10 novembre 2009
Bent (mise à jour)
Fiche technique :
Réalisation : Sean Mathias. Scénario : Martin Sherman, d’après sa pièce Bent. Images
: Yorgos Arvanitis. Montage : Isabelle Lorente. Directeur artistique :
Andrew Golding. Costumes : Stewart Meachem. Musique : Philip Glass.
Grande Bretagne, 1995, Durée : 118 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec: Clive Owen, Lothaire Bluteau, Ian McKellen ,Nikolaj Coster-Waldau, Mick Jagger, Brian Webber, Jude Law, Gresby Nash et Suzanne Bertish.
Résumé :
Berlin
1935, Max (Clive Owen) un dandy volage, fils de famille en rupture de
ban, hante tous les soirs le grand cabaret gay de la capitale du reich.
Il vit avec Rudy (Brian Webber) un des danseurs de la troupe du lieu.
Ce qui ne l’empêche pas de faire de nombreuses conquêtes. Le soir du 29
juin 1934 il ramène au domicile conjugale un beau membre des SA. Le
matin les S.S. viennent égorger cet amant de passage. Max et Rudy
prennent la fuite.
Une
errance de plusieurs mois dans l’Allemagne nazie commence pour les deux
hommes. Ils sont finalement arrêtés et déportés à Dachau. Rudy est
abattu durant le voyage. Max troque traîtreusement son triangle rose
des déportés homosexuels contre l’ étoile jaune des juifs; espérant
ainsi être mieux traité par ses geôliers. Sa véritable identité est
vite perçue par Horst (Lothaire Bluteau), un jeune homosexuel. Ce
dernier lui reproche de ne pas avoir la fierté de ce stigmate de paria.
Une histoire d’amour nait entre eux. Horst est assassiné par les SS.
Max dans un geste d’ultime révolte d’homme libre, qui équivaut à un
suicide, endosse la veste de son ami sur laquelle est cousue le
triangle rose. 
L’avis de Bernard Alapetite
Avant
toutes choses saluons l’ambition de l’entreprise et n’oublions pas
l’importance de ce film. Il fut le premier, en 1997, à mettre en scène
au cinéma une fiction sur la déportation des homosexuels.
L’indispensable Paragraphe 175 (dvd ed: Eklipse) date de 2000 et le
très beau Un amour à taire (dvd ed. Optimale) de 2004.
Bent
est l’adaptation de la pièce éponyme de Martin Sherman. Elle fut créée
à Broadway en 1979 où elle connut immédiatement le succès. C’est
Richard Gere, révélé l’année précédente au cinéma par American Gigolo,
qui interprétait le rôle de Max.
A
Paris, en 1981, alors qu’il n’avait pas joué au théâtre depuis 10 ans,
Bruno Cremer reprend le rôle. Il déclara alors: <<La raison pour
laquelle je joue la pièce c´est de faire découvrir au public une chose
qui est restée cachée, comme une tache. Un peu comme si les triangles
roses ternissaient l´image qu´on se fait des victimes des camps. D´une
certaine manière la persécution continue, elle arrange tout le monde et
c´est là que c´est pernicieux. Ce que je trouve formidable aussi dans
cette pièce, c´est son absence de didactisme, on imagine ce qu´aurait
fait Sartre ou Camus. Cette pièce est très vivante et on y trouve de
nombreux thèmes.>>.
Le
rappel de quelques dates me parait nécessaire pour situer le film dans
l’Histoire. La fuite de Max et de Rudy commence au matin de la nuit des
longs couteaux soit le 30 juin 1934 (magistralement filmée par Visconti
dans Les damnés dvd ed. Warner). La prise de pouvoir d’Hitler date du
30 janvier 1933. Le 24 février 1933, un décret signé Goering ordonnait
la fermeture des bars fréquentés par des homosexuels. Le texte
interdisait aussi la publication de revues homosexuelles ce qui fit
réagir le pape: << Le Vatican accueille avec plaisir la lutte de
l’Allemagne nationale contre le matériel obscène.>>! Le 6 mai
1933 l’institut de Magnus Hirschfeld est pillée.
Le
choix d’une mise en scène baroque, plus proche de celle de l’opéra que
du cinéma, si elle est plaisante à l’oeil, bien servi par le grand chef
opérateur qu’est Yorgos Arvanitis, s’avère contre productif tant pour
la vérité historique que pour la charge émotionnelle qui devrait nous
submerger devant un telle histoire. C’est sans doute par peur d’être
accusé de faire trop théâtre que Sean Mathias n’a ni joué le jeu du
naturalisme ni celui d’un symbolisme dépouillé, partis pris qui sont
moins risqués et plus sages lorsque l’on traite de faits historiques.
Alors que souvent dans les adaptations de pièces au cinéma se sont les
“aérations” qui paraissent gratuites et trahissent l’origine du film,
ici ce sont les décors qui semblent souvent sortis d’une trop riche
production théâtrale. Les deux flagrants exemples sont le cabaret et le
loft habité par Max et Rudy. Si c’est très probablement l’Eldorado, la
boite de nuit qui était le point de convergence des nuits
homosexuelles de Berlin, qui a inspiré le cabaret au début du film, il
ne faut pas y chercher une quelconque reconstitution historique car ce
que l’on voit ressemble plus à un caravansérail gay en ruine qu’à un
établissement de plaisir des années trente.

Les
chorégraphies que l’on aperçoit sont totalement anachroniques même si
elles sont fort agréables à regarder. Bent contredit l’adage qu’un film
réussi est une suite de scènes réussies. Bent n’est pas une complète
réussite alors que presque toutes les scènes qui le compose sont
remarquables. En particulier celles de la fuite de Max et Rudy dans la
ville puis dans la campagne qui m’ont évoqué Tarkovsky. Mais l’on
perçoit trop l’hétérogénéité du film et que le cinéaste n’a jamais eu
une vision globale de la mise en scène de son sujet.
Il
est probable que Yorgos Arvanitis lorsqu’il a tourné le dernier plan du
film, le beau mouvement de grue qui lentement fait s’élever et
s’éloigner la caméra du corps du déporté crucifié sur les fils de fer
barbelés pendant que l’image se solarise passant par le sépia pour
arriver au blanc absolu, avait en mémoire la trop célèbre diatribe de
Jacques Rivette sur la morale du travelling dans le Kapo de Pontecorvo
(dvd ed. Carlotta). Cela nous ramène à la question tant de fois
débattue: a t-on le droit de faire du beau, ce final est magnifique
cinématographiquement parlant, avec l’horreur et en particulier avec
celle des camps d’extermination? Pour ma part je répondrais qu’il est
morale que le metteur en scène et son chef opérateur mettent tout leurs
savoir faire pour faire communier le spectateur dans la colère et la
répulsion qui les animent. Cet engagement de leurs talents sera
toujours préférable au silence à l’évitement qui ne sont que démission.
Pour
sa première mise en scène au cinéma, et malheureusement unique jusqu’à
ce jour, Sean Mathias a bénéficié de collaborateurs d’une
exceptionnelle qualité. Les images lumineuses de Yorgos Arvanitis, un
chef opérateur de grande notoriété, qui a travaillé avec des
réalisateurs aussi différents que Catherine Breillat (Anatomie de
l’enfer), Podalydès (Liberté-Oléron), Agnieszka Holland (Total
eclipse). Avec leurs travellings fluides et leurs cadrages inventifs
ses images forment un bel écrin, surtout à la fin du film, pour le
texte. Le célèbre compositeur Philip Glass, a écrit une musique
élégiaque qui souvent transcende les images. Il sont tous au service de
la grande pièce de Martin Sherman qui est jouée dans le monde entier
jusqu’au Japon depuis plus de 25 ans. Cet auteur a aussi signé les
scénarios du dernier film se Stephen Frear, de Callas forever (Franco
Zefirelli) et du très beau film gay Indian Summer (dvd, ed: Eklipse).
La distribution éblouissante est dirigée d’une main de maitre. Clive
Owen porte tout le film, passant du veule dandy au héros. Mike jagger
en avatar de Marlène Dietrich est époustouflant.
Ian
McKellen qui créa le rôle de Max à Londres en 1989 au Royal court
theater, croque avec le talent qu’on lui connaît une caricature de
honteuse précieuse. Lothaire Blutheau (Le confessionnal) est très
émouvant. Dommage que l’on ait pas revu sur les écrans le charmant
petit nez retroussé de Brian Webber qui est remarquable en Rudy.

Ian Mc Kellen dans le film.
Ian McKellen dans Bent en 1989 à Londres.
Le
film contient de nombreuses scènes poignantes dont une d’anthologie:
Max et Horst font l’amour côte à côte, sans se toucher ni même se
regarder. Cette scène était encore plus forte au théâtre, pourtant dans
le film les deux acteurs sont parfaits.
Curiosité
cinéphilique, le scénariste Martin Sherman a emprunté la situation du
déplacement inutile de blocs de pierre par les déportés à un autre
grand homme de théâtre, Armand Gatti. Ce dernier en avait fait une des
séquences mémorables de son premier film de fiction, le beau et peu
connu, L’enclos ( en dvd aux ed. Doriane films).
Si
les approximations historiques ne manquent pas, le film montre bien la
collaboration (ou l'assentiment) du peuple allemand à ces déportations,
ainsi que l'absurdité d'un tel régime.
Le film a obtenu en 1995 le prix de la jeunesse au Festival de Cannes.
Un
livre indispensable sur cette période: Histoire de l’homosexualité en
Europe Berlin, Londres, Paris 1919-1939 (ed. du Seuil) et ce site .
Le DVD
Le film est édité en France chez KVP. Une édition scandaleuse de médiocrité. Non seulement l’image 1/85 d’origine est recadrée en 4/3 mais le DVD comporte aucun bonus! Il me semble qu’y joindre des extraits ou mieux la captation d’une mise en scène de la pièce (ces images ne manquent pas, appelle aux lecteurs si vous avez la captation même partielle ou/et réalisée de façon amateur, dans n’importe quelle langue, contactez moi). Cet ajout aurait été passionnant par la comparaison que ce bonus aurait permis et la réflexion sur l’adaptation d’une oeuvre théâtrale au cinéma qu’il n’aurait pas manqué de susciter. Un éclairage historique aurait été aussi bien venu de même que les commentaire de Martin Sherman qui est aussi coproducteur.
Modestement
ci dessous on peut voir quelques images qui montrent d'une part, que
cette pièce est universelle et que d'autre part elle peut être traitée
de façons très différentes.
Bent à Vancouver
Bent à Londres
Bent à Londres
.
à Londres
Bent à Los Angeles
Bent à Los Angeles.
Bent à Orlando
.
Bent à New York en 2005
Bent à New York

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Si
l’on ne retrouve pas l’émotion qui nous étreignait à la découverte de
la pièce, la vision d’un film aussi ambitieux servit par de si grands
talents ne peut laisser de glace.
07 novembre 2009
Les terres froides

