09 février 2010
Wrecked

USA, 2009, 73 mn
Réalisation: Harry & Bernard Schumanski, scénario: Harry & Bernard Schumanski image: Stephan Jones, montage: Bernard Schumanski
avec: Theo Montgomery, Forth Richards (Ryan), Benji Crisnis (Daniel), Jake Casey, Womack Daryl, Peter Petersen, Beatrice Carina, Heidi Blissenbach, Garett Dragovitz
Résumé
Wrecked a pour sujet la descente aux enfers causé par la drogue et le sexe, le sexe considéré comme une drogue, de Ryan (Forth Richards), un adolescent gay de 18 ans qui essaye de devenir acteur et de mettre sa vie sur la bonne voie. Mais ce désir est rapidement supplanté par le retour soudain de son ex, Daniel (Benji Crisnis ). Ce dernier demande à Ryan un endroit pour rester en lui promettant une vie normale et une relation amoureuse stable. Ryan sait que Daniel est incorrigible et que ce garçon est mauvais pour lui, pourtant il l'accueille, par faiblesse, par attirance physique incontrolable? Mais la toxicomanie de Daniel et sa soif inextinguible de sexe sapent tout espoir de normalité pour Ryan. Daniel entraine le garçon dans sa spirale de sexe et de drogue.
L'avis de Bernard Alapetite
La première chose qui me paraît important de dire est que Wrecked est l'un des films les plus économiques, un des plus faibles budgets que l'on peut voir. C'est aussi l'un des films les plus sexuellement explicites que le cinéma américain nous ait montré.
Le film multiplie les séquences très justes comme celle où l'on voit Ryan tenté d'obtenir un rôle lors d'une audition de la pure ethnologie sur la tribu du cinéma indépendant, idem pour toutes les scènes de répétition. J'adore le personnage de l'assistante du metteur en scène, quasi muet et qui pourtant parvient à exister très fort à l'écran.

Une de mes premières surprises devant ce film a été de voir apparaître des dollars alors que j'étais persuadé que ce que je voyais, se passait en Europe et plus particulièrement en Angleterre tant la forme de Wrecked est plus proche du cinéma indépendant européen que de son homologue américain.
Wrecked a été tourné par une caméras de poche qui suit les personnages (souvent fort attrayants) dans leurs moindres gestes d'où aussi, malheureusement la fréquente instabilité de l'image.

Je suppute, après une petite enquête que tous les acteurs du film, d'ailleurs tous excellents, ont utilisé des pseudonymes. Ceci peut être pour ne pas gêner leurs futures carrières ou vis à vis de leurs familles en raison des scènes de sexe on ne peut plus crues. Sont-elles simulées? (se demande le voyeur libidineux et quasi professionnel que je suis). Nous voyons quatre des acteurs complètement nus. Chacun se donne beaucoup de mal pour que ses partenaires ait une érection (que nous voyons). Mais il ne faudrait pas croire que Wrecked est un porno. Les scènes de sexe, ici ne sont pas tournées pour exciter le chaland. Leur grand intérêt est que leurs contenus sexuels explicites, construisent les personnage, fondent leurs l'actions et ancrent d'avantage l'histoire et les personnages dans la réalité. Wrecked a plus besoin de cela, étant une pure fiction, que par exemple « Shortbus » avec lequel il a bien des similitudes car shortbus a (en partie) des gens de la vie réelle comme acteur.

La force de Wrecked est que l'on entre immédiatement en empathie avec Ryan. Son très agréable physique n'est sans doute pas pour rien dans l'affaire. On a envie de crier à ce pauvre garçon de laisser tomber Daniel qui ruine sa vie. Pendant la journée, Ryan travaille en tant qu'acteur mais bientôt il commence à avoir des difficultés avec son rôle du fait de ses inquiétudes quant à la sincérité de son amant, qui, pendant ce temps là, est continuellement à la recherche de nouvelles drogues ou d'argent pour en acheter ou de sexe. Daniel est immergé toujours plus dans son monde de drogue lui fait croire que tout va bien. Quand les deux garçons sont ensemble, on a le sentiment que le sexe est l'arme qu'utilise le couple pour s'éviter d'aborder les véritables questions auxquelles ils devraient faire face. La meilleure partie du film est celle qui décrit le quotidien de la relation tumultueuse entre les deux garçons.

La production a des faiblesses techniques multiples. Par exemple, On voit une fenêtre dans la maison de Ryan, recouverte d'un drap. Certains dialogues semblent s'évanouir. La pellicule est assez granuleuse. Surtout la script ne devait pas être très vigilante car par exemple, dans une séquence Ryan va au lit torse nu, se réveille tôt avecs un t-shirt, puis sort du lit avec un autre! Les faux raccords lumière sont innombrables. Paradoxalement le film est néanmoins assez bien éclairé. Les réalisateurs jouent sur la lumière et l'intensité des couleurs pour appuyer leur narration. Les scènes dans lesquelles Ryan est seul sont lumineuses et sont dominées par les couleurs vives, alors que lorsque Daniel est à l'écran l'image est à la fois plus sombre et plus granuleuse (Tournées avec une autre caméra?) Et qu'on ne vienne pas me dire que ce genre de bourde a un rapport quelconque avec un petit budget. Il suffit d'ouvrir les yeux au moment du tournage et encore plus à celui du montage. L'argument scénaristique est mince: un parasite vivant au crochet de son hôte le manipule mais après tout le Tartuffe de Molière n'est pas autre chose...

