Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

02 septembre 2009

Jet Boy (Moments)

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2001, 99 mn

Réalisation:  David Schultz, scénario: David Schultz

Avec: Branden Nadon , Matthew Currie Holmes, Krista Rae, Shawn Anderson, Randy Birch , Artur Ciastkowski, Tom Edwards, Chris Enright, Mark Gabruch, Lynn Ivall, David Lereaney, Nancy MacDonald, Bruce McDonald, Roy Neilson, Valerie Planche, Kelly Rowan, Tania Sablatash, Carrie Schiffler, Joe Norman Shaw, Stephen Strachan, Dylan Walsh

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Résumé:

Nous faisons la connaissance de Nathan (Branden Nadon) alors qu’il se prostitue le jour de ses treize ans à Calgary, Canada. Nous nous apercevons très vite que c’est surtout un garçon   en quête d'amour. Lorsque sa mère meurt d'une overdose, Nathan part à la recherche de son père qu'il n'a jamais connu. Sur sa route, il croise Boon Palmer (Dylan Walsh), un homme dans la trentaine au coeur dur et au passé douteux, qui a lui aussi vécu une enfance difficile. Boon Palmer est en route pour Vancouver. Nathan convainc Boon de l’emmener avec lui. Ils s’arrêteront dans le village natal de Boon et ce détour changera pour toujours le cours de leurs vies... La Boon rend visite à son père mourant qui fut jadis un père brutal et autoritaire. Il revoit son amour de jeunesse qui élève seul un fils de l’âge de Nathan. Ce dernier  se lie d’amitié  avec Boon qu’ Il soupçonne  d'être un trafiquant de drogue.  Il ne comprend pas pourquoi Boon ne veut pas de relations sexuelles avec lui.  Peu à peu, il se crée un lien très fort entre eux deux. Boon a une véritable affection pour Nathan qu’il veut aider. Nathan découvre que Boon est en fait un policier sur la piste d'un gros trafiquant de drogue. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure et Nathan continue à prendre des risques dans la rue, jusqu'au jour où il en prend trop...
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The movie at IMDB ( link )  



L’avis de Bernard Alapetite:

Le principal atout de “Jet boy” est ses acteurs, tous très convainquant à commencer par Branden Nadon le héros du film qui pour son premier film, est capable de jouer toutes les émotions et dont la bouille et les mimiques n’est pas sans rappeler le héros de “Pixote”. Branden Nadon est aussi apparu dans la mini-serie pour la télévision “Living with the Dead” et il a joué un petit rôle dans “Agent Cody Banks” en 2003, depuis plus rien et c’est bien dommage.
L’autre point fort du film est que nous croyons d’emblée à l’authenticité, profonde et sincère de la relation entre ses deux personnages principaux

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La réalisation est très propre, nombreux décors et personnages, images lumineuses, malheureusement un peu granuleuses, cadrages soignés, bon éclairage et surtout “Jet boy” bénéficie d’ un montage très précis qui permet aux images d’être immédiatement signifiantes et cela sans lourdeur.
Si le réalisateur est un maître de l’ellipse on peut regretter sur un tel sujet la pudibonderie américaine. A force de ne rien montrer, il est bien difficile de montrer la prostitution du garçon comme une situation épouvantable, idem pour la drogue. Il est certes difficile pour un sujet comme celui-ci en trop montrant d’échapper au voyeurisme mais à trop édulcorer on ne sait plus de quoi on parle.
Dave Schultz a déjà écrit avant ce scénario une dizaine d'autre, on voit qu'il connait son affaire. "Jet boy" est en revanche son premier film en tant que réalisateur. En 2008 il a tourné sont deuxième film, 45 RPM.

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Le scénario un peu trop touffu, ne semble pas très crédible principalement en raison de l’âge du héros et la facilité avec laquelle Nathan échappe à toute les structures de la société semble impossible pour un garçon de 13 ans dans un pays développé comme le Canada. Mais si l’on considère plus”Jet boy” comme un vrai mélo que comme un film naturaliste, on s’intéresse à cette histoire car elle est bien menée. Le scénario nous ménage bien des surprises car pendant quelque temps, nous ne savons presque rien des gens que nous voyons sur l’écran et puis au fil des minutes nous apprenons beaucoup de choses, et jusqu’au bout nous aurons des surprises et des révélations.
On peut trouver la fin un peu trop rose pour un film aussi âpre; on peut aussi penser que dans la vie comme dans un film le pire n’est pas inéluctable.


                                                                                                                                                                                                               

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

                                                                                                                                                                                                                                               

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

       
            

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22 août 2009

Tan Lines (mise à jour 2)

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Australie, 2006, 97mn

Réalisation: Ed Aldridge, scénario: Ed Aldridge, Musique originale:The Mares, images: David Gacs, montage: Rolmar Baldonad

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Avec: Jack Baxter, Lorena Arancibia, Dan Masters, Curtis Dickson, Harry Catterns, Joshua Bush, Daniel O'Leary, Lucy Minter   

Résumé

Dans un petit bled de la cote australienne (dans une île?) deux adolescents, les meilleurs amis du monde, glandent au début des vacances d’été. Les seules distractions sont pour les jeunes le surf et la bière. Pour les vieux il reste la bière! L’un des deux garçons, issu de la classe moyenne, Paul, ( Curtis Dickson ) annonce à son copain Midget ( Jack Baxter ), qui vit dans un gourbi dans lequel il partage l’unique lit avec sa mère, que son frère Cass ( Daniel O'Leary), après quatre ans d’absence, revient au village. On comprend vite que ce garçon a du fuir le pays à cause de son homosexualité. Il rentre à la maison où ses parents sont partis ... en vacances. Midget très travaillé par le sexe, il tente de goûter concomitamment aux filles et aux garçons avec des bonheurs mitigés, jusqu’au moment où il s’aperçoit qu’il est amoureux de Cass...


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L’avis de Bernard Alapetite

“Tan lines” où comment l’amateurisme et la précipitation peuvent gâcher un film. Je dis bien gâcher car il y avait un bon potentiel dans cette histoire située dans un microcosme inédit au cinéma et doté d’un superbe décor (complètement sous employé). Elle a en plus la chance d'être servie par des comédiens, pour la plupart débutants, qui sont toujours très justes, aidés en cela par des dialogues d’un parfait naturel.

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Malheureusement, probablement par hâte d’arriver au tournage, ce qui est le défaut des metteur en scène débutants, le réalisateur, qui est aussi le scénariste, n’ a pas assez travaillé son texte. S’il parvient bien, par quelques courtes scènes, à la fois à brosser le portrait de cette petite communauté et à rendre les rapports entre les “bourgeois” du village et Midget, le fils de la marie couche toi là locale, excellente idée de cinéma de nous montrer cette mère absente seulement endormie sous des couvertures, son visage n’apparaissant jamais, il abandonne trop de pans de son histoire. Alors qu’il nous présente dans le bon début, Midget et Paul comme deux potes inséparables, Paul disparaît quasiment de la deuxième moitié du film, ce qui rend par contre coup la fin artificielle. Aldridge nous assène des évidences, comme la religiosité de Cass qui sans explication, dans ce contexte, ne le sont pas du tout. Des personnages ne sont pas assez développés comme le gay patenté du groupe (Midget ne l’est pas “officiellement” ou le professeur avec lequel Cass à eu une aventure quatre ans auparavant (il y a un nombre de pédés surprenant dans les trous perdus de la côte australienne!).