Fiche technique :
Avec Yasmine Belmadi, Bernard Verley, Sébastien Charles, Valérie Donzelli, Florence Giorgetti et Sébastien Lifshitz.
Réalisation
: Sébastien Lifshitz. Scénario : Sébastien Lifshitz et Stéphane
Bouquet. Image : Pascal Poucet. Montage : Yann Dedet. Son : Yolande
Decarsin.
France, 1999, Durée : 62 mn. Disponible en VF.
Résumé :
Parce
qu’il vient d’être renvoyé de son travail, Djamel, à peine 20 ans
(Yasmine Belmadi, qui interprétait déjà le rôle principal dans Les Corps ouverts et que l’on retrouvera dans Wild side), s’engueule violemment avec sa grand-mère chez laquelle il vit (deux scènes hors champ). Il décide de quitter
Paris, sans toutefois oublier, en guise d’au revoir, de se faire tailler une pipe par sa petite amie.
Il débarque à Grenoble (pourquoi Grenoble ?) où il trouve, étrangement,
facilement du travail comme manœuvre dans une usine. Dans cette
entreprise, il drague sans attendre une secrétaire qui lui fait
rapidement une place dans son lit. Dans le même temps, il éprouve une
curieuse attirance pour son patron (Bernard Verley), qu’il va jusqu’à
espionner à son domicile... Je vous en dis un peu plus ci-dessous, mais
pas tout, car ce film, qui joue constamment sur le frottement entre
l’identité sexuelle et l’identité sociale, fusionne ce qui est d’ordre
sexuel et ce qui relève du refoulé politique de la France, ce film
disais-je est aussi un film à suspense.
L’avis de Bernard Alapetite :
Pendant toute la première moitié du film, on s’ennuie un peu et on peut être légèrement déçu. Certes Lifshitz filme parfaitement
mais on a le sentiment qu’il refait Les Corps ouverts,
à la fois en mieux mais aussi en moins excitant. Il est bien difficile
de s’intéresser aux deux protagonistes principaux. Ils nous
apparaissent comme deux médiocres salauds. Djamel semble être un beur
dépeint à la Le Pen et le patron parait sorti d’un discours de
Laguiller ! C’est à ce moment que Lifshitz, en une scène extravagante,
dynamise le film et le dynamite, l’élève au dessus du naturalisme, qui
jusqu’alors le plombait. Djamel entre dans le bureau du patron (incarné
remarquablement par Bernard Verley, qui était déjà parfait dans un
autre rôle de père dans Nord
de Xavier Beauvois, à la lourde silhouette, la face bouffie et ravagée)
pour le mettre en garde contre ses employés qui fomentent une grève.
Première surprise devant cette attitude, le petit beur macho se mute
devant nous en balance, en traître à sa classe comme on le disait
naguère. Le spectateur, à peine remis de sa surprise, va être stupéfait
par le coup de théâtre suivant, quand le garçon annonce à l’homme qu’il
vient de flatter qu’il est son fils ! Pendant un très court instant, on
pense que notre beur est tout à fait givré. Nous sommes aidés en cela
par sa curieuse attitude jusqu’alors vis-à-vis de chacun. Mais le
cinéaste ne nous laisse pas reprendre notre souffle. Le garçon sort de
sa poche une photo de sa mère et la montre au patron médusé en disant
que cela l’aiderait à se rafraîchir la mémoire. Et contrairement à ce
que l’on pouvait attendre, le patron patelin dit qu’en effet il a bien
connu sa mère, une putain qu’il a fréquenté plusieurs semaines, mais
qu’il n’est rien pour lui et que vingt autres peuvent être son père !
Le film, jusqu’à son terme, vivra sur la lancée formidable qu’a impulsé
cette scène qui ne doit pas durer plus de quatre minutes. On est passé
du naturalisme XXe siècle au mélo
échevelé dans la grande tradition du XIXe,
avec fils caché, père indigne, mère putain et morte jeune, bien sûr,
phtisique ou syphilitique sans doute. Le scénario que cosigne, tout
comme pour Les Corps ouverts, Stéphane Bouquet ne mollit
pas ; il nous assène le coup de grâce en nous révélant en une image que
le fils du patron est pédé ! C’est le réalisateur (Lifshitz) lui-même
qui embrasse à pleine bouche le fils à papa, en l’occurrence plus un
fils à maman, qui elle est snob et superficielle, pour nous faire bien
comprendre la chose. Hitchcock se réservait de moins agréables
silhouettes dans ses opus. Lifshitz est un récidiviste, il s’était
« dévoué » de pareille façon dans son film précédent. L’effet de
surprise n’est qu’à moitié réussi, car l’on avait fait qu’apercevoir le
fiston et bien des spectateurs ne l’identifieront pas immédiatement.
C’est une des rares faiblesses du film, avec celle d’un montage parfois
inutilement compliqué ; il y a aussi quelques scènes inutiles, comme
celle du voyage qui rompt l’unité de lieu de la ville de Grenoble,
cernée par les montagnes, une ville d’où il semble que l’on ne puisse
pas s’échapper.
.
Djamel drague… en digne fils
indigne ! Sébastien Charles est très juste dans le rôle ingrat de la
victime sacrificielle, le seul personnage un peu sympathique de cette
histoire. On peut voir cet habitué de l’œuvre d’Ozon dans Sitcom, Une Robe d’été et Scènes de lit, ainsi que dans Les Passagers
de Guiguet... On comprend vite que ce n’est pas le désir sexuel qui
anime Djamel mais la volonté de vengeance : enculer son demi-frère
pour, dans sa petite tête de macho, le souiller. Et pourtant… le doute
subsiste lors de la belle scène du rendez-vous dans la forêt entre les
deux garçons qui ont le même âge. Le cinéaste se moque de lui-même
lorsqu’il prête au personnage joué par Sébastien Charles ses propres
fantasmes sur les beurs : la beauté de leurs mouvements, la fermeté de
leurs corps... fantasmes auxquels Djamel répond : « Si tu voyais mon
oncle c’est un véritable poivrot », le garçon répond : « Cela ne peut
pas être pire que mon père... » Un dialogue qui illustre bien le regard
que porte le réalisateur sur l’humanité, un regard que l’on peut
qualifier de célinien, même mélange de dégoût, de colère mais aussi de
tendresse. Il y a aussi du Chabrol dans cette bourgeoisie provinciale
macérant dans son jus, qui ne songe qu’au paraître.
Après avoir batifolé dans les sous-bois enneigés, arrive la grande
question, qui devrait déclencher bien des souvenirs chez beaucoup de
spectateurs : où aller pour une suite plus sérieuse, résumée par une
formule lapidaire de Djamel : « J’ai envie de te la mettre. » Le fils à
maman répond le classique : « Il y a mes parents chez moi », auquel
Djamel répond le non moins convenu : « On ne fera pas de bruit. » Et
les voilà partis dans l’antre bourgeoise de l’ogre. Nouvelle et
dernière accélération du scénario avec l’intrusion d’un suspense :
Djamel mettra-t-il à exécution son plan diabolique : baiser le fils de
son père supposé (rêvé, désiré ?) et le faire savoir à ce dernier ?
Vous aurez la réponse pour la deuxième interrogation en voyant ce film
âpre et fort. Pour la première, c’est oui, ce qui nous offre un beau
plan de baise vu du plafonnier d’où l’on peut admirer les fesses et le
coup de reins de Djamel (Lifshitz reprendra le même plan pour la scène
de sexe dans les dunes dans Presque rien).
Comme tout cinéaste français qui se respecte, Lifshitz ne fait – bien
entendu ! – pas de films gays, voici sa version de cette évidence :
« Les Terres froides ne
sont pas un film sur l’homosexualité. Je déteste les films qui sont
”sur”, je préfère ceux qui font ”avec”. Les films à thèse destinés à un
public précis m’insupportent. Ici, l’homosexualité arrive presque comme
une incidence dans le récit... Chez beaucoup d’homos, il y a un
fantasme des beurs et des blacks. On les voit comme le symbole de la
masculinité ou d’une certaine virilité. Ils sont assez obsédés par la
puissance et cultivent sans cesse leur corps. Même désœuvrée, la
jeunesse immigrée est magnifique, leur corps c’est leur dernière
fierté, même s’ils ont souvent le sentiment de n’être rien dans la
société. Les gays, eux, reconnaissent ça chez les blacks et les beurs.
Et puis, il y a aussi probablement, chez les gays, le fantasme du
voyou, c’est toute la mythologie de Genet qui ressort. » Si je suis plus que dubitatif sur la première partie de sa déclaration, la fin me semble une évidence.
Les Terres froides fait partie de la série
Gauche/Droite, collection commanditée par Pierre Chevalier pour Arte, dans laquelle on trouve également le remarquable Petit voleur.
L’image inquiète ; elle intrigue, toujours inventive ; elle distille
une perpétuelle sensation de danger. Dans une lumière qui claque comme
un temps froid et sec, les personnages évoluent avec rectitude dans le
champ de la caméra. Elle est beaucoup plus parlante que les dialogues :
ce sont les yeux, les attitudes, les ambiances qui sont bavards, pas
les dialogues. Une grande maîtrise de l’ellipse scénaristique fait que
de nombreuses zones d’ombres de ce film sont laissées à
l’interprétation du spectateur, ce qui lui procurera un plaisir rare,
bien au delà de l’heure de visionnage. La bande-son privilégie toujours
les « bruits » par rapport aux dialogues. Elle se place dans la droite
ligne de celles de Godard. On peut aussi penser à Godard, le Godard
post-soixante-huitard, pour ce télescopage entre marxisme et
psychanalyse, œdipe et lutte des classes. Lifshitz parvient à insuffler
à son discours contestataire une vraie puissance romanesque. Du coup,
l’impact du film s’en trouve décuplé, porté il est vrai par une majesté
visuelle dont peu de cinéastes peuvent se targuer.
Dans une interview, Lifshitz définissait son film par une réplique réjouissante extraite de Masculin-Féminin de Jean-Luc Godard : « Nous vivons sur la terre, la plus atroce des
planètes, parmi les hommes qui sont plus cruels que les pierres. ».
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02 novembre 2009
Er Moretto (Von Liebe leben)
.![[ErMorettocover.jpg]](http://2.bp.blogspot.com/_1FQzJLXMzAA/Suo16iBXU3I/AAAAAAAAASU/SMiIfdWl9qQ/s1600/ErMorettocover.jpg)
Suisse- Allemagne, 1985, 1h 25mn
Réalisation : Simon Bischoff, scénario: Simon Bischoff, image: Raffaele Mertes, musique: Alberto Antinori, montage: Annerose Koop
avec: Alevino Di Silvio (Franco) Francesco Gnerre (Renato) Franco Mazzieri (Vampir) Vinicio Dimanti (Tunte) Ciro Cascina, Rosa Di Brigida, Renato Faillaci 
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Résumé
L’évocation de la prostitution masculine à Rome au début des années 80, à travers le cas de Franco, surnommé “er moretto”, qui a commencé à se prostituer dés l’âge de treize ans... A travers une interview du garçon réalisée par le cinéaste, on reconstruit (difficilement) le chemin de Franco. Après deux ans d’une vie d'expédients, il rencontre dans une discothèque gay un homme d’une cinquantaine d’années, Renato (interprété par Francesco Gnerre) ce qui lui change la vie. Les deux entament une relation qui va évoluer avec le temps. Franco cesse de prostituer et trouve un travail...
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L’avis de Bernard Alapetite
Un des films les plus hallucinants que j’ai pus voir (un grand merci à Alain M. qui m’a procuré cette curiosité dont je n’avais jamais entendu parler avant la semaine dernière). "Er Moretto" oscille constamment entre le documentaire et la fiction. Le film peut être vu comme un plaidoyer, à peine déguisé, pour la prostitution des adolescents pauvres et en difficulté familiale, puisque le jeune Franco, rejeton d'une famille nombreuse, battu par son père et vivant dans une banlieue si sinistre qu’elle ferait passer notre 9, 3, pour un lieu de villégiature paradisiaque, se retrouve cinq ans après avoir commencé à faire le commerce de son corp, cravaté, muni d’un travail et vivant dans un appartement d’un quartier résidentiel de Rome (l’E.U.R.). On ne saura que peu de choses de ce qui amené notre tapin à cette aisance petite bourgeoise.
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Nous apprenons des brides de vie du dit Franco lors d’une interview, fort lacunaire, réalisée par Bischoff alors que le garçon à 18 ans et dit avoir arrêté la prostitution. Cette confession est filmée frontalement sur un fond neutre. Elle est entrecoupée de longues séquences sensées évoquer la vie du garçon et son contexte dans le milieu de la prostitution romaine.

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Franco, qui visiblement n’a pas inventé la pelle à charbon pas plus que le fil à couper le beurre (à sa décharge Bischoff semble un piètre interviewer mais néanmoins roublard et conscient de sa faiblesse puisqu’il prend soin de faire dire à Franco, dès le début de l'entretien qu’il ne voulait pas jouer dans le film.), nous sert un discours petit bourgeois assez antipathique propre en effet aux gigolos que j’ai pus fréquenter dans les mêmes années du coté du drugstore de saint-Germain des prés (je me demande combien aujourd'hui survivent de ces stakhanovistes du sexe que l'on voyait tourner, parfois des heures durant, moulés dans leurs jeans, l'oeil éteint mais néanmoins vigilants, autour du pâté de maisons du drug-store). Bien sûr Franco se veut hétérosexuel et n’admet que du bout des lèvres qu’ il lui est arrivé de s’attacher à certains de ses clients.

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Franco nie avec force d'être un “frocio”. Il dit de ne pas apprécier le sexe avec les hommes et d'avoir eu pour Renato, son mentor et bienfaiteur, seulement un rapport d'affection comme celui que l’on a pour des amis ou celui qui existe entre un père et son fils, mais jamais de l’ amour. La relation entre Franco et Renato est une histoires qui ressemble à celle que l’on a pu apercevoir dans ici ou là dans les chroniques mondaines, particulièrement en Italie où nous voyons quelques de personnages connus, qui adoptent leur petit ami aimé, et ensuite lorsque ce dernier se marie, "le père" devient le parrain des enfants nés du mariage. C’est un peu l’histoire de Pasolini avec Ninetto...

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Le réalisateur, Simon Bischoff, à rencontré le garçon à 13 et 17 ans. Mais malheureusement il n’y a que des images fixes de leur première rencontre. Le film constate les tristes changements physiques intervenus chez ce garçon durant ces années...

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L’ extravagance complète du film vient des séquences dans lesquelles Bischoff tentent de faire jouer par des acteurs (probablement des amateurs d'ailleurs aucun n'a tourné d'autres films) et Franco lui même, des pans significatifs de la vie du garçon. Le cinéaste s’y révèle un exécrable directeur d’acteur. Mais le plus bizarre sont les séquences où il évoque la prostitution masculine à travers les âges. Ce qui nous vaut des plans fixes qui sont tantôt dans le style de Von Gloeden, tantôt dans celui de Tony Patrioli… et des sketches qui sont des hommages à Fellini (dont je devrais voir prochainement l’exposition qui lui est consacrée au jeu de Paume, visite qui devrait générer un billet...). Voir en particulier l’ ahurissant pastiche de la célèbre scène de la fontaine de Trévi dans la “Dolce vita”, quand d’autres images font référence à “Roma Roma” ou au “Satiricon”. Le plus étrange c’est que de ces machins nait une poésie tout à fait inédite. Si Bischoff n’est pas doué du tout avec les acteurs, il a en revanche un grand sens de l’image, quelques une, celles de garçons dans les ruines romaines (j’ai cru reconnaître outre le cirque Maximus, le forum et les thermes de Caracalla) sont très belles.

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Je suppute que ce monsieur doit être un bien meilleur photographe que cinéaste (connaît on ses photographies? Il semble que oui, car voici ce que j’ai pu lire, sur le net, sur une page culturelle venant du Maroc: << La galerie Lawrence-Arnott à Tanger abrite du 12 au 30 septembre les œuvres photographiques de l’artiste suisse Simon Bischoff. Cette exposition a pour thème : Obsession Morocco. Artiste aux activités diverses, il semble surtout préoccupé par tout ce qui est image puisqu’il est également metteur en scène et écrivain. Né à Berne, il vit actuellement entre Rome et Tanger. Son travail photographique a déjà été exposé aux quatre coins du territoire européen (Suisse, Allemagne, Hollande, Italie) et aux Etats-unis.>> ).

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L’étrangeté du film doit beaucoup du choc que crée le naturalisme des images de l’interview et le surréalisme des séquences illustratives.

