Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

04 septembre 2008

1914 par Tardi, premières salves

Ce n'est pas tous les jours que vous avez rendez-vous chez votre libraire avec un chef d'oeuvre. Et encore plus rarement lorsque la merveille en question ne coûte que deux euros. Il s'agit de la première livraison de "1914" de Tardi. Comme pour son précédent opus, "L'étrangleur" Tardi a décidé de nous livrer sa nouvelle bande dessinée chapitre par chapitre sous la forme d'un journal, mais tout de même imprimé sur un bien beau papier. Il revient une fois de plus sur son obsession, mais qui s'en plaindrait, la guerre de 14. D'après les seize premières pages qui sont disponibles nous allons vivre le conflit par les yeux d'un fantassin de deuxième classe, dans le civil ouvrier tourneur aux établissement Biscorne de la rue Panoyaux, Paris XX ème arrondissement.
Cela se présente en planches de grand format chacune étant divisée en trois longues cases. C'est la rencontre de Céline et du cinémascope!
Les pages dessinées par Tardi sont suivies par quatre autres dans lesquelles Jean-Pierre Vernet, d'une plume aussi alerte qu'érudite, nous raconte cette boucherie. Le texte est illustré de photos de l'époque.
Ci-dessous quatre exemples de cases

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28 août 2008

Retour à Tony Duvert

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Encore une fois lorsque ma réponse aux commentaires se fait longue je préfère la page à la marge... Tout d’abord merci pour ces commentaires chaleureux et pertinents.
Je ne cherche en rien à “disculper” Tony Duvert, pas plus qu’ à le juger ou le condamner. Que Duvert ait réellement sodomisé tout un régiment de gamins m’est absolument indifférent, si cela est vrais j’espère que tous les participant y ont pris du plaisir... Ce que je voulais dénoncer c’est le constant amalgame que l’on fait aujourd’hui entre ce qu’écrit un auteur et son vécu comme si l’autofiction était une évidence. Le funeste engouement, un grand mystère à mes yeux, pour les pertes blanches de madame Angot, n’y est pas pour rien. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense que je rejette cette forme de littérature qui a donné de bien beaux livres comme “Courir avec des ciseaux” d’Augusten Burroughs (éditions 10-18) ou “L’homme marié” d’Edmund White (éditions 10-18), mais en Amérique!
Le ridicule en cette rentrée littéraire a atteint son summum. On fait des gorges chaudes d’un premier roman, celui de Tristan Garcia, “La meilleure part des hommes” (éditions Gallimard), sur lequel je reviendrais, dans lequel le romancier brosse un tableau des années 80, sous prétexte que son jeune auteur n’a pas été contemporain de ce qu’il raconte! Mais que je sache Alexandre Dumas n’a pas traîné la rapière chez monsieur de Fleurville, ni Tolstoi tapé le carton avec les soudards de la Grande Armée! Il faut conseiller à ceux qui se piquent en ce moment de critique littéraire de lire le Contre Sainte Beuve de Marcel Proust, ils y trouveraient matière à réflexion...
Anne Simonin dans son passionnant article,  que Guil a eu la judicieuse idée de signaler, dit ce qu’il faut dire de cette constante et niaise confusion entre le créateur et sa création: << En des temps moins obsédés par la recherche du « misérable petits tas de secrets », c’est la trace littéraire, non la biographie de l’auteur, qui devrait retenir et attirer l’attention sur une œuvre qui est une radicale entreprise de subversion morale certes, mais avant tout politique.>>.
Cette juste considération sur la contestation radicale de notre société, patente dans chaque livre de Tony Duvert, me permet de tenter de lever une confusion pour mes lecteurs, en ce qui me concerne. Les plus sagaces de ceux-ci auront probablement supputé que la révolution n’est guère mon affaire. Peut être que mon anglophilie tient en bonne partie au fait que ces insulaires n’est pas eu à subir le désastreux chambardement de 1789! Or donc si je n’apprécie que fort peu notre époque de beaufrerie ploutocratique, je ne regrette en rien que les idées de Tony Duvert ne soient pas arrivées au pouvoir. En passant je répète qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les mêmes goûts sexuels (ou autres) et les mêmes opinions philosophiques ou politiques d’un auteur pour l’apprécier (dans ma bibliothèque je m’amuse à mettre Brasillach à coté d’Aragon du temps où mes visiteurs  savaient lire cela intriguait...).
L’intronisation, que dis je, la quasi canonisation actuelle de l’enfant, en particulier du jeune mâle, accompagnée de sa paranoïa protectrice, (les pauvres damoiseaux seraient traumatisés à vie par une main exploratrice dans leur culotte! Quel sera leur état lorsqu’ils seront confrontés aux guerres de tout acabit ou à leur petit cancer?) n’est pas plus stupide, mais pas moins, que les élucubrations qui prônaient la liberté sexuelle alliée à toutes absences de contraintes pour les galopins, sous prétexte que cela leur ouvrirait l’esprit! Un coup dans le fion, quelque soit l’âge, n’a jamais rendu les idées plus claires, ce qui à la réflexion est bien dommage, mais c’est ainsi... Il faut se souvenir des thèses développées dans la revue “Possible” pour s’apercevoir que nous sommes vraiment aujourd’hui dans un autre monde, aussi fou mais radicalement différemment. Mais ces approches de l’enfant qui paraissent si opposées ont néanmoins la même source ce stupide rousseauisme qui veut que le chérubin soit un être pure et doué de tout les talents avant d’être perverti par, au choix selon votre secte ou la mode du moment, la société, les vilains messieurs, le capitalisme, le sexisme (liste sans fin)...
Dans son post, Anne Simonin, à lire absolument, a tout à fait raison d’écrire, en se référant à l’analyse de Poirot-Delpech, qui déclarait: << Il y a quelques années, la revue [Recherches] a démontré très finement que les amitiés transies du bel Éric n’étaient qu’un tissu et une mine de fantasmes homosexuels […]. Moi qui ai un peu connu ces gens […] je peux vous dire qu’en effet, le scoutisme mielleux dont sont sorties ces images étaient à l’homosexualité ce que furent à Vichy ses écoles de cadres… Si on en doutait, un auteur de cette tendance mais affiché, lui, le prouve avec fracas depuis quelques livres. Il s’agit de Tony Duvert aux Éditions de Minuit. Profondément, Duvert est un pur produit de “Signes de piste“ . Il en a l’innocence perverse, mais non l’hypocrisie. Cela donne la littérature la plus sauvagement érotique qu’on puisse lire depuis longtemps. », que les sources de Duvert sont plus à chercher du coté du Signe de Piste, mais à mon avis plus chez Jean-Louis Foncine que chez Dalens, que de ceux de Genet ou de Sade que pourtant je suis sûr qu’il connaissait très bien. Où je diverge avec elle c’est quand elle suggère que les livres de cette collection seraient de la sous littérature, allez y regarder de plus près et vous verrez que nombreux sont les romans du Signe de piste qui ont un style bien supérieur à ceux qui déferlent dans cette rentrée littéraire. Ayant connu les deux compères Dalens et Foncine, qui étaient l’âme bicéphale du Signe de Piste, je ne suis pas offusqué du qualificatif d’hypocrites, par Poirot interposé, que cette talentueuse blogueuse suggère d’accoler  aux noms de ces deux romanciers; ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient dénués de talent. Et puis, imaginez le désert de votre bibliothèque, si en plus de ne lire que des auteurs avec lesquels vous partagez les opinions, vous deviez en plus exclure ceux qui ne sont pas franc!

