13 mai 2008
La collection Sigg d'art chinois contemporain à Barcelone
L’exposition que je vous conseille de visiter, jusqu’au mai 2008 à la fondation Miro à Barcelone, est dans la ligne de celle du “sot art” russe que l’on a pu voir l’année dernière à la Maison rouge à Paris. Elle porte un titre savoureux que l’on peut traduire en français par “Rouge à part”... Elle comporte 80 travaux de 51 artistes chinois.

Paysages chinois tatouage n°4 photographie de Huang Yan
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L’idée commune de toutes ces œuvres est la contestation des régimes autoritaires, à la Maison rouge, celui de Moscou, à Barcelone, de Pékin. On retrouve par exemple souvent la même confrontation, à Pékin comme à Moscou, dans une image entre un symbole du communisme ou de la civilisation chinoise et un archétype de la société de consommation, pour ces artistes Coca Cola en semble être le drapeau idéal. Mais cocorico Chanel est aussi mis au pinacle de l’occident dans l'installation de Wang Guangyi pour lequel on peut parler de pop art chinois.
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On peut tout de même remarquer d’emblée une différence sensible. Le “sot art” n’hésite pas à mettre en situation, pour les ridiculise, les dirigeants russes actuels, en particulier Poutine, alors que les œuvres exposées à Barcelone semblent se limiter surtout à la critique de l’époque maoïste. On peut néanmoins remarquer un tableau représentant la place Tiananmen dans lequel la foule qui s’ y est massée semble être composée que par les ectoplasmes des étudiants massacrés.
Derrière la porcelaine de Xu Yihui "Le garçon lisant le livre de Mao, on aperçoit La place de Tiananmen de Yin Zhaoyang
Il serait néanmoins réducteur de ramener “Rouge à part” à une exposition uniquement politique ou méta politique. Par exemple les photographies de Liu Zheng, de O Zhang, de Zhang Huan... ne relèvent pas de cette catégorie.
photographie de Wang Ningde.
Il est pourtant difficile, pour un visiteur occidental, de ne pas se focaliser, surtout dans le contexte actuel, sur les œuvres les plus politiques, celle ci dessous résume une partie de l'exposition.
Art and politics de Wang Guangyi.
La contestation chinoise est ici souvent joyeuse et parodique. L’humour est heureusement bien présent comme dans le tableau de Shi Xinning où Mao septique (?) scrute l’urinoir de Duchamp.
Comme on le voit les références à l’art occidentale sont constantes, Mao dans la toile de Yu Youhan peint à la façon de la Marilyn Monroe de Warhol, les accumulations à la manière d’Arman, photographiées par Hong Hao.
Si presque toutes les pièces exposées relèvent de l’art figuratif, on ne trouve aucune trace d’une peinture naturaliste chinoise dont est issu au moins un grand peintre, Dong (voir le film que lui a consacré Jia Zhang Ke, disponible en bonus du dvd de “Still life” chez MK2)...
une toile de dong que vous ne verrez pas à Barcelone
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“Rouge à part” ne se veut pas un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Il faut rappeler que toutes les pièces viennent d’une seule collection particulière, celle de Uli Sigg qui comporte aussi bien des œuvres que pour aller vite je vais qualifier de contestataires, c’est celle que l’on peut voir à la fondation Miro, que des installations des plus avant gardistes, sans oublier des peintures d’un pure style réalisme socialiste de la période maoïste, absentes à Barcelone.
Tableau type du réalisme socialiste maoiste (reproduction photographié dans la boutique du musée).
.Uli Sigg, homme solitaire, est le plus influent collectionneur d'art contemporain chinois dans le monde. Sa collection est riche de 1200 pièces des toiles, des vidéos, des photos, des sculptures, des installations... qu’il rassemble depuis la fin des années 70. Uli Sigg est un grand nom dans le monde de l'art contemporain chinois. On peut même craindre, même s’il n’est pas un acheteur complètement hégémonique ( il y a aussi notamment le baron belge Guy Ullens de Schoten mais dont la collection est moins contestataire, elle a été exposée dans la capitale chinoise), que ses choix influencent celui-ci. Ambassadeur de Suisse à Pékin de 1995 à 1998, Il est aujourd’hui le vice-président de Ringier Holding AG, la plus importante société de médias suisse. Sa collection comprend des oeuvres créées par 160 artistes qui sont rares dans les musées nationaux chinois ou les galeries de Pékin ou de Shanghai, ce qui n’ étonnera guère.
collage de Luo brothers
Il est évident que la collection ne pourrait pas être montrée en Chine. Pendant son séjour en Chine, Uli Sigg commença par acquérir (avec la discrétion de mise chez les entrepreneurs et les diplomates) les travaux d'artistes correspondant à ses centres d'intérêts, certes variés, mais toujours empreints de la culture occidentale. Il s’est surtout intéressé à la transition entre le réalisme socialiste et l’art international en vigueur dans les grands musées d’art contemporain. Par la suite il a recherché a établir un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Ainsi aujourd’hui le plus grand musée d'art chinois contemporain ne se trouve pas en Chine, mais près de Lucerne, au château de Mauensee. Le public n'y a toutefois pas accès, cette propriété étant la résidence de Rita et Uli Sigg. L’exposition de Barcelone est donc une occasion unique de pouvoir la découvrir.
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collage de Luo brothers
Le collectionneur est bien conscient de la mutation de l’art en Chine: << il y a 25 ans lorsque j’ai commencé à collectionné l'art contemporain chinois, il y avait là l’art “mondialisé” et à coté l’art chinois. Mais maintenant nous les voyons les rapprocher. Ils vont fusionner à l'avenir... La production est totalement libre. Mais pas l'exposition, puisqu'elle empiète sur l'espace public. Ce qui veut dire: pas de Mao, pas de sexe! Et étonnamment, c'est plus strict à Shanghai qu'à Pékin. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J'en ai parlé avec beaucoup d'artistes, personne ne peut l'expliquer... >>.
Zhang Xiaogang
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Avant Barcelone, un échantillonnage de la collection avait été montré en 2005 au Kunstmuseum de Berne et en 2006 à la Hamburger Kunsthalle de Hambourg. On peut toutefois espérer que cette manifestation voyagera et que d’autres institutions de par le monde, et en particulier à Paris, seront bientôt intéressées par cette formidable collection qui, en attendant, bénéficie à Barcelone d’une très belle présentation où chaque œuvre est bien mise en valeur, peut respirer et n’entre pas en confrontation avec sa voisine.
Les commissaires de l’exposition ont sélectionné des œuvres lisibles (ils ont par exemple écarté les vidéos et les œuvres trop autobiographiques) pour un public cultivé occidental un peu au fait de l’histoire récente de la Chine et de l’histoire de l’art. Car la plupart des peintures (ce n’est pas le cas pour la photographie) que l’on voit s’incrivent fortement dans un courant post modernisme revisitant les œuvres de l’art du passé. Le plus savoureux exemple est “La liberté guidant le peuple” interprété par Yue Min Jun. Le tableau fait partie d’une vaste installation, “An 2000” comprenant, outre le tableau pré cité, un autre où des personnages semblables, auto portrait de l’artiste, toujours s’esbaudissant, sont comme “connectés” entre eux formant une chaîne continue. L’oeuvre fait aussi un clin d’oeil à l’art chinois traditionnel. Les 25 clones hilares de l’ouvrier moderne, encore Yue Min Jun, sont le pendant moderne de l’armée de l’empereur enterré près de son tombeau pour le garder dans l’au delà. Trois éléments qui dénoncent l’esprit moutonnier du peuple et son formatage par l’état.