Wrecked est le premier film des frères Schumanski, cinéaste dont je ne sais rien.
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La fin du film, quelque peu en divorce avec le reste, est aussi brusque que puissant qui sans être moralisateur ou didactique, ne se laisse pas oublier même si elle est ratée. Probablement que tout simplement les cinéastes ne savaient pas terminer leur film.
C'est seulement en voyant cette fin malheureuse que je me suis aperçu que le jeune acteur qui interprète Ryan, que tous les amateurs de choupinets devrait adorer, ressemblait beaucoup à Vincent Branchet dans «F est un salaud que Wrecked rappelle dans la dépendance (sexuelle) qu'a Ryan envers Daniel. Cela m'étonnerait beaucoup que les frère Schumanski ignorent F est un salaud.

Le plus gros reproche que je ferais au film est d'être trop court, ce qui est plutôt bon signe. J'aurais aimé suivre un peu plus longtemps le parcours de Ryan. D'autant que quelques minutes de plus auraient permis d'approfondir la psychologie des deux principaux protagonistes, ce qui n'aurait pas été inutile.

Wrecked est un film provocateur et hypnotique qui, comme Shortbus, ose prendre des risques.
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08 février 2010
DOOM GÉNÉRATION



USA, 84 mn, 1994
Réalisation: Gregg Araki, scénario: Gregg Araki, image: Jim Fealy, montage: Gregg Araki & Kate Mcgowan, musique: Dan Gatto
avec: James Duval, Rose McGowan, Johnathon Schaech
Résumé
Tout commence dans une grosse voiture américaine typique, une chevrolet, Jordan (James Duval) et Amy (Rose McGowan) parlent des problèmes de leur génération, la Doom Génération, du sida, du chaumage, de leurs vies sexuelles pas encore épanouies, tous les deux sont encore vierges... Quand soudain un homme ensanglanté est projeté sur le capot de la Chevrolet. Il entre dans la voiture et les supplie de démarrer le plus vite possible. L’homme en sang, vêtu de noir, se nomme Xavier Red (Johnathon Schaech), appelé tout au long du film X. Si Jordan et Amy sont encore puceaux et incertains quant à leur avenir, X lui, a perdu sa virginité depuis longtemps, et sait parfaitement où il va: Nowhere. Très vite une atmosphère étrange, presque malsaine se crèe au travers de ces trois personnages, que l’on croirait sortis d’un livre de Burroughs. Amy n’aime pas Xavier pourtant elle ne peut pas résister à l’attirance qui la guide vers ce beau teenager dont les traits rappellent ceux de Jim Morrison. Après une dispute entre X et Amy, les trois compères décident de se payer de quoi remplir leurs estomacs. Bourrés de drogues et d’alcool, ils entrent dans un night market, prennent ce qu’ils sont venus chercher, quand le vendeur, derrière lequel on remarque une pancarte indiquant un calibre 38 sous l’inscription en lettres rouges: << Ici on n’appelle pas les flics...>>, leur demande 6,66 $! Bien sûr, aucun d’eux n’a de monnaie. Le vendeur excité sort un fusil à pompe, mais X ne lui laisse pas le temps d’exécuter son acte et retourne le fusil contre lui... Commence alors pour les trois anti-héros une cavale éperdue, où chaque pause sera marquée par un incident sanglant