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Un des aspects les plus curieux de "Er Moretto" est son côté nostalgique pour ces endroits de drague qui n’existent plus aujourd’hui à Rome, en particulier celui du circus Maximus, et à un moindre degré ceux du Colisée et de la gare Termini. Je dois confesser que plusieurs soirs, à la fin de l’été 1978, j’ai rodé autour du Colisée et n’y ai vu, comme seule bestiole, que des chats efflanqués à demi-sauvages. C’est un peu comme si un vieux micheton parisien faisait un film pour déplorer la fermeture du drugstore saint Germain (s’il existe des images de la ronde des gigolos sur le circuit boulevard saint-Germain, rue de Rennes, rue du four, rue du Dragon, je serais très intéressé...).
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Du circus Maximus, un des lieux principaux du tournage de “Er Moretto”, il ne reste plus aujourd’hui qu’une vallée que domine le palais impérial, long de 640 mètres. Il demeure le plus grand monument jamais construit dans le monde pour accueillir un spectacle...

Malgré sa singularité le film peut être rapproché des opus passablement crapoteux du polonais Wiktor Grodecki ou du film suisse “Garçon stupide” qui possède le même mélange de fiction et de cinéma vérité. Mais ces films sont beaucoup plus crus que “Er Moretto”. A la vision de ce dernier on ne peut pas s’empécher de penser à tout un cinéma underground gay des année 70, comme “Race d’ep” dont l’oeuvre de Bischoff semble être un surgeon tardif.

Simon Bischoff est né en 1951 à Berne. Après une formation de photographie, il a étudié la philosophie, l'art et la musique au conservatoire de Zurich. Pour le théâtre et le cinéma, il a travaillé comme assistant-réalisateur. Aujourd'hui, il vit au Maroc et y travaille comme metteur en scène, cinéaste, photographe et écrivain. Bischoff a édité un livre illustré où il rend compte des conversation qu’il a eu avec Paul Bowles. Bischoff a tourné en 1998, un documentaire dont le titre est, “Mon beau petit cul”... Ce dernier film, que je n’ai pas vu, serait la chronique de la vie intime, de Jean Neuenschwander, un sexagénaire, heureux et extravagant qui a choisit de vivre sa retraite à Tanger pour y vivre pleinement sa sexualité gay auprès des jeunes marocains...

Er Moretto est un film qui doit être vu par tous les amateurs de curiosités cinématographiques et les amoureux de Rome
Le DVD
Le DVD Suisse du film, facilement trouvable sur Amazone et autres sites de ce genre, comporte des sous-titres français et comme bonus on trouvera une interview du cinéaste, réalisée en 2004 à Tanger. Celle-ci est en allemand et ne bénéficie pas de traduction.
![[ErMoretto-Screenshot.jpg]](http://4.bp.blogspot.com/_1FQzJLXMzAA/Suo1y1vIdmI/AAAAAAAAASM/jrA5rhFQ_5o/s1600/ErMoretto-Screenshot.jpg)
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30 octobre 2009
L'EVEIL DE MAXIMO OLIVEROS (Ang Pagdadalaga ni Maximo Oliveros) mise à jour 2

Philippine, 2005, 1h 40
Réalisation:
Auraeus Solito, scénario: Auraeus Solito & Michiko Yamamoto,
Directeur de la photographie: Nap Jamir, Musique: Pepe Smith, Montage:
Kanakan Balintagos, Clang Sison & JD Domingo
Avec: Nathan Lopez, Soliman Cruz, JR Valentin, Ping Medina, Bodgie Pascua, Neil Ryan Sese

Résumé
Dans
un quartier pauvre de Manille, Philippine, Maximo 12 ans (Nathan Lopez)
très féminin est le garçon à tout faire de sa famille de petits
voleurs. Il fait le ménage, la cuisine, la lessive, recoud leurs
vêtements, et parfois même, leur sert d'alibi. En retour son père et
ses deux frères ainés qui l'aiment le protègent. Ce bel équilibre va
se briser lorsque Maximo rencontre Victor, un jeune policier intègre et
séduisant. Ils deviennent amis. Victor (Soliman Cruz) encourage Maximo
a changer de vie , ce qui provoque la colère de sa famille...
L’avis de Bernard Alapetite
L’éveil dont nous parle le titre c’est l’éveil sexuel d’un pré- adolescent dont l’objet de son premier amour est un homme.
Ce
qui est le plus troublant pour nous, spectateurs français, c’est
l’acceptation de la singularité de Maximo, charmante petite folle, par
sa famille de petits malfrats hyper virils qui semblent trouver naturel
que le garçon endosse le rôle féminin dans leur foyer en remplacement
en quelque sorte de la mère trop tôt disparue.
Le film est en partie
autobiographique, nourri par les souvenirs du réalisateur de sa
découverte, lorsqu’il avait 13 ans, de son homosexualité.
Le
tournage de L'Eveil de Maximo Oliveros a duré seulement treize jours,
avec pour tout budget les 10 000 dollars octroyés par la Fondation
Cinemalaya. Auraeus Solito démontre qu’avec le système débrouille on
peut tourner un film lorsque l’on est animé de la passion du cinéma...
et que l’on a du talent. Par exemple la maison du policier est ainsi sa
propre maison et les figurants sont ses voisins et ses amis...
Auraeus Solito fait preuve d’un vrai sens du cinéma, même si certains plans son mal éclairés, mais il y en a de magnifiques, si le montage est parfois trop brutal et si le rythme aurait été meilleur en resserrant, surtout au début, les scènes. Il inscrit son film dans la grande tradition du cinéma philippin de Lino Brocka, sachant comme lui nous proposer un cocktail équilibré de cinéma social, proche du documentaire, et de mélodrame. Solito a un vrai regard sur ses personnages, et dirige ses comédiens avec talent. Sans mièvrerie, sans tomber dans le glauque, avec une pointe de kitch bien venue et inévitable aux Philippines il délivre un message d’espoir et de courage.

Le
film est riche d’informations sur la vie quotidienne d’un pays que
l’on connaît assez peu en occident. On peut être surpris par la façon
dont les personnages considèrent l’homosexualité. Dans le dossier de
presse le réalisateur s’explique sur la place de l’homosexualité dans
la société et dans le cinéma de son pays: << La société
philippine accepte mieux les gays à présent. Je préfère le mot
"accepter" que "tolérer" qui implique trop négativement la différence.
Dans tout le pays, vous pouvez voir beaucoup de jeunes gays, habillés
en femme sans que cela pose de problèmes, même avec leur famille. Peut
être est-ce dû au fait que les anciennes générations philippines
croyaient que les meilleurs médiums pour communiquer avec les Dieux
étaient les gays : ils possèdent une double sensibilité spirituelle,
celle de l'homme et de la femme... Dans les années 70, les personnages
étaient des homosexuels oppressés qui ne pouvaient pas s'accepter
eux-mêmes. Dans les années 80, les gays au cinéma faisaient pression
sur les beaux garçons défavorisés pour qu'ils deviennent des "macho
dancers" ou des strip-teasers. Enfin, dans les années 90, les
homosexuels n'étaient plus que des faire-valoir comiques et
hystériques. Dans mon film, je voulais mettre en scène un personnage
libéré, aimé pour ce qu'il est. Le fait qu'il soit gay est juste un
détail de l'histoire.>>
Dans
ce genre de film à tout petits moyens, qui en plus repose sur les
épaules d’un adolescent le casting pour le rôle principal est
essentiel. Le réalisateur avait déjà auditionné plus de cent garçons
pour le rôle de Maximo sans être satisfait, lorsqu’il a aperçu deux
frères jumeaux, danseurs de hip hop qui se présentaient pour un autre
film, l’un deux, Nathan Lopez avait à la fois le dynamisme et le coté
féminin qu’il recherchait. Il est né en 1991 et confesse en interview
être un excellent danseur. Les thaïlandais ont pu le voir dans la série
télévisée Anghel na walang langit, Mga en 2005 et plus récemment dans
Sana maulit muli.
Après un succès inattendu au box office dans son
pays où il a devancé les grosses productions américaines et hong
kongaises. le film a raflé un nombre de prix impressionnant dans les
festivals gays en particulier celui de Berlin où il a reçu le Grand
Prix du meilleur premier film, le Prix du public jeune et le Teddy Bear
d'Or récompensant le Meilleur film du festival. Auraeus Solito a tourné
en 2006 son second film, Tuli, au sujet d'un circonciseur et de sa
fille, amoureuse de sa meilleure amie. Il a été sélectionné au Festival
de Sundance et de Berlin.
L’éveil de Maximo est la pureté du premier
amour d’un garçon de douze ans pour un homme confronté à l'horreur et à
la corruption des quartiers pauvres, un drame social poignant habillée
en un beau mélodrame.
Site officiel du film: www.eveildemaximo-lefilm.com

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28 octobre 2009
Shank

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2009, Grande-Bretagne, 89 mn
Réalisateur : Simon Pearce, scénario: Simon Pearce, Darren Flaxtone & Christian Martin, image: Simon Pearce, musique: Barnaby Taylor, montage: Darren Flaxtone
avec: Wayne Virgo (Cal), Tom Bott (Jonno), Alice Payne (Nessa), Marc Laurent (Olivier), Garry Summers (Scott), Bernie Hodges (Will), Christian Martin (David), Louise Fearnside (Dayna), Oliver Park
Résumé
Bristol, 2009, sa drogue, ses gangs et ses ados mignons et à l’ouest (pas seulement géographiquement) bien connus des fervents de la série “Skin”. Cal (Wayne Virgo), 18 ans, mignon genre lascar mélangé, est membre d’un gang qui à l’occasion casse du pédé. Mais Cal a un gros secret, non seulement il se mitonne des plans cul avec des amants de passage via le net, mais surtout il est secrètement amoureux du joli dur du gang, Jonno (Tom Bott que l’on pourrait croire sorti d’un film de Bruno Dumont). Ce dernier est totalement sous la coupe de Nessa, une virago qui hait les “sissis”. Un jour, alors que la petite bande tuait le temps en taguant une palissade (tout du long du film les amateurs de street art sont gâtés) passe une jeune et gracile follasse revenant de son shopping. Le gang se rue sur cette offense à la virilité. Jonno roue de coups le mignon. Mais bientôt Cal s’interpose pour protéger le garçon à la stupeur de ses potes. Le voilà désormais tricard pour le gang, poursuivi par la haine de Nessa... Le dit mignon s’appelle Olivier, jeune français, il est venu à Bristol parfaire sa connaissance de la civilisation britannique. On a vite compris que Cal ne va pas rester longtemps insensible au charme d’Olivier. Pour corser l’affaire, Olivier a un prof gay, Scott (Garry Summers) qui n’est peut être pas non plus sans vouloir du bien au jeune français. Ce prof a été tabassé par Cal à la fin d’un plan cul qui a mal tourné...
L’avis de Bernard Alapetite
“Shank” est d’abord le portrait d’un adolescent, Cal, et montre à quel point il est difficile pour un jeune de se réconcilier avec sa sexualité, quand tout autour de lui, lui oblige à croire que ses sentiments naturels ne sont pas naturels.
L'histoire d'amour atypique se tisse entre Cal et Olivier est tendre et étonnamment douce, au milieu des dangers et de la violence qui entourent les deux garçons...
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Souvenez vous Bristol est aussi la ville où se déroule la série “Skin”. En y allant je ne m’étais pas aperçu que cette jolie ville, dont le décor est bien utilisé par le réalisateur, était la patrie d’aussi jolis garçons se livrant à autant de turpitudes... Je crois que je vais repasser par là sans trop tarder.
Je ne serais pas surpris que Simon Pearce soit un grand fan de la série “Skin” et aussi des films de Gregg Araki. Il est certain également que Pearce a eu l’ambition, pas complètement réussie, en raison des lourdeurs de son scénario, de faire le “Beautiful Thing” des années 2000. Mais il n’en est pas si loin. “Shank” ouvre la voie à un nouveau cinéma gay hyper réaliste et contemporain, qui n’hésite pas à passer du romantisme à une violence à fleur de peau. Le film prend une résonance tout à fait différente quant à sa crédibilité lorsque on apprend que la majorité du récit a été nourri par des événements réels qui ont eu lieu au Royaume Uni.
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Pearce, tout en renouvelant le cinéma gay, réussit à se mettre dans la droite ligne de toute une tradition, excellente, du cinéma britannique. Comme dans “Beautiful thing”, il explore des milieux qui sont rarement visités par le cinéma gay mais dont le cinéma anglais avec Mike Leigh et Stephen Frear avec son My beautiful laundrette s’est fait depuis longtemps le meilleur anthropologue.
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Sociologiquement le film est très novateur d’abord il dépeint un milieu très peu visité dans le cinéma gay, et même dans le cinéma “main street”, les gangs, mais surtout il illustre très justement l’intrusion et la conséquence de média récents, comme le net et le téléphone portable dans le quotidien.
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Moralement, il me parait dans sa fin, qui malgré sa virtuosité n’est pas complètement convaincante, la dernière demi heure est plus faible, très discutable. “Shank” suggère quelque chose qui m’a un peu déconcerté car le film nous fait croire que même les pires d'entre nous méritent une deuxième chance...
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La construction du scénario de “Shank” est complexe avec sa mise en abîme des écrans des téléphones portables, des ordinateurs dans le grand écran. Elle joue également sur le temps, le dilatant parfois ou du moins utilisant le temps réel, qui n’est presque jamais le temps du cinéma, par exemple dans la scène de sexe entre Cal et Olivier. A ce propos le cinéaste réussit, au milieu des chauds ébats amoureux entre Cal et Olivier, à placer très discrètement et habilement la mise du préservatif (ce qui est aussi louable que rare; ce que pour ma part je n’avais pas réussi à faire dans “Comme un frère” ce qui me fut reproché.). A contrario, le scénario contient également de nombreuses ellipses.
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Dans plusieurs courtes séquences, Pearce utilise une figure de style habile (elle me semble assez nouvelle, ne me venant pas à l’esprit un autre exemple dans le cinéma, sinon un peu dans “Parle avec elle” d’Almodovar, mais est proche de l’apparté du théâtre.), Scott s’adresse à un personnage muet que l’on ne voit pas. Le cinéaste se sert du champ mais occulte le contre champ qu’il ne montre jamais. Nous découvrirons ce dernier qu’à la toute fin du film ce qui construira énormément le personnage de Scott.
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C’est justement dans la construction des personnages que le scénario est léger, ce qui est partiellement masqué par l’excellence et l’engagement des comédiens. Mais par exemple nous ne savons pas ce qui a amené Olivier en Angleterre, ni quel est l’origine des membres du gang qui semblent être nés de lui. On peut s’étonner aussi de l’aisance financière d’Olivier et encore plus de celle de Cal. Mis a part Scott, les autres personnages ne sont pas situés socialement.
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La musique, du compositeur britannique Barnaby Taylor, qui empreinte aussi bien au hip-hop qu’au rap ce qui est conforme sociologiquement au groupe que l’on voit se mouvoir sur l’écran. Mais plus original elle utilise aussi par des solos de piano et de guitare qui sont autant de ponctuations à des moments clés et les soulignent magnifiquement. Ils aident à amener l’ histoire du personnage principal à son plus haut niveau émotionnel.
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Ce qu’il y a de bien dans le cinéma anglais c’est que les acteurs sont toujours parfaits, et cela dès leur premier film. “Shang” ne déroge pas à la règle, même le jeune français, qui en fait est belge, se tire très bien de son personnage un tantinet caricatural; il doit y avoir un phénomène d’osmose! En outre, dans “Shank”, les trois principaux protagonistes sont, chacun dans leur genre, très appétissants...
Qui sont-il? Tom Bott (Jonno) est né dans le Surrey et vit à Londres. Il est apparu dans plusieurs productions de théâtre et de télévision au cours de sa carrière d'acteur. Shank est son premier rôle dans un long métrage.
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Wayne Virgo est un récent diplômé de l'Académie Western South of Dramatic Arts (SWADA). C'est un natif de la banlieue de Bristol. Il a joué à domicile, comme Alice Payne (Nessa) . “Shank” est son premier rôle professionnel. Depuis “Shank”, Wayne Vigo a tourné un autre film, cette fois par les scénaristes de “Shank”, Christian Marin et Darren Flaxtone, dans lequel l’on retrouve Simon Pearce faisant l’acteur. On peut ajouter que Darren Flaxtone est le monteur des deux films et que Pearce ne laisse à personne d’autre le soin de signer l’image de son film. L’étonnante polyvalence de ce groupe n’est sans doute pas pour rien dans la qualité de Shank. On peut noter aussi que Marc Laurent qui est né en Belgique et qui a étudié le théâtre avant de venir au Royaume Uni pour apprendre l'anglais et étudier l'art dramatique à la South West Academy of Dramatic Arts (SWADA), vient donc de la même école que Wayne Virgo. Shank est sa première expérience dans un long métrage. Pour insister sur l’homogénéité dans la différence de l’équipe du film Bernie Hodges qui joue le rôle de Will est professeur dans cette même SWADA et a aidé Pearce dans sa direction des acteurs.
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Le filmage fait preuve d’une étonnante maturité quand on connaît l’âge du réalisateur. Beau plans, caméra bien posée qui parfois fait place à une judicieuse utilisation de la caméra portée. Le montage très nerveux dynamise le film.
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La grande scène de sexe du film entre Cal et Olivier est certainement ce que l’on peut voir de mieux dans le domaine dans le cinéma gay non pornographique. Je me suis amusé à faire une sorte de roman photo de la scène qui en dit, je crois beaucoup plus qu'un long discours.