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D’autres artistes préfère relirent l’art traditionnel chinois pour en donner une nouvelle vision. Ainsi c'est la calligraphie (on ne peut que constater combien dans de nombreuses oeuvres est présente une trace d’une écriture qu’elle soit chinoise ou occidentale) dans les photos de Zhang Huan qui est mise au service d’une critique de la surinformation.
photographie de Zhang Huan.
Les artistes n'ont pas seulement échoué à abandonner leurs racines artistiques spécifiquement chinoises, de l’antiquité à la tradition du réalisme socialiste de la fin des années 1970 ,mais les revendiquent et ont en fait, relancé leurs pratiques tel les délicieuses et ironiques porcelaines de Geng Xue.
Pour ce faire une idée de la cote des artistes chinois et de l’ engouement, le mot est faible, qu’ils provoquent, lors des enchères d'art contemporain qui se sont déroulées à Londres en octobre 2007, le tableau “Exécution (1995) de Yue Min jun a été cédé par la sociétéSotheby's pour près de 7 millions $. Mais parfois les motivations artistiques semblent bien loin comme le dénonce l'artiste Yan Pei Ming, né à Shanghai en 1960, mais qui vit à Dijon depuis vingt-cinq ans, << ... Le marché de l'art chinois est exclusivement créé par les spéculateurs. Je ne veux pas vendre là-bas. Les acheteurs n'y sont intéressés que par l'argent. Il est très rare d'y rencontrer de vrais collectionneurs... >>.
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Zhang Xiaogang, bien représenté à la fondation Miro est exposé en France par Catherine Thieck de la Galerie de France . Cette année, lors d'une vente Sotheby's à New York, une de ses toiles de 1998 intitulée " Camarade no 120 ", qui semble reproduire la photo en noir et blanc d'un homme et dont le papier aurait été abîmé au niveau du visage, a été adjugée 979.000 $.
Zhang Xiaogang
Toujours en faisant le parallèle avec le “sot art” on ne peut manquer de constater que la qualité “artisanale” des créateurs chinois est très supérieur à celui des russe. D’autre part du moins dans les pièces de la collection Sigg, le souci du beau semble être constant chez la quasi totalité des artistes représentés. Les chinois ont parfaitement intégré les techniques de l’art occidentale, des plus classiques aux plus novatrices. Ils ont bien compris aussi que la provocation était une arme médiatique efficace en témoigne ici cette colonne formée de cendres humaines ou à Berne ce fœtus dans le formol auquel on avait greffè une tête de mouette et qui avait fait scandale.
Liu Ye
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Lors de ma visite les gardiennes, banalisées mais repérables, ce sont les seules qui semblent s’ennuyer, sillonnent l’exposition en poussant leurs babouches avec douleur, avec comme but principal d’interdire les photos. Comme vous pouvez le constater elles ne sont pas toujours efficaces, d’autant plus que l’une d’elle, ce matin là était très intéressé par le journal du jour que “lisait” le personnage de la sculpture hyper réaliste de Ai Wei Wei. Notre gardienne était plongé dans les potins qu’elle déchiffrait par dessus l’épaule de l’avatar humain...
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Si vous êtes timorés coté photographies volées, achetez le splendide catalogue qui reproduit très bien presque toutes les œuvres. Le texte est en catalan mais à la fin de l’ouvrage on trouve une traduction en espagnole et en anglais. Et puis en ce qui me concerne il est indispensable pour retenir les noms des artistes que malgrè mon admiration je ne parviens pas à mémoriser. Enfin vous pourrez faire aussi comme moi s'amuser avec en ajoutant aux photos érotique des reconstitution des harems impériaux de Liu Zheng des pims maoistes.
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Cette exposition témoigne du grand changement depuis l'ère Mao et de la très relative libéralisation du régime non si on le compare à l'occident mais à celui en vigueur à l'époque du "grand timonier". Si on peut être agacé par quelques provocations faciles, Il n’en reste pas moins que la Chine compte aujourd’hui des artistes de grande valeur il suffit pour s’en apercevoir de se rendre à la fondation Miro jusqu’au 25 mai 2008.
photographie de Liu wei.
07 mai 2008
Ken Riley