L'avis de Bernard Alapetite
Le premier film hétérosexuel d’Araki, proclamait une publicité pour le film, peut être, mais alors le film hétérosexuel le plus homosexuel du cinéma. Pour le deuxième volet de sa trilogie sur l’adolescence perdue dans le rêve américain, Gregg Araki nous offre un road movies exalté dans lequel errent des personnages sans but et sans avenir.
Dans Doom generation la violence n’est pas gratuite. Elle est vitale pour la survie des personnages, dans une Amérique où l’on achète des armes dans les drugstores. X sait que s’il ne tire pas le premier, le vendeur n’hésitera pas, lui à user de son arme. Araki donne à cette violence un ton décalé en montrant la tête sans corps du vendeur continuant de parler. Il nous dit que la violence de son film réside plus dans le caractère des protagonistes, et dans leur sexualité, que dans les scènes de violence pures, comme chez Oliver Stone, le film par ses moins bons cotés , fait penser à Tueur né. On pense également beaucoup àBonnie and Clyde, même fuite devant leur destin.Doom est hanté par une sexualité infernale. Comment ces trois ados incandescents perdus dans la noirceur de leur quotidien, et la fatalité omniprésente du sida, vont se libérer? La réponse d'Araki est la violence de l’acte sexuel et la crudité des images des corps. Le cinéaste fait du personnage d’Amy Blue la médiatrice par laquelle Jordan et X vont faire passer leur homosexualité. Jamais les deux garçons ne feront l’amour, mais c’est Amy sorte de truchement, qui en passant de l’un à l’autre fait converger leurs sentiments refoulés. La scène finale consacre l’horreur du monde dans lequel Amy, Jordan et Xavier errent: Jordan, l’innocent naif se fait massacrer par de jeunes aryens nazis tandis qu’Amy est violé. L’Amérique fanatique a rattrapé et détruit ce trio et l’onirisme chaotique que les personnages créaient.
Lors d'une interview à la sortie du film Gregg Araki expliquait sa position par rapport à la culture gay (position bien proche de la mienne) <<The Doom Génération est avant tout un film profondément romantique. Mes films en général véhiculent un idéal amoureux et une transcendance... En tant que sujet les adolescents me fascinent, car se sont des êtres frivoles et versatiles, contrairement aux adultes qui, eux sont beaucoup plus subtils et équilibrés et c’est pour cette raison qu’ils sont moins intéressants que les ados puisqu’ils ne vivent pas les drames permanents auxquels la jeunesse est confrontée... Je suis gay, mais je ne corresponds pas aux stéréotypes qui trottent dans la tête de tout un chacun concernant les homos. Je ne suis pas non plus en phase avec la culture dite gay, ni avec cette supposée communauté gay. Gay est un mot lourd de sous-entendus, et toutes ses significations ne correspondent pas nécessairement à mes centres d’intérêts, à ma nature. Mon seul souci, c’est que l’un de mes films précédents, à savoir « The Living End », a été considéré comme l’un des porte-flambeaux du mouvement homo. Je n’ai pas de problème avec le fait d’être gay. Je sais que cela affecte mon travail et ma sensibilité, mais je considère pas que cet état de fait doit être prédominant et déterminant dans tout les rapports que j’entretiens avec la société. C’est juste une partie de moi-même. Ce n’est ni un problème, ni une revendication. >>.
Né en 1963, Araki, les deux G de Gregg viennent de ses parents, a grandi à Santa Barbara, ce qui explique l’ancrage de ses films dans la Californie du sud. Il a travaillé comme critique musical pour L.A. Weekly, d’où l’omniprésence de la musique dans ses films. Si ses films ne sont pas toujours subtiles ses critiques musicale ne l'étaient guère plus. N'a-t-il pas écrit à propos de Leonard Cohen: << S’il est si déprimé, pourquoi ne se tire-t-il donc pas une balle dans la tête.>> Le ton était déjà donné. Gregg Araki se voulait l’emblème du non politiquement correct, du moins jusqu'à Mysterious skin. Il commence sa carrière cinématographique dans le cinéma underground pur et dur par Three Bewildered people in the night, en 1987, film tourné en 16 mm et en noir et blanc pour seulement 5000 $. Ce film devient très vite un classique du cinéma indépendant américain et remporte trois prix à Locarno. Déjà Araki est connu dans l’underground de Los Angeles comme un héritier de Godard aux yeux bridés (comme son nom l'indique il est d'origine asiatique). En 1989 il recommence le même tour de force avec The long week end, sous-titré O Despair, que l’on pourrait traduire par O Désespoir. Le film est entièrement post-synchronisé car il n’avait pas les moyens de payer un ingénieur du son, ni même un perchman! Son premier, comme son deuxième film, sont des non « budget films », entièrement financés par les amis et même par les membres de l’équipe de tournage! Au festival de Sundance il rencontre Jon Jost qui lui donne une caméra et de la pellicule super 16, ce qui lui permet de tourner en son synchrone et en couleur, mais pour à peine 25000 $, « The living end ». Ce film fera fureur dans le milieu underground et il rapporte prés d’un million de dollars une fois gonflé en 35 mm. Avec cet argent Araki se lance dans la réalisation d’une trilogie dont le premier volet est « Totally F..d up » dont le titre en dit long, la traduction en français correct pourrait être: Complètement bousillé. « The doom génération » est le deuxième opus de cette trilogie, sorte de « Tueur né » plus déjanté et moins clippé, filmé par une caméra gay. Nowhere est le dernier maillon de cette vision nihiliste de l’Amérique. Ont suivi deux films plus consensuel (du moins pour Araki) Mysterious skin et smiley face. En 2010 doit sortir Kaboom dont le tournage est terminé et où l'on retrouvera James Duval.