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C’est paradoxalement son excellence qui m’amène à plusieurs réflexions et qui met en exergue la difficulté de filmer une scène de sexe vraiment réaliste. Le fait de simuler l’acte de pénétration, sinon on est dans le pornographique selon les critères de l’exploitation des films, oblige à des positions des partenaires souvent à la limite du crédible, même si, cela semble être le cas ici, les acteurs font preuve d’aucune inhibition. Pour des problèmes de censure il est quasiment impossible de montrer un sexe en érection (les exemples dans le cinéma non pornographique sont extrêmement rares; les seuls exemples qui me viennent à l’esprit sont une vision fugitive dans “Le temps qui reste” de François Ozon et beaucoup plus évidente dans “Le pornographe” de Bertrand Bonello; il doit en avoir d’autres mais je laisse le soin de nous les indiquer aux sagaces lecteurs qui j’espère ne manqueront pas de le faire.). Avec de telles contraintes le cinéaste se pose toujours la question de la nécessité de montrer des scènes de sexe à l’écran. Il devrait se poser la question suivante: Ne vaudrait-il pas mieux les remplacer par des scènes de tendresse. Ce que réussit aussi très bien Pearce qui réussit à mêler le hard avec le romantisme. Ce qui est rarissime au cinéma et particulièrement dans le cinéma gay dans lequel les gestes de tendresse semblent bannis.
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Le film n’a pas été sans déranger dans son pays alors qu’il a été sélectionné dans une trentaine de festivals gay et lesbien de par le monde, la BFI, organisateur d’un des plus grands festivals gays, celui de Londres, a refusé de le sélectionné, ce qui a provoqué un tollé.
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Pour son premier film, Simon Pearce (mais on peut penser que plus que jamais, même si c’est toujours plus ou moins le cas au cinéma, ce film est autant celui d’une équipe que d’un seul homme), qui lorsqu’il a tourné “Shank” n’était âgé que de 21 ans, soit à peu près l’âge de ses héros, a frappé très fort même s’il n’a pas évité tous les écueils du premier film comme de surcharger son scénario et le doté d’une fin peu crédible mais réconfortante. Il réussit néanmoins à renouveler le film gay se défiant de l’obligé coming-out et autres conventions du genre en ancrant son intrigue dans l’univers des gangs. Le sexe y est explicite, la violence est déchirante, et la qualité d’interprétation des jeunes acteurs est tout à fait impressionnante.
Le DVD
Shank est édité en France par Optimale qui comme à son habitude en fait le minimum question bonus. Il y a bien un macking of très bien fait où l’on découvre que le réalisateur est un gamin qui en outre a les plus belles oreilles du royaume uni mais qui réussi a être très informatif tout en étant léger grâce notamment à un remarquable montage. Le seul problème c’est qu’Optimale n’a pas jugé bon de le sous titrer! Et comme toujours chez cet éditeur on est obligé de passer par les bandes annonces d’autres films du catalogue pour parvenir au menu principal à l’habillage indigent. La qualité de l’image est correcte.
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Cambridge spies (mise à jour)
Fiche technique :
Réalisation: Tim Fywell. Scénario : Peter
Moffat. Musique : John Luan. Montage : Chris Gill. Direction artistique
: Emer O Sullivan. Son : Steve Fish.
Grande Bretagne, 2003, Durée : 240 mn (4 x 60 mn). Disponible en VO.
Avec: Toby Stephens, Tom Hollander, Rupert Penry-Jones, Samuel Wes, Anna-Louise Plowman, Adam Blackwood, Lisa Dillon, Peter Eyre, Jenna Harrison, Daniel Hart, Patrick Kennedy, Simon Woods, Stuart Laing, Leon Lissek et Anthony Andrews
Résumé :
Philby (Toby Stephens) est un étudiant idéaliste au sein de
la prestigieuse université de Cambridge. Il aimerait pouvoir agir
contre le fascisme qui gagne l'Allemagne et l'Italie. Il désire
intégrer le parti communiste, la seule force qu'il juge suffisamment
puissante pour mettre un terme aux dictatures qui se propagent en
Europe. Il rencontre Guy Burgess (Tom Hollander) et Anthony Blunt
(Samuel West) qui ont la possibilité de le faire entrer dans le parti.
Mais avant, Kim Philby doit convaincre son meilleur ami, Donald Maclean
(Rupert Penry-Jones), de le suivre. Or, ce dernier craint de trahir les
idéaux de son père s'il s'allie aux communistes... Son père meurt, plus
rien ne le retient. Ces quatre hommes assoiffés d'idéalisme et de
justice sociale, désirant lutter contre le nazisme, vont trahir leur
pays sans vergogne, durant vingt ans, au profit de l’URSS.
Maclean, converti, est aussitôt envoyé en Autriche
par Otto, leur mentor en espionnage, pour convoyer des instructions. Il
y tombe amoureux et se marie avec son contact, la belle Litzi (Lisa
Dillon) qu’il ramène à Londres… mais le parti exige qu’il rompe. Il
obéit. Leur diplôme universitaire en poche, les quatre compères vont
tenter d'infiltrer les sphères d'influence de la société britannique en
cachant leur passé de militants communistes. Blunt tire profit des
relations qu'entretiennent ses proches avec la famille royale. Maclean
rejoint le bureau des affaires étrangères. Burgess travaille à la BBC
et entre dans les services secrets, tout comme Philby à qui l’on a
demandé de devenir un journaliste pro-allemand. Ce dernier est envoyé
en reportage en Espagne pour couvrir la guerre civile. Mais sa
véritable mission est d'assassiner Franco... Devant le caudillo, il ne
parvient pas à passer à l’action…
C’est bientôt la guerre. Les quatre camarades sont ulcérés par le pacte
germano-soviétique. Leur foi en l’Union Soviétique est ébranlée. Comme
tous les autres Anglais, ils luttent contre le nazisme. Donald commet
l’irréparable : il avoue à sa femme (Anna-Louise Plowman) ses activités
d’espionnage. Il déclare à Blunt vouloir se retirer. Ce dernier veut
faire de même en achetant sa libération avec des informations cruciales
sur la famille royale britannique. La guerre prend fin mais bientôt une
autre guerre commence que l’on appellera « guerre froide ». Moscou
demande aux espions anglais de leur communiquer des renseignements sur
la bombe atomique américaine. Ce que Philby, Burgess et Maclean sont en
mesure de faire, se trouvant en poste à Washington. Ils s’exécutent.
« Grâce à eux », l’URSS obtient l’arme nucléaire. Les Américains ont
rapidement la preuve que les fuites viennent de l’ambassade de
Grande-Bretagne. Après une longue enquête, les soupçons se portent sur
Maclean. Juste avant d’être arrêté, il parvient à passer à l’Est en
compagnie de Burgess...
L’avis de Bernard Alapetite :
Voilà une série qui n’a pas peur de s’attaquer à l’Histoire, mais aussi
l’histoire d’espionnage la plus fameuse du XXe siècle communément
appelée « Affaire Philby », du nom d’un des quatre protagonistes de
cette épopée qui pourrait aussi s’appeler « les quatre mousquetaires de
l’espionnage ». Cet épisode rocambolesque de la guerre froide est à
l’origine de bien des films de fiction, encore plus de documentaires et
de moult livres, tant historiques que romanesques.
Tout d’abord, un petit survol des précédents en se focalisant sur la
fiction tant cinématographique que littéraire… On ne sera jamais assez
reconnaissant à ces traîtres d’avoir été à l’origine de la quasi
totalité de l’œuvre de John le Carré et notamment de La Taupe et Les Gens de Smiley, livres directement rattachés à cette affaire. Elle est également très présente
dans l’un des plus beaux romans français des années 70, Les Poneys sauvages de Michel Déon (Gallimard). Et surtout, elle est au centre du beau et trop méconnu roman de Bernard Sichère, La Gloire du traître (Denoël), qui met au centre de l’intrigue l’homosexualité des personnages !
Pour le cinéma, la référence est Another Country de Marek Kanievska avec Rupert Everett et Colin Firth, adapté de la pièce éponyme de Julian Mitchell. Le film ne traite que de la rencontre dans une public school des futurs espions de Cambridge et de leurs amours (si l’on excepte une courte incursion en 1984, année de sa sortie). Bien que les noms soient modifiés, la référence historique est explicite. Le film suggère que c’est l’empêchement de vivre leur homosexualité au grand jour qui serait à la racine de leur engagement communiste. Cette histoire doit hanter le réalisateur, car en 2002 il tourne Secret d’État, toujours avec Rupert Everett qui – cette fois – incarne un clone de Philby lorsqu’il terminait sa carrière d’espion à Beyrouth dans les années 60. On peut mentionner aussi Les Espions Burgess et Maclean (DVD BBC/Le Monde), un docu-fiction très didactique qui relate la fuite, en 1951, de Burgess et Maclean à L’est. Dans Blunt The Four Man de John Glenister (datant de 1992), l’éclairage privilégie le seul des quatre dont la vie n’a pas été détruite par son engagement. Le rôle de Blunt y est tenu par Ian Richardson et celui de Burgess par Anthony Hopkins. L’homosexualité des protagonistes est bien soulignée et présentée comme le moteur de leur révolte. John Schlesinger a consacré un film, An Englishman abroad (1983), à l’histoire de Burgess (interprété par Alan Bates). Le cinéaste est revenu sur le sujet en 1992 avec A Question of Attribution.
Dans la masse des documents et récits parus sur cette affaire, il me parait utile d’en extraire Mes Camarades de Cambridge de Youri Ivanovitch Modine (éditions Robert Laffont, 1994). Pour la première fois, un livre présente l'envers « officiel » du décor et le rôle concret de l'officier traitant. L’auteur, qui se réserve le beau rôle, a été attaché de presse à l'ambassade soviétique à Londres, et surtout officier du KGB. Il raconte comment il manipulait ses informateurs bénévoles. Ces étudiants de Cambridge qui se prirent de sympathie pour la cause communiste dans leurs années de jeunesse avant 1940 et qui n'hésitèrent pas un seul instant à rendre des services au régime stalinien durant les années 50 et 60, au pire moment de la guerre froide. On y apprend qu’ils n’étaient pas quatre mais cinq ! (Et même un peu plus). Le cinquième, Cairncross (il n’apparait que furtivement dans Cambridge Spies) vit encore en Angleterre (qu’il n’a jamais fuit) et était motivé par son antifascisme foncier. Il a été cet espion efficace qui permit aux soviétiques de tout savoir de l'armée allemande grâce aux informations prélevées directement à l'état-major britannique. À la lecture de ce livre, on reste stupéfait de l’importance des informations que le réseau transmet aux soviétiques, surtout via le courrier échangé entre Américains et Britanniques, y compris sur la conception d'une arme nucléaire ; on reste confondu devant l'innocence affichée, le manque de scrupules et l'absence de regrets, une fois découverte leur « sale » mission, dont témoignent ces agents.
Les « damnés » de Cambridge ont donné lieu à bien des fantasmes et leur dénomination de gentlemen espions est quelque peu usurpée. En vérité, ils étaient loin d'avoir tous du sang bleu. Par ailleurs, ils n'étaient pas tous amis comme le montre la série, et pas tous homosexuels. Mais Anthony Blunt et Guy Burgess seront les deux à la fois, leur histoire demeure indissociable. Blunt est le personnage le plus extraordinaire de cette épopée. Le livre que lui a consacré Miranda Carter, Gentleman espion, aux édition Payot est une source aussi passionnante que sérieuse, non seulement sur Blunt mais sur toute cette affaire. Au début des années 1930, à Trinity College, ils font partie d'un club secret animé par John Maynard Keynes : « La Société des Apôtres », dont ils vont être les Judas. L'auteur du Traité de la monnaie est aussi celui d'un concept plus risqué pour l'époque : La Sodomie supérieure (The Higher Sodomy). Les bacchanales entre garçons et les livraisons de documents stratégiques à une puissance étrangère ont alors ceci en commun : c'est la prison si l'on se fait prendre... Comme on ne prête qu’aux riches, en 1998, l’Australien Kimberley Cornish suggérait dans son livre Wittgenstein contre Hitler (PUF éditeur) que le philosophe (gay… aussi) aurait pu avoir fait partie du groupe d’espions de Cambridge. D’autres sources supputent que Victor de Rothschild en aurait été aussi !
Le premier épisode de la mini série se déroule dans le cadre, toujours plaisant et exotique, des collèges anglais. Il apporte son lot d’informations sur la vie quotidienne de ces lieux extravagants pour le profane. Mais on a bien du mal à s’intéresser aux péripéties des héros, en raison de la mollesse de la mise en scène et du peu de charisme des acteurs. Mais surtout, on ne comprend pas pourquoi ces quatre garçons privilégiés, brillants et fantasques, comme il est de bon ton de l’être dans sa jeunesse pour la caste supérieure de l’empire britannique, vont se mettre au service de la dictature communiste. On ne comprend pas plus comment ils ont connu leur mentor et pourquoi ce dernier recrute de tels pieds nickelés, car c’est bien ainsi que nous les percevons. Le réalisateur pense qu’en juxtaposant des scénettes signifiantes, il va rendre audible son propos. Il n’en est rien, faute de liaisons entre elles. Lorsque l’on rassemble le puzzle, on ne voit guère que quatre pantins qui parlent beaucoup et ne font pas grand chose. Ils semblent en outre (en particulier dans le deuxième épisode, qui par ailleurs est plus clair que le premier) être les seules personnes intelligentes, perdues dans un monde de ganaches et de femmes faciles. Pas plus que leurs opinions politiques, leur homosexualité n’a de densité. Elle est tout au plus fugitivement décorative.
Il faut attendre le deuxième épisode pour que les personnages se dessinent. On ne comprend pas d’avantage par quel miracle Blunt est nommé conservateur des collections royales. Rien n’est montré de sa précoce passion pour l’art. Il a fondé un journal d’étudiants dédié à l’esthétisme dès sa première année à Cambridge, ce qui est finement décrit dans La Gloire du traitre, dans lequel Bernard Sichère n’utilise pas les noms réels mais des patronymes transparents (Blunt devient Blake), ce qui lui laisse une liberté qui a vraisemblablement manqué à Peter Moffat, scénariste de Cambridge Spies.
Néanmoins cette mini série a l’immense mérite de nous faire réviser (et malheureusement pour beaucoup apprendre) notre histoire moderne. Elle soulève des lièvres historiques, et pas des petits, non… des bons gros mastards. Premièrement, Maclean aurait été chargé par le KGB d’assassiner le général Franco à la fin de la guerre d’Espagne mais il se serait dégonflé (pas insensible aux moustaches du caudillo peut-être ?). Deuxièmement, la famille royale aurait été plus ou moins informée des activités pro-communistes de Blunt et l’aurait couvert en souvenir de services rendus à la dite famille. Pourquoi pas, tout est toujours possible, même le plus improbable… Mais pour que le spectateur adhère à de telles hypothèses historiques, faut-il encore qu’il soit en confiance, et pour cela ne pas lui avoir montré une scène des plus improbables auparavant ! C’est le cas avec le flingage, à bout portant, en pleine rue à Vienne par des policiers d’un réfugié allemand, approximativement en 1936… soit deux ans avant l’Anschluss !
Cambridge Spies est souvent caricatural et ne s’embarrasse que de très peu de subtilités. On nous montre comme une évidence (voire avec grossiereté) ce qui etait suggéré avec finesse dans Les Vestige du jour
que (toute ?) l’aristocratie britannique avait des sympathies nazies.
Cette lecture n’est pas recevable, sauf pour les nostalgiques des bons
vieux partis communistes des années soixante.
On peut être pour le moins interloqué par le fond de la série qui est
condensé dans la dernière réplique que Blunt adresse à une de ses
anciennes relations du temps de Cambridge qui lui demande ce qu’on fait
ses amis (outre le ridicule d’une telle question, tout le royaume était
informé de ce qu’étaient devenus ses complices) : « de grandes
choses »,
réplique difficilement recevable aujourd’hui. Rappelons que ces
« grandes choses » ont d’abord consisté à se mettre au service du
régime stalinien qui, dans le même temps, organisait la grande famine
en Ukraine qui fit trois millions de morts. Certes ces jeunes gens de
Cambridge l’ignoraient. Mais à cette époque, les yeux d’André Gide
s’étaient vite dessiller...
Bien des défauts de cette œuvre auraient pu être corrigés grâce à une durée plus longue. Il me semble que ce problème de la durée des œuvres n’est que rarement pris en compte par les décideurs du cinéma et de la télévision. Il est patent qu’il est difficile de faire une traversée de l’histoire de l’Europe entre 1930 et 1960 en quatre heures. Il est curieux que ce phénomène « qui trop embrasse mal étreint » atteigne surtout des productions télévisuelles historiques. Ce même mal contamine également d’autres mini séries comme De Gaulle ou Les Amants du Flore qui souffraient aussi du défaut de vouloir ramasser en trop peu de temps la narration d’événements qui se trouve bien trop à l’étroit dans le carcan horaire qu’il leur est imposé. Alors que Sartre, qui se déroule sur sept ans (de 1958 à 1965), est une réussite complète. Pourtant la diffusion à la télévision offre plus de souplesse que celle en salle.
Une
autre possibilité aurait été d’intégrer à la narration des actualités
d’époque et/ou des interviews de survivants ayant connu les
protagonistes de cette passionnante affaire, ou bien encore nombre de
spécialistes du sujet. De tels ajouts apportent beaucoup à ces deux
remarquables productions télévisuelles que sont Albert Speer, l’architecte du diable et Thomas Mann et les siens.
Une possibilité qui aurait permis d’éviter certaines erreurs : ne pas
forcément suivre les quatre personnages principaux dans des parallèles
bancals mais nous raconter cette histoire par les yeux de Burgess, qui
était le seul à entretenir des relations avec les trois autres – car
contrairement à ce que veut nous faire croire la mini série, Blunt
connaissait à peine Philby et Maclean.
Certes,
on ne peut pas demander à une fiction une vérité historique totale…
contrairement à un documentaire ou même à un docu-fiction, mais dès
l’instant où une production utilise des personnages historiques, il est
impardonnable de travestir peu ou prou la vérité comme c’est le cas ici
pour faciliter la narration… par ignorance ?.. par subjectivité
politique ou plotiquement correct de l’époque ?
Il est également conseillé de choisir des acteurs qui ressemblent aux
personnages historiques qu’ils incarnent… ce qui est le cas, par
exemple, dans Sartre et dans Speer,
l’architecte du diable. Ce qui n’a pas été (visiblement) le cas ici où seul Rupert Penry-Jones (alias Maclean) ressemble à son modèle.
La mini série a été réalisée pour la BBC, avec un budget de plus de 8 millions d'euros. Le tournage rencontra quelques difficultés. Le Trinity College de Cambridge refusa qu’il se déroule dans ses bâtiments. Il se murmure aussi que Buckingham Palace essaya de faire capoter le projet car Anthony Blunt était, jusqu'à ce que ses agissements soient rendus publiques en 1979, un proche de la Reine. Est-ce pour cela que la Reine mère est caricaturée en pocharde (avant que Stephen Frears fasse de même dans The Queen) ?. Il n’en reste pas moins que dans le deuxième épisode, elle est la seule à se montrer perspicace sur le compte de Blunt.
La série a été récompensée en 2004 aux FIPA Awards et aux Rencontres Internationales de la Télévision de Reims.




