Comme vous vous en êtes sans doute aperçu je ne suis pas atteint par cette maladie franchouillarde qu’est l’anti américanisme en particulier dans le domaine de l’illustration où il furent à mon avis les maîtres de 1920 jusqu’aux années 70. Notre nombrilisme forcené fait que la plupart des artistes américains qui donnèrent le meilleur d’eux même, si on excepte Norman Rockwell sont inconnu sur les berges de la Seine. J’ose le dire, dans ma mégalomanie extrême j’ai entrepris de faire œuvre pédagogique pour vous présenter ces grands illustrateurs, j’ai commencé avec Harry Bush puis continué avec Leyendecker . Les illustrateurs américains présentent à mes yeux d’immédiates qualités. La plus importante c’est qu’ils sont tous des virtuoses du dessin, grands connaisseurs de l’anatomie humaine et animale. Ce qui s’explique d’abord par le sérieux des écoles d’art américaines où l’on apprenait à dessiner alors que dans leurs homologues européennes on en était déjà (et encore) aux vaines parlotes et sans doute aussi que les Etats unis offre des paysages d’une ampleur qui n’existe pas dans le vieux continent, obligeant ceux qui veulent se confronter avec leur représentation d’inventer une composition de l’image qui n’est que rarement donnée d'emblée. Autre choses que j’apprécie est, qu’en ce temps là, bien sûr dans les publicités, mais aussi dans les illustrations de nouvelles ou d’articles, ces dessinateurs privilégiaient ce qu’un de nos célèbres avionneurs (mais je crois que nous n’en avons eu qu’un, monsieur Marcel Dassault) appelait l’actualité heureuse. On y voit principalement des gens à l’aise et souriants et puis les beaux messieurs n’y sont pas rares..
L’élu du jour est un des tout, tout meilleurs, même si une hiérarchie dans le domaine des arts, et peut être plus encore dans celui des “arts appliqués, qui sont sujets à de multiples contraintes, est particulièrement difficile à établir. Il s’agit de Ken Riley
Ken Riley est né en 1919 à Waverly, dans le Missouri. Il a été élevé dans le Kansas et a reçu les prémices de son éducation artistique au Kansas City Art Institute, où il était un élève de Thomas Hart Benton. En 1941 il se rend à New York pour étudier avec Frank Dumond.Il suit aussi des cours du soir au Grand Central School of Art avec Harvey Dunn.
Pendant la seconde guerre mondiale, Riley sert sur un garde cote. C’est lui qui plus tard concevra le timbre poste commémoratif émis en hommage aux Gardes côtes en tant que contribution à l'effort de guerre. Presque à la fin du conflit, il est transféré à Washington durant cette période il travaille à une fresque murale pour le New London Coast Guard Academy.
Riley a commencé sa carrière par une courte incursion dans la bande dessinée. Il aurait même travaillé avec Jack Kirby dans le même studio sur la même bande dessinée au milieu des années 1940.
Peu de temps après son bref passage dans la BD, Riley commence sa longue association avec le Saturday Evening Post. Ci dessous sa première illustration parue dans le magazine le 17 Janvier 1948.
Il devient rapidement célèbre comme illustrateur collaborant donc au Saturday Evening Post et plus tard à Life, au National Geographic, au reader digest...
Durant une période de huit ans, à partir de 1958, Ken Riley a fait environ 100 illustrations pour la série “capitaine Hornblower” dans “le Saturday Evening Post” ce sera à la fois un sommet et un tournant dans son travail.
Si Riley est un maître en anatomie et dans la composition de ses images dont certaines sont si évocatrice qu’elle paraisse contenir tout un roman en une seule vignette, c’est avant tout dans son approche de la couleur qu’il est unique. Il suffit d’observer un détail d’une de ses images pour être fasciné par la myriade de couleurs que Riley, utilise même dans les plus terre à terre des objets dans une illustration standard. Mais peut être que le grand talent de Riley c’est de ne jamais considérer une illustration comme standard... On peut ainsi passer beaucoup de temps à scruter les coins et recoins de l'une de ses illustrations ...


Lorsque l’on élargi le champ pour se concentrer sur la composition c’est une et plus grande merveille encore qui apparaît, la façon dont il a organisé de ce vaste kaléidoscope de teintes et réussit à les faire chanter dans une belle harmonie. Riley a beaucoup réfléchi sur l’utilisation de la couleur: << Nous possédons tous tant par la naissance que l’éducation un sens intuitif des couleurs. Chacun a aussi un usage personnel et une manière qui lui est propre d’interpréter la composition des couleurs. Le jeu des juxtapositions d’une teinte contre une autre peut faire voyager l'oeil tout au long de la composition et créer ainsi le mouvement. Les couleurs sont divisées en deux familles: les chaudes et les froides. Ces dernières font reculer le point de perception de l’image alors que les couleurs chaudes le font avancer, c’est en partie cela qui donne la profondeur de champ. En général, une illustration comporte une dominante de couleur, qu’elle soit chaude ou froide. Un camaïeux apportera un équilibre, une notion de calme. Au contraire inclure une couleur stridente, en opposition avec les autres induit de la violence. Il est sage de faire des essais de couleur afin d'explorer celles qui donnent le meilleur effet. >>.
C’est pourtant le dessin que Riley met en avant dans sa pratique: << Je pense avec un crayon, en terme de lignes. Mes peintures sont essentiellement des dessins. Je n’insisterais jamais assez sur l’importance du dessin. >>.
Au magazine Illustration , il s’explique sur sa méthode: << Je commence à faire un crayonné pour disposer les masses. Il est facile de suggérer un personnage debout, couché, statique ou en mouvement. Je fais ainsi de nombreuses vignettes avant d’être satisfait du rythme, du mouvement des lignes directrices, toutes choses qui sont très importante pour moi. Parfois je fais aussi des études séparées d’un morceau du tableau. Ensuite à partir de la vignette que j’ai retenue, je fais un croquis en couleur sommairement peint mais précis quant à la mise en page. Je fais souvent plusieurs essais de couleur, quand un me convient je réalise la peinture finale d’un format du double qu’elle aura une fois imprimée. Très souvent je peins sur un fond de couleur, c’est dans la plupart des cas une couleur chaude. Le dessin final est alors tracé à l’encre et à la plume. Avec le croquis devant moi j’appose la couleur au pinceau toujours guidé par la ligne. Je travaille avec divers médiums, crayon, encre, fusain, tempera à l’oeuf, caséine, huile, aquarelle et même à l’acrylique cela dépend des sujets et aussi par exemple de l’opacité que je veux obtenir pour une surface.>>.

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Ken Riley au contraire de bien de ses confrères ne voit pas en la photographie l’ennemi, << Contrairement à autrefois, les lecteurs sont abreuvés maintenant de plein d’ excellentes photographies d'illustration qu’ ils peuvent comparer avec les illustrations peintes. Ce public bien informé comprend la différence entre les deux. Il connaît ce que l’une et l’autre peut lui apporter pour sa connaissance et son plaisir.>>.
Riley a bien des talents. Il fut aussi un musicien, un batteur, et a obtenu un certain succès en tournée avec Eddie Lain et son orchestre.