 

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Il aurait gagné par contre couper dans les scènes de surf, bien mal filmées et dans celles de skate parfaitement inutiles, là sans doute pour faire joli, ce sont en effet les seules bien cadrées. Car le vrai et immense défaut du film est l’indigence de son filmage. Deux symptomes révèlent l'amateurisme d'un réalisateur, d'une part une figuration étique, sur ce point rien à dire bien au contraire dans "Tan lines" et surtout un éclairage déficiant avec sous exposition chronique dans les intérieurs et des fréquents contre jour dehors; ce que nous retrouvons ici. Il faut dire une fois pour toute aux apprentis cinéastes que l’on ne fait pas un film sans éclairage. Avant le cadre, une belle image, et même parfois une image seulement lisible, c’est avant tout de la lumière. Pour les extérieurs le soleil ne suffit pas , surtout sans déflecteurs; et pour les intérieurs la loupiote de la chambre ne peut en aucun cas illuminer une scène d’amour. C’est bien ce que semble ignorer Ed Aldridge. Ce qui nous vaut des scènes de sexe pas du tout torrides comme l’indique d’une façon mensongère la jaquette du dvd (édité par BQHL), tant elles sont mal éclairées et mal cadrées comme tout le reste, d’autant que ce sont les seuls moments où les acteurs sont peu convaincants, ne voulant sans doute pas passer pour des gays! Le film est presque constamment sous exposé.

Les deux premières photos ci-dessouss peuvent induire en erreur. Elle ne sont pas extraites du film et leur éclairage ne correspond en rien à ce dernier contrairement à la troisième.

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Autre conseil aux personnes ayant des velléités de réalisation, avec le chef op. et le chef électro (le maître de la lumière sur un plateau) une autre personne est indispensable sur un tournage, la scripte, ici, s'il y en avait eu une, elle aurait vu qu’entre deux images la barbe du joli midget, qui pourtant n’en a pas beaucoup, avait poussée!

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Le réalisateur à la bonne idée de faire suivre son générique par une séquence de dessins animés très réussis sur lequel on entend un monologue en voix off d’un garçon face à sa mère. On comprendra immédiatement après qu’il s’agit de Midget et de sa mère. Malheureusement sans doute pour montrer que c’est un petit malin des effets spéciaux il nous inflige un dialogue entre son héros et la photos du pape dont il a pris le soin de faire bouger la bouche, hideux et grotesque!
On ne s’ennuit pas dans Tan Lines, il faut dire Jack Baxter est bien mignon, il est seulement triste qu’il soit aussi mal filmé.

http://www.imdb.com/title/tt1035498/

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Posté par bernar alapetite à 12:38 - cinéphagie gay - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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14 août 2009

Un amour à taire

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France, 2005, Durée : 110 mn.

Fiche technique :


Réalisation : Christian Fauré. Scénario : Pascal Fontanille et Samantha Mazéras, sur une idée de Pascal Fontanille. Image : Svetla Ganeva. Montage : Jean Daniel Fernandez Qundez, Jean Pierre Fénié. Décors : Sébastien Buhler.

Avec Jérémie Rénier, Louise Monot, Bruno Todeschini, Michel Jonasz, Charlotte de Turckheim, Anne Girouard, François Arumburu, Flannan Obé. 

 

 


 

Résumé :

Dans le Paris de l’Occupation. Jacques (Nicolas Gob) aime Sarah (Louise Monot), qui aime Jean (Jérémie Rénier), qui préfère Philippe (Bruno Todeschini). Jacques et Jean sont frères. Leurs parents (Michel Jonasz et Charlotte de Turckeim) tiennent une blanchisserie prospère. Jacques trafique avec les allemands et les collaborateurs. Jean cache la juive Sarah, amie d’enfance, dont la famille a été massacrée. Philippe est résistant et obtient des faux papiers pour Sarah. Promenades à bicyclette, soirées entre amis, au son des chansons de Charles Trenet, des petits riens pour oublier la tristesse de l’époque... Philippe, Jean et Sarah c’est un peu Jules et Jim au temps du vert de gris.
Jacques, jaloux, dénonce Jean à la police sous un fallacieux prétexte. Celui-ci est accusé, à tort, d’être l’amant d’un officier de la Wehrmacht. Emprisonné, battu, torturé, il est envoyé dans un camp en Allemagne. Il se révolte lorsqu’un de ses camarades, un triangle rose est abattu par un gardien. En représailles, il est envoyé dans un camp encore plus dur où les homosexuels servent de cobayes à des médecins pour leurs expériences pseudo scientifiques. Poursuivi par la Gestapo, Philippe est assassiné. Sarah, restée seule, épouse Jacques, dont elle ignore la trahison. Elle en a un fils qu’elle appelle Jean...

L’avis de Bernard Alapetite :

Un Amour à taire est une des plus belles réussites, en matière de fiction, de la télévision française depuis qu’elle existe. Et cela en grande partie grâce à son scénario dont la densité, la richesse aux multiples strates empêche que l’on enferme ce film dans un genre. Il les transcende tous. À la fois film sur la déportation, sur l’homosexualité pendant la dernière guerre, saga familiale... mais surtout Un Amour à taire est un film d’amour, amour fraternel, amour homosexuel, amour hétérosexuel... Bien des aspects de cette époque trouble sont évoqués, toujours avec exactitude et sans lourdeur : marché noir, lâcheté d’une grande partie de la population, compromission de beaucoup, enrichissement ignominieux de quelques uns par le biais du pillage ou de l’aryanisation des biens juifs... Le film aborde même des sujets très rarement, ou pas du tout évoqués dans les fictions, comme le retour des déportés et les expérimentations des médecins fous dans les camps.


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La grande idée du scénario est d’avoir fait du personnage féminin le pivot de la relation amoureuse des deux garçons. Leur amour est vu par le regard d’une femme aimante.


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Le scénariste, Pascal Fontanille, pour la partie se déroulant dans le camp, s’est beaucoup inspiré de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (Calmann-Lévy, 1994) et aussi de Bent (dvd ed. KVP). Christian Faure nous avait déjà convaincu de son savoir-faire avec Juste une question d’amour. Le film possède les mêmes qualités que Juste une question d'amour : un scénario très bien écrit, une mise en scène sobre et des comédiens parfaits. Un Amour à taire est autant une histoire de famille qu'un film historique et pourtant l'émotion ne vient pas brouiller le témoignage historique. La maîtrise technique de Christian Faure est indéniable. Son film est très bien découpé. Il ne baisse jamais de rythme. Les mouvements de caméra, toujours précis, ne sont jamais inutiles et toujours au service du scénario. La reconstitution des intérieurs est soignée, avec une mention spéciale pour celle du cabaret homosexuel, aussi juste que sans doute très surprenant pour la plupart des spectateurs. À signaler dans cette séquence la prestation du comédien (Flannan Obé) qui interprète le personnage de Raymond, sorte d’ange androgyne de la mort qui sans le vouloir précipitera le drame.


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Tournage en Bulgarie oblige, la reconstitution d’un coin de Paris sent un peu trop son décor et les scènes de rue sont souvent victime de ce que j’appelle le syndrome Butte Chaumont : c’est-à-dire le passage obligé d’une charrette ou d’un vélo, selon l’époque, au premier plan dès que le héros apparaît dans la rue, mais ce ne sont là que vétilles en regard de la grande qualité du film et en particulier de la distribution. Si Nicolas Gob et Louise Monot n’ont pas volé leur prix de jeunes espoirs au festival de Luchon, la vraie révélation est Charlotte de Turckheim d’une grande sobriété. Sa poignante prestation rappelle la surprise que l’on avait eu en découvrant qu’Annie Cordy pouvait être surtout une comédienne dramatique. Michel Jonasz, avec beaucoup d'humanité et une grande retenue dans le jeu, interprète le père de Jean et Jacques. Olivier Saladin est extraordinaire en salaud ordinaire. Il serait temps que l’on s’aperçoive que Bruno Todeschini est l’un des meilleurs comédiens de sa génération.