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Unir / Join:
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Leitor Completo / All in one directshow player:
http://www.baixaki.com.br/download/the-kmplayer.htm
24 octobre 2009
The Houseboy (mise à jour)

USA,
Réalisation: Spencer Schilly, scénario: Spencer Schilly, musique: Kurt Gellersted, image: Derek Curl, montage: Spencer Schilly
Avec:
Nick May, Blake Young-Fountain, Damien Fuentes, Tom Merlino, Brian
Patacca, Michael Hill, Michael Apuzzo, Peter Bloch, Daren Dillon, David
Beck, Trip Langley, Lamar Staton, Matthew Sandager


Résumé :
Depuis
quelques mois, Ricky (Nick May) est un houseboy. La vingtaine
enthousiaste, il est le numéro 3 d'un couple de trentenaires sexy. Il
partage leur maison… et leur lit, une manière comme une autre de payer
le loyer en plus du gardiénage des lieux. En apparence, le trio est
heureux. Mais un jour Ricky s’aperçoit qu'il est passé de mode. Pour
Noël, le couple part visiter la famille de l'un d'eux, laissant Ricky
seul avec les animaux de la maison. Se sentant abandonné, rejeté, notre
houseboy essaie de retrouver le goût des relations humaines à travers
la drague sur le net et le sexe anonyme. Il invite de nombreux mecs et
se retrouve bientôt dans des situations qu’il ne contrôle plus :
partouzes imprégnées de drogues diverses, désespoirs sexuels de petits
gars paumés… Au milieu de ce capharnaüm, Ricky contemple sa vie et
finit par trouver un ami (Blake Young-Fountain) qui lui redonne envie
de vivre et d’aimer...



L’avis de Bernard Alapetite
L'affiche
laisse imaginer un de ces films américains à la jaquette ouvertement
sexy qui sortent directement en DVD en France. Et dont l'intérêt
dramatique, ou comique, est souvent des plus limité… Dans le cas de
“Houseboy”, on aurait tort de se fier aux apparences. À la fois acide
et tendre, pudique et libérée, cette petite comédie tournée avec un
budget de misère surprend par son inattendue profondeur…
“The
Houseboy” est une sorte de “conte” de Noël gay, un peu comme “John”
l’est aussi; un conte sur l’entre-deux… D’abord entre deux hommes, le
héros, qui me semble pas tout à fait assez girond pour le rôle ce qui
au début est un frein pour compatir au malheur de “cette pauvre fille”,
se retrouve ensuite entre amour romantique et sexe sans lendemain à
deux voire plus, entre appétit de vivre et envie de mourir, entre
brutalité humaine et douceur animale…