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26 août 2008

A propos de Tony Duvert

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auteur_1409J’ai appris la mort de Tony Duvert  grâce à un de mes lecteurs, qu’il en soit remercié. Curieusement il avait oublié de citer son nom dans le commentaire qu’il faisait à un article qui déplorait une autre disparition, seuls figuraient les qualicatifs qu’il attribuait à l’homme dont il m’annonçait le trépas; ceux d’écrivain oublié et de paria absolu. Un seul nom m’est alors venu à l’esprit, celui de Tony Duvert dont je n’avais pas ouvert les livres, pourtant tant aimés, depuis plusieurs années et dont les couvertures blanches des éditions de Minuit s’engrisaillent sur les rayons d’une de mes bibliothèques. Les œuvres de Tony Duvert se serrent aux cotés des premiers opus d’Hervé Guibert, “Voyage avec deux enfants”, “Les chiens”, “Fou de Vincent”... d’une plaquette tout en longueur dans un format à l’italienne inversé, “ Le vieillard et l’enfant” écrite par un autre paria, François Augieras, de “Nos plaisirs” d’un certain Pierre Sébastien Heudaux, dont je ne sais plus rien, et où l’on peut lire des phrases comme celle-ci: <<... Pour lui le cul d’Herbert vaut souvent plus qu’un billet de cinq cent francs, c’est que l’argent n’a pas d’odeur alors que le trou du gamin est un régal, un doux mélange de foutre et de merde séchée que la sueur a fixées ensemble, le docteur y laisserait son nez des heures si à la longue cette station nasale n’agaçait sa bite.>>. Le quatrième de couverture informe le chaland que: << Capo, un père de famille nombreuse, contraint ses enfants (seulement des garçons) à se prostituer aux habitants de Barbecoul. Nos héros - tous homosexuels, pédophiles, coprophages, sadomasochistes et héroïnomanes - ne sont pas dépourvus de tares réelles, comme l’aigreur, l’avarice ou la malveillance.>>. Je ne sais pas pourquoi mais je me dit que cet Heudaux pourrait bien être en fait le pseudonyme de Mathieu Lindon dont les romans se reposent à quelques centimètres de ceux-ci. Il est amusant de penser que tous ces volumes ont été publiés sous la direction de l’érudit égrillard Alain Robe-Grillet grand homme à femmes entre tous mais aussi érotomane distingué...
Ces livres sont les témoignages d’un autre temps, comme l’écrit très bien Eric Loret dans “Libération”: << Ses textes (éditions de Minuit et Fata Morgana), viennent d’un temps où l’on ne croyait pas qu’un roman revenait exactement au même qu’un viol, une époque où les adultes se rappelaient avoir eu, vers 7 ou 8 ans, des désirs sexuels.>>. Je dirais même plus (aucune allusion aux Dupond et  Dupont) d’un autre pays que les habitants qui l’habitent, croient être la même contrée que jadis et semblent avoir oublié ce qu’elle était où les gens ne parlaient pas la même langue, n’avaient pas la même couleur et utilisaient une autre monnaie et qui surtout pensaient tout autrement. Je n’ai pas la nostalgie de l’ancien pays où je me sentais tout aussi étranger que dans l’actuel, mais autrement.
Il est amusant, si je peux dire, de lire comment la presse régionale locale dresse le portrait de l'écrivain "silencieux alors qu'il me semble qu'il faudrait dire contraint au silence, à l'occasion de son décès. Ainsi on peut lire dans "La Nouvelle République", dans son édition du Loir-et-Cher: << Il vivait depuis une vingtaine d’années à Thoré. Avec sa mère, tout d’abord, puis seul, au décès de cette dernière, en 1996. Autant sa mère était ouverte et côtoyait les gens du village, autant son fils Tony avait la réputation d’être solitaire et de ne parler à personne, sans pour autant faire l’objet de commentaires désobligeants.Tout juste certains savaient-ils qu’il avait eu un prix littéraire, sans d’ailleurs pousser la curiosité plus loin. Tony Duvert allait de temps en temps à l’épicerie du village, et c’est tout. Il ne se montrait guère, à l’image de l’écrivain célèbre qu’il a été dans les années soixante-dix : il refusait en effet rencontres, débats et interviews, se contentant d’un lapidaire : « Vous n’avez qu’à lire mes livres », ainsi que le confirme son éditeur, les Éditions de Minuit.>>.

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Lorsque j’ai voulu vérifier l’information du décès de Tony Duvert sur la toile, j’ai eu bien peu de sites à consulter. Ce qui vérifiait le mot d’oublié, ce que m’apprit les maigres informations le confortait encore puisque l’on a découvert le corps de l’infortuné près d’un mois après sa mort ce qui montrait également la justesse du terme paria puisque l’écrivain vivant dans un village de 900 personnes n’avait aucune relation avec cette petite communauté.
Il est émouvant de penser que l’écrivain dans son roman “Portrait d’homme couteau”, trente ans avant, a décrit cette solitude campagnarde que l’on peut imaginer misérable...
Cet oublié a pourtant été célébré par des gens de lettre aussi prestigieux et influent que Roland Barthes ou François Nourissier qui parlait ainsi du romancier qu'il admirait: << Il vivait dans une cabane au bord d’un étang. C’est tout ce que j’ai pu apprendre, mais après tout, je n’avais pas besoin d’en savoir davantage, je n’ai pas la curiosité des étangs, j’ai celle du style et avec Tony Duvert, je suis servi… La période d’innocence qui s’offrait aux artistes dans les années 70 est révolue : on ne peut plus parler librement de ces choses en ce moment >>.  A la diffusion du téléfilm tiré de "L'ile atlantique" sur Arte, interrogée par Daniel Garcia, la journaliste Josyane Savigneau disait de lui : << J’étais persuadée qu’il serait le plus grand écrivain de sa génération. Tony Duvert a disparu un jour, sans même avoir cherché à théoriser son silence. Je rêvais de le rencontrer, évidemment, ça ne s’est pas fait et je ne sais même pas à quoi il ressemble ! Même son éditeur, quand je suis entrée dans le métier, ne correspondait déjà plus avec lui que par lettres.>>.

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La campagne est à, l’exception de l’”Ile atlantique”, sorte de “Signe de Piste” pour adulte perverti en une parfaite mise en forme romanesque de la critique radicale de la famille française et de son moralisme inquisitorial et destructeur; actuellement Bruce Benderson  travaille à sa traduction en anglais à ce propos on peut trouver aux USA "Le bon sexe illustré", je ne suis pas certain qu'il soit trouvable en France; Gérard Mordillat a signé en 2005 l’adaptation télévisuelle de l'"Ile Atlantique"; et surtout d’”Interdit de séjour”, errance sexuelle nocturne de l’homosexuel à la fois individu et foule dans la grande ville, toujours le lieu des orgies (tristes et grises) dans les romans de Tony Duvert. Cette campagne n’est pas riante, elle est sombre, l’horizon est barré par les bouchures. Une cambrousse des année 50, celle de l’enfance (?) de l’écrivain où la seule intrusion de la modernité est l’ampoule nue, constellée de chiures de mouche, qui pend du plafond et jette une lumière blafarde sur l’enfant qui attend d’être violé...