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Il est dommage qu’une scène entache la rigueur historique du film et que la jaquette du dvd renforce ce faux pas. En effet, si la persécution des homosexuels par les nazis n'est pas contestable, et doit être rappelée (voir Le paragraphe 175, dvd ed. Eklipse). Il est bon de préciser quelle était la loi en France pendant cette période et sur ce point. Le régime de Vichy a pénalisé l'homosexualité par l’intermédiaire de la loi connue sous le nom de « loi Darlan », la loi n° 744 du 6 août 1942 qui interdisait les « actes contre-nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de 21 ans ». Il s'agit ainsi davantage d'une définition discriminatoire puisque, c'est un fait, il n'en allait pas de même pour les relations hétérosexuelles de la protection des mineurs que d'une prohibition de l'homosexualité à proprement parler. Prohibition qui existait alors dans la loi allemande mais aussi dans le code britannique. Quant à la déportation homosexuelle orchestrée par le régime nazi, en application du fameux paragraphe 175 du code pénal allemand de 1871 qui interdisait les relations sexuelles entre hommes, elle n'a concerné en France que les homosexuels d'Alsace et de Moselle, territoires, qui, après l'armistice de 1940, faisaient partie intégrante du Reich allemand. En dépit de tous les crimes dont il s'est rendu complice, le régime de Vichy n'a pas déporté les homosexuels en tant que tels. Souvenons-nous aussi que c’est le pouvoir gaulliste qui, en 1961, avec L’amendement Mirguet qualifie l’homosexualité de « fléau social » et donne au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Je ne peux résister au plaisir de vous communiquer un extrait significatif de l’intervention à l’Assemblée Nationale de cet éphémère député : « Au moment où notre civilisation dangereusement minoritaire dans un monde en pleine évolution devient si vulnérable, nous devons lutter contre tout ce qui peut diminuer son prestige. Dans ce domaine, comme dans les autres, la France doit montrer l'exemple. C'est pourquoi je vous demande d'adopter mon sous-amendement. Le Parlement marquera ainsi une prise de conscience et sa volonté d'empêcher l'extension de ce fléau par des moyens plus efficaces, à mon sens, que la promulgation de textes répressifs ». Il fallut attendre François Mitterrand et Robert Badinter pour que soient abolies ces lois iniques.




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En conséquence, la scène de l’appel des triangles roses pour aller se faire rééduquer avec une majorité de noms français est une erreur historique. Aucun français, mis à part, répétons-le, des mosellans et des alsaciens, n’a porté le triangle rose (ce qui n’enlève rien au crime nazi). Jean ne porte le triangle rose que lorsqu’il endosse la veste d’un détenu alsacien qui vient d’être abattu par un S.S. Le scénariste, d’ailleurs, aurait du éviter d’emprunter cette scène au final de Bent (dvd ed. KVP). La confusion est renforcée par le fait que c’est justement cette scène qui a été choisie pour illustrer la jaquette du dvd et que l’on a cru bon de faire surplomber la tête de Jérémie Renier, qui interprète Jean, d’un triangle rose ! Pourtant Jean Le Bitoux, conseiller historique du film, insiste bien, dans le passionnant making of, sur le fait que Jacques n’était déporté que parce qu’il est soupçonné d’avoir eu une liaison avec un officier allemand, d’avoir corrompu la race aryenne en quelque sorte. C’est un peu la même histoire qui arrive au malheureux héros du Plus beau pays du monde.





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Ce téléfilm réalisé par Christian Faure a été multi primé au Festival de Luchon 2005 : Prix spécial du jury, Prix du public, meilleur scénario, jeune espoir féminin (Louise Monot), jeune espoir masculin (Nicolas Gob). On peut regretter que Jérémie Rénier n’ait pas été distingué, magnifique acteur qui porte le film sur ses épaules.




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Le dvd est paru chez Optimale. L'image est superbe. Le son bénéficie d'une piste 5.1. Le making of est un modèle en son genre d'une heure vingt, il suit pas à pas l’élaboration du film. Les interventions de Jean Le Bitoux, bien qu’un peu trop militantes, sont très intéressantes.





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13 août 2009

JOHNS

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USA, 96 mn, 1996

Réalisation: de Scott Silver,  scénario: Scott Silver, directeur de la photographie: Tom Richmond, ingénieur du son: Mike Moser, musique: Charles Brown et Danny Caron, directeur artistique: William P. Paine, Monteur: Dorian Harris   

avec: Lukas Haas, David Arquette, Keith David, Elliott Gould, Arliss Howard, John C. McGinley, Wilson Cruz, Terence Dashon, Richard Kind

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Résumé

John (David Arquette) tout comme son ami Donner (Lukas Haas) est SDF et vit de prostitution sur Santa Monica Boulevard à Los Angeles. Et aujourd’hui, il compte gagner un maximum d’argent car demain c’est Noël et son anniversaire. Une double fête qu’il projette de célébrer en passant une nuit dans l’hotel le plus luxueux de la ville. En attendant il décide de piquer un petit somme sur la pelouse d’un parc public par ce matin ensoleillé.
Au réveil , il s’aperçoit que ses tennis porte-bonheur et son argent ont disparu. Avec ces chaussures à ses pieds, rien de mauvais pouvait lui arriver, mais à présent, il doit faire face à une nouvelle journée d’errance. Ce n’est pas le ”pied” de tapiner les pieds nus. Ces chaussures seront le fil rouge ténu du film.

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L’avis de Bernard Alapetite

Johns est le premier long métrage de Scott Silver après plusieurs courts et de nombreux documentaires pour les télévisions américaines. Il a réalisé depuis un autre film, Mod squad. Il a rédigé son scénario après moult interviews de prostitués de Santa Monica Boulevard. On apprend ainsi que tous les tapins du célèbre boulevard se font appeler john d’où le pluriel insolite du titre. Ce parti pris documentaire est très présent dans le film beaucoup plus que dans My private Idaho ou que dans Hustler white auxquels on ne peut s’empécher de penser. Johns est plus proche de Macadam cow-boy dont il plagie la fin avec talent. On peut repérer d’autres influences comme celles de Flesh et de L’épouvantail et une citation de Murs Murs d’Agnès Varda.
Laissons Scott Silver raconter la genèse de son œuvre: << J’ai écrit le scénario de Johns lors de mon premier Noël à Hollywood. Un matin en roulant sur Santa Monica boulevard, j’ai vu des jeunes mecs qui tapinaient. Ces gamins incarnait pour moi la solitude et la marginalité. Je décidais d’en faire une histoire, une histoire d’amitié et d’amour dans un univers dépourvu d’humanité... Je voulais que les deux personnages principaux vivent une amitié dans un contexte dur où l’amitié n’existe quasiment jamais... Je suis allé dans les quartiers chauds où les garçons se prostituent, équipé d’un magnétophone et lesté d’argent liquide. La plupart de ces jeunes sont armés et défoncés. Je les payais pour qu’ils me parlent...>>.

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Johns nous plonge crûment dans le monde de la prostitution masculine.  On découvre que les personnes les plus dangereuses ne sont pas forcément les prostitués aux abois mais leurs michetons aux appétits sexuels souvent incontrôlables et qui, une fois qu’ils ont payé, se lâchent gravement. Johns décrit ce quotidien voué aux agressions continuelles, dominés par la méfiance et la peur. Il dénonce le pouvoir destructeur de l’argent et met en lumière les chimères dérisoires qui se consument à petit feu au fil du récit. Les clients paient souvent pour s’extirper du carcan de la honte et de la haine de soi, mais aussi pour s’autoriser, dans la parenthèse de la passe, toutes les cruautés giflant, poignardant ou tuant ce partenaire qui n’est séduisant que parce qu’il est offert. On peut néanmoins regretter la dimension catholique du film peu convaincante mêlant sans trop y croire ange gardien black, péché, rédemption et autres bondieuseries.

Johns_07 Johnsa.