05 février 2010
UN DIMANCHE COMME LES AUTRES, (Sunday, bloody, sunday)


Grande Bretagne, 1971, 110 mn
Réalisation: John Schlesinger, scénario: Penelope Gilliatt et David Sherwin, image:Billy Williams, Montage : Richard Marden, Musique : Ron Geesin
avec: Glenda Jackson, Peter Finch, Murray Head
Résumé
« Un dimanche comme les autres » explore un triangle amoureux durant les dix jours central de cette relation. Daniel Hirch (Peter Finch), médecin londonien fait partie de la communauté juive dont il suit pieusement les rites. Ce quinquagénaire, désormais bien établi, entretient des relations homosexuelles avec Bob Elkin (Murray Head), un jeune sculpteur designer qui réalise des mobiles et des jeux d’eau. Bob est également l’amant d’une divorcée, Alex Greville (Glenda Jackson), qui travaille dans un bureau de placement et accessoirement, garde des enfants pendant le week-end. Un téléphone omni-présent assure la liaison entre ces trois personnages. Daniel et Alex ne se connaissent pas, mais ils n’ignorent pas leur existence respective. Bob un jour cède aux mirages de la réussite et quitte Londres pour les USA.
L'avis de Bernard Alapetite
« Dans un dimanche comme les autres », Il n’y a pas vraiment d’intrigue, juste une exploration délicate et discrète de la vie de trois personnes liées par l’amour qui se superpose à une subtile description de quelques pans de la société anglaise de 1971 Plusieurs scènes du film s'inscrivent dans la grande tradition des documentaristes britanniques. Comme celle de la description de la pharmacie de nuit peuplée de paumés, d’êtres dont la déchéance s’oppose à l’imperturbable dignité des préparateurs séparés d’eux par des comptoirs plus infranchissables que des murailles; Ou encore celle où un prostitué masculin arrête la voiture du docteur bloquée à un feu rouge, la gêne de celui-ci, son geste pour le faire monter quand l’arrivée d’un policeman risque de provoquer un scandale, son soulagement quand il constate que le garçon s’est enfui sans rien exiger. Tout cela ne durent que quelques instants, mais c’est décrit avec une justesse, une précision qui en dit plus long sur la psychologie de Daniel que les longues scènes avec Bob. Cette analyse des milieux que traversent les protagonistes, l’auteur la pousse très loin quand il nous montre la complicité qui s’établit entre le médecin et la demoiselle des abonnés absents. Le téléphone jouant un rôle important dans son récit, il pense qu’il ne doit pas le négliger et il oppose les mécanismes anonyme de l’automatique aux relations humaines qui s’établissent entre l’abonné et celle qui recueille les communications qui lui sont adressées en son absence.

La seule interrogation que l'on se pose est celle de la densité du personnage de Bob, bien interprété par Murray Head qui parait bien falot pour pouvoir inspirer de fortes passions à une femme et un homme qui, eux à l’inverse sont dotés de puissantes personnalités et sont interprétés par des comédiens exceptionnels. Mais notre quotidien est rempli de tels exemples. Le curieux est en fait que cela nous paraisse incongru sur un écran alors que nous croisons, ou sommes acteurs de semblables situations tous les jours.

John Schlesinger s'est expliqué sur la genèse de son film: <<<<L’histoire du film a commencé il y a presque dix ans, au moment où je venais d’achever Billy Liar, Penelope Gilliat m’avait apporté un scénario intéressant, que je n’ai pas retenu à l’époque mais dont les éléments de base m’ont amené beaucoup plus tard, à tourner Sunday bloody sunday. Aussi en 1967 j’ai demandé à Penelope Gilliat de préparer un nouveau script. Je voulais faire un film sur l’amour avec un homme et une femme d’un certain âge ayant des racines dans une société stricte, lui parce qu’il était juif, elle parce que son père était banquier, et se trouvant chacun confronté à un garçon d’une vingtaine d’années, très moderne, sans attaches et psychologiquement disponible... Il était important pour moi que ce garçon rêve d’Amérique... J’ai travaillé en étroite collaboration avec Penelope Gilliat, et nous avons fait ensemble quatre scénarios avant la version définitive. Dès le début, néanmoins nous étions d’accord pour montrer les dix dernières journées d’une crise et pour respecter l’unité de temps et de lieu...

Après le tournage, lorsque nous avons vu le film bout à bout, ça n’allait plus. Le jeu de Glenda était trop fort et celui de Murray trop faible. Etant responsable de ce déséquilibre, j’ai coupé mais ce n’était pas suffisant et j’ai eu l’idée de donner du papier collant à Murray. Avec ce scotch enroulé autour de la main, il créait un objet, il pouvait ainsi montrer ce goût de la manipulation, des gadgets, en accord avec le métier de sculpteur qu’il incarne dans le film... Je suis fatigué de voir des films où les homosexuels sont des hommes malheureux, hystérique et dont le public peut et doit penser qu’ils sont des monstres. Je crois qu’il était temps de montrer sans tricher un fait naturel de la vie...C’est un film optimiste. Alex décide de rester seule, et c’est en définitive un choix. Quand au médecin, il sait que le garçon ne l’accompagnera pas en Italie, mais malgré tout, il apprend l’italien et il fera le voyage. A la fin du film, il s’adresse au spectateur et lui dit en substance: <<Ne me jugez pas, ce n’était pas grand chose.>> et il ajoute: <<Je suis seulement venu pour ma toux.>> cela parce que c’est lui qui est devenu le malade, mais sa maladie n’est pas bien grave. Seuls, nous le sommes tous, l’essentiel est de chercher, de trouver un compromis pour supporter cette condition.>>