À la fin des années 60, après avoir travaillé comme illustrateur pour de nombreuses années sur la côte Est, il a été commandé par les Services des parcs nationaux des États-Unis lui commande de plusieurs tableaux du Yellowstone et Grand Teton National Parks. Enthousiasmé par à l'intensité de la lumière, il est convaincu que c’est dans l’ouest qu’il veut vivre et travailler.

En 1971 il installe son atelier à Tucson, en Arizona. Durant les trois dernières décennies Ken Riley a surtout été un peintre du vieil Ouest s’interessant à l’aspect historique. Riley prend pour sujet la vie quotidienne, la culture et la philosophies des peuples indigènes, notamment les Apache, les Mandan et les tribus des plaines. Il situe ses œuvres à l'époque des premiers contacts entre les peuples autochtones et les explorateurs tels que Lewis et Clark. Il représente les États-Unis de la cavalerie et des premiers pionniers.
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03 mai 2008
Oedipe vu par Jean Boullet
Jean Boullet au bonheur du jour

Il y a quelques jours je vous ai parlé de “Wessel + O'Connor Fine Art”, une galerie new yorkaise dévolue essentiellement, mais pas seulement, à la photo masculine. Aujourd’hui, à l’occasion d’une superbe exposition Jean Boullet (1921-1970), je voudrais vous présenter son pendant parisien qui s’appelle “Au bonheur du jour”; peu d’endroit porte aussi bien son nom, tant cet un tel bonheur d’être dans ce lieux, à la fois lumineux et intime, pour admirer moult merveilles. Contrairement à sa consoeur new-yorkaise, si elle se voue surtout à la célébration des beautés masculines et garçonnières ce n’est pas seulement sur le support de la photographie mais aussi par l’intermédiaire du dessin et de la peinture. Ne soyez pas timoré, sonnez, car on ne peut être introduit dans cette caverne d’ali baba de la masculinité que par la maîtresse des lieux qui vous réservera un accueil chaleureux; ce qui est malheureusement bien rare dans les galeries parisiennes. Parfois il vous faudra patientez quelques minutes si Nicole Canet, c’est le nom de cette galeriste passionnée, montre des trésors cachés à un autre esthète. Profitez de l’attente pour faire le tour des belles et longues vitrines que trop souvent on néglige lors des visites aux galeries.
Bien sûr dans le cas de Boullet, les dessins que vous verrez de la rue, comme ceux reproduits dans ce blog, sont les plus sages et ne reflètent pas complètement ce que vous allez voir le seuil franchi. Les expositions de la galerie, notamment celle de Jean Boullet, ne sont pas pour les chastes regards. Un conseil demandez à visiter le boudoir, petite pièce pelucheuse et douillette attenante à la galerie qui contraste avec celle-ci claire et dépouillée. Vous y verrez d’autres merveilles, parfois plus épicées, ne faisant pas partie de l’exposition en cours, mais sur le même thème. Mais il me semble qu’alors il serait indélicat de repartir de cet oasis garçonnier les mains vides. Mais comment quitter cet endroit la besace légère. Si votre pécule ne vous permet pas d’ acquérir des originaux, de prix très variables et toutefois moins chers que de l’autre coté de l’Atlantique, il vous restera les catalogues, les affiches ou les multiples.
Mais venons en enfin à ce qui m’amena une veille de 1er mai dans cette belle antre, l’exposition Jean Boullet.
Jean Boullet est un personnage de légende, du moins dans un certain milieu. Son influence va bien au delà de sa trop modeste célébrité comme sur le libraire éditeur bruxellois Michel Deligne, sur Druillet par exemple qui l’a rencontré... Une des grandes surprises que l’on a, quand on se penche sur ce personnage, c’est l’extrême diversité de ses activités et des personnes qui l’ont approché. “Au Bonheur du jour” le suggère, car en plus des dessins, on peut voir quelques vitrines qui rendent compte de cette foisonnante vie.
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Lancé comme dessinateur dans le Saint Germain des prés de la Libération il y côtoie le tout Paris artistique de l’époque, Jean Cocteau, Edith Piaf, Marie-Laure de Noaille, Juliette Gréco, Jacques Chazot, Guitry, Kenneth Anger, Piéral, Marcel Carné, Roland Lesaffre, Félix Labisse, Lise Deharme, Michel Laclos, Elliott Stein.... On découvre sur les murs les portraits de Jean Marais, Jean-Louis Barrault, Rolland Petit... En 1944, Michel Déon, à l’occasion de la première exposition de Jean Boullet, le rencontre et en dresse un subtil et juste portrait: << Il habitait avenue d’Italie un appartement sur cour, de trois pièces d’enfilade bourrées d’objets baroque, de très belles gravures, de dessins de Jean Cocteau, de Max Jacob . Je découvris un être passionné d’une exquise éducation, qui fabulait certainement mais aussi ouvrait des portes et montrait une curiosité, un savoir incontestable dans des domaines - en premier, le bizarre - où je m’étais peu aventuré jusque là... sous l’étincelant vernis, il y avait un désespéré. >>.
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Jean Chollet, son biographe donne un éclairage différent sur l’artiste: << Il se voulait " imagier " mais son comportement outrancier l'entraîna bien au-delà, dans une rock n' roll attitude jouée en permanence sur son propre théâtre de la cruauté. Discours blasphématoire et anticlérical, dérive onirique où coexistent tritons magnifiques et montres répugnants, cris d'admiration excessifs, tatouages et chirurgie du visage sont quelques repères au milieu d'une quête désespérée des émotions enfantines. >>.
Il fut aussi journaliste, critique de cinéma. Il collabora à de nombreuse revues, Bizarre, La gazette du cinéma, Saint cinéma des prés, Arcady... On lui doit rien de moins que l’introduction de la science fiction et du fantastique cinématographique en France. Il est l’auteur d’un article, que malheureusement je n’ai pas lu, mais dont le titre me fait rêver, “King kong contre Jeanne d’Arc... Il fait connaître aux français Dracula, Bela Lugosi par l’intermédiaire de Midi Minuit Fantastique (1962-1971), édité par Eric Losfield, qu’il co-fonde avec Michel Caen, Alain Le Bris et Jean-Claude Romer. Ce dernier se souvient de la création de Midi Minuit Fantastique, << Tout est parti de la Librairie du Minotaure. C’était la librairie où l’on pouvait trouver tout ce qui était Fantastique, science-fiction, pataphysique… Et c’est là où l’on faisait des rencontres. Au début des années 60, j’y venais régulièrement et j’y ai rencontré un personnage vêtu de noir qui vociférait et qui gesticulait en parlant du Cinéma Fantastique. C’était Jean Boullet. L’incontournable Jean Boullet ! A l’époque, je préparais un numéro spécial de la revue "Bizarre" à propos de Tod Browning. J’en parle avec Jean Boullet qui me dit "Ah, mais moi, ça m’intéresse. J’ai beaucoup de documents chez moi. Ce serait bien que l’on travaille ensemble et ce serait bien de pouvoir ajouter Boris Karloff, Bela Lugosi...>>.
Pour montrer les films rares qu'il aime, il monte un ciné-club privé dans sa maison de la rue Bobillot : La Société des Amis de Bram Stoker. Grand imagier il illustra des textes de Boris Vian, Edgar Poe, Verlaine et même les évangiles!...