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Dans l’assez piteux petit papier que j’ai lu sur le site de Têtu, article grandement repris du communiqué de l’Agence France-Presse, mais qui néanmoins avait le mérite d’exister, dans le silence assourdissant entourant la mort de Tony Duvert. Dans son abécédaire, à silence, on peut lire: <<Des écrivains cheminent vers le silence, renoncent à s'exprimer, à communiquer. Jugent-ils trop mensonger de dire, de croire, de faire croire ? Tout progrès intellectuel vous rend plus apte à créer, mais plus réticent à le faire. On rejoint l'abstention des bons esprits qui n'ont rien mis au monde. " (Abécédaire malveillant, article " Silence ").
“Le Monde” a attendu son numéro daté du dimanche 24 août pour se fendre d’une nécrologie, signée Jean-Noel Pancrazi qui dans un très habile texte use de moult circonvolution pour ne pas dire que dans l’oeuvre de l’écrivain on encule des gamins. Mis à part cette pusillanimité, Pancrazi parle fort bien du style de l’écrivain. Or donc dans têtu, une expression qui a retenu mon attention: (Tony Duvert) amateur de jeunes garçons. Amateur veut dire au sens premier celui qui aime, mais ce mot induit aussi, certes dans un tout autre contexte, sportif, quoique j’ai rencontré des hommes qui voyait la drague garçonnière comme une sorte de sport, de chasse... une notion de non professionnalisme, de dilettantisme. J’ai alors songé aux “amateurs de jeunes garçons” que j’ai pu connaître dans ma vie et qui en la matière était tout sauf des dilettante tant leur passion pour les jeunes personnes dévorait leur vie. Si bien que très souvent, il ne demeurait rien pour le reste, ce qui les conduisait plus ou moins rapidement à une misère matérielle qui engendrait (?) une misère sexuelle et morale. J’ai constaté aussi que ces monomaniaque (ne voyez aucun jugement quant à l’objet de la passion mais seulement sur son exclusivité), par une sorte de mimétisme deviennent enfantins par leurs goûts et la légèreté de leurs jugements. Leur horizon s’amenuise pour devenir guère plus vaste que celui de l’objet de leur désir. Ce qui m’a fait constater, même s’il est toujours dangereux et même oiseux de généraliser, le pluriel voilà bien l’ennemi de l’intelligence, que la pédophilie et l’exact contraire de la pédérastie (dans l’entendement antique du terme et dans sa tradition, mais aussi telle que la prônait un Roger Peyrefitte) qui n’a que pour but avoué d’élever le plus jeune vers le savoir de l’ainé, le commerce des corps aidant celui de l’esprit. Il faut dire que mes “amateurs de jeunes garçons étaient, contrairement à Tony Duvert peu enclin à remettre en question la société. L’écrivain ne manquait pas de se désolidariser de la pédophilié telle qu’il la voyait. En 1979, dans Libération, interviewé par Guy Hocquengheim et Marc Voline, à ce propos il déclarait: << Une des choses qui font que les pédophiles m’agacent, c’est l’enfant stéréotype qui leur plait. C’est l’enfant des pubs pour slips dans “Elle” et “Marie-Claire”. Un premier communiant un peu pervers.>>. On peut retrouver cette interview ici

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Son combat était «contre les droits culturels exclusifs de la famille, de plus en plus refilés à cette espèce de sous-produit humain en quoi les femmes sont changées. Et je dis que dans la mesure où la vie en société m’intéresse, je souhaiterais que les gens qui vont devenir adultes soient en contact avec des êtres moins infirmes que ceux qu’on a transformés en femmes. […]Le combat à mener, c’est pour que l’Etat et la sexualité n’aient plus le moindre rapport.>>
D’autre part le rédacteur du poulet de chez Têtu ne connaît pas plus la vie privée et sexuelle de Tony Duvert mais d’après ses livres, qu’il n’a probablement pas lu, il ne peut qu’avoir bibliquement des jeunes garçons. On voit bien là une perversion des jugements (littéraires) du temps tellement baigné d’autofiction qu’il va de soit pour le commun des plumitifs qu’un auteur à forcement pratiqué la sexualité décrit dans ses romans. Peut être faudrait il rappeler que Sade a écrit la quasi totalité de son œuvre en prison où les possibilités érotique étaient tout de même limitée et que l’on peut aussi considérer son œuvre entre beaucoup d’autres choses) comme compensatoire. Pourquoi n’en serait il pas aussi ainsi avec celle de Tony Duvert? Car quel écrivain dans notre littérature est plus l’héritier de Sade que Tony Duvert qui peut aussi dans les interstices du désespoir de ses récit se réclamer de l’hédonisme d’un Petrone.
Le personnage ne devait pas être de tout repos si j'en crois ce passage trouvé dans le tome II du “Journal” : de Matthieu Galey (éditions Grasset) à la date du 20 mars 1975: << Marrakech. Dès l’arrivée ici, on est dans le burlesque. Jean-Pierre Dorian qui organise ce prix depuis vingt-trois ans, est dans tous ses états parce qu’il y a eu un scandale au dîner d’hier. Invité par raccroc, le jeune Tony Duvert a fait un esclandre épouvantable, jetant des bouteilles à la tête des invités, cassant des verres et insultant tout le monde. Au point que le gouverneur qui était du dîner, voulait le coffrer. Motif de ce scandale : Duvert, jeune romancier de gauche, avait reproché à ces vendus capitalistes de se goberger à la Mamounia en suçant le sang du peuple ? Pas du tout. “Il avait tenu, dit Dorian, outré, des propos inadmissibles sur Mozart”… Espérons que le diable, là où il est, en rit encore.
En 1973, le critique littéraire du Figaro, à propos de “paysage de fantaisie” écrivait “de la perversion la plus vertigineuses nait(..) l’innocence”. Poirot Delpech dans son fameux rez de chaussée du “Monde” alors très lu,  défendait aussi Duvert avec des mots remarquables: << La jeune génération qui rêve d’une contre-culture sans compromis ne fait que reproduire, en plus dur, l’idéal de consommation, et préfère les arts d’image, tellement plus apaisants. La seule vraie subversion conduisant à un monde libéré passerait donc par le risque, partagé entre auteurs et lecteurs, de détruire jusque dans nos corps les vestiges de l’idéologie en place.
Pour opérer cette sape – d’autres disent dé-construction –, Tony Duvert compte notamment sur la pornographie, jugée moins bourgeoise, moins récupératrice que l’érotisme, et sur des comportements réputés anormaux : homosexualité, sadomasochisme, nécrophilie. Ces thèmes se retrouvent développés jusqu’à l’obsession dans Paysage de fantaisie.>>. Le même toujours dans le Monde commençait son article à propos de “Quand mourut Jonathan” ainsi: <<  Rien de piteux, je trouve, comme ces parents qui se demandent en catimini si leurs gosses se touchent ou couchent, avec qui, comment, plus voracement qu’eux au même âge, ou moins, pas question de se renseigner directement, alors par qui, un prêtre ? Madame Dolto ? Si encore cette liberté qu’eux n’ont pas eue rendait les gamins heureux, mais regardez-les, bougons, terreux, quelle époque !...>>. A comparer avec la prose de Pancrazi... édifiant... Aujourd’hui, la bien-pensance diffuse ferait que les chroniqueurs et critiques littéraires n’oseraient pas promouvoir une telle œuvre car on fait passer les mots pour la chose, comme le privé pour le public...
Si l’on excepte “Quand mourut Jonathan” qui est une histoire d’amour entre un homme, Jonathan pour un garçon Serge, il n’est pas question d’amour dans l’oeuvre de Duvert mais de désir pour de jeunes corps.
Je voudrais faire entendre maintenant la voix de l’écrivain Tony Duvert:
<< Le beau brun à dix sept ans, ça doit être très gros, très gonflé, très gluant, ça doit bousiller mes boyaux quand il s’enfonce et quand on est sur le ventre le sang descend dans le ventre et la bite devient encore plus large, plus longue et plus dure, il faudrait qu’il m’encule doucement, oui, et en crachant beaucoup de salive...>> (Tony Duvert, Récidive, page 53, éditions de Minuit)
<< Quand la grappe est belle c’est qu’on arrose la vigne. Autrement dit: si tu en a beaucoup devant, c’est qu’on t’en met beaucoup derrière. Cette façon de moucher les surmâles prétentieux est jolie; mais elle rappelle aussi une chose que nous sommes instruits à ne pas exploiter: l’unité de la pine et du cul. Cette région, comme chacun sait, est d’un seul tenant; la bite n’est pas un morceau de chair isolé qui dépasse, mais un long tuyau qu’on chevauche; il commence à l’anus et fini au bout du noeud, il a un petit trou d’un coté, un grand trou de l’autre. Toutes les connexions imaginables (musculaires, nerveuses, spatiale) relient la cavité rectale au pénis et font d’elle son intérieur à lui. Racine du membre et orifice du creux sont un membre unique, l’anus. Ainsi la nature, plus malicieuse que ceux qui se réclame d’elle pour imposer leur ordre des choses, a donné aux garçons deux sexes en un seul.>>( Tony Duvert, journal d’un innocent, page 94, éditions de minuit)
Comme on peut le constater la prose de Tony Duvert est presque naturalisme dans la précision crue de ses descriptions mais elle est presque toujours non contingente d’une réalité sociale. Ce qui ne veut pas dire bien au contraire, que l’écrivain ignore les classes sociales mais il transpose la lutte des classes dans son univers qui relève parfois de la fable, comme ici dans “Paysage de fantaisie”: << Les petits culs-terreux ne ressemblaient pas aux pensionnaires du château ils étaient laids, sales tarés mal bâtis mal vêtus et crétins ils avaient des parents ils ne se sodomisaient pas le soir ils ne se regardaient pas nus ils se masturbaient seuls dans de vieux mouchoirs collés ils ne savaient ni parler ni vraiment se battre ils étaient écoliers ils se torchaient mal ils allaient au catéchisme le jeudi et à l’église le dimanche ils touchaient les filles l’été aux champs ils n’avaient que quelques sous >>
Dans son “abécédaire” bien différent de celui de Deleuze mais tout aussi revigorant, il fait œuvre de moraliste. Voici ce que l’on peut lire à l’entrée vertu: << Le vice corrige mieux que la vertu. Subissez un vicieux, vous prenez son vice en horreur. Subissez un vertueux, c’est la vertu tout entière que vous haïrez bientôt.>>.
Peut être plus que le silence qui entoure la disparition de cet écrivain majeur, le premier Guibert lui doit beaucoup, c’est la litote permanente sur la sexualité accolée à une froideur de constat dans presque toutes les notules qui lui sont consacrée qui m’ont fait réagir. Seul Pierre Assouline dans son précieux blog , sous le titre "mort d'un écrivain à Thore-La-Roch parle avec justesse et sans langue de bois du romancier.
Je me permet de citer un extrait d’un commentaire, au bel article d’Assouline, rédigé par une certaine Christiane, tant il traduit mieux que je ne saurait l’écrire mon sentiment: << On mesure, effrayé, le chemin parcouru dans la régression morale de notre société.je rappelle cette phrase dans “voyage au bout de la nuit”:“les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. A la critique littéraire de n’être pas le simple médecin légiste des grands écrivains. On a égaré Duvert.>>. Mais peut être que l’oubli n’était pas définitif et que de nouveau lecteur vont retrouver cet égaré et que les ancien vont desenfouir ses livres et ce souviendront d’une aussi belle façon qu’on peut le lire ici ...
Le meilleur hommage que l’on peut rendre à Tony Duvert est simplement de le lire. “L’ile Atlantique” a été réédité récemment. Assouline nous apprend qu’il écrivait encore. Il nous reste à espérer que peut être, un éditeur, secrètement honteux de son indifférence passée, aura le courage et la vertu d’éditer ces inédits peut être même qu'il aura la bonne idée pour la couverture de choisir une oeuvre de Jean Rustin dont les "enfants" m'évoquent ceux du romancier.