Sur un thème qui pourrait être celui d’un vaudeville scabreux, John Schlesinger a réalisé un film dont on admire le tact, l’intelligence et l’acuité psychologique. Jamais ces personnages entre lesquels s’établissent de si curieux rapport n’apparaissent sous un jour ridicule ou méprisable, ils savent que leur aventure est vouée à l’échec, mais du moins acceptent-ils avec lucidité et dignité le compromis qu’elle leur impose, <<Tout est préférable à l’absence d’amour>>, dit l’un d’eux. C’est en ce sens que John Schlesinger a raison d’affirmer que Sunday, bloody sunday est un film optimiste.>>

Peut-être plus que l’amour, le sujet profond du film est la solitude, la solitude des dimanches anglais d’alors. Bob, lui est à l’âge (Murray Head parait un peu trop agé pour incarner la légèreté de la jeunesse), d’être hors dimanche. Pour lui cette solitude est une fête. Il est la disponibilité même allant de Daniel à Alex, sans mensonge en donnant ce qu’il appelle l’amour, il donne ce qu’il peu donner, bien trop peu, par rapport à ce que Daniel et Alex espèrent...
Schlesinger nous fait savoir que pour lui la jeunesse n’est pas pour les ainés, une génération supplémentaire, mais une nouvelle race. Que la ductilité morale des moeurs n’est pas un prolongement des évolutions d’hier, mais comme le surgissement d’une société inimaginé, inimaginable.
Ce beau film a eu aussi le mérite d’engendrer un des plus beaux textes et des plus bouleversants qu’ait écrit Jean-Louis Bory sur le cinéma: <<Je ne connais pas de film plus civilisé que celui-là. On y voit illustrées, sans la moindre trace de rhétorique humanitaire ou de plaidoyer larmoyant, des valeurs aussi mortellement menacées aujourd’hui que la lucidité à l’égard de soi et des autres, le gout de la liberté individuelle et le respect pour celle des autres. Il nous faut bien recourir au vocabulaire le plus vilipendé qui soit aujourd’hui: tolérance et, ô horreur! libéralisme. Un dimanche comme les autres offre le visage mélancolique et désespéré de la plus mortelle des civilisations mortelle -elle est même moribonde: une civilisation qui, sur le plan des rapports humains, se veut profondément libérale. Au détour d’une séquence, une petite phrase nous frappe: <<The important is not to pretend>>; l’important, c’est de ne pas faire semblant, se donner des airs, se dorer la pilule. L’important murmure Schlesinger derrière chacune de ses images, c’est de ne pas se farder les apparences. Voir clair, si désanchantant que puisse se révéler le spectacle... Tous trois sont beaucoup trp civilisés pour que la violence du drame impose la vulgarité d’un éclat malséant. Lucidité, respect de l’autre et de sa liberté jouent à plein. Savoir reconnaitre des limite à la possession qu’on voudrait avoir de l’être qu’on aime. Se contenté du peu qu’on obtient quand on ne peut tout obtenir: c’est là tout le mal d’aimer et la preuve même de l’amour. Not to pretend. Mais qu’elle dignité cela exige! Que d’héroisme secret... Et qu’elle solitude cela entraîne... Film admirable: déchirant et paisible. La musique de Mozart en souligne la miraculeuse délicatesse. Schlesinger a le don du détail juste, de la nuance subtile. Son coup de génie ici, c’est d’avoir concrétisé la solitude. Personnage à la fois humain et mécanique, à l’instar de notre civilisation. C’est le téléphone, le service des abonnés absents... Schlesinger nous raconte-t-il un naufrage, Non. Ce n’est pas que l’espoir soit bien grand pour la Grande Bretagne de redevenir une des premières puissances du monde et pour Elle et Lui de revoir l’Autre. Mais quand on s’enfonce debout, même s’il s’agit d’un enlisement à la petite semaine dans une grisaille dominicale, quand on se désenchante (not to pretend) avec une dignité si exemplaire (toute souffrance seulement révélée par une lumière tremblée dans l’oeil, au-dessus d’une bouche qui sourit, mais entre deux rides), il ne peut être question de naufrage.>> (Jean-Louis Bory Le Nouvel Observateur, 1971)

Il est malheureusement trop rare d’entendre un homme nous parler de lui même et de ses souffrances, nous parler si bien de la vie, de sa vie, de l’amour... par le truchement d’une modeste chronique cinématographique.
02 février 2010
Conrad Boys