Ses passions sont très diverses, il s’intéresse aux ombres chinoises, à la magie, la démonologie, les mythologies populaires... En 1968, il ouvre, rue du Château, une librairie spécialisée dans ces thèmes et dans la BD de collection. Mais il ne tiendra ce commerce que pendant une année... Il fut aussi taxidermiste ce qui l’amène à fréquenter le zoologiste Bernard Heuvelmans et un érotomane fasciné par les jeunes amputés... Homosexuel flamboyant il a écrit: << Il y a trois pédérastes comme il y a trois églises, la militante, la souffrante, la triomphante. Je suis heureux d’appartenir à la troisième.>>. Tout de cuir vêtu avant la mode, homosexuel extraverti, cyclothymique, victime de quelques amitiés crapuleuses, il finit sa vie dans un itinéraire foncièrement masochiste. On le retrouvera pendu à l’orée du désert en Algérie en 1970.
La plus grande partie de la production de Jean Boullet se compose de dessins qui pour le coup peut être qualifié du trop galvaudé, qualificatif de ligne clair. Il suffit à l’artiste de quelques traits sûr pour évoquer un univers mystérieux ou un désir incandescent. Il a néanmoins peint quelques huiles. On peut en voir deux dans l’exposition (mais pas celle ci-dessous du portrait de Jean Marais dans lequel curieusement Boullet semble pasticher le style des peintures de son modèle) dont une d’un pope!
Les superbes dessins que l’on peut admirer aujourd’hui sont plus lumineux et joyeux que sans doute l’ était leur auteur. Le thème principale en est l’érotisme homosexuel. Il ne sont pas sans rappeler ceux du livre blanc de Jean Cocteau. Le marin y est au centre des fantasmes. Les beaux garçons ne furent pas sa seule source d’inspiration, dans le même temps Boullet est fasciné par la violence. Il a fait une série sur les esclaves et une autre sur la guillotine.
Il ne dessine le plus souvent à la plume et à l’encre noire, avec parfois des rehauts de couleur et pas toujours sur des supports nobles. Ses formats, presque toujours rectangulaires excèdent rarement 40 cm dans leur plus grande dimensions. On peut situer son travail de dessinateur entre Aubrey Beardsley et Tom de Finlande. J’ai même trouvé du Philippe Julian dans son interprétation graphique d’oedipe, à moins qu’il y ai beaucoup de Jean Boullet dans les dessins de l’auteur du “Dictionnaire du snobisme”...
Guitry dans une formule lapidaire dont il avait le secret définit parfaitement le style des dessins de Jean Boullet: <<... C’est dessiné comme avec l’ongle et cependant il n’en est rien mais ce que ç’a d’aérien vient de ce que Jean Boullet jongle.>>.
La galerie publie un très beau catalogue où pour 35€ vous retrouverez remarquablement imprimé, la quasi totalité de l’exposition. La préface échevelée est signée par Denis Chollet qui est aussi l’auteur en 1999, d’une passionnante biographie de Jean Boullet, “Jean Boullet, le précurseur”, aux éditions France Europe Editions Livres, rarement le style d’un biographe, ici échevelé, aura été autant en parfaite adéquation avec celui de son sujet. On y croise un monde à la Modiano, transfiguré par une écriture profuse.
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P.S. L’excellente et indispensable émission de France-culture, “Mauvais genres” a consacré en mai 2001 à Jean Boullet un de ses numéros. Si vous en possédez l’enregistrement pensez à moi...
informations pratiques
Exposition Jean Boullet
jusqu’au 21 juin 2008
Au bonheur du jour
du mardi au samedi 14h30-19h30
Galerie au bonheur du jour
11 rue Chabanais
75002 Paris
30 avril 2008
Dino Valls

A l’occasion du Salon du dessin contemporain je vous ai parlé d’un grand peintre dérangeant d’ Aujourd’hui, Jean Rustin dont le blog de Jean-Yves parle très bien. Voici dans ce post un nouvel artiste aussi malaisant, Dino Valls, cette fois non du coté de la France et de l’expressionisme comme Rustin, mais de l’Espagne et de sa peinture mystique du XVII ème siècle.
Dino Valls est un peintre espagnol né en 1959 à Saragosse. Actuellement il vit et travaille à Madrid. il est aujourd'hui l'un des représentants espagnols de l'avant-garde de l'art figuratif.
Dino Valls est un artiste autodidacte, avant de se lancer dans une carrière artistique, il a préalablement obtenu son diplôme de médecin et de chirurgien.
Il a commencé à peindre en 1975 au cours de ses études de médecine à l'Université de Saragosse à l’époque il participe à de nombreuses exposition de groupe en Espagne et en France, où il reçoit plusieurs prix.
Sa première exposition personnelle a lieu à Saragosse en 1981. L'année suivante, il a reçu le San Jorge récompense pour la première place dans la peinture espagnole. Après avoir reçu son diplôme en médecine et de chirurgie en 1982, il décide de se consacrer exclusivement à la peinture. lIl déclare que sa peinture s’inscrira dans une perspective humaniste influencée par son l'étude de l'homme. Cette d'attitude n'est pas sans rappeler celle de nombreux peintres de la Renaissance.
Il semble avoir garder de ses études médicale un penchant pour la dissection et une fascination pour les cire anatomiques. Ses toiles sont peuplées de personnages des deux sexes d’age divers, mais tous semblent sous l’emprise d’une taraudante souffrance intérieure qui rappelle celle que l’on peut lire dans les portraits des grands mystique dans la peinture espagnole de la renaissance.
Sa peinture s'élaborer et se développer selon les méthodes et techniques des maîtres du passé.
L’art de Valls est centré sur la psyché humaine. Sa technique figurative est au service d’un concept qui prend en charge les plus obscurs des pulsations qui habitent l’esprit humain par le biais de processus symboliques et intellectuelle.
Sa passion pour la peinture ancienne lui fait faire de nombreux voyages pour aller étudier sérieusement les techniques des maîtres anciens dans les grands musées européens.
Entre-temps, il a continué à participer à de nombreuses expositions de groupe.
En 1991, Valls étudie l'art de la tempera à l'œufs et la technique des maîtres italien et flamands des 16e et 17e siècles; cette technique reste sa favorite aujourd’hui.
En 1993, Valls a commence à participer à diverses foires d'art aux États-Unis à Miami, New York et aussi en Amérique du Sud en Australie et en Europe.
29 avril 2008
Robert McCall, le peintre de Stanley Kubrick