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Je ne voudrais m’exclure de la médiocrité et de la veulerie de nos jours puisque je n’évoque Tony Duvert qu’à l’occasion de sa mort alors que ces livres qui m’avaient tant inspirés s’empoussièraient sur une étagère...

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19 août 2008

Pour saluer Francis Lacassin

Il y a des personnes que l'on a jamais rencontrées mais dont la mort nous touche car c'est malheureusement c'est seulement dans ces moments que l'on comprend tout ce que l'on devait au disparu. C'est le cas pour Francis Lacassin dont j'ai appris la mort inopinément en lisant un exemplaire du Monde datée de deux jours. En lisant la nécrologie de Francis Lacassin je me suis aperçu que je lui devais une partie de mon amour des livres et de la lecture principalement grâce aux petits volumes de la collection 10-18 qui m'ont ouvert des horizons que je ne soupçonnais même pas et qui m'ont fait reconsidérer des écrivains, comme Jacques London et aussi plus récemment aux gros volumes chez Bouquin et Omnibus.

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Les îles du soleil

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Contrairement à “La séparation” dont je vous parlais dernièrement “Les îles du soleil” est une pure uchronie. Dans ce livre le fameux point divergent se situe en 1918. La Grande Bretagne a perdu la Première Guerre mondiale. Une partie de ses colonies sont devenues des mandats de la Société des Nations créée à l'issue du conflit. La défaite a eu pour conséquences la dépression, la honte puis la révolte, une crise d'hyper-inflation, des poussées de gauchisme politique ou culturel, une indépendance de toute l'Irlande en 1923... Churchill a été premier ministre mais ne s'en est pas très bien sorti. Oswald Mosley a tenté de redresser le parti travailliste avec une même absence de succès (dans notre histoire Oswald Mosley a quitté le parti travailliste pour créer un parti fasciste anglais avec un succès limité, dès les début de la guerre il sera emprisonné dans son pays. Il mourra quelques années plus tard oublié). Et puis un jeune ancien combattant John Arthur sorti de nul part avec son parti, ultra-nationaliste, se fait l'écho des peurs, des répulsions, des fantasmes des citoyen moyen... Il est appelé à Downing street son accession au pouvoir rappelle celle d’Hitler mais aussi celle de de Gaulle...
Ian MacLeod excelle à rendre par ses seules descriptions aussi efficace que poétiques l’ atmosphère qui règne dans ce pays déchu. En voici quelques exemples:
«Le palais (de Buckingham) fleure un mélange discordant de cire à bois, de lys, de naphtaline, de cuir neuf, de fond de teint et d'eau de Cologne.»
«Une femme qui ressemble à la Reine de Cœur s'époumone à une fenêtre des étages par dessus l'avalanche cuivrée des cloches résonnantes.»
«Il semble donc exact qu'une fois nu, l'être humain s'avère d'une décence inouïe. Voilà comment nous devrions tous vivre.»
«En fait, j'attends toujours que ma vie commence, alors qu'elle ne va pas tarder à s'achever...»
«En ce long mois d'août, la Très-Grande-Bretagne toute entière dérive doucement sur des bouffées de parfum vanille ou pissenlit, portée par le vacarme étourdissant des fanfares.»