USA, 2006, 1h 34mn
Réalisation: Justin Lo, scénario: Justin Lo, image: Oktai Ortabasi, montage: Justin Lo, musique: Chelsea Lo
Avec: Justin Lo, Boo Boo Stewart, Katelyn Ann Clark, Nick Bartzen, Barry Shay, Nancy Hancock
Résumé
Dans une banlieue californienne, Charlie, 19 ans, et son jeune frère Ben mènent une vie paisible avec leur mère, mais cette dernière meurt subitement. Leur père alcoolique a abandonné sa famille il y a six ans. Après la mort de leur mère, Charlie (Justin Lo), alors qu'il devait intégrer la prestigieuse université de Columbia, décide de subvenir aux besoins de son petit frère Ben (Boo Boo Stewart). En proie à une culpabilité obsédante, s' infligeant une sorte de repli sur lui-même, Charlie prend la responsabilité d'élever seul Ben. Il essaie d'être à la fois la mère et le père de son frère. Pourtant, Charlie soupire secrètement sur la liberté perdue, et le sacrifice de ses études. C'est alors que Charlie croise la route de Jordan (Nick Bartzen) , un beau jeune homme charismatique et inquiétant, dont il tombe amoureux. Leur relation s'intensifie jusqu'au jour où le père de Charlie (Barry Shay) réapparait. Entre son petit frère et le grand amour, Charlie devra choisir pour, finalement, se construire.
L'avis de Bernard Alapetite
Conrad Boys est bien joué (une mention particulière pour Boo Boo Stewart le jeune acteur qui interprète Ben et qui paradoxalement à la filmographie la plus fournie) , bien filmé, l'image est lumineuse et toujours bien éclairée. Les cadrage sont soignés Le scénario est un peu trop gentil mais les personnages sont un peu plus dense et moins attendus que dans la plupart des films gays américains et si l'on est surpris de leurs décisions, ils restent cohérent. Le film ne manque pas d'émotion et quelques touches d'humour viennent alléger ce mélodrame. Les acteurs principaux sont attachants. Justin Lo a beaucoup de charme et sa beauté eurasienne change agréablement du beau gosse américain standard. Le personnage qu'il joue et qu'il a écrit, est intriguant. Son homosexualité semble aller de soi pour les autres comme pour lui même, bien qu'il n'ait jamais eu de rapports sexuels avec un autre garçon. Même si la sexualité de Charlie Conrad ,et sa liaison avec Jordan sont au cœur du film, Lo traite la question de l'homosexualité avec subtilité, réserve et délicatesse. Le mot "gay" n'est jamais prononcé... Justin Lo s'est exprimé sur la place de l'homosexualité dans son film: << Il était important pour moi de représenter la sexualité de Charlie sans quelle soit un problème dans sa vie. Lorsque vous regardez le film, vous vous rendez compte qu'il ne s'agit pas de l'homosexualité en soi. Sa sexualité n'est pas présenté comme un obstacle. Les conflits dans le film proviennent de sa situation familiale unique, et non de sa relation avec son petit ami.>>.

Jordan est également un personnage complexe. Lorsque nous le rencontrons pour la première, nous sentons une attraction immédiate entre Charlie et Jordan, mais il y a aussi la possibilité que Jordan soit un escroc et voit en Charlie pour une proie facile. C'est peut être aussi un mélange des deux? En fin de compte, les véritables intentions de Jordan sont laissées à l'interprétation de chaque spectateur. Ce doute donne de l'ampleur au film.

L'histoire est assez bien menée même si la mise en place est un peu longuette et qu' au milieu du film cela manque un peu de rythme, mais on est pris par les sentiments des personnages.
Ce qui renforce l'attention sur Conrad Boys est que le réalisateur, qui avait 24 ans au moment du tournage, en est aussi le scénariste et surtout l'acteur principal, rôle dont il se tire très bien.


Justin Lo s'est confié au site AfterElton.com sur l'aventure du tournage de « Conrad boys »: << l'écriture a toujours été ma passion. L'écriture de scénario a été pour moi le meilleur moment sur ce projet. J'ai aussi été surpris de m'apercevoir combien j'ai apprécié le processus du montage. Dans les écoles de cinéma, ils vous apprennent que le film se fait en trois étapes: à l'écriture, au tournage, et au montage. Ce fut une expérience unique d'avoir un contrôle sur chacune de ces trois phases. La charge était parfois écrasante, mais finalement très enrichissante.>>

Lorsqu'un journaliste a demandé a Justin Lo quel est le cinéaste qu'il préfère, voici ce qu'il a répondu: « J'ai été un passionné de cinéma alors que j' était encore un petit gosse. J'ai tellement de réalisateurs et acteurs que j'aime qu'ils sont trop nombreux pour être cités. Je fais partie de ces gens fous qui font des listes de leurs films et de leurs acteurs préférés au lieu de vraiment faire quelque chose de productif. Mais si je devais choisir un favori, je dois dire que le nom de Paul Thomas Anderson s'impose, en particulier pour Magnolia et Boogie Nights. Mon influence principale pour « Conrad Boys », a été You Can Count on Me de Kenneth Lonergan, qui est également un dramaturge fantastique. J'ai été très inspirée par la façon dont il a réussi a faire une telle histoire qui soit à la fois poignante, simple et étonnamment nuancée ». A ces inspiration cinématographiques on peut ajouter celles littéraires de Jack Kerouac et de Walt Whitman sans risquer de se tromper.