Robert McCall avec l'affiche qu'il a réalisé pour le film de Kubrick
Lecteur cinéphile vous ne pouvez pas ne pas connaître l’un des tableaux de l’artiste dont je vais vous parler, mais probablement vous ignorez son nom. En effet Robert McCall qui est né en 1919, est l’auteur de la célébrissime affiche de 2001 Odyssée de l’espace, le film de Stanley Kubrick. Il est aussi le père de celles de “The black hole”, de “Star trek”, “Tora, tora, tora”... Le choix de McCall par Kubrick est somme toute très logique. Le peintre avait déjà pris l’homme dans l’espace depuis 1960 comme sujet de prédilection. Dés son diplôme obtenu de l’Ecole d’art de Colombus dans l’Ohio, il choisit, fasciné par toutes les choses qui volent, d’illustrer la réalité et les rêves nés de la conquête spatiale. Peut être pour trouver plus d’inspiration pour ses paysages stellaires il déménage son atelier en 1970 de New York à une contrée désertique de l’Arizona où il travaille toujours.
L’oeuvre de Robert McCall est dans la droite ligne de celle de Chesley Bonestell (1888-1986) qui fut le pionnier de l’ “art spatial”. Son travail est loin de se limiter à la seule illustration réaliste des grandes pages américaine de l’épopée spatiale. Il est surtout un extraordinaire imagier des mondes futurs. C’est un peu le Robida de la seconde moitié du XX ème siècle. Regarder certaines peintures de Robert McCall s’apparente à la lecture d’un bon roman de science-fiction. Si certaines de ses créations témoignent aussi des drames qui ont émaillé cette grande aventure scientifique, la plupart sont surtout de merveilleux passeports pour le pays de demain. C’est une célébration de l’avenir. Voilà enfin une oeuvre optimiste que l’on devrait montrer à tous les jeunes. Elle nous parle déjà d’un temps où nombre d’entre nous avaient le regard fiché dans les étoiles... Il me semble qu’aujourd’hui le grouillement des lémures rend la contemplation des cieux plus ardue...
Robert McCall travaille dans des formats les plus divers du plus grand, c’est un muraliste reconnu qui a déjà décoré des maisons, des bureaux, des centre commerciaux, mais il est surtout l’auteur de la fresque qui orne le Space Museum de Washington DC (que je vous conseille vivement de visiter) qui est à la fois une belle synthèse de la conquête américaine de l’espace et aussi de sa production. Au plus petit, il a également créé dès 1971 de nombreux timbres pour la poste américaine, mais aussi pour d’autres pays. Il a même réalisé des vitraux pour une église. Il faut néanmoins dire que Robert McCall s’est surtout consacré à l’illustration et à la peinture de chevalet.
Allez sur le site de l’artiste pour découvrir l’étendue et la diversité de l’oeuvre, pourtant sur presque un seul thème.
C’est pourtant à des images atypiques de Robert McCall que vont ma préférence, celles faisant revivre l’attaque japonaise de la flotte américaine à Pearl Harbor. Elle m’ont rappelé le meilleur Brenet . Vous pouvez trouver une autre version dessinée de cet événement et moult autres batailles aérienne, mais cette fois vu du coté japonais dans le chef d’oeuvre du manga qu’est Zipang... 


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26 avril 2008
Kam Mak
D'autres images de cet illustrateur sino-américain ici.
25 avril 2008
James Paick

James Paick travaille dans la conception des jeux vidéo à Los Angeles. Il est diplômé de la section art de l’université de cette ville. A part cela je ne sais pas grand chose de lui car ni son site, ni son blog sont riche en informations biographiques. Néanmoins son cas est significatif. Il montre que le jeu vidéo contribue au regain d’un art figuratif aux Etats Unis. Il est un exemple également du mélange des techniques traditionnelles et numériques pour obtenir une image même si Paick semble fonctionner principalement digitalement. Il a beaucoup de talent pour créer une atmosphère grâce à des détails astucieusement suggérés. Il utilise souvent une palette limitée pour focaliser l’attention sur les parties importantes de ses compositions.