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Dés les premières pages le lecteur s’aperçoit de la qualité d’écriture de l’auteur. La seule faiblesse du livre est de trop calquer la situation d’une Angleterre défaite avec celle de l’Allemagne dans l’Histoire que nous connaissons; mais c’était inévitable puisque le message sous-jacent dans le livre de MacLeod est qu’aucun peuple n’est à l’abri d’une folie comparable à celles qui saisit l’Allemagne dans notre réalité en 1933 pour peu que les conditions le permettent. MacLeod par là n’envisage pas Hitler comme un accident de l’histoire mais le fruit vénéneux de conditions économique. Ce brillant roman cache, entre autres, une vision marxiste de l’Histoire.
Mais paradoxalement le coté uchronique du roman n’est peu être pas le plus important, tant le personnage principal est fouillé et devient attachant au fil des pages. La surprise qui nous cueille d’entrée n’est pas due aux supputations historiques mais à la nature même du héros que l’on en juge par les premières phrases des “îles du soleil”: << Ce soir comme presque tous les dimanches soirs, un message de ma relation m’attend sur le mur du troisième box des toilettes publiques pour hommes de Christ Church Meadow”. Il fut un temps où nous testions la craie, mais tout est nettoyé si régulièrement, de nos jours, qu’on nous l’effaçait souvent. Depuis nous nous débrouillons en plantant l’ongle du pouce dans la peinture moelleuse.>>. Le ton est donné et vous avez compris que l’on suit cette histoire à travers les yeux d’un personnage gay, Geoffrey Brook, qui doit dissimuler son homosexualité dans un monde furieusement homophobe qui n’est pas sans rappeler le film V et pas seulement sur ce point. John Arthur, chef charismatique du Parti Moderniste, héros de la guerre, issu d’un milieu très modeste a accédé au pouvoir dans la période trouble qui a suivi la défaite de l’Angleterre. Il a redressé son pays qui est devenu la Très-Grande-Bretagne. Il est intéressant que Ian MacLeod est choisi de faire de ce leader fasciste un personnage qui n’est pas qu’antipathique et dont la description fait un peu penser au leader belge fasciste de l’entre deux guerre Léon Degrelle... MacLeod prête au dictateur une personnalité ambiguë qui renvoie à ce que l'on appelle "la banalité du mal". Le romancier fustige surtout l’apathie,  d’un peuple démissionnaire devant la force et qui a sa part de responsabilité dans la situation politique du pays. Le roman de MacLeod décrit très bien l’ambiance d’un pays viciée par une veule complicité dans une Angleterre grisâtre et sinistre où chaque citoyen est sommé de la croire obligatoirement en des lendemains radieux qui en fait ne cache qu’ un désespoir profond.

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Nous faisons connaissance avec Geoffrey Brook dans les années trente alors qu’il est professeur d’anglais dans un médiocre lycée de la petite ville de province où il est né. Il y traîne une existence grise sans avenir. Sa vie nous est narré en flash back. Nous apprenons que cet apparent homme sans qualité à connu un grand amour juste avant la guerre de 14 avec un jeune et beau commis d’une librairie. Leur idylle a été interrompu par la guerre. Le jeune homme y trouve la mort. Geoffrey Brook est brisé. Cette histoire racontée avec beaucoup de talent et de sensibilité par Ian R. MacLeod aurait fait seul déjà une très belle nouvelle.
Il est tout à fait exceptionnel dans un roman de genre de voir des personnages aussi denses et émouvant.
Inopinément Le petit professeur est nommé dans une prestigieuse université et devient un des intellectuels phare du régime! 
Le titre du roman doit son nom aux îles où l’on déporte les juifs, au nord de l’Ecosse disons que ce n’est pas là la meilleure partie du livre car pas complètement crédible. Les explications de Ian R. ne sont pas complètement convaincantes quand aux raisons de ces déportations à trop vouloir coller l’histoire de la Très Grande Bretagne à celle, de l’Allemagne nazi sans prendre assez en compte la différence entre les mentalités anglaises et allemandes.

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Il est dommage que Ian McLeod ne sattarde pas plus sur la nouvelle conjoncture internationale qu’il a créé où un axe franco-allemand démocratique affronte un axe  logique dans ce contexte entre la Russie stalinienne et le Royaume-Uni fascisant, les Etats-Unis de Roosevelt restant repliés sur leur scène intérieure.Si cette situation est plausible dans le contexte du roman on s’étonne tout de même de certaines évolutions comme celle de l’Italie qui vaincue aurait évolué de la même manière que l'Italie victorieuse mais frustrée, et se serait retrouvée avec Mussolini à sa tête. De même pourquoi une France vaincue n'aurait pas subi la même évolution que la Grande Bretagne. Si à mon tour je m’amuse au jeu de l’uchronie dans une après guerre où la France aurait été vaincu j’aurais bien vu  par exemple le colonel de La Rocque, qui n’était pas sans ressemblance avec John Arthur, prendre le pouvoir. Pourquoi la France  aurait elle été mieux immunisée que la Grande Bretagne contre la tentation de la dictature. Il est à mon avis peu probable que la France en cas de défaite se soit doter d’ un gouvernement socialiste dirigé par Léon Blum puis d’un gouvernement ultra-nationaliste dirigé par un De Gaulle qui rappelons le serait resté un parfait inconnu sans la seconde guerre mondiale. Comme vous pouvez le constatez voilà un livre qui fait aussi réviser la vraie Histoire du vingtième siècle. UNe bonne connaissance de celle-ci augmentera encore le plaisir de la lecture des “Îles du soleil”.
En 1940 Geoffrey Brook est détenteur d’un terrible secret qui pourrait changer le cours de l’histoire.
Je ne peux guère vous en dire plus sans tuer le suspense du roman qui comporte plusieurs retournements de situation dont le plus important est tout de même un peu téléphoné.
L'éditeur évoque “Le maître du Haut-Château” de Dick, grand classique de l’uchronie, mais le roman de MacLeod possède une qualité d'écriture et une subtilité dans l'analyse socio-historique bien supérieur à celles l'écrivain américain. C’est dire la qualité de l’ouvrage.
Ecrit d’une belle plume, avec une belle histoire d’amour “Les îles du soleil offre une alternative historique crédible avec un vrai point de vue sur la morale de l’Histoire.
Ian MacLeod avec sa remarquable acuité psychologique démontre une fois de plus que de grands auteurs peuvent se trouver dans le rayon Science fiction.

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Ian R. Mac Leod
Ian R. Mac Leod , d'origine écossaise, est né en 1956 à Solihull, une petite ville du centre de l'Angleterre proche de Birmingham. Dés l’enfance Ian Macleod est avide de lecture. Dans une belle interview  il parle ente autres de ses jeunes années:<<Je suis un pur produit des banlieues ouvrières de Birmingham des années 50/60. J’ai grandi dans des HLM, et y ai passé énormément de temps à me balader et à rêvasser. Les livres ne m’intéressaient pas vraiment, jusqu’à ce que je découvre John Wyndham.>>. Très jeune donc il dévore  presque exclusivement, que de la science-fiction et se  régale des auteurs de la New Wave anglaise tels Michael Moorcock, Roger Zelazny, Samuel Delany, Harlan Ellison. Ses livres préférés sont "Dune " de Frank Herbert, et "2001" de Arthur Clarke.