Lo est diplômé en anthropologie d' UCLA. Il a ensuite fréquenté l'USC et obtenu une maîtrise en écriture.
Le film est édité en dvd pour la France par Optimale. L'image est belle mais comme presque toujours chez cet éditeur, il n'y a comme tout supplément que la bande annonce.

A ce jour Conrad Boys est le seul film de Justin Lo, espérons qu'il y en aura d'autres car dans la modestie de ses moyens et de son ambition celui-ci est prometteur.

31 janvier 2010
Shank (mise à jour)

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2009, Grande-Bretagne, 89 mn
Réalisateur : Simon Pearce, scénario: Simon Pearce, Darren Flaxtone & Christian Martin, image: Simon Pearce, musique: Barnaby Taylor, montage: Darren Flaxtone
avec: Wayne Virgo (Cal), Tom Bott (Jonno), Alice Payne (Nessa), Marc Laurent (Olivier), Garry Summers (Scott), Bernie Hodges (Will), Christian Martin (David), Louise Fearnside (Dayna), Oliver Park



Résumé
Bristol, 2009, sa drogue, ses gangs et ses ados mignons et à l’ouest (pas seulement géographiquement) bien connus des fervents de la série “Skin”. Cal (Wayne Virgo), 18 ans, mignon genre lascar mélangé, est membre d’un gang qui à l’occasion casse du pédé. Mais Cal a un gros secret, non seulement il se mitonne des plans cul avec des amants de passage via le net, mais surtout il est secrètement amoureux du joli dur du gang, Jonno (Tom Bott que l’on pourrait croire sorti d’un film de Bruno Dumont). Ce dernier est totalement sous la coupe de Nessa, une virago qui hait les “sissis”. Un jour, alors que la petite bande tuait le temps en taguant une palissade (tout du long du film les amateurs de street art sont gâtés) passe une jeune et gracile follasse revenant de son shopping. Le gang se rue sur cette offense à la virilité. Jonno roue de coups le mignon. Mais bientôt Cal s’interpose pour protéger le garçon à la stupeur de ses potes. Le voilà désormais tricard pour le gang, poursuivi par la haine de Nessa... Le dit mignon s’appelle Olivier, jeune français, il est venu à Bristol parfaire sa connaissance de la civilisation britannique. On a vite compris que Cal ne va pas rester longtemps insensible au charme d’Olivier. Pour corser l’affaire, Olivier a un prof gay, Scott (Garry Summers) qui n’est peut être pas non plus sans vouloir du bien au jeune français. Ce prof a été tabassé par Cal à la fin d’un plan cul qui a mal tourné...

L’avis de Bernard Alapetite
“Shank” est d’abord le portrait d’un adolescent, Cal, et montre à quel point il est difficile pour un jeune de se réconcilier avec sa sexualité, quand tout autour de lui, lui oblige à croire que ses sentiments naturels ne sont pas naturels.
L'histoire d'amour atypique se tisse entre Cal et Olivier est tendre et étonnamment douce, au milieu des dangers et de la violence qui entourent les deux garçons...

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Souvenez vous Bristol est aussi la ville où se déroule la série “Skin”. En y allant je ne m’étais pas aperçu que cette jolie ville, dont le décor est bien utilisé par le réalisateur, était la patrie d’aussi jolis garçons se livrant à autant de turpitudes... Je crois que je vais repasser par là sans trop tarder.
Je ne serais pas surpris que Simon Pearce soit un grand fan de la série “Skin” et aussi des films de Gregg Araki. Il est certain également que Pearce a eu l’ambition, pas complètement réussie, en raison des lourdeurs de son scénario, de faire le “Beautiful Thing” des années 2000. Mais il n’en est pas si loin. “Shank” ouvre la voie à un nouveau cinéma gay hyper réaliste et contemporain, qui n’hésite pas à passer du romantisme à une violence à fleur de peau. Le film prend une résonance tout à fait différente quant à sa crédibilité lorsque on apprend que la majorité du récit a été nourri par des événements réels qui ont eu lieu au Royaume Uni.

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Pearce, tout en renouvelant le cinéma gay, réussit à se mettre dans la droite ligne de toute une tradition, excellente, du cinéma britannique. Comme dans “Beautiful thing”, il explore des milieux qui sont rarement visités par le cinéma gay mais dont le cinéma anglais avec Mike Leigh et Stephen Frear avec son My beautiful laundrette s’est fait depuis longtemps le meilleur anthropologue.