La caractéristique principale du film est la litote cinématographique; nous ne verrons aucun acte sexuel pas plus que de nudité; la violence omniprésente ne sera pas exposée mais pèse sur tout le film. Pourtant on comprend tout du sordide de la vie des deux garçons. L’argent, l’amour, la solitude constituent trois thèmes qui hantent le film qui respecte la règle des trois unités du théâtre classique: le temps: Quasiment trois jours: La veille de Noël, le jour de Noël et le lendemain; cette contrainte un peu gratuite nuit à la vraisemblance du scénario; le lieu: Le triste Santa Monica boulevard, en fait le film a été tourné à West Hollywood et dans les environs à South Central, plus sûr que Santa Monica boulevard; L’action: pour John trouver de l’argent pour ne pas se faire tuer. Mais survivre n’est pas vivre. John l’apprendra à ses dépens alors que Donner plus assuré dans son amour pour lui, survivra justement parce qu’il ne cherchait que l’amour de John dont il conservera les chaussures volées comme un talisman. La caméra de Johns est un témoin : elle suit nos deux personnages, leurs passes, leurs attentes, leurs engueulades, leurs fuites. Ce qui en fait un film très fluide, loin des clichés et de la joie de vivre des prostitués fantasmés par certains réalisateurs...
Cette retenue est l’une des deux grandes forces de ”John” l’autre est l’excellent casting. Avec une mention toute particulière pour le craquant à croquer Lukas Haas. Souvenez vous c’était l’épatant petit garçon de Witness pour lequel, comme dans Johns, nous tremblions déjà en 1984 depuis nous l’avons aperçu dans 24 heures chrono et surtout dans le trop célèbre Last days de Gus Van Sant.  Dans Johns, Lukas Haas possède une gracieuse et légère féminité qui apporte beaucoup d’émotion à son rôle même si celle-ci est canalisée par la réalisation. Son look quelque peu années 70, ajoute une note de nostalgie qui touchera bien des spectateurs. Il donne aussi une intemporalité au film, renforcé par l’absence de références au sida. Cette apparence  lui confère aussi une sorte de désuétude et de naïveté qui convient à son personnage de gay largué et amoureux, prêt à tout pour aider son ami, et qui rêve, comme dans Macadam cow-boy, d’un Éden où il sera seul à se rendre avec celui qu’il aime. Donner est un vrai romantique. S’il se prostitue, c’est qu’il n’avait nulle part où aller, rien à faire, après avoir été rejeté par sa famille, sa petite ville, en raison de son homosexualité. On apprend tout cela avec légèreté au détour d’une conversation avec John. Là sur le trottoir, il a gagné son indépendance, une identité, une famille presque! Si David Arquette est lui aussi remarquable, on peut tout de même constater qu’il parait à la fois, peut être un peu trop âgé ,surtout qu’il claironne ses 21 ans, et que son physique est lui aussi peut être un peu juste pour vivre de ses charmes sur Santa Monica Boulevard.
Le casting de Johns en outre nous offre une délicieuse surprise: dans le rôle de Paul, réceptionniste du ”Plazza Hôtel” où John rêve de passer son anniversaire, nous découvrons Richard Kind, le Paul Lassiter de Spin city, avec sa bouille de grenouille et sa voix pleine de componction. Ce n’est sans doute pas un hasard si nous le retrouvons avec le même prénom que dans la série, Paul. Il lui suffit de 5 minutes pour créer un personnage inoubliable.

Johnsb03

Un autre acteur du film, Wilson Cruz a connu une situation proche de celle qu’il joue dans Johns. Il a annoncé son homosexualité à son père qui l’a jeté dehors un 24 décembre et il a côtoyé le milieu des prostitués. Aujourd’hui c’est un des rares acteurs américains ouvertement gays. On l’a vu dans plusieurs séries télévisées notamment récemment dans la série gay Noah’s arc mais aussi dans Party monster ou il est le bel assassiné Angel et dans le Nixon d’Oliver Stone dans lequel il joue “le valet” de J. Edgar Hoover...
Alors entre le réalisme social et le conte de Noël noir à la façon d’un Dickens, Johns C'est surtout une histoire (racontée en voix off par Donner), avec des vieux dégueulasses, des sapins de Noël et la fatalité... bref une histoire d'aujourd'hui.
WinStar Home Entertainment a édité le dvd aux USA.

Film File Download: 'Johns'

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'Johns'
Original Motion Picture Soundtrack Selections
(featuring blues great Charles Brown)




MP3 Files
Johns-01: Sweet Little Jesus Boy (Short Version) - Keith David/Charles Brown
Johns-02: The Promised Land - Charles Brown
Johns 03: New Shoes - Charles Brown
Johns 04: Homeless John - Charles Brown
Johns 05: Nobody Knows The Trouble I've Seen - Charles Brown
Johns 06: Donner Learns The Rules - Charles Brown/Danny Carson
Johns 07: John's Dream - Charles Brown/Danny Carson
Johns 08: Waiting For John - Charles Brown/Danny Carson
Johns 09: Donner Hustles - Charles Brown/Danny Carson
Johns 10: John Gives Up - Charles Brown/Danny Carson
Johns 11: The Boulevard - Charles Brown/Danny Carson
Johns 12: Black Night - Charles Brown
Johns 13: Driftin' Blues - Charles Brown
Johns 14: Sweet Little Jesus Boy (Long Version) - Charles Brown/Keith David
Johns 15: Sweet Little Jesus Boy (Resprise) - Charles Brown/Keith David

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El deputado

eldeputado19508_1

Espagne, 1978, 108 mn

Réalisation: Eloy de la Iglesia, scénario: Eloy de la Iglesia et Gonzalo Goicoechea,  Directeur de la photographie: Antonio Cuevas,  Montage : Julio Peña 

Avec: Jose Sacristan, María Luisa San José — Carmen Maria Luisa San José , Ángel Pardo, José Luis Alonso, Agustín González, Enrique Vivó , Queta Claver, Ángel Pardo, Juan Antonio Bardem, Antonio Gonzalo, Fernando Marín, Aldo Grilo, Ramón Reparaz, Fabián Conde, Alejo Loren, Ramón Centenero

Résumé:

En Espagne dans les derniers temps du franquisme, Roberto Orbéa est un membre actif d'un parti de gauche. Il est mis en prison où il fait la connaissance de Nes, et cède à ses penchants homosexuel. La mort du dictateur le fait  sortir de prison. Son parti accède au pouvoir, et il devient un homme politique très reconnu. L'homosexualité étant très taboue à l'époque, il tente de reprendre une vie « normale » avec sa femme. Mais Nes lui présente un jeune homme dont il tombe éperdument amoureux. Sa femme finit par le découvrir, et lui propose de vivre leur histoire à trois. Roberto connaît une courte période de bonheur, mais l'extrême droite, qui a appris son homosexualité, intrigue pour le faire chuter. Il prend conscience, en tombant amoureux d’un jeune prostitué issu du lumpenprolétariat, qu’il doit absolument faire son coming out s’il veut être en accord avec ses principes politiques...

http://3.bp.blogspot.com/_OseurKQG9Ns/SJEwbXzGyWI/AAAAAAAAAqM/5vItgjOR0fk/s400/the+deputy-el+diputado.jpghttp://3.bp.blogspot.com/_OseurKQG9Ns/SJEwbXzGyWI/AAAAAAAAAqM/5vItgjOR0fk/s400/the+deputy-el+diputado.jpgthe_deputy_el_diputado


L’avis de Bernard Alapetite:

Inspiré par des événements vrais, l'EL Diputado est le premier film ouvertement  gay espagnol. Tourné dans la période de l’immédiat post-franquisme. Alors que la plupart des français qui ne sont pas féru de films d’horreur, il est l’auteur de Cannibal man,  n’ont jamais  entendu parler d'Eloy de la Iglesia il a pourtant gagné quelque chose comme une réputation de cinéaste culte dans le monde entier pour être l’un des premiers cinéastes à traiter d’une manière explicite  l'homosexualité. De la Iglesia a par le passé appartenu au parti communiste espagnol. El Diputado rassemble ses prédilections politiques et sexuelles dans un mélange passionné et passionnant. Curieusement le film a connu un certain succès commercial aux États-Unis et en Amérique du sud. C’est aussi le film techniquement le plus ambitieux de sa filmographie. Le film est constitué par de nombreux retours en arrière. Roberto Orbea (Jose Sacristan) , le héros, se souvient de ses dernières années. En dépit de nombreuses d'années à dissimuler ses convictions politique, il est socialiste. Pour cela Roberto Orbea  est emprisonné. Dans la promiscuité de la prison il réalise qu’il est homosexuel  en dépit des efforts qu’il fait pour  réprimer ses pulsion. En tant qu’ avocat et ancien militant clandestin  il émerge, dès la fin de l'ère  Franquiste, en tant qu’un des principaux dirigeant du parti socialiste espagnol. Il cache son homosexualité à son parti, et à sa femme (Maria Luisa San Jose) qui partage son engagement politique. Mais Roberto ne résistent pas à un beau jeunes garçons, un joli adolescent appelé Juanito (Jose L. Alonso). Ce dernier est manipulé par des membres d’un parti de droite qui s’oppose au socialiste et pensent déconsidérer leur adversaire en faisant éclater un scandale de moeurs impliquant une personnalité socialiste de premier plan. De Iglesia fait le parallèle entre la clandestinité politique de Roberto à l’époque du franquisme avec celle qu’il vit sur le plan sexuel alors qu’il est un des leaders politiques du nouveau régime démocratique espagnol. L'appartement qui a servi jadis passé  pour héberger des camarades recherchés par la police franquiste  devient un endroit pour les rendez-vous amoureux de Roberto et de Juanito. Sur des affiches,  Marx et Lénine regardent sévèrement les ébats sexuels des deux hommes...  A ce propos, El deputado est une bonne occasion d'observer les contradictions entre l'esprit libertaire du film et le "dogmatisme" avec une touche d'hypocrisie du parti communiste sur le sujet de l’homosexualité...