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A 15 ans il entreprend sa première tentative romanesque. Il imagine une uchronie dans laquelle le Troisième Reich a réussi a atteindre les mythiques 1000 ans de règne. Mais ce roman ne sera jamais terminé...
Il ne découvre la littérature générale qu’ avec les études. Il admire alors T.S. Eliot et D.H. Lawrence. Il n’abandonne pas pour autant la science-fiction et découvre Ballard et Silverberg. Il rêve de mixer toutes ses admirations.
Aujourd’hui ses écrivains préférés Scott Fitzgerald, Marcel Proust, et John Updike. Autant de noms qui font comprendre l’importance que revêt le style pour MacLeod.
Après des études de droit et un mariage. Il devient fonctionnaire. C’est une période où il s’éloigne un peu de la lecture et de l’écriture.
Mais bientôt ses anciennes passions le reprennent. Il écrit plusieurs romans qui sont refusés par les éditeurs. Ian MacLEOD tente un format plus court et se recentre sur les genres qui ont animés son enfance : la SF, le fantastique, parfois l’horreur. Et voici que, au bout de quelques temps, la volonté paie : MacLeod vend sa première nouvelle au magazine Weird Tales. Puis une seconde à Interzone. Une troisième à Asimov’s.

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Si bien que dans les années, 90, Ian MacLeod est une signature récurrente des périodiques de genre.  Il figure parmi les auteurs repris régulièrement dans l’anthologie Year’s Best SF... on le traduit dans plusieurs langues... Il publie un premier roman en 1997 “The Great Wheel” mais c’est avec le second, ces Îles du soleil qu’il conquiert la reconnaissance mais pas dans son pays où n’est paru que la nouvelle qui serait la première mouture du livre. Il faut donc féliciter Thibaud Eliroff (le directeur de la collection) pour avoir eu l'audace de faire traduire un livre non encore publié et, en passant, Michelle Charrier pour l'élégance et la finesse de sa traduction, qui compte tenu de l’écriture de Ian MacLeod est véritable tour de force.  Suivent "The Light Ages" paru en 2003 et sa presque suite “House of Storms" qui se situe dans une Angleterre victorienne  uchronique où la découverte d’une substance magique appelée aether donne naissance à une révolution industrielle d’un type nouveau. Ian R. MacLeod vit aujourd'hui à Bewdley dans le Worcestershire.

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17 août 2008

La séparation de Christopher Priest

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PriestComme pour les thrillers ou les romans à énigme, il est difficile de rendre compte d’une uchronie sans déflorer le récit en tuant le suspense car curieusement on est toujours haletant de savoir comment l’auteur aura réécrit l’histoire. Mais peut être faudrait il que je rappelle dès maintenant ce qu’est une uchronie. Disons c’est ce que l’Histoire aurait pu être, mais ce qu’elle n’a pas été. Si vous vous intéressez à ce genre en pleine prolifération dans les pays anglo-saxons alors que les prémisse du genre sont nés sur notre sol il faut lire (ce n’est pas facile car l’ouvrage est épuisé, merci Daniel maître de l’étoile rose) “L’histoire revisitée, panorama de l’uchronie sous toutes ses formes” d’Eric B. Henriet aux éditions encrage. Une bible qu’il faut lire et relire mais qui malheureusement date déjà de 1999 et qui aurait bien besoin d’être réactualisé. Monsieur Henriet ne nous faites pas trop attendre. L’instant clé et le propre du roman uchronique est le moment où l’Histoire que l’on connaît, dévie et propose au lecteur une nouvelle proposition de celle-ci. Ce moment est appelé point divergent.

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priestLe livre qui m’amène à vous parler de ce genre qui m’est cher est “La séparation” de Christopher Priest. Dans ce livre que je présente sans doute un peu abusivement comme un roman uchronique, ce qui est déjà un peu vendre la mèche, le choix du point divergent est une entorse au genre. Habituellement, comme le dit fort justement Jacques Boireau: << Le point de départ de l’uchronie est forcement pauvre car elle s’appuie sur un temps connu de l’élève moyen en fin de scolarité primaire.>>. Et bien ici ce n’est pas exactement le cas puisque l’auteur a choisi un épisode marginale et toujours resté mystérieux le voyage de Rudolf Hess le 10 mai 1941 où il s’envole d’Allemagne pour atterrir quelques heures plus tard en Angleterre pour négocier une paix séparée entre l’Allemagne et la Grande Bretagne. La grande idée de Priest est de prendre comme fil rouge de son roman un historien Stuart Gratton, auquel malheureusement il peine à donner de l’épaisseur, qui fait des recherches sur le mystérieux voyage de Hess où il voit le tournant décisif de la deuxième guerre mondiale. Ce procédé permet à Christopher Priest de proposer avec beaucoup de verve plusieurs hypothèse sur les raisons et les résultats de cette inattendue escapades. Rudolf Hess agissait-il sur les ordres d’Hitler ou à son insu? Est-ce un sosie de Hess qui est mort à demi-fou des année plus tard dans sa prison allemande? Son avion a t-il été abattu, ce 11 mai 1941 par la Lutwaffe? Autant de question posées par se roman qui se transforme parfois en essais historique des plus sérieux. Questions auxquels tente de répondre Stuart Gratton qui pense que la clé du mystère sont deux frères jumeaux, Joe et Jack Sawyer qui ont rencontré Hess aux jeux olympiques de Berlin en 1936 où ils furent médaillés en aviron (c’est on ne peux mieux de saison). Cette rencontre marque le début d’une séparation à la fois morale, pratique et historique. Ils s’éloignent inexorablement l’un de l’autre.
Pourn Joe, ce sera le mariage (avec une juive berlinoise ramenée de Berlin avant les déportements) et, peut-être, la vie de famille. Pour l’autre, l’aviation et la vie militaire au sein de la prestigieuse Royal Air Force. Ces deux frères existent très fort sous la plume de Christopher Priest. Nous vivons la guerre à leurs cotés, surtout en compagnie de Jack pilote de bombardier, capitaine de la RAF. Alors le roman devient un palpitant récit de guerre, même si les batailles dans “La séparation sont surtout intérieures, qui m’a ramené des années en arrière, lorsque adolescent je lisais les livres bleus de la collection “Leur aventure” des édition J’ai lu qui me racontaient la saga des héros de la deuxième guerre mondiale. “La séparation” nous fait entrer dans l’intimité de Winston Churchill mais aussi de Rudolf Hess qui n’est pas insensible aux charmes des beaux rameurs...

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Le roman utilise plusieurs formes pour nous captiver, il juxtapose document, récit et  journal intime. Alternant les faits les plus avéré dans un langage qui peut être froid et sec avec des hypothèses historiques rocambolesque, mais qui ne sont peut être pas réelles que dans le roman... Christopher Priest définit très bien son travail: << La Séparation » est une uchronie qui réfléchit au concept même de l’uchronie. Je m’explique : dans beaucoup d’uchronie, vous pouvez clairement voir où se situe la séparation avec l’Histoire réelle. Dans « La Séparation », même si la rupture semble se situer en 1941 (...) elle semble parfois se situer à une autre date... le livre est un labyrinthe dans lequel plusieurs réalités semblent coexister... c’est assez compliqué, et on m’a reproché d’avoir écrit quelque chose de trop difficile à lire... mais je ne voulais pas me borner à une uchronie toute simple. D’ailleurs, ça ne vous étonnera pas, « Le Maître du Haut-Château » de Philip K . DICK, est une de mes influences majeures pour « La Séparation ».
Mais je ne peux guère vous en dire plus sur ce roman dont le seul défaut est peut être de vouloir être un peu trop malin et de ne pas réellement choisir, mais c’est aussi cela qui en fait sa beauté et sa complexité.
On sort de ce livre passionnant ne sachant plus où sont les frontières entre fantasmes et rêves éveillés, entre réalité et supputations historiques. Jack-Joe hanteront longtemps le lecteur.

