulement à Leipzig et Ratisbonne il nous renseigne sur la vie artistique en Allemagne à la fin du XIX ème siècle et au début du siècle dernier.
Il y a peu dans mon compte rendu de la visite de la rétrospective Louise Bourgeois j’exprimais combien il était difficile de communier avec une oeuvre, surtout quand elle est autobiographique, mais elles le sont toutes un peu, lorsque l’on éprouve pas de sympathie ou au minimum d’empathie pour le créateur, comme c’était mon cas pour l’artiste américaine. Il en va tout autrement avec Lovis Corinth dont il me semble qu’il est difficile de ne pas aimer non seulement l’art mais aussi l’homme tant toute son oeuvre crie l’amour de la vie et l’ouverture d’esprit d’un peintre qui a su si bien magnifier à la fois l’érotisme et la vie de famille et dont toute l’oeuvre est aussi bien une ode à la culture qu’à la nature.

L'exposition dure à Paris jusqu'au 22 juin. Elle ira ensuite à Leipzig du 10 juillet au 18 octobre, puis à Ratisbonne du 9 novembre au 15 février 2009

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