Eloy de la Iglesia est tout à fait brillant à nous faire ressentir l'appel de la chair que ressent Roberto, homme entre deux âge, pour ce  jeunes garçons. De même qu’est finement évoqué, en quelques scènes, le rapport entre Roberto et sa belle épouse Carmen. Leur rapport est ancré dans l'amour véritable l'un pour l'autre. Carmen est déterminé pour explorer n'importe quelle voie qui permettra à leur mariage  de survivre. Sous la tutelle de Roberto et de Carmen, Juanito se transforme de gigolo  en un garçon assidu des librairies, un admirateur d'art moderne et un mélomane averti... Tout cela est fortement improbable et relève plus du fantasme de micheton que de la réalité et c’est la seule vraie faiblesse du scénario quant à sa crédibilité. En même temps sa conscience politique augmente. pour initialiser. Il se rend compte qu'il a été manipulé et que son amour pour Roberto est devenu sincère. Il rejette ses anciennes opinions.  La scène paroxystique du film voit Roberto, Juanito et Carmen dans un baiser à trois  symbolisant  leur libération et leur réconciliation.
Le film a soulevé un tollé de protestation lors de sa sortie en salle en raison surtout de sa description explicite des actes homosexuels et aussi pour opinions politiques  pro-Marxiste. Le film a également gagné en notoriété parce qu'il semble raconter l'histoire de plusieurs figures bien connues dans la société politique espagnole. Nombre de spectateurs l’on alors vu comme un film à clés et se sont perdus en moult supputations.




Eloy de la Iglesia était un membre du parti communiste espagnol ; ses films de cette période  reflétaient ses opinions politique et ont souvent porté sur les formes violentes de protestation sociale.
Dans El deputado on le voit s’éloigner du PCE pour rallier le socialisme. Le film est un formidable tableau de l’ effervescence politique qu’il régnait alors dans un pays où la démocratie pouvait encore paraître fragile. El deputado a également pris note de l'introduction des nouvelles théories soutenues par les socialistes sur le rôle du terrorisme dans le nouveau contexte européen. Ce n'est pas pour rien qu’ Orbea est présenté comme un avocat qui a défendu  l'ETA durant le fameux procès de Burgos. Toutefois, après l'avènement de la démocratie, les motivations de l'ETA ont été disqualifiés. L’organisation devient ”suspects gauchistes" et leurs actes de violence sont dénoncés  comme "crimes contre la vie" en conformité avec le rejet de l’Europe entière de ces pratiques après  l'assassinat d'Aldo Moro en Italie.

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Eloy de la Iglesia est un cinéaste , en marge des principaux courants et des tendances esthétiques dominantes, il a pu mener à bien une œuvre personnelle et prolifique, à cheval entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, intégrée dans l’industrie cinématographique mais traitant toujours de sujets tabous ou polémiques. Il est titulaire d’un Master of Arts de l'Université Complutense de Madrid, et il a également étudié à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Paris. Il a fait ses  premiers pas comme scénariste pour des émissions pour enfants pour la télévision. C’est cet environnement qui lui a permis de faire son premier film à 22 ans, en 1966 avec Fantasía 3, adaptation d’ un roman de L. Frank Baum. Mais le réalisateur connaît une plus grande liberté d'expression lors de la transition démocratique espagnole qui va de 1975, l’année de la mort de Franco, à 1982, date de la victoire du PSOE aux élections législatives. Cette période faisait évidemment grand cas de la sexualité, ouvrant les écrans, en passant, à une représentation de corps , quoiqu’essentiellement féminins, inédite dans ce pays. Bien des films mettant en scène soit des homosexuels, soit des bisexuels, soit des transsexuels, soit des travestis, eurent du succès dans l’Espagne de la Transition, même si tous n’étaient pas des parangons de modernité. Alors que “El diputado”, qui eut un succès considérable, propose, lui, un regard politique sur le corps masculin, mais un regard non exempt de désir.  On peut considérer Eloy de la Iglesia comme le cinéaste emblématique de cette période pendant laquelle il réalise pas moins de dix films dont plusieurs traitent principalement de l'homosexualité, comme “Los placeres occultos” (1976) ou “El diputado” (1978). Les sujets préférées du cinéaste ont été ceux touchant les relations de classe et l'oppression sociale par l'état. Mais il semble que petit à petit une sorte d’obsession sexuelle à éclipsé les opinions politiques du cinéaste A partir du milieu des années 70 les films  de la Iglesia se sont de plus en plus concentrés sur l'homosexualité et les problèmes sociaux tels que la délinquance juvénile et la toxicomanie.
La marginalité sous toutes ses formes est une thématique au cœur de sa réflexion sur les rapports entre l’individu et une société répressive. Cette interrogation sur l’identité de l’homme au sein de la société le conduit également à réfléchir sur la place de l’individu au sein de groupes sociaux plus restreints, comme  le couple et  la famille. Dans tous les films d’Eloy de la Iglesia, on trouve des personnages qui transgressent les règles sociales ou morales imposées ou communément admises par la majorité. S’écarter de la norme, la remettre en cause, est une façon de proclamer sa liberté individuelle.

Eloy De La Iglesia frente a la boca de Metro de Chueca (Madrid)
Eloy De La Iglesia frente a la boca de Metro de Chueca (Madrid)

Il obtient un succès en 1983 avec, El Pico qui traite de la drogue. À 57 ans Eloy de la Iglesia adapte Caligula d’Albert Camus qu'il compare à son personnage majeur de son film Navajeros (1980). On lui doit aussi  De la Iglesia a fait face à la toxicomanie lui-même dans les années 80 et a même cessé de faire des films pendant un certain temps. Mais son accoutumance au cinéma devait être plus forte que celle pour les drogues, puisque par la suite il s’est sevré des drogues et a repris sa carrière. En 2003, après 16 ans d'absence, au cinéma il revient avec “L'Amant bulgare”, adapté de l'oeuvre romanesque d'Eduardo Mendicutti. Ce sera  le dernier film d'Eloy de la Iglesia qui meut en 2006. Sa filmographie est riche de 22 longs métrages.  Le Festival du Film de San Sebastian lui a consacré un hommage et une rétrospective en 1996 ce qui a été très important pour sa reconnaissance. En 2003, à Paris, le festival de l’étrange  a consacré, en sa présence, également une rétrospective à ce cinéaste qui ne peut être comparé qu’à Fassbinder....

Web:  Cast, Bios and Additional Details at IMDb

Langue: espagnol, sous titres en anglais
 

Film Clip:'The Deputy (El Diputado)'
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09 août 2009

Des Fleurs Pour Un chant d'Amour

l'hommage  de Stéphane Marti, à Jean Genet, avec Thomas Lagrève et Samuel Ganes.