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02 août 2008

La magie Modiano

<< Quelle chose étrange de me retrouver après vingt ans dans cette ville, seul, par une nuit torride de juillet et sans pouvoir détacher mon regard d'un japonais en costume clair.>> Quartier perdu, page 25

N'y a t-il que Modiano pour placer une telle phrase qui ferait un merveilleux incipit à l'intérieur d'un roman?

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L’honneur d’un homme d’Allan Massie

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On ne peut pas dire que la collaboration des français avec l’occupant durant la dernière guerre mondiale soit un sujet galvaudé. Dans ma grande inculture je peux compter sur les doigts d’une main les romans que j’ai lu sur ce thème. Il y a bien sûr les deux chefs d’oeuvres de Céline, “D’un château l’autre” et “Nord” mais ils traitent plus de la déconfiture et la fuite des collaborateurs que d’autres choses. Comme le disait l’excellent Galtier Boissière dans son pas triste “journal 1940-1950” (au feu Quai Voltaire) ce n’est plus “Je suis partout” c’est je suis parti! Pierre Boisdeffre a écrit un émouvant petit livre “Les fins dernières”, paru jadis au “Livre de poche” dans lequel il romançait la fin tragique de Robert Brasillach. Il y eu l’alerte “1941” de Lambron chez Grasset qui se passait dans les cercles du pouvoir vichyste, quant à l’oeuvre de Modiano, on y trouve plus un echo de la collaboration que la collaboration elle - même; et c’est à peu près tout ce dont je me rappelle dans cette touffeur d’été. C’est donc la rareté du thème et la beauté de la couverture du au désormais presque célèbre André Zucca  depuis la polémique autour de l’exposition de ses lumineuses photographies de l’occupation qui m’a décidé à acquérir “L’honneur d’un homme” d’autant que l’auteur, Allan Massie est étranger, ce qui donnait un intérêt supplémentaire à ce roman sur la collaboration, pour faire un raccourci que le livre ne mérite pas, et que d’autre part j’avais apprécié ses “Mémoires de Tibère”, édité chez de Fallois.
L’auteur aborde l’époque de l’occupation par le biais du récit à la première personne, d’un jeune homme, il est jeune lorsque nous faisons sa connaissance, dont le père décédé était français issu d’une vieille famille aristocratique et la mère une anglaise qui a suivi son deuxième mari en Afrique du sud où le garçon a passé son adolescence. Le lecteur le rencontre à Paris où il vient en vacances après avoir passé une année d’étude à Cambridge.  Au vue de cette amorce biographique (trop) romanesque, on pourrait s’attendre à avoir été mis en rapport avec un brillant sujet. On s’apercevra assez rapidement qu’il n’en est rien. Suite à une rencontre inopinée, le jeune homme contracte une obsession, celle de connaître la vérité sur son père qu’il a vu pour la dernière fois lorsqu’il avait neuf ans et dont on apprend vite qu’il fut une figure marquante de la collaboration intellectuelle. Dans la première partie du roman nous suivons ce pale jeune homme dans sa rencontre avec ceux qui ont aimé et connu son père, son oncle, député RPF et ancien résistant, ce qui est un peu une tautologie (le personnage m’a fait penser à Jacques Baumel), sa grand mère et des amis interlopes de son géniteur dont un cinéaste homosexuel transi qui a quelque chose de Marcel Carné... Vient se greffer à cette quête une histoire d’amour assez convenue.  Puis à partir de la page 160, le livre se transforme et devient le dossier que le jeune homme, puis l’homme qu’il est devenu a constitué sur son père, Lucien de Balastre, le “je” change d’attribution passant du fils au père. Le roman nous fait voyager dans le temps de 1898 à 1987 avec des stations plus ou moins longues sur certaines années et aussi dans l’espace de la Suisse à l’Afrique du sud en passant par l’Angleterre et le sud de la France. Mais pourtant, le lecteur n’est jamais perdu. Le style est plaisant, avec de belles trouvailles poétiques, bien rendues par la traduction. Néanmoins, En début de lecture, le ton pour un lecteur français déroute. Cette relecture d’une des périodes les plus sombres mais aussi une des plus effervescentes pour l’ intelligentsia française, par un homme presque sans qualité, donne à cette histoire, à la fois un ton et un point de vue totalement inédit. Il me vient à penser que le narrateur est un type d’homme qui a presque complètement disparu aujourd’hui, il m’est arrivé d’en côtoyer quelques uns; les derniers se dissolvent dans le grand âge. Des gens de bonne éducation, d’intelligence moyenne mais qui grâce à leurs humanités possédaient une solide culture classique. L’honneur d’un homme a quelques parentés avec les roman de Roger Martin du Gard, modèle presque toujours inavoué, le prix Nobel traîne derrière lui, allez savoir pourquoi, comme un fumet de ringardise, des auteur voulant tricoter le romanesque avec l’histoire. On y trouve les même procédés narratif et le même souci d’étayer les personnages de fiction par de vrais acteurs de l’histoire.
Cependant par rapport au maître français l’anglais achoppe sur plusieurs points. Le principal est la transparence quand ce n’est pas le convenu des personnages secondaires qui on également le défaut d’apparaitre aussi brusquement qu’ils disparaissent. Encore plus gênant est la relative inconsistance de ce Lucien de Ballestre dont le fils tente de cerner la personnalité (pour un historien ectoplasme). L’hétérogènéité du personnage vient sans doute de la multitude de ses modèle dans la réalité. Il y a du Lucien Combelle (tiens le même prénom!), il y a aussi du Drieu la Rochelle, mais sans œuvre, du Bertrand de Jouvenel et pour le maurrassisme du Henri Massis.
Le roman se lit sans ennui et même avec intérêt, mais l’auteur est passé à coté d’un grand livre (mais peut être par manque de connaissances historiques) en n’encrant pas plus son personnage principal dans l’histoire.

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31 juillet 2008

Retour sur Planète

Dans mon article sur l'essai de Clotilde Cornut, La revue Planète, j'ai omis de vous indiquer l'adresse et le nom de son éditeur sur la toile. C'est Les éditions de l'oeil du sphinx et c'est ici . Le livre étant peut être difficile à ce procurer, (mais de nos jours quelques semaines après sa parution quel livre est il facile d'acheter?) le meilleur moyen pour qu'il rejoigne votre bibliothèque est certainement de le commander directement chez l'éditeur; chez qui vous trouverez sous de belles couvertures Bernard Heuvelmans, Jacques Bergier, Robert Ervin Howard, Richard Bessière, Jean Ray, Lovecraft, José Moselli... et quelques autres et pas des moindres.

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Autant de volumes qui devraient ravir les amis de Mauvais genre (ce blog ne l'est il pas à tous les points de vues, mauvais genre?), l'indispensable émission de France-CultureFrance-Culture, pilotée par le non moins indispensable François Angelier, qui heureuse initiative, à la rentrée de septembre, reprendra son horaire historique, le samedi soir de 21 h à 22h...