Cette
comédie sentimentale replongera beaucoup, peut être, avec nostalgie, au
temps de leurs premières amours, quand ils erraient à la recherche de
l'homme de leur vie et qu’ils ne savaient pas comment s’y prendre pour
le rencontrer. "House boy" raconte un temps où l’on se sent, trop
maladroit, un temps où l’on a peur d’être rejeté, de ne pas
intéresser...
Ce film est le troisième long métrage de Spencer Lee
Schilly, après “Send in the Clown” et 'Summer Thunder', sorti en France
sous le titre “Le Zizi de Billy", est souvent dangeureusement sur le
fil entre grotesque et pathétique, pudeur et exhibitionnisme. On peut
seulement regretter que Spencer Schilly est voulu jouer sur autant de
tableaux, à la fois une apologie et une parodie de l’univers de
l’homosexualité masculine et de sa fixation sur les drogues, le sexe et
la jeunesse. On voit bien que ce qui tient surtout à coeur le
réalisateur c’est de dénoncer les gratifications et les plaisirs, aussi
éphémères qu’instantanés, d’un certain monde gay.
Si
les scènes de sexe intenses et crues de manquent pas et sont filmées
d’une manière très directe. “The Houseboy” est surtout troublant par
sa justesse psychologique. Certaines scènes sonnent si vraies que l’on ressent
un certain malaise, comme si nous étions des voyeurs de la médiocité
domestique et de la misère sexuelle qui nous est montrées.
La
réalisation est basique, solidement ancrée dans le naturalisme le plus
prosaique mais le cinéaste a soigné la direction d'acteur. Les
prestations naturelles et toute en nuances des acteurs nous laissent
attendris devant le sort des protagonistes et ajoutent à l’authenticité
de ce portrait sans complaisance, mais néanmoins compatissant, des
dures réalités de la vie, d’autant que tout cela se passe dans une
ambiance d’une ville nord américaine particulièrement grise.
Pour obtenir le film il suffit de clquer sur les lignes ci-dessous et d'être patient (seulement en VO en anglais)
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21 octobre 2009
Jonas Bloquet, Elève libre
Voici d'autres belles images de Jonas Bloquet, le héros d'Elève libre, grâce à cet excellent site Loco Luke's Luscious Lads.
20 octobre 2009
Elève libre ( deuxième mise à jour)
France, Belgique, 2007, 1h 45mn
Réalisation: Joachim Lafosse,
scénario: Joachim Lafosse et François Pirot, directeur de la photo:
Hichame Alaouié, Décor: Anna Falguère, costume: Anne-Catherine Kunz,
Montage: Sophie Vercruysse
Avec: Jonas Bloquet, Jonathan Zaccai, Yannick Renier, Claire Bodson, Pauline Etienne, Anne Coesens, Johan Leysen
Résumé:
Jonas
(Jonas Bloquet) doté de parents évanescents, mère toujours absente et
père tout juste bon à verser la pension alimentaire, à cause de ses
résultats
médiocres est renvoyé de son lycée. Il avait tout misé sur le tennis
espérant devenir professionnel, mais les résultats ne sont pas à la
hauteur de ses espérances. Son entraîneur lui conseille ne ne pas
insister. Voilà cet adolescent naïf de seize ans désespéré devant ses
rêves qui s' évanouissent. Le salut vient de trois adultes qui décident
de le
prendre en main et de lui faire passer l’examen de fin d’études
secondaires en candidat libre. Petit à petit l’un d’eux, Pierre
(Jonathan Zaccai) s’impose comme son unique mentor....
L'avis de Bernard Alapetite
"L’élève libre" démontre, si besoin était, que les classiques travaillent
encore la société, tout du moins une infime partie de
celle-ci, fut-elle belge; car le film, à l’ exception de sa fin, est sous l’égide des
“Liaisons dangereuses” (on peut aussi convoquer pour le cinéma “The
servant”, “Violence et passion” et pour la littérature “La dispute” de
Marivaux et “Les désarrois de l’élève Toerless” entre autres). Ce n’est
pas comme le très sous estimé “Sexe intentions” une version moderne de
l’oeuvre de Laclos mais une variation sur ses thèmes et son climat. La
bonne idée est d'y d’avoir remplacé la petite dinde (des liaisons) par un veau.
Le film
débute par le générique en caractère blanc qui défile sur un fond noir.
Simultanément on entend des ahanements qui pourraient être sexuels mais
qu’en vieil habitué des courts j’ai reconnu comme étant ceux d’un
joueur de tennis frappant la balle de toute sa force et sa hargne. Puis
l’image rejoint le son. Apparaît Jonas, environ seize ans, au très
joli minois, qui s'avèrera très vite être un lycéen calamiteux qui rêve que de devenir tennisman
professionnel ( On notera qu’une fois encore l’éveil de la sexualité
est associé au sport comme dans “Douches Froides” (Anthony Cordier,
2005) et “Naissance des pieuvres” (Céline Sciamma, 2007)). Mais
malheureusement pour lui si Jonas n’est pas mauvais dans le sport qu’il a choisi, il
n’est pas néanmoins assez bon pour intégrer l’élite de son pays, la
Belgique.
L’attention au son que révèle le traitement du générique ne se démentira pas jusqu’à la dernière image.
Jonas
est renvoyé de son collège, la directrice ne veut même pas qu’il
redouble une nouvelle fois et elle l’aiguille vers une filière
professionnelle. De son coté son entraîneur de tennis ne lui laisse
que peu d’espoir quant à faire une carrière dans ce sport.
Nous
voilà donc en présence d’un raté que sa passagère fraîcheur garde
encore à l’abris de l’abîme. C’est à n’en point douter cette accorte
physionomie qui fait que trois adultes, entre trente et quarante ans,
un couple, Didier joué par Yannick Renier (que l’on a vu dernièrement dans “Nés
en 68”) et Nathalie interprétée par Claire Bodson , et un célibataire, Pierre, s’intéressent à son
cas. En la quasi absence des parents, ils décident de le prendre en
mains, dans tous les sens du terme pour faire son éducation,
intellectuelle, sociale, sentimentale et sexuelle.
Toutes ces
informations nous sont données au fur et à mesure de scènes denses et
bien menées où tout est signifiant et néanmoins jamais asséné. “Elève
libre” s’il est limpide, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas
cérébral, demande au spectateur d’être attentif au moindre détail
(visiblement jamais laissé au hasard) surtout s’il n’est pas au fait
des arcanes du système éducatif belge, et à chaque dialogue, en
particulier ceux des nombreuses scènes de repas dans lesquelles, entre
la poire et le fromage, il est question de la part du trio
d’initiateurs de jouissance clitoridienne, de spasmes de plaisir où des
différentes positions dans les relations sexuelles...
Nous sommes assez près des contes rohmériens. Le ludique et le concept
intellectuel prennent vite le pas sur le naturalisme. Mais une fable
rohmérienne où les jeux des regards auraient plus de place que les
joutes verbales. Je parle d'autant plus de fable que d’une part on sent bien que ce
qui intéresse en premier le cinéaste c’est la morale (fort ambiguë à
mon sens) que le spectateur peut tirer de cette étrange aventure, et
que d’autre part, la facilité avec laquelle le trio arrive si facilement
à mettre sous leur coupe le garçon , sans qu’aucun obstacle se dresse en
travers de leurs desseins, est assez improbable dans “la vraie vie”.
Indéniablement
Joachim Lafosse est travaillé par la question de la transmission
(c’était déjà le centre d’un de ces précédents films “Nue propriété”
mais dans ce cas il s’agissait de transmission matérielle). Dans “Elève
libre”, le cinéaste explore la frontière entre transmission et
transgression. Il confirme qu’il s'agit d'un des points de départ de son
film, << Qu'est-ce qui fait qu'on peut basculer d'un côté ou de
l'autre ? A partir de quand, dans l'éducation, passe-t-on de la
transmission à la transgression ?.. Jonas
est un adolescent curieux qui veut découvrir des tas de choses. Il
rencontre des adultes qui lui font croire qu'ils ont les réponses à ses
questions. Comme tout névrosé confronté au manque et à la souffrance,
Jonas a envie d'un guide et Pierre se positionne exactement à cette
place. Il se comporte comme le dépositaire du savoir avec Jonas.
>>. “Elève libre” traite également de la perversion : <<
sortir l'autre de son libre-arbitre tout en lui faisant croire que
c'est sa propre démarche... C'est toujours en complimentant les gens
qu'on les séduit. J'aimerais que le film donne envie au spectateur de
se demander si cette situation est perverse ou pas, ce que c'est que la
perversion... Je trouve que le mot "perversion" est galvaudé. Le
pervers n'existe que dans le lien avec ses victimes. Il faut qu'il
trouve quelqu'un qui accepte de rentrer dans son jeu... Etre adulte,
c'est être capable de dire : non. Mais il faut qu'on t'ait transmis la
nécessité de penser les limites pour que tu puisses les mettre
toi-même. Cette question des limites est au coeur de la pensée du
psychanalyste André Green, dont j'aime beaucoup le travail.>>.
Les déclarations du réalisateur révêle un état d'esprit assez puritain, pudibond et politiquement
correcte. Elles contredisent en partie son film car la relation de
Jonas et de Pierre n’est guère différente de celle qu’entretenait
dans la Grèce antique l’ éphèbe, avec son éraste qui transmettant son savoir et son expérience lorsque le plus jeunes
lui procuraient volupté et tendresse. Peut on considérer cette forme
d’échange comme pervers ou marchand, dans le cas de Pierre et de Jonas,
ce qui gène le plus c’est que Pierre n’a pas le courage de poser d’
emblée les règles de l’échange.
Tout
cela nous est asséné sans préambule, sans dialogues ni explications
superflu. Ce que l’on apprend on le sait par l’intermédiaire d’une
grammaire cinématographique parfaitement maîtrisée.
La
principale question que l’on se pose, dans la première moitié du film, est quelle est la véritable nature
des intentions du trio, car on ne comprend pas bien quel est le but de
cette sollicitude, sinon de mettre le beau Jonas dans leurs lits. Mais
alors on se dit que le stratagème est bien compliqué et chronophage
pour nos trentenaires et qu’il n’était peut être pas nécessaire de
déployer autant d’efforts pour arriver à ce but. Le spectateur est
surpris de voir ces trois beaux esprits s’évertuer à faire surgir une
étincelle de cette jolie bûche et ne pas s’apercevoir qu’il est vain
d’attendre de leur élève plus que de médiocres galipettes en leurs couches.
Car en plus le pauvre garçon semble peu doué pour la chose comme le
prouve ses fiascos sexuelles avec sa copine qui n’est ni une lumière ni
une beauté et encore moins une bombe sexuelle, chez elle pas de salut
hormis la position du missionnaire!
Jonas
est bien représentatif des nombreuses créatures qui encombrent, de leur
certes belle apparence, les bancs des lycées, et pas seulement outre
Quiévrain.
On
va un moment supposer que Pierre s’est donné ce challenge, c’est lui
même qui emploie cette expression, d’éduquer Jonas pour combler le vide
de sa propre vie ou à moins même que ce soit un pur jeu intellectuel
pour moderniser le mythe de Pygmalion. A moins encore que cela relève
chez lui du plaisir que provoque chez certains le pouvoir qu’ils
exercent sur une autre personne. Mais là encore que de talents pour
dominer une pauvre chose qui sera bientôt obsolète. La médiocrité de
Jonas fait que l’on reporte notre intérêt sur ces intrigants adultes
et bien vite surtout sur Pierre qui s’institue le mentor du garçon,
éclipsant le couple.
Car le quatuor glisse progressivement vers un
duo entre Jonas et Pierre. Dans cette deuxième partie le film perd un
peu du rythme impeccable qu’il avait depuis le début tout en se tendant
vers un insoutenable suspense: Pierre va t-il sauter Jonas? Tant mon
mauvais esprit ne voit pas alors, pourquoi ce puits de science de Pierre
(dont on ne sait pas exactement, mais il en va de même pour les autres
personnages, ce qui l’occupe professionnellement ni d’où il tire sa
confortable aisance) peut se passionner pour ce jeune con sinon pour
lui titiller le fion et lui astiquer le chibre! Ne comptez pas sur moi
pour vous vendre la mèche, tant je vous conseille d’y aller voir par
vous même.
Insensiblement
le sentiment du spectateur vis à vis des deux personnages se modifie;
jusqu’ici la bêtise de Jonas et la perversité, que l’on
supposait dicter les actes de Pierre, empêchaient toute empathie envers
eux. Même si pour l’un on était subjugué par sa beauté et pour l’autre
passionné par ses manigances. Cependant, confronté à cette histoire le
spectateur se sent obligé de se positionner. Et puis petit à petit on
s’aperçoit que l’enseignement de Pierre à transformé Jonas et qu’il
n’est plus la proie niaise du début tandis que Pierre, comme par un
curieux effet de vase communiquant, se révèle plus fragile et qu’il est
en fait plus un amoureux qu’un cynique libertin.
La
facture du film change en même temps qu’il se recentre sur Pierre et
Jonas. Le réalisateur resserre ses cadrages sur le couple. Le procédé
transcrit bien l’ atmosphère du film qui se fait de plus en plus
étouffante à mesure que la relation entre Pierre et Jonas se tend. On
ne voit plus l’extérieur qu’à travers la baie vitrée de l’appartement
de Pierre. Joachim Lafosse crée une bulle un peu irréelle, une sorte de
cocon intemporel. La réalisation s’est ingénié à gommer ce qui daterait
expressément le film. Dès la première image la tenue de tennis de Jonas n’est pas
vraiment du dernier cri, mais assez neutre. Dans un film où l’on parle
sans arrêt de sexe, il n’est jamais question du sida ou de préservatif.
Les personnages eux même avec la posture pseudo libertaire du trio et
la naïveté de Jonas semblent plus appartenir au début des années 80
qu’au XXI ème siècle. Le spectateur attentif remarquera pourtant, par la
fenêtre de l’appartement de Pierre, le drapeau belge pendu au balcon de
ses voisins, signe que cette séquence à été tournée en automne 2007,
époque où les partisans de l’unité de la Belgique affichaient leurs
convictions de cette manière.
Pierre
est à la fois le mentor et la mère nourricière de Jonas qui désormais
vit chez lui. Ce sentiment de protection est en vérité un leurre.
L'emprise de Pierre sur l’adolescent s'accroît, à mesure que les tabous
tombent un à un. L'intelligence de Pierre est de n'avoir pas agi contre
la famille de Jonas mais imperceptiblement de la remplacer peu à peu.
Une des originalités techniques du film est qu’il a été tourné
en scope, alors qu’il y a très peu d’extérieurs et pas d’ avantage de
grands espaces. Mais le scope permet au réalisateur de faire “vivre”
dans son cadre au moins trois personnages à la fois. Il par exemple
bien utile pour les scènes de repas . On y voit tout le monde à table
sur le même plan, cela évite le champ/contrechamp.
Durant
tout le film
le réalisateur et son chef opérateur, mariant parfaitement la forme et
le fond, adaptent leur technique pour servir le mieux possible le
propos des différentes scènes. Le cadre est très souvent serré sur le
visage d’un personnage et lorsqu’il s’élargit la profondeur de champ
minimale que donnent les focales longues, isole l’acteur par sa netteté
sur le flou du décor. Mais parfois les plans sont larges, nets du
premier plan à l'infini, comme pour
perdre les comédiens dans le champ, ou pour renforcer le contraste
entre les intérieurs cossus et feutrés et les propos des plus crus lors
notamment des scènes de repas, traitées en plans séquences. Dans
celle-ci les répliques sont parfois cocasses et incongrues Comme ce
toast: << On boit à la quéquette de Jonas.>>.
La seule
faiblesse du film est d’ordre scénaristique, si l’on comprend bien que
Joachim Lafosse n’a pas envie de donner toutes les clefs de ses
personnages, on regrette néanmoins que les personnages secondaires ne
soient pas plus développés tant ils possèdent tous un fort potentiel
romanesque que laisse dentrevoir leur brillante esquisse. On aurait
bien passé encore 30 minutes en leur intrigante compagnie, ce qui
aurait amené “Elève libre” à 2h 15mn ce qui n’aurait pas été de trop
pour percer leurs mystères. La solution alternative à cette ralonge
aurait été de faire exister certains personnages que dans les propos
des autres comme c'était le cas dans le premier tier du film. Son
incarnation n'ajoute rien à l'intrigue ni à la construction du
personnage de Jonas. Il en va de même pour Le frère de Jonas qui n'a
pas assez de scènes pour véritablement exister à l'écran. Le couple de
Didier et
Nathalie est trop sacrifiés. On ne sait pas quel est leur rôle et les
rapports qu'ils entretiennent avec Pierre. Ne serait il que le
rabatteur de Pierre? A coté de ces manques "Elève libre" est un film
parfois un peu
un peu trop appuyé comme ces sans cesse références à Camus.
On
peut discuter de la trop grande pudeur des scènes de sexe qui ne sont
pas ce qu’il y a de meilleur dans l’”Elève libre”. Le cinéaste explique
son choix: << Je voulais montrer les dangers de la pornographie
sans utiliser sa forme. D’où l’idée du hors champ. Ne rien montrer (ce
n’est pas tout à fait vrais!). Quand on laisse le spectateur à son
imagination, il réagit avec davantage de violence. Il découvre ses
refus et ses acceptations... Dans le film on a laissé de la place aux
fantasmes, tout en montrant ce que le passage à l’acte a de dramatique.
On montre les conséquences du fantasme, mais on le montre dans la
fiction. Ce qui laisse de l’espace pour une interrogation.>>.
Sans doute faut il voir là l’explication de la dédicace mit au
commencement: “A nos limites”. Comme on le constate le cinéaste n’est
pas moins manipulateur que ses personnages. A la lecture de ce propos
on peut s'étonner de choix du visuel de l'affiche où il n'est pas très
difficile de comprendre que le garçon s'apprète à subir une fellation...
Le spectateur pourra
tout de même se consoler de ne pas plus découvrir plus le corps de Jonas
avec les nombreuses images du garçon torse nu baignant dans une douce
lumière dorée qui met bien en évidence ses pointes de sein agressives
et ses lèvres sensuellement ourlées.
Les acteurs sont impeccables
avec une mention spéciale à Jonathan Zaccai qui parvient à rendre son
personnage de plus en plus opaque; mais Jonas Bloquet est parfait aussi pour son premier rôle, espérons que nous le reverrons.
Le soin avec
lequel Lafosse a choisi le costume de Pierre, illustre bien son sérieux
et la richesse informative qui se niche dans chaque détail au service
de la profondeur du film. Il n’est pas anodin que Pierre porte toujours
la même tenue, composée d’un pantalon bleu marine, d’une chemise bleue
claire ouverte d’un seul bouton sur un tee-shirt blanc ras du coup. Le
corps du comédien restera toujours dissimulé. Ce quasi uniforme
monastique apporte au personnage un côté austère en contradiction avec
certains de ses propos presque libidineux. Ce rempart vestimentaire
favorise l’abandon de Jonas à son précepteur providentiel.
Le
réalisateur retrouve une partie de l’équipe de “Nue propriété” en
particulier Yannick Renier. << Il me semblait parfait pour
incarner le petit soldat de Pierre, le type qui va provoquer les
passages à l'acte. Et comme je voulais que l'on sente tout de suite la
désinhibition entre Didier et sa copine, j'ai proposé à Claire Bodson,
la petite amie de Yannick, qui est aussi comédienne, de jouer le rôle de
Nathalie. Je l'avais vue au théâtre, j'aime beaucoup son
travail.>>.
"Elève libre" est le quatrième long métrage de
Joachim Lafosse, âgé de 33 ans, qui a également réalisé des
courts-métrages. Il a également participé à l’émission de télévision
“Strip tease”.
“Elève libre” a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans le cadre du Festival de Canne 2008.
Le
film est passionnant pour l’observation clinique qu’il fait des deux
protagonistes principaux et le glissement d’empathie que le spectateur éprouve
progressivement de Jonas vers Pierre. Tout à la fin de l’histoire on ne
sait plus quel est le salaud des deux. Peut être le sont ils un peu
tous les deux, mais Pierre et Jonas sont surtout deux pauvres types,
comme nous tous, qui essayent de se débrouiller avec la vie, avec de
pauvres ruses, en se mentant beaucoup à eux même. Les autres
protagonistes de ce récit sont tout compte fait encore plus lâches
qu’eux. Le trio est beaucoup plus que des pervers des jeunes bourgeois
cultivés qui justifient la satisfaction de leurs désirs
par l'alibi d'une pensée émancipée de toute contrainte morale. Cette
vision s'explique probablement par le fait que Lafosse soit né en 1975
à l'ombre de Mai 68.
"Elève libre" est une magistrale réalisation sur une relation intergénérationnel entre deux personnes de même sexe, relation qui
n’avait pas été décrite avec autant de justesse depuis “Les amis” de
Gérard Blain. Comme toutes les histoires d’amour, celles-ci sont difficiles et
finissent généralement mal, quoique...
Le dvd
Disponible depuis le 10 octobre 2009 aux éditions Optimale. Cela commence on ne peut plus mal tant l'habillage (la boucle d'accueil, les écrans pour les menus) est moche, à la limite de l'honteux pour un film qui a un beau protagoniste. Mais on oublie vite la première déconvenue grâce à l'interview de Joachim Lafosse. Je connais peu d'interviews de cinéastes qui soient aussi limpides que celle-ci. On découvre un homme jeune qui ressemble à son héros avec quelques années de plus, beaucoup plus sympathique que pouvait laisser craindre un certain moralisme qui afleure dans "Elève libre". Visiblement Joachim a beaucoup réfléchi sur son métier et sait parler de concepts ardus avec des mots simple qui semblent jaillir spontanément du coeur. Il nous explique qu'il a le souci de faire que dans ses films, il ne traite pas que d'"Elève libre" mais aussi de ses autres films, les spectateurs soient des sujets et non de simples consommateurs. On est pas étonné ensuite faire le parallèle entre cinéma et psychanalyse. Cette interview passionnante est accompagnée par quelques minutes des essais de Jonas Bloquet qui montre bien le gouffre qui existe un bout d'essai et le tournage final. Optimal, si on exepte la ladrerie de la présentation, a bien servi ce film qui reste longtemps dans les mémoires.
La bande-annonce :
L' entrevue ci-dessous qui vous donnera un avant goût du beau bonus du dvd est parue sur
Cinergie.be
dans le Webzine n°121
Lire l'article sur le tournage d'Eleve libre
Cinergie : Au tout début du tournage, j’ai remarqué que tu faisais un travelling, ce que je ne t’ai jamais vu faire jusqu’ici. Qu’est-ce qui tout à coup t’a donné l’idée de changer de méthode ?
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C. : Est-ce que tu pourrais nous parler du fond d’Elève libre ? J.L. : Oui. J'essaie de répondre à deux questions : à partir de quand passe-t-on de la transmission à la transgression, et à partir de quel moment une relation devient-elle transgressive ? J’essaye de parler de ça à travers la relation entre un adolescent en décrochage scolaire et un adulte qui veut le sauver. Un des sujets du film est d’aborder les limites dans les relations et surtout dans l’éducation. |
C. : Ces limites, familiales et éducatives, n’étaient-elles pas déjà traitées dans Nue Propriété ?
J.L. : Tout à fait. J’ai traité des limites du cercle familial. Maintenant, j’essaye de parler un peu des limites qui sont au-delà de la famille c’est-à-dire l’école, les amis… Mais au moment où je termine Elève libre, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui apparaît et qui n’est pas conscient. Cette idée me plaît beaucoup et me surprend : je sens que du film, sortira quelque chose qui est au-delà de moi et qui ressemble en même temps beaucoup aux deux films précédents. J’aimerais vraiment qu’il y ait une vraie réflexion et une discussion qui se créent autour du film. J’ai souvent dit que ce qui m’avait donné envie de faire du cinéma, c’était que lorsque j’étais petit, à la maison, on ne parlait pas beaucoup, sauf au moment de « L’Ecran Témoin ». Le film qu’on voyait le lundi soir nous permettait de parler de ce qui se passait à la maison mais sans dire que c’était de nous qu’il s’agissait. Je serais très heureux si Elève libre provoquait une discussion entre les gens qui l’ont vu. Je vais même m’avancer : si à la fin de la vision d’Elève libre, les spectateurs s’interrogent sur la nécessité de penser les limites aujourd’hui et la signification exacte de l’éducation (que veut-on transmettre à des adolescents ou à des futurs jeunes adultes ?), alors j’aurai gagné mon pari.
C. : Tu n’as pas le sentiment d’avoir déjà essayé de poser ces questions à travers tes films précédents ?
J.L. : Oui, dans les précédents aussi, mais avec celui-ci, je ne suis pas sûr que je pourrais aller plus loin. Je pourrais continuer à explorer cette question-là, mais je ne crois pas que je pourrais en dire plus que dans celui-ci. Sur ce film, je suis tout le temps confronté à des questions : qu’est-ce qu’on peut filmer et qu’est-ce qu’on ne peut pas filmer ? Qu’est-ce ce qu’on peut montrer et qu’est-ce qu’on ne peut pas montrer ? Qu’est-ce qui est hors champ et qu’est-ce qui ne l’est pas ? J’ai une vraie envie de savoir comment les gens vont réagir devant des plans, des scènes entières.
Il y a quelque chose qui me surprend sur ce film-ci. Beaucoup de gens l'ont refusé à la lecture sous prétexte que c’était trop gros. Et tout d’un coup, j’ai eu des retours différents de gens qui l’ont vu mis en scène et incarné par des acteurs. Ils disaient « je l’avais lu mais maintenant que tu me le montres, c’est vrai que c’est crédible ». C'était comme si quelque part, la réalité ou l’incarnation de la réalité allait plus loin que la lecture. Il y a là quelque chose sur la puissance du cinéma et de l’incarnation. Ce n’est pas la première fois qu’on me dit ça sur un film. Les gens trouvent qu’il est trop bavard et puis, quand ils voient les scènes, ils disent : « mais non, en fait, ça marche ». C’est assez curieux…
C. : À la lecture, il y aurait vraisemblablement un fantasme…