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05 août 2009

L'EVEIL DE MAXIMO OLIVEROS (Ang Pagdadalaga ni Maximo Oliveros) mise à jour

reveil18749183

Philippine, 2005, 1h 40

Réalisation: Auraeus Solito, scénario: Auraeus Solito & Michiko Yamamoto, Directeur de la photographie: Nap Jamir, Musique: Pepe Smith, Montage: Kanakan Balintagos, Clang Sison &  JD Domingo

Avec: Nathan Lopez, Soliman Cruz, JR Valentin, Ping Medina, Bodgie Pascua, Neil Ryan Sese

L'image “http://tambayansalondon.files.wordpress.com/2007/05/maximooliverosposter.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Résumé

Dans un quartier pauvre de Manille, Philippine, Maximo 12 ans (Nathan Lopez) très féminin est le garçon à tout faire de sa  famille de petits voleurs. Il fait le ménage, la cuisine, la lessive, recoud leurs vêtements, et parfois même, leur sert d'alibi. En retour son père et ses deux frères ainés qui l'aiment  le protègent. Ce bel équilibre va se briser lorsque Maximo rencontre Victor, un jeune policier intègre et séduisant. Ils deviennent amis. Victor (Soliman Cruz) encourage Maximo a changer de vie , ce qui provoque la colère de sa famille...

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L’avis de Bernard Alapetite

L’éveil dont nous parle le titre c’est l’éveil sexuel d’un pré-  adolescent dont l’objet de son premier amour est un homme.
Ce qui est le plus troublant pour nous, spectateurs français, c’est l’acceptation de la singularité de Maximo, charmante petite folle, par sa famille de petits malfrats hyper virils qui semblent trouver naturel que le garçon endosse le rôle féminin dans leur foyer en remplacement en quelque sorte de la mère trop tôt disparue.
Le film est en partie autobiographique, nourri par les souvenirs du réalisateur de sa découverte, lorsqu’il avait 13 ans, de son homosexualité.

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Le tournage de L'Eveil de Maximo Oliveros a duré seulement treize jours, avec pour tout budget les 10 000 dollars octroyés par la Fondation Cinemalaya. Auraeus Solito démontre qu’avec le système débrouille on peut tourner un film lorsque l’on est animé de la passion du cinéma... et que l’on a du talent. Par exemple la maison du policier est ainsi sa propre maison et les figurants sont ses voisins et ses amis...

Auraeus Solito fait preuve d’un vrai sens du cinéma, même si certains plans son mal éclairés, mais il y en a de magnifiques, si le montage est parfois trop brutal et si le rythme aurait été meilleur en resserrant, surtout au début, les scènes. Il inscrit son film dans la grande tradition du cinéma philippin de Lino Brocka, sachant comme lui nous proposer un cocktail équilibré de cinéma social, proche du documentaire, et de mélodrame. Solito a un vrai regard sur ses personnages, et dirige ses comédiens avec talent. Sans mièvrerie, sans tomber dans le glauque, avec une pointe de kitch bien venue et inévitable aux Philippines il délivre un message d’espoir et de courage.

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Le film est  riche d’informations sur la vie quotidienne d’un pays que l’on connaît assez peu en occident. On peut être surpris par la façon dont les personnages considèrent l’homosexualité. Dans le dossier de presse le réalisateur s’explique sur la place de l’homosexualité dans la société et dans le cinéma de son pays: << La société philippine accepte mieux les gays à présent. Je préfère le mot "accepter" que "tolérer" qui implique trop négativement la différence. Dans tout le pays, vous pouvez voir beaucoup de jeunes gays, habillés en femme sans que cela pose de problèmes, même avec leur famille. Peut être est-ce dû au fait que les anciennes générations philippines croyaient que les meilleurs médiums pour communiquer avec les Dieux étaient les gays : ils possèdent une double sensibilité spirituelle, celle de l'homme et de la femme... Dans les années 70, les personnages étaient des homosexuels oppressés qui ne pouvaient pas s'accepter eux-mêmes. Dans les années 80, les gays au cinéma faisaient pression sur les beaux garçons défavorisés pour qu'ils deviennent des "macho dancers" ou des strip-teasers. Enfin, dans les années 90, les homosexuels n'étaient plus que des faire-valoir comiques et hystériques. Dans mon film, je voulais mettre en scène un personnage libéré, aimé pour ce qu'il est. Le fait qu'il soit gay est juste un détail de l'histoire.>>

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Dans ce genre de film à tout petits moyens, qui en plus repose sur les épaules d’un adolescent le casting pour le rôle principal est essentiel. Le réalisateur avait déjà auditionné plus de cent garçons pour le rôle de Maximo sans être satisfait, lorsqu’il a aperçu deux frères jumeaux, danseurs de hip hop qui se présentaient pour un autre film, l’un deux, Nathan Lopez avait à la fois le dynamisme et le coté féminin qu’il recherchait. Il est né en 1991 et confesse en interview être un excellent danseur. Les thaïlandais ont pu le voir dans la série télévisée Anghel na walang langit, Mga en 2005 et plus récemment dans Sana maulit muli.

Blossoming of Maximo Oliveros Movie Stills: Auraeus Solito

Après un succès inattendu au box office dans son pays où il a devancé les grosses productions américaines et hong kongaises. le film a raflé un nombre de prix impressionnant dans les festivals gays en particulier celui de Berlin où il a reçu le Grand Prix du meilleur premier film, le Prix du public jeune et le Teddy Bear d'Or récompensant le Meilleur film du festival. Auraeus Solito a tourné en 2006 son second film, Tuli, au sujet d'un  circonciseur  et de sa fille, amoureuse de sa meilleure amie. Il a été sélectionné au Festival de Sundance et de Berlin.
L’éveil de Maximo est la pureté du premier amour d’un garçon de douze ans pour un homme confronté à l'horreur et à la corruption des quartiers pauvres, un drame social poignant habillée en un beau mélodrame.

Site officiel du film: www.eveildemaximo-lefilm.com

   

maximo.jpg image by surfsam

                               
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Posté par bernar alapetite à 15:36 - cinéphagie gay - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2009

Schrei der Liebe/Cry of Love, 1997

Lors d'un commentaire à propos de mon article sur "La conséquence, Luke nous avait appris l'existence de ce film. Sur son site , très recommandable, il apporte des informations supplémentaires sur le dit film. Je me suis permis de les traduire pour les rendre compréhensibles pour les non anglophones (si quelqu'un à une copie de ce film, même de mauvaise qualité, je serais heureux s'il pouvait me la faire parvenir...).








 
 


 
 


<<Après la lecture d'un billet à propos du film de Wolfgang Petersens "Die Konsequenz Les conséquences" sur le blog de Monsieur Bernard Alapetite, je me suis souvenu que Jürgen Prochnow, 20 ans plus tard, avait été la vedette dans un film, réalisé pour la télévision, au thème similaire (l'amour d'un jeune homme pour un homme plus âgé) appelé «Der Schrei der Liebe".
Jürgen Prochnow joue un homme d'âge moyen, vivant une vie heureuse dans une grande maison, avec sa charmante épouse et sa jolie fille adolescente. De façon inattendue lorsque sa filles ramène à la maison un beau garçon de ses amis, l' homosexualité du père, qui avaient été enfouis au plus profond de  de lui même depuis de nombreuses années, se réveille. Il s'avère que le jeune homme travaille comme prostitué auprès de messieurs âgés et que séduire le  papa de son amie n'est guère difficile pour lui (le jeune acteur Matthias Schloo réalise une grande performance ici, sa séduction sur moi même, par le biais du petit écran fut indéniable! Si je me souviens bien, il même reçu un prix pour son rôle dans ce film.)
Après que la mère de famille ait  découvert  la nature de la relation qu'entretient son mari avec le jeune homme, la famille se défait. Les deux hommes se enménagent ensemble dans un appartement, mais leur bonheur ne dure pas très longtemps.
Il s'avère que le jeune garçon n'est pas vraiment prêt pour une relation stable. Il continue à faire l'amour avec d'autres hommes pour l'argent et pour son plaisir.   Les choses vont s'envenimer  et conduire à une  fin tragique...
À ma connaissance, le film n'a été diffusé  que deux fois sur la télévision allemande et n'a jamais eu (et probablement n'aura jamais ) une sortie en DVD.
Je vous présente quelques images floues faites à partir d'un enregistrement TV, alors qu'il n'y avait pas de câble et aucun enregistreurs numérique. J'espère que vous pourrez avoir ainsi un peu l'impression du film et de son casting.
Je pense que c'est bien fait et que c'est un joyau parmi les films à thème gay.>>

Luke

Posté par bernar alapetite à 07:49 - cinéphagie gay - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

DONG GONG, XI GONG (EAST PALACE, WEST PALACE)

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Chine, 1997, 90 mn

Fiche technique :


Réalisation : Zhang Yuan. Scénario : Zhang Yuan et Wang Xiaobo. Photographie : Zhang Jian. Musique : Xiang Min. Montage : Vincent Levy.