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30 juillet 2008

La revue Planète par Clotilde Cornut

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Ma dette envers la revue Planète est immense et pourrait se résumer en une seule formule, la découverte de la diagonale. Une ligne qui relie science et littérature, réalisme et fantastique, minuscule et majuscule. Planète dans cette France qui venait de rétrécir et qui s’ennuyait, décloisonnait les savoirs pour mettre en exergue leurs convergences. Elle mêlait l’optimisme pour l’avenir et la révérence envers un certain passé, comme le synthétisait fort bien Louis Pauwels en une belle phrase: << Il n’y a de nouveau que ce qui était oublié.>>.
Je suis souvent outré par la condescendance, quand ce n’est pas du mépris, avec laquelle les gens de ma génération évoquent la revue, alors qu’ils en sont tous plus ou moins les débiteurs. Loin d’être reconnaissant de tout ce qu’ils lui doivent. Ils rejettent en bloc cet héritage, alors que rapidement on s’aperçoit que des pans de leur culture ont été nourri par la revue.

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En ce qui me concerne elle m’a appris à regarder comme si c’était toujours la première fois et à privilégier le plaisir dans une indifférenciation joyeuse des sources du savoir.
C’est donc avec une joie non dissimulée avec laquelle j’ai découvert , dans la belle librairie du Centre Pompidou, l’essai de Clotilde Cornut sur la revue, intitulé sobrement “La revue Planète”. L’éditeur a eu l’excellente idée de publier ce texte sous la même belle forme, extérieur et intérieur, que paraissait jadis la revue. Au sujet de la forme et de la typographie de cette parution, la remarquable émission de France-Culture, "La fabrique de l'histoire", à consacré en 2008, une émission au phénomène Planète qui comportait une interview de François Richaudeau, la cheville ouvrière de la fabrication de la revue.

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Clotilde Cornut avec une grande clarté dans une langue simple fait une recension sérieuse du contenu de la revue et des membres de sa rédaction. En essayant de mettre les articles constituant le corpus de Planète dans une perspective historique de l’histoire des idées. Rien est oublié dans ce panorama. L’essayiste passe en revue les grandes rubriques de Planète, la science, les religions, les arts, la littérature... sans rien omettre.
Si ce travail est sérieux, on peut regretter d'une part que l'essais n'est pas été réactualisé depuis son écriture, car par exemple certaines personnes mentionnées sont décédées depuis sa rédaction, ce qui n'est pas signalé, et d'autre part, sa forme, par trop universitaire par le style, souvent assez plat et peu à l’unisson de celui enflammé d’un Louis Pauwels. L'essais malheureusement ne possède pas un appareil référentiel qu’aurait mérité le sujet et qu'appelle justement un travail universitaire. Edgar Morin et Michel Winock c’est bien mais c’est un peu court. A ce propos Michel Winock dans son dictionnaire des intellectuels français (Le seuil), écrit avec Jacques Julliard, ne consacre pas d’ entrée à la revue Planète mais seulement une à Louis Pauwels (page 1059) où l’on peut lire: << L’antimarxisme, l’anti-égalitarisme, l’antichristianisme rapprochent l’écrivain de la Nouvelle Droite, qui lui semble l’héritière des recherches de Planète.>>. Voilà qui est clairement dit, beaucoup plus que dans l’essais de Clotilde Cornu que l’on sent tergiverser pour ne pas arriver à cette conclusion. Il aurait été à la fois courageux et exacte d’admettre plutôt que de suggérer que Planète s’inscrit dans un vaste mouvement métapolitique  en réaction au crypto marxisme, encore dominant dans ces années là, il exerçait un véritable terrorisme intellectuel, et que l’on sent d’ailleurs encore prêt à sortir de sa tanière où il se tapit. Contrairement à ce que dit Clotilde Cornut, l'allégeance de Pauwels à la nouvelle droite, puis son engagement dans la création du Figaro magazine, qui dans ses premiers temps n'était pas la revue des pince fesses de l'avenue Mozart qu'il est devenu, n'est pas pour Pauwels un retournement (la Nouvelle Droite par rapport à Planète) mais une continuité. On peut ajouter que Remy Chauvin s’il fut un fidèle de Planète, le fut aussi de Nouvelle Ecole, la revue de la Nouvelle Droite.
Clotilde Cornut oublit de dire que la grande différence entre la Nouvelle Droite et l'esprit de la revue Planète est sa position envers l'Amérique. L'anti américanisme est un des piliers de la Nouvelle Droite, à ce propos je pense cette division de l'occident est la principale raison de son échec, alors qu'un certain philoaméricanisme est patent dans la revue.

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En revanche Clotilde Cornut met justement le doigt sur la juste obsession de la revue, la surpopulation. Elle ne va pas jusqu'à prononcer le mot tabou entre tous d'eugénisme, mais enfin... En lisant ce passage, je me suis dit, une fois de plus, que Planète nous manquait bien. Où voit on aujourd'hui que par exemple une des solutions possibles à la pollution n'est pas seulement la diminution de la consommation mais aussi une diminution draconienne de la population mondiale. Il me vient à l'esprit que la frontière entre la droite et la gauche passe par la reconnaissance de la bonne idée qu'est le malthusianisme, la gauche pensant bien sûr que c'est une mauvaise idée, force est de constater qu'il n'y a plus de droite...
Si l’auteur n’ommet pas de souligner le rôle d’accoucheur de Planète, elle ne le fait pas assez franchement à mon goût. Une enquête auprès d’intellectuels et de décideurs dans la tranche d’âge 50, 70 ans, leur demandant ce qu’ils devaient à la revue, aurait complété agréablement son exposé et l’aurait fait sortir du carcan universitaire où il se complait un peu trop c'est d'ailleurs ce que lui suggère Jacques Mousseau, l'un des grands auteurs de la revue, dans l'entretien qu'il a accordé à Clotilde Cornut et qui est placé en fin de volume.
Une étude sur une revue abordant autant de sujets aussi différents est une véritable gageure, car elle demanderait d’être aussi bien spécialiste en art qu’en science qu’en littérature qu’en recherche spatiale. Clotilde Cornut s’en tire avec les honneur même si par la force des choses les articles consacrés à tel ou tel aspect de Planète sont souvent un peu superficiel.

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Celui qui a le plus retenu mon attention, sans doute aussi parce que c’est le sujrt que je connais le moins mal, est le chapitre sur les arts dans Planète. Il est particulièrement éclairant et je n’y ai relevé aucune erreur.
Si l’essai se développe sur 182 pages qui restituent la belle présentation de la revue, on a l’impression d’avoir un numéro de celle-ci entre les mains, il est suivi d’un complément bibliographique de 100 pages. Ce dernier, établi par Joseph Alteirac, est très précieux car il contient notamment tous les sommaires détaillés de tous les numéros de la revue, un grand bravo pour ce travail de Bénédictin.
Si l’entreprise n’est pas parfaite, le livre de Clotilde Cornut est un indispensable outil pour mieux comprendre une des aventures intellectuelles les plus stimulantes de la deuxième partie du vingtième siècle.

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P.S. 1 Le net est vraiment merveilleux en tapant Grégory Gutierez sur votre moteur de recherche préféré vous pourrez télécharger gratuitement le mémoire qu’il a consacré à la revue et sur lequel je reviendrais ultérieurement.

P.S. 2 Je recherche des numéros de Planète si vous en avez à vendre ou à donner, contactez moi...

P.S. 3 Les toiles illustrant cet article sont de Carel Willing  peintre que la revue Planète essaya de lancer, malheureusement avec un succès mitigé, mais l’artiste est fort connu dans son pays la Hollande.

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