Quelques Saint Sébastien modernes et contemporains
24 avril 2008
Joseph Christian Leyendecker
Il est amusant de penser que la référence de la virilité américaine élégante et un rien machiste, c’est en tout cas ainsi qu’aujourd’hui on peut l’interpréter, soit l’oeuvre d’un gay, le dessinateur Leyendecker qui prit pour cela comme modèle son ami.
Si vous demandez à la plupart des gens (y compris américains) qui ont quelque culture, c’est à dire bien peu, de citer l’ illustrateur américain le plus significatif de la première moitié du 20e siècle, qui était à la fois un artiste de formation classique et un maître artisan, qui a été en grande partie responsable de l'image que nous avons du père noel, qui a eu l’idée d'utiliser un bébé pour représenter la Nouvelle Année dans les illustrations, dont la production s'étend sur plus de 50 ans, la réponse sera toujours Norman Rockwell, une réponse qui est fausse. C’est Leyendecker qu’il aurait fallu nommer.
Joseph Christian (Joe) Leyendecker est né le 23 mars 1874 à Montabour en Allemagne . Sa famille émigre aux USA alors qu’il a 7 ans et s’installe à Chicago.
Comme plusieurs de ses contemporains, il fait preuve d’un talent de dessinateur précoce qu’encouragent ses parents; mais ceux-ci, modeste ne peuvent financer les études artistiques de leur fils. En 1889, à 15 ans, Joe entre en apprentissage chez J. Manz et Cie., une firme de gravure de Chicago. Le soir, il suit des cours de dessins à l'institut d'art de Chicago. Un de ses professeurs est John H. Vanderpoel, dont les livres sur l'anatomie sont recherchés encore aujourd'hui. Vanderpoel a étudié en France et en a rapporté les techniques classiques du dessin d'Academie qu’il enseigne à ses élèves. Ses efforts doivent avoir été efficaces, car Leyendecker a rapidement de l’ avancement chez son employeur, de garçon de courses il devient illustrateur. J. Manz et Cie. n’ était pas seulement une maison d'impression souvent ses clients lui demandait de fournir des illustrations. Ainsi bientôt Leyendecker conçoit des affiches et des publicités. À l'âge de 19, il est chargé de créer 60 illustrations pour une édition de la bible que Manz doit produire.
En 1896, il a gagne un concour de couverture de magazine (le 2ème est Maxfield Parrish !). Cela apporte à son travail une reconnaissance nationale et l’amène à réaliser des illustrations et couvertures de magasines nationaux.
Une certaine aisance lui permet de partir à Paris en compagnie de son jeune frère, Francis Xavier lui aussi un artiste très doué. Ils parcourent la France à l’automne 1896. Puis, les frères étudient à la célèbre Académie Julian sous la tutelle de Jean-Paul Laurens. William Bouguereau en est alors son directeur. Les Leyendeckers sont considérés comme les élèves les plus doués de leur classe. Joe a eu une exposition individuelle de son travail au Salon de Mars.
Ils rentrent Amérique à l’ automne de 1898 et ouvrent un studio à Chicago qui travaille rapidement pour des publications importantes comme Colliers. En 1900 Leyendecker transfert son studio à New York. Il est situé à l’angle de Bryant Park et de la 41 ème rue, à Manhattan.
La rapide renommée Leyendecker est sans doute venu de sa capacité d’avoir un dessin spécifiques et dont la signature est facilement identifiable. Dés cette époque, son travail, se caractérise par un discret homoerotisme . La figure centrale de ses images est souvent un beau jeune homme, surtout des athlètes, des soldats, des marins et des ouvrier faisant un travail de force. Ces hommes sont des figures héroïques, rappelant les idéaux classiques de l'Académisme français. Son style alors, utilise aussi parfois les sinuosités de l'Art Nouveau.
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Parallèlement à sa fructueuse carière de publicitaire il fait preuve dès 1895, d’ une grande activité en tant d’illustrateur de livres.


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Joseph Leyendecker devient rapidemment l'un des créateurs publicitaires les plus célèbre du 20ème siècle. Sa capacité de travail incroyable et sa dextérité dans le dessin et la peinture, illuminées par sa sexualité gay, ont introduit une nouvelle esthétique dans la publicité. Il travaille essentiellement pour des marques de grand luxe.
Avant même l’existence du cinéma, Leyendecker dans ses illustrations invente une mise en scène que l’on peut qualifier de cinématographique.
En 1905, il est embauché par Cluett, Peabody & Co. pour promouvoir leur marque Arrow . C’est cette campagne qui assoit définivement sa réputation. Son homme, habillé de la chemises Arrow devint pour longtemp l’archétype et l’épitomé du mâle américain urbain et prospère. Cette publicité a propulsé Arrow comme la plus grande marque de chemises en Amérique. Leyendecker a fourni la majeure partie de la publicité de la marque jusqu'en 1930.
Cette image de l'homme idéal reçut plus de demandes en mariage que son contemporain Valentino! Ses admiratrices ne surent jamais que le modèle en était Charles Beach l’amoureux du dessinateur! Charles Beach, est devenu l'équivalent masculin de la Gibson Girl, un idéal de beauté à suivre par tous les hommes américains. 
Leyendecker aurait rencontré Charles Beach en 1901. Lorsque jeune modèle venant de Cleveland il pose pour lui. L'artiste aurait été impressionné non seulement par le beau visage de Beach, mais aussi par sa capacité à tenir la pose pendant un long temps. Ils ont vécu ensemble cinquante ans! Si Beach était à l'origine un modèle, il est bientôt devenu pour Leyendecker en plus de son amant, son indispensable collaborateur. Leyendecker a tiré un voile efficace sur sa vie privée. Il est significatif qu’en 1974 quand Schau écrit son livre sur l’artiste (aujourd’hui épuisé et difficilement trouvable), il peut seulement remplir que 22 pages sur la vie de son modèle et presque la moitié de celles-ci sont consacrées à la vie de Leyendecker avant son installation à New York.
Si l’on fait la nomenclature de ses très nombreuses illustrations on constate que beaucoup ont trait au sport, ce qui lui permet de rendre un bel hommage à la beauté masculine. Il peint de nombreuses affiches pour promouvoir la Ivy League de football, de baseball. Elles sont largement diffusées dans le monde étudiant.