Disponible en VO et VOST.

Avec  Si Han, Hu Jun.


Résumé :
Les vespasiennes d’un parc public sont devenues le lieu de rencontre privilégié des homosexuels de la capitale chinoise. La police tente de les surprendre afin de les rééduquer par des punitions enfantines. Un policier (Hu Jun) est troublé par un de ces jeunes hommes. A Lan (Si Han), jeune écrivain, aime y draguer. Lors d'une rafle, l'auteur du trouble est fait prisonnier par le policier ; ils vont passer la nuit tous les deux seuls au poste de police. La garde à vue bascule vite dans une évocation inattendue de la vie du jeune homme, son enfance et surtout sa quête incessante d’amour. Des tranches de vie d’un homosexuel masochiste qui plongent le policier dans des sentiments troubles à l’égard de son prisonnier... Une curieuse histoire d’amour est en train de se nouer.

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L’avis de Bernard Alapetite

Tout d’abord, petit éclaircissement sur ce titre mystérieux : East Palace, West Palace est un terme utilisé par les homosexuels pékinois pour désigner les toilettes publiques bordant la Cité Interdite. Ce lieu est leur point de rencontre favori.
Dès les premières images, nous savons que nous sommes dans un film chinois. Le générique s’inscrit sur un lent pano sur une végétation étique dont les branches grises dessinent comme des caractères chinois sur un pan de mur gris-bleu. L’esthétique de tout le film est déjà dans ces images : lenteur des mouvements d’appareils, ton froid avec une dominante des bleus, ambiances nocturnes et grand soin du cadre.
Le film est divisé en deux parties très inégales. La première nous montre A Lan dans son activité de drague. D’abord dans une vespasienne, comme dans Le Protégé de madame Qin film à la fois plus joyeux et plus informatif que celui-ci, mais beaucoup moins soigné formellement, puis dans un parc et cette fois, on songe aux Garçons de cristal de Bai Xianyong, chef d’œuvre de la littérature gay. Les pissotières et les parcs semblent être les épicentres de la vie homosexuelle chinoise.  
Avec ces films, nous découvrions que l’homosexualité existait en Chine, ce qui n’est pas à proprement parlé une surprise, bien que les autorités de ce pays l’ont toujours nié (comme le sida). D’ailleurs le film insiste sur l’impasse d’une sexualité confrontée à un tel déni qu’elle n’a même pas de mot dans sa langue pour la nommer.

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Dans la deuxième partie qui commence après le premier quart du film, East Palace, West Palace ne peut renier son origine théâtrale (la pièce a été jouée en France). La suite du film se déroule presque uniquement dans la pièce d’un commissariat vide qui ressemble bien peu à l’idée que l’on se fait d’un commissariat en Chine ou ailleurs, à l’exception de courtes séquences dont certaines très sensuelles illustreront la confession de A Lan à son geôlier. L’interrogatoire va dériver vers une sorte de drague, presque aussi surprenante que si Lino Ventura essayait de séduire Michel Serrault, et vice-versa, dans Garde à vue... Le film intéresse par la qualité des interprètes et l’enjeu qu’il représente dans la Chine d’aujourd’hui. Le fait de montrer des rapports maître-esclave, un policier fasciné par le passé trouble de celui qu’il a arrêté et enfin la séduction déclarée qu’entreprend le jeune écrivain envers le policier, est totalement inattendu par rapport à ce que l’on croit savoir de l’attitude des autorités qui balancent constamment entre permissivité et répression.
Tout le film explique deux itinéraires : un qui sait ce qu'il est mais qui ne peut pas en parler. L'autre qui va vouloir écouter et qui doute de ce qu'il est venu chercher. Les deux hommes se reflètent (il y a plusieurs fois l’image d’un des deux hommes dans un miroir) et illustrent tant l'homosexualité innée que celle dite acquise. Le film montre toutes ses ombres, ses luttes intérieures, cette résistance d'hommes contre ce régime qui les considère anormaux.

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Et l'attrait devient de plus en plus irrésistible, on glisse vers les jeux sado-masochistes avec menottes, travestissement… La torture devient amour supplicié. À la fin, ce n'est plus une histoire chinoise. C'est tout notre schéma de tabous qui explose, avec la remise en question totale du policier.
Alors que la mise en scène de cette confrontation se réduit à une suite de champ/contre champ, les courtes scènes très picturales de la vie de A Lan sont filmées aussi bien en travelling qu’en caméra portée ou encore à la grue.
Les deux acteurs sont exceptionnels. Hu Jun, qui joue le policier, est certes un acteur populaire en Chine, du fait de ses nombreuses apparitions dans de nombreux téléfilms ou séries, mais il n’en est pas moins considéré comme l’un des plus grands acteurs de théâtre de sa génération. Il est membre de la compagnie "Beijing People’s Art Theatre", la compagnie de théâtre dramatique et moderne de renom national (RPC). Il excella dans la très célèbre pièce de Beckett En attendant Godot, qui fut présentée tant en Chine qu’en Allemagne. La pièce East Palace, West Palace lui permit également de jouer à l’étranger et de se faire remarquer comme cela fut le cas au festival d’Edinburgh. Hu Jun n’est pas seulement un « théatreux » et certaines productions cinématographiques lui offrent de grands rôles comme pour Liehuo Enyuan en 1990, de Xie Yuzhen, ou bien encore en reprenant la pièce qui le révéla, East Palace, West Palace de Zhang Yuan en 1996. Il obtiendra d’ailleurs, à juste titre, pour ce dernier le prix du meilleur acteur au Festival du Film de Taormina (Italie) en 1997. Le public gay français le connaît aussi pour son interprétation du promoteur amoureux dans Lan yu de Stanley Kwan. Quand à Si Han, c’est sa première apparition à l’écran. Auparavant, il était animateur radio et doubleur de films. À Cannes en 1997, il décrivait ainsi son travail : « La forme du film accorde une grande importance au récit, aux dialogues. Le rôle d’A Lan appelait un accent considérable sur la voix, le rythme, le souffle intérieur. Je lui ai appliqué la technique des “quatre s” : “sad, sensitive, soft, sexy” (“triste, sensible, tendre et sensuel”). J’ai essayé de composer un personnage qui a connu la souffrance, a été fortement ébranlé psychologiquement et cherche l’amour et la reconnaissance de l’autre. »

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Zhang Yuan aime se pencher sur les marginaux de la société chinoise : qu'ils soient enfants inadaptés (Mama 1990), ados délinquants (Beijing Bastard 1992), ou donc de jeunes homos. Si l'on ajoute cette obstination à se passer des subventions de son pays, on peut considérer qu'il est l'un des leaders du cinéma indépendant chinois.
Le film a fait partie de la sélection « Un Certain Regard » 1997 à Cannes. Mais le cinéaste n’a pu se rendre en France. Les autorités chinoises ont purement et simplement confisqué son passeport, sans aucune justification, l'empêchant de fait de se rendre à Cannes, et ont fait pression sur le Bureau du Festival pour que son film soit retiré de la sélection officielle (il est arrivé en une seule copie, par valise diplomatique). Le film a pourtant été tourné à Pékin en toute légalité. Remarquons que le tournage proprement dit a été en majeure partie financé par Zhang Yuan lui-même, marquant ainsi clairement sa position d'indépendance vis-à-vis des Studios Officiels chinois. Une fois tourné, les rushes ont été envoyés en France et le montage du film s'est effectué à Paris. Il a bénéficié d'une aide du Ministère des affaires étrangères français. Zhang Yuan n'a d'autre part jamais revendiqué l'étiquette de « dissident ». Il a tourné depuis plusieurs films : Seventeen years (1999), I love you (2001)…
Le film existe en DVD en France. Il est édité par Optimale. Il comporte un making of malheureusement sous-titré qu’en anglais. En outre, la compression du film est médiocre, ce qui rend parfois l’image instable surtout dans la première moitié du film.