J.L. : Exactement. Peut-être que sur ce quoi j’écris paraît énorme à la lecture, que des gens s’en font des images énormes, n’y croient pas alors qu’en fait, c’est l’inverse : je mets en image ce qui paraît énorme et puis, tout d’un coup, ça devient plus lisible. Comme quoi, la puissance du fantasme, ça peut être très destructeur…
C. : Je voudrais te poser une question sur la manière dont tu diriges tes comédiens. Il y a un travail préalable au tournage pendant lequel tu les fais répéter et participer à la réécriture du scénario. Est-ce que par après, tu leur laisses une grande liberté d’improvisation ?
J.L. : Je délimite un terrain : c’est vrai qu’avant le tournage, je lis le scénario et que je réécris avec eux. De plus en plus, je me rends compte que c’est le travail qu’on fait avant le plateau qui, s'il est bien abouti, laisse une liberté qui se situe dans quelque chose de très structuré. En fait, j’improvise peu. C’est aussi très agréable d’entendre les comédiens dire : « la séquence fonctionne. Il n’y a pas lieu d’improviser. On va la faire ». Et puis, eux, ils apportent autre chose que l’improvisation : ils donnent vie à la séquence.
C. : Est-ce que la liberté se joue aussi au moment du montage ? Est-ce qu’à ce stade, le film peut encore complètement changer ou faut-il qu’il s’adapte au scénario ?
J.L. : Ah non, à chaque fois, on oublie le reste. Un film devient juste quand on le fait avec la matière qu’on a et pas avec celle qu’on rêvait d’avoir. Le scénario permet aux acteurs de donner quelque chose qu’on enregistre. Une fois qu’on a enregistré ça, il n’y a plus moyen d’avoir autre chose. Et le montage me permet d’écrire encore autre chose que ce qui avait été écrit au scénario. En général, je me débarrasse du scénario et je fais avec ce qui est là parce que sinon, c’est trop douloureux. Ce que j’aime dans le montage, c’est que ce soit de la réalité et pas du fantasme. C’est dangereux quand on commence à rêver le film et à se dire : « je voudrais qu’il soit comme ça » : à un moment, on ne voit même plus la matière réelle et on fait un film par défaut. Mais dès qu’avec la monteuse, on regarde avec lucidité la matière en notre possession et qu’on se dit : « qu’est-ce qu’on fait avec ça ?», alors là, on devient juste et ça devient émouvant pour elle, pour moi et pour le film.
C. : Il y a deux verbes qui ne s’appliquent pas qu’au montage mais qui correspondent à cette idée : choisir et renoncer.
J.L. : Oui. Mais on peut aller plus loin. C’est d’ailleurs le sujet du film que je ferai après sans doute. J’ai beaucoup parlé des problématiques familiales et maintenant, je commence à avoir un petit peu envie de parler de l’amour. C’est ça que j’ai appris avec le montage et avec le cinéma : aimer, c’est choisir. Choisir, c’est renoncer. Mais c’est aussi dans ce renoncement que quelque chose apparaît. Ça vaut pour le cinéma mais pour la vie aussi.
En faisant Elève libre, il y a une idée à laquelle je pense beaucoup : c’est la distinction entre la jouissance, le plaisir et le désir. Aujourd’hui, on mélange plaisir et pulsion. Manger du pop-corn tout de suite, ce n’est pas du plaisir mais de la jouissance, de la pulsion. Pour moi, la jouissance, c’est quelque chose qui est court, qui s’arrête, qui se vit et qui se fait seul. C’est assez triste en soi. Le plaisir, ça se partage, ça se fait ensemble et ça peut durer. Voilà, le cinéma peut être un vrai outil de plaisir à partager ensemble. Là, j’espère que je suis en train de faire un film qui va permettre ça. En tout cas, le tournage était plutôt tranquille mais peut-être que le montage sera très éprouvant et tendu.
C. : Transmission et transgression commencent par les mêmes lettres mais s’opposent. Ce film parle de tabous, d’abus. As-tu senti que des idées de vie et de cinéma se rejoignaient avant de te lancer comme pour tes films précédents ?
J.L. : Effectivement, je vois des choses qui se passent dans la vie et je me dis : « est-ce que ça ne ferait pas un sujet de film, est-ce que ça ne servirait pas à proposer une réflexion au spectateur ? ». Quand je sens que quelque chose me touche et a touché quelques personnes autour de moi, je me dis : « tiens, ça nous parle intimement ». Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce film, c’est que je trouvais que le rapport qu’on a eu à la question de l’abus dans l’affaire Dutroux a débouché sur une réflexion un peu simpliste sur l’abus. Des abus, il y en a partout, tous les jours. Il y a des gens abusés qui n’osent pas dire non, mais on ne parle pas d’eux.
J’espère qu'Elève libre sera bien perçu comme un film sur la transmission et l’éducation. Le prétendu éducateur de Jonas est un homme qui n’aime pas la transmission mais qui aime le pouvoir. Il va jouir du pouvoir qu’il a sur l’adolescent mais est-ce que cet adolescent est simplement une victime ?