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Leyendecker, en compagnie d’autres artistes importants comme Gibson, Christie, Flagg et Wyeth, réalise des affiches de propagande pendant la Première Guerre mondiale, pour encourager les gens à acheter des obligations de guerre. 
Au début des années 20 Il a eu une brouille avec son frère. Ce dernier lui même un excellent artiste a du constamment lutter contre l’étiquette de “frère” de Joe Leyendecker; il meurt d’une overdose en 1924 à l’age de 47 ans, alors que Joe Leyendecker atteint l'apogée de sa gloire et de sa productivité.
Si la mode masculine est probablement l'aspect le plus significatif des publicités signées Leyendecker, son travail ne se limite pas à ce seul domaine. Il a été aussi utilisé pour promouvoir une foule d'autres produits, notamment du savon, des automobiles, des cigarettes...
Il semble bien que l’ambition secrète de Leyendecker était de s’imposer dans le monde de l’art, ce qu’il ne parvint jamais à faire; sans doute trop marqué par ses succès dans la publicité. Il reste néanmoins que son influence a été considérable, en particulier sur Norman Rockwell qui deviendra un ami et qui prononcera l’oraison funèbre à ses obséques. Leyendecker est inhumé au Woodlawn Cemetery du Bronx à New York. C’est d’ailleurs grâce au livre de souvenirs de Norman Rockwell que l’on connait quelques rares anecdotes sur la vie privée de Leyendecker.
Aujourd’hui on trouve des réminiscences du trait de Leyendecker dans des domaines où à première vue on ne le soupçonnerait pas comme dans les jeux vidéo par exemple par l’intermédiaire de Terese Nielsen. Jusqu’en France où l’on retrouve sa marque comme dans le dessin d’un Le Gac ou chez un jeune créateur de Bandes dessinée comme Mathieu Lauffray...
Si sa vie privée reste un mystère ses motivations artistiques ne sont guère plus claires. On sait qu’il voulut, sans doute par intermitance réussir dans la peinture de chevalet, mais dans le même temps il a refusé des commandes prestigieuses de fresques murales, très en vogue dans l’ Amérique de l’entre deux guerres, sans qu’on en comprenne complètement la raison. Est-ce sa formation à l’académie Julian qui pronait un art “populaire” qui l’expliquerait? Se voyait il comme un artiste créant style d’art pour les masses à travers les magazines et les affiches tout en étant bien payés pour son travail?
Sa réussite financière est telle que dés 1914 il se fait construire un manoir à New Rochelle une élégante banlieue de New York fréquentée par les artistes. Le batiment a trois étages et est de style anglo-Normand (il existe toujours). Il y avait deux grands ateliers pour chacun des frères, deux salles de réception, sept chambres, cinq salles de bains, et quatre cheminées... Leyendecker y habitera jusqu’à sa mort en 1951 avec son ami qui fut aussi son modèle, son cuisinier et son directeur commercial... Cette maison était richement meublée dans un style vaguement Renaissance française, à la mode peu de temps après 1900. Des photographies rendrent bien l’ opulence évidente du décor. Elle semble avoir été conçu pour recevoir. Frank quittera la maison en 1923 de même que sa sœur Augusta suite à une querelle familiale dont on ne sait rien.
illustration de Frank.
Beach déclara dans une interview juste après la mort de Joe, qu'ils recevaient souvent dans les premières années quand Joe était au sommet de son succès. C’est ensuite qu’ils vivront en quasi reclus. Beach explique que Joe refusait de laisser les engagements de la vie sociale dévorer son temps voué à sa peinture.
Il semble néanmoins qu’ils participaient, au moins en partie, à la vie sociale locale dans un petit cercle d’ artistes voisins.
Il faut noter que de 1919 à 1930 les illustrateurs récurrents des grandes revues étaient des personnages très “people”, un peu comme le furent les grands photographes dans les années 80. Dans ce contexte, le curieux manque de photographies de Leyendeckers et de Beach est extrêmement étrange, pour un artiste aussi connu qui se devait d’être aussi une personnalité publique...
Pendant plus de quarante ans, Leyendecker a une relation privilégiée avec le populaire hebdomadaire Saturday Evening Post dont il réalise la plupart des couvertures et toutes celles des numéros spéciaux. Au total, il a produit plus de 300 illustrations pour la revue. Aucun autre artiste, jusqu'à l'arrivée de Norman Rockwell , deux décennies plus tard, sera autant identifié à une publication.
Pour ses illustrations il aurait travaillé en plusieurs étapes. Il peint d’abord à petite échelle des études préparatoires à l’huile et sur toile; Ensuite il les transfère, toujours à l’huile et sur toile, en plus grand utilisant pour cela la classique technique du carreau. Il a presque toujours pris soin de signer les différentes étapes de son labeur; malheureusement à sa mort la plupart de ses études ont été découpé façon puzzle par Charles Beach...

Son travail d’illustrateur a beaucoup influencé les campagnes publicitaires photographiques qui peu à peu remplacèrent les beaux dessins de Leyendecker.
A partir des années 40 la photo concurence gravement les illustrateurs. Malgrè sa célébrité, Leyendecker en est lui aussi victime. S’il continue à avoir des commandes, comme cette série de portraits de grands militaires, il doit réduire son train de vie. Il garde son manoir mais doit se séparer de ses nombreux domestiques...
En dépit de sa renommée la vie de Leyendecker est mal connue. Il a vécu discrètement mais sa sexualité et sa vie privée le contraignait à cela; un coming out aurait à l’époque signifié pour lui la ruine. En outre il aurait été très timide et aurait parlé avec un léger bégaiement. Il a vécu dans quasi-solitude, enfermé la plupart du temps, dans dans la tour d'ivoir qui était son atelier. A sa mort son ami a détruit beaucoup dessins, de correspondances ainsi que ses journaux intimes. On ne sait pas s’il agissait de son propre chef ou s’il suivait le désir de l’artiste. Il faut aussi avoir présent à la mémoire la période, l’apogée du Macarthisme, alors être convaincu d’homosexualité pouvait conduire en prison. Il est pourtant évident que l’on ne pouvait pas ignorer l’homosexualité de Leyendecker mais se dernier ne l’ayant jamais revendiqué il ne risquait pas grand chose. Dans cette société américaine hypocrite, le crime est dans le dire plus que dans le faire! Beach suivit son ami dans la mort de quelques mois.
En 2000 la poste américaine a émis un timbre à l’ effigie d’ “Un couple de danseurs” de JC Leyendecker dans sa série the American Illustrators commemorative. L’original de cette image a été vendu aux enchère la même année pour 50 000 $
Bien qu’aujourd’hui, il n’y ait seulement que quelques personnes, même aux Etats unis, qui connaissent le nom Leyendecker, mais cela est en train de changer car recemment plusieurs musées (Fullerton, Stockton...) ont organisé des expositions Leyendecker, son travail a été parmi les plus populaires de son époque, en raison de sa capacité à transmettre l'essence à la fois la vie quotidienne en Amérique et des événements internationaux par le biais de peintures qui reflètent son sens unique de l'art dramatique mélant romantisme et humour . Son travail a aidé à définir l’image de l’Amérique autant que le cinéma.
À bien des égards, les images de JC Leyendecker furent la personnification de l'Amérique, elles en sont venus à symboliser la culture, et la civilisation américaine.






