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Posté par bernar alapetite à 07:09 - cinéphagie gay - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 juillet 2009

50 WAYS OF SAYING FABULOUS (50 façons de dire fabuleux (mise à jour)




Nouvelle Zélande, 2005, 90mn

Réalisation: Stewart Main, scenario: Stewart Main d’après le roman de Graeme Aitken (publié en France aux editions 10/18 N° 3548), images: Simon Raby, montage: Peter Robert, costume: Kristy Cameron

Avec: Andrew Paterson, Harriet  Beattie, Jay Collins, Michael Dorman, Georgia Mc Neil, Rima Te Wiato, Michelle O Brien, Ross Mc Kellar, Stephanie Mc Kellar

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Résumé

Billy Boy (Andrew Paterson), douze ans ne s’intéresse ni aux matches de rugby ni aux travaux de la ferme dévolus aux garçons de son âge. Il échappe à sa solitude de fils unique d’une famille de fermier de Nouvelle Zélande, grâce à son jeu favori, se transformer en Judy Robinson, la jeune héroïne de Perdu dans l’espace, sa série télévisée préférée. Une queue de vache pour les nattes et des vêtements de sa mère en guise de combinaison spatiale et la métamorphose à ses yeux est parfaite. Il n’est plus un petit garçon enveloppé mais la belle Julie.
Un jour, il apprend que les tantouzes sont des « hommes qui portent des perruques, qui se déguisent avec des robes et… qui ont cinquante façons de dire fabuleux », fasciné qu’il est par le théâtre et les déguisements, il pense avec candeur avoir enfin trouvé son salut. Son avenir est tout tracé, quand il sera grand, il deviendra une tantouze!


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Pour l’accompagner dans ses jeux il y son inséparable “copain”, sa cousine Lou (Harriet Beattie). Mais leur indéfectible amitié va être mis en péril par l’arrivée d’un beau et jeune commis de ferme et l’apparition d’un nouveau camarade de classe de Billy qui ne laisse pas ce dernier indifférent…
Billy Boy va bientôt découvrir que le monde réel est plus violent que le monde imaginaire dans lequel il se réfugie. Tiraillé par des sentiments contradictoires et ambivalents, il va découvrir, souvent à ses dépends, la difficulté d’assumer ses différences…


L’avis de Bernard Alapetite

Si votre temps est compté, préférez à ce bon film la lecture de l’excellent livre dont il est tiré. Ce conseil est presque toujours valable en ce qui concerne les œuvres cinématographiques adaptées d’un roman. Il y a bien sûr quelques exceptions, comme par exemple Le pont de la rivière Kwai ou Maurice, films à mon sens supérieurs aux textes qui les ont inspiré, et pourtant les ouvrages à l’origine de ces longs-métrages ne déméritent pas. Non qu’il y aurait une supériorité naturelle de la littérature sur le cinéma, vieille lune stérile, mais la principale faiblesse des films adaptés de roman vient qu’il faut environ  trois heures pour faire vivre à l’écran une histoire de 200 page, soit un tiers en plus de la durée d’un film standard, qui est d’une heure trente à deux heures. Il faut donc pour l’adaptation réaliser des coupes sombres d’où les trop fameuses ellipses, figure de style qui a souvent bon dos, et le sacrifice systématique des personnages secondaires qui pourtant font souvent le sel de bien des romans et de bien des films. C’est cette dernière solution qu’a choisi de faire le réalisateur de 5O façon de dire fabuleux, faisant perdre de la profondeur à sa narration et reléguant à l’arrière  plan le contexte sociale de cette Nouvelle Zélande rurale, bien développé dans le roman, si exotique pour un lecteur français.



Je ne résiste pas au plaisir de vous donner un court extrait de cet unique roman de Graeme Aitken que vous ne retrouverez pas complètement dans le film, ce qui n’est pas surprenant:
<< Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’avais fait. En tout cas cette sensation me déplaisait. Roy ne s’était quand même pas soulagé sur moi? Je me frottais les mains avec précaution. Non, c’était trop épais et poisseux. Du sang? J’avais peut-être trop tiré fort et fait éclater une veine dans son pénis? Etait ce la raison pour laquelle il avait hurlé? Pourtant il ne semblait ni souffrir ni être pressé de vérifier les dégâts. A peine s’était il remis debout qu’il avait remballé la marchandise et remonté son jean. La seconde d’après, il avait passé la porte, sans un mot ni un regard en arrière....>>
Deux camarades blogeurs parlent très bien de ce livre: ici   et    (au 21 février 2007))



Le sujet est passionnant : comment nait la conscience d’être homosexuel chez un jeune garçon, avant même souvent, qu’il est connaissance du mot et surtout de ce qu’il implique. Sujet peu traité au cinéma, il y a bien La vie en rose, mais c’est vu du coté des parents et assez superficiellement, Trevor, chef d’oeuvre méconnu du court-métrage et plus souterrainement Jacquot de Nantes qui raconte l’enfance de Jacques Demy dont la bisexualité n’est pas un mystère, bien que celle-ci ne soit jamais évoquée, mais qui éclaire tout le film. C’est Agnes Varda son épouse qui signe cet émouvant film, sorti peu de temps après le décès du cinéaste.



Les premières images sont furieusement “camp” et le paysage somptueux, filmé d’une façon à le rendre presque idyllique, les enfants qui l’habitent agissent de façons cruelles et parfois perverses même si le scénario édulcore beaucoup les péripéties, en particulier sexuelles, du roman.
Je m’etonne toujours qu’un cinéaste consacre autant d’énergie pour nous présenter un film dont le personnage est parfaitement antipathique, dans ce domaine le record est sans doute détenu à ce jour par François Ozon avec Angel, mais Billy boy n’est pas mal non plus dans le genre fat aussi bien dans son sens en anglais gras qu’en français suffisant, une parfaite tête à claques.  Mais n’avons nous pas tous été ainsi? La suffisance enfantine n’est supportable que par les géniteurs aveuglés et les commerçants intéressés. Dans le film, Billy est encore beaucoup plus agaçant encore que dans le roman qui lui donne la chance de dépasser son âge ingrat.



50 façon de dire fabuleux est le deuxième film de Stewart Main, le premier, Desperate remedies a été sélectionné à Un certain regard au Festival de Cannes de 1993.
Pour l’anecdote Stewart Main a écrit son scénario en Indes face à l’Himalaya qui lui rappelait les paysages de sa Nouvelle Zélande natale. Le film a été tourné dans le sud de l’ile à Central Otago, région où la couleur ocre domine.
Pour sa figuration le cinéaste a utilisé les habitants de la région ce qui confère une indéniable authenticité au film. Pour trouver les jeunes acteurs, il a été d’école en école à travers le pays durant plusieurs mois. On peut constater que son choix a été excellent. Andrew Paterson, Harriet  Beattie dans les deux rôles principaux sont époustouflants de vérité. On ne peut pas dire la même chose du garçon au jeu outré qui interprète Roy.



Le DVD sans aucun bonus malheureusement bénéficie néanmoins de menus et d’un habillage aussi beaux qu’inventifs.
50 ways of saying fabulous est l’habile adaptation d’un chef d’oeuvre qui nous emporte loin géographiquement tout en ravivant sans doute chez beaucoup de spectateur des sensations de leur enfance qu’ils avaient profondément enfouies en eux.

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site officiel du film:



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