C. : Est-ce que tu a pris des précautions particulières à l’égard de Jonas ?
J.L. : Ici, en l’occurrence, on est tellement dans un film qui parle des limites de l’éducation et de la transmission que je me vois mal faire faire des choses qu’on ne fait pas faire à un adolescent de 15 ans sans être bienveillant, adulte et lucide. Je dois essayer d’avoir une hyper lucidité avec lui et avec l’équipe pour que ça ne déborde pas. C’est très agréable de mettre des limites, de constater qu’il y a une distinction entre la fiction et la réalité et de voir qu’il s’en sort bien. Pour un tas de raisons, ça me fait plaisir de voir qu’il a pu jouer cette fiction-là et que ça ne l’a pas troublé.
C. : Tu essayes de t’entourer de gens que tu connais mais il y a d’autres comédiens dans Elève libre avec lesquels tu n’as jamais travaillé. Tu peux nous parler notamment du choix de Jonathan Zaccaï ?
J.L. : À chaque fois, ce sont des aventures. Je cherchais quelqu’un de multiple pour jouer le rôle de l’adulte dans Elève libre. Je voulais quelqu’un qui soit séduisant et, en même temps, qui ne le soit pas. Je trouvais que Jonathan pouvait jouer ça en sachant très bien que lorsqu'il allait arriver sur le plateau, pendant la préparation, j’allais lui demander d’être un ogre, d’être donc un peu moins charmant que ce qu’il est d’habitude. Ça n’a pas été simple pour lui, et ça continue à ne pas l’être. Mais franchement, le personnage qu’on fait vivre là est le personnage le plus complexe que j'ai jamais traité au cinéma. On verra ce que ça donne, mais c’est d’une complexité incroyable. Jonathan s’est montré assez généreux. Il était dans la réflexion de ce qui allait se passer, la façon dont il fallait aborder ce personnage. C’est très bénéfique parce qu’aujourd’hui, au moins, on ne se mord pas les doigts : on n’a pas été trop loin. Je pense qu’on a été subtils.
C. : Vous avez mis des limites…
J.L. : Oui, voilà. Il y a une petite phrase au début du scénario que je vais remettre dans le film : « À nos limites ». Je pense qu’elle va encore mieux à Elève libre qu’au précédent. En fait, c’est un film sur lequel on a tous tout le temps été en train de se demander : « est-ce qu’on n’a pas dépassé là ? ». J’aime bien cette notion parce que ça fait de nous des gens responsables. Qui,aujourd’hui, se se pose encore cette question : est-ce qu’on ne va pas au-delà de nos limites ?
C. : Vous ne pouvez pas prendre le risque de les dépasser, ces limites ?
J.L. : La fiction le permet. On peut dépasser les limites fantasmatiquement et avec la fiction mais dans la vie, on ne le peut pas. Forcément, dès que tu poses la question des limites en faisant de la fiction, tu dois filmer quelque chose. Donc les questions de savoir comment tu filmes, jusqu’où tu vas et qu’est-ce que tu peux demander aux acteurs sont intégrées. Est-ce que je montre le sexe de Jonas ou pas ? Si je fais un film qui questionne les limites des mœurs et jusqu’où on peut aller dans l’éducation, qu’est-ce que moi, je décide de montrer dans ce film ? Voilà, la fiction permet toutes les réflexions mais on ne peut pas tout filmer, je crois. En l’occurrence, pour ce film-ci, j’ai décidé : tout est hors champ.
C. : Anne Coesens joue également dans le film. Elle a un petit rôle complexe lui aussi parce qu’elle doit se positionner comme la mère de l’adolescent abusé. Vraisemblablement, tu lui as donné l’exemple de Isabelle Huppert dans Nue Propriété pour la guider…
J.L. : Non, je ne lui ai pas donné l’exemple d’Isabelle Huppert mais le personnage de la mère dans Nue Propriété. Lui dire : « joue comme Isabelle Huppert ou sois Isabelle Huppert », ce serait un peu maladroit. Et puis, surtout, elle a son identité qui est tout aussi charmante et tout aussi énigmatique. Anne joue dans sept ou huit séquences le rôle de la mère de l’adolescent. C'est un personnage très important. Je pense qu’on s’est très vite compris avec Anne. Avec ce personnage-là, la question abordée est celle de la culpabilité et de responsabilité.
C. : Une question beaucoup plus théorique. Est-ce que depuis la première interview, il y a trois ou quatre ans, tu as découvert d’autres réalisateurs qui t’impressionnent autant que Maurice Pialat ?
J.L. : C’est vrai que je suis toujours passionné par Pialat, surtout dans son rapport aux acteurs, sa manière d’aborder un sujet et la franchise avec laquelle il va le traiter. Mais je m’intéresse à plein d’autres cinéastes et j’ai vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir. La Palme d’Or de cette année par exemple, j’ai trouvé ça très fort. Mais sinon, je garde les mêmes passions.
La photo me fascine de plus en plus. Mon père est photographe et je pense qu’il m’a transmis quelque chose... D'ailleurs, ma compagne est également photographe. J’ai compris pourquoi on faisait des films et des photos. C’est une façon de garder quelque chose, une trace. On perd tout le temps, on doit l’accepter alors peut-être qu’on fait un peu de cinéma et un peu de photo pour ne pas tout perdre.
C. : Donc, le cinéma et la photo, c’est se battre pour l’éternité.
J.L. : Voilà. C’est essayer de ne pas mourir même si on sait que c’est perdu d’avance. C’est incroyable de revoir Mathias qui jouait dans Folie Privée et qui aujourd’hui est un adolescent. Moi, je me dis : « C’est génial, il existe un film en DVD avec lui : une histoire horrible dans laquelle il fait des blagues. » La preuve que mes parents ont été ensemble et qu’ils se sont aimés, ce sont les photos romantiques que mon père a faites de ma mère. Je ne doute pas de l’amour qu’ils ont pu avoir mais c’est plus dû aux photos qu’au quotidien.
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C. : Pourtant, on dit d’une photo que c’est à la fois un instantané et un cliché. J.L. : Oui… Mais bon, tant que je sens que je vis, je fais des films. C. : Lorsque tu es occupé par un projet, tu es souvent en train de penser déjà au suivant. Tu sais à quoi est due cette obsession de cinéma ? J.L. : Non, c’est possible qu’à un moment, je tournerai un peu moins, mais pour le moment, il y a des choses que j’ai envie de filmer et de partager avec les gens. Il se fait que je trouve que c’est vraiment un métier où on apprend en faisant. Comme un peintre doit s’exercer pour obtenir une bonne peinture, un cinéaste doit tourner pour apprendre son métier. Même si c’est vrai qu’en peu de temps, j’ai fait pas mal de films, j’apprends : je suis à mon premier travelling. Quand on voit l’œuvre des cinéastes que j’apprécie vraiment, ils ont fait 20-30 films. Voilà, on parle d’un cinéaste au sixième, septième film et pas au troisième ou au quatrième. Je me rends compte de plus en plus que ce qui compte dans l’existence, c’est d’être sur le chemin et de chercher : c’est en cherchant et en faisant qu’on trouve. |
Propos recueillis par Katia Bayer et Jean-Michel Vlaeminckx, retranscrits et mis en forme par Katia Bayer.
Egalement disponible sur Cinergie.be :
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Of time and the city
Je suis bien conscient qu’il est aberrant de classer “Of time and the city” de Terrence Davies dans les films gays, bien que dès le début du film, le cinéaste ne fasse pas mystère de son homosexualité, entravée par la bigoterie de son milieu, mais il n’y reviendra plus ensuite; mais il m’ apparaît qu’il ne serait pas plus judicieux de le ranger dans une autre catégorie, tant le film qui ne ressemble à aucun autre, est original.
C’est curieusement plus qu’à d’autres films, à deux livres qu’il me semble le plus proche, au Nantes de Julien Gracq (éditions José Corti) et au Venise de Paul Morand (édition Gallimard). Comme ces ouvrages “Of time and the city” est d’abord un acte d’amour de son réalisateur pour une ville, Liverpool, où il est né, en 1945, et où il a passé sa jeunesse. Terrence Davies a déjà consacré deux beaux films de fiction à “sa” ville (bien qu’aujourd’hui et depuis trente cinq ans il habite Londres, “Distant Voices” et “Still Lives”. Mais ce dernier opus, que ses producteurs nomme documentaire, ce qui me parait bien impropre, même si néanmoins, il nous “document” sur Liverpool et nous donne l’envie d’y aller, ce qui n’est pas un mince mérite, pour une ville qui n’a guère d’ aura touristique, bien qu’elle possède quelques bâtiments aussi admirables que singuliers, est à la fois paradoxalement moins nostalgique et moins directement autobiographique que ses deux films de fiction se déroulant à Liverpool.
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Je m’ hasarderais à écrire que “Of time and the city” est avant tout un poème visuel. Les images viennent à 80 % des images d’archives, principalement en noir et blanc, souvent issues d’une télévision régionale, tournées de l’immédiat après-guerre au début des années 70. Le restant a été tourné en couleur de nos jours par Terrence Davies. Ces séquences d’origines diverses sont montées avec une dextérité confondante selon les sensations, les souvenirs, les émotions du cinéaste. Elles défilent à un rythme variable sur un texte dit par Terrence Davies lui même. Ce texte qui alterne avec silence et musique n’illustre pas l’image, ni ne la commente, il la transcende. Ce texte sublime mêle si intimement la prose élégante et parfois cruelle de Davies avec ses propres poèmes ou avec des citations ou encore avec des vers de T.S. Eliot qu’il est difficile dans le flot des mots scandés par la voix légèrement enrouée du réalisateur de savoir quelle est la provenance de ce que l’on entend; ce n’est plus qu’un beau fleuve lyrique où la colère n’est pas absente; colère contre les exploiteurs du peuple et notamment contre la famille royale d’Angleterre qui n’est composée, aux yeux de Terrence Davies que de parasites.
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L’ élégie du “commentaire” est parfois interrompue par de courtes réflexions proférées par des femmes qui confessent la dureté du quotidien de leur jeunesse. Le Liverpool du cinéaste est celui des pauvres gens, de la mère de famille qui au petit matin allume le poêle et y réchauffe ses mains, usées par les lessives, aux doigts gourds; l’enfant aura moins froid lorsqu’il sortira de son humble lit.
La démarche de Terrence Davies s’inscrit aussi dans la lignée de la grande photographie sociale anglaise des John Davies ou Paul Graham.
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Il ne faut pas cacher que le film, pour un non anglophone et anglophile est d’un accès un peu difficile. Il faut un certain temps pour s’habituer aux scansions poétiques proférées par la voix off. Et de bonnes connaissances de la vie anglaises et de l’oeuvre du réalisateur augmentent grandement le plaisir que l’on peut prendre à la découverte de ce joyau rugueux. Heureusement sur le dvd, édité par “Jour de fête” le film est accompagné d’un making of aussi pédagogique que chaleureux composé essentiellement des interviews croisées des deux producteurs et du cinéaste. En 40 minutes, on apprend tout des intentions des uns et des autres, de la genèse ardue du film et surtout Terrence Davies ne laisse rien dans l’ombre, ni sa façon de travailler, ni ses sources, ni surtout le sous texte et les raisons de l’oeuvre. Ce chef d’oeuvre mérite quelques efforts du spectateur qui en sera largement récompensé.





































