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Sociologiquement le film est très novateur d’abord il dépeint un milieu très peu visité dans le cinéma gay, et même dans le cinéma “main street”, les gangs, mais surtout il illustre très justement l’intrusion et la conséquence de média récents, comme le net et le téléphone portable dans le quotidien.

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Moralement, il me parait dans sa fin, qui malgré sa virtuosité n’est pas complètement convaincante, la dernière demi heure est plus faible, très discutable. “Shank” suggère quelque chose qui m’a un peu déconcerté car le film nous fait croire que même les pires d'entre nous méritent une deuxième chance...

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La construction du scénario de “Shank” est complexe avec sa mise en abîme des écrans des téléphones portables, des ordinateurs dans le grand écran. Elle joue également sur le temps, le dilatant parfois ou du moins utilisant le temps réel, qui n’est presque jamais le temps du cinéma, par exemple dans la scène de sexe entre Cal et Olivier. A ce propos le cinéaste réussit, au milieu des chauds ébats amoureux entre Cal et Olivier, à placer très discrètement et habilement la mise du préservatif (ce qui est aussi louable que rare; ce que pour ma part je n’avais pas réussi à faire dans “Comme un frère” ce qui me fut reproché.). A contrario, le scénario contient également de nombreuses ellipses.

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Dans plusieurs courtes séquences, Pearce utilise une figure de style habile (elle me semble assez nouvelle, ne me venant pas à l’esprit un autre exemple dans le cinéma, sinon un peu dans “Parle avec elle” d’Almodovar, mais est proche de l’apparté du théâtre.), Scott s’adresse à un personnage muet que l’on ne voit pas. Le cinéaste se sert du champ mais occulte le contre champ qu’il ne montre jamais. Nous découvrirons ce dernier qu’à la toute fin du film ce qui construira énormément le personnage de Scott.
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C’est justement dans la construction des personnages que le scénario est léger, ce qui est partiellement masqué par l’excellence et l’engagement des comédiens. Mais par exemple nous ne savons pas ce qui a amené Olivier en Angleterre, ni quel est l’origine des membres du gang qui semblent être nés de lui. On peut s’étonner aussi de l’aisance financière d’Olivier et encore plus de celle de Cal. Mis a part Scott, les autres personnages ne sont pas situés socialement.

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La musique, du compositeur britannique Barnaby Taylor, qui empreinte aussi bien au hip-hop qu’au rap ce qui est conforme sociologiquement au groupe que l’on voit se mouvoir sur l’écran. Mais plus original elle utilise aussi par des solos de piano et de guitare qui sont autant de ponctuations à des moments clés et les soulignent magnifiquement. Ils aident à amener l’ histoire du personnage principal à son plus haut niveau émotionnel.

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Ce qu’il y a de bien dans le cinéma anglais c’est que les acteurs sont toujours parfaits, et cela dès leur premier film. “Shang” ne déroge pas à la règle, même le jeune français, qui en fait est belge, se tire très bien de son personnage un tantinet caricatural; il doit y avoir un phénomène d’osmose! En outre, dans “Shank”, les trois principaux protagonistes sont, chacun dans leur genre, très appétissants...
Qui sont-il? Tom Bott (Jonno) est né dans le Surrey et vit à Londres. Il est apparu dans plusieurs productions de théâtre et de télévision au cours de sa carrière d'acteur. Shank est son premier rôle dans un long métrage.

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Wayne Virgo est un récent diplômé de l'Académie Western South of Dramatic Arts (SWADA). C'est un natif de la banlieue de Bristol. Il a joué à domicile, comme Alice Payne (Nessa) . “Shank” est son premier rôle professionnel. Depuis “Shank”, Wayne Vigo a tourné un autre film, cette fois par les scénaristes de “Shank”, Christian Marin et Darren Flaxtone, dans lequel l’on retrouve Simon Pearce faisant l’acteur. On peut ajouter que Darren Flaxtone est le monteur des deux films et que Pearce ne laisse à personne d’autre le soin de signer l’image de son film. L’étonnante polyvalence de ce groupe n’est sans doute pas pour rien dans la qualité de Shank. On peut noter aussi que Marc Laurent qui est né en Belgique et qui a étudié le théâtre avant de venir au Royaume Uni pour apprendre l'anglais et étudier l'art dramatique à la South West Academy of Dramatic Arts (SWADA), vient donc de la même école que Wayne Virgo. Shank est sa première expérience dans un long métrage. Pour insister sur l’homogénéité dans la différence de l’équipe du film Bernie Hodges qui joue le rôle de Will est professeur dans cette même SWADA et a aidé Pearce dans sa direction des acteurs.
Le filmage fait preuve d’une étonnante maturité quand on connaît l’âge du réalisateur. Beau plans, caméra bien posée qui parfois fait place à une judicieuse utilisation de la caméra portée. Le montage très nerveux dynamise le film.

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La grande scène de sexe du film entre Cal et Olivier est certainement ce que l’on peut voir de mieux dans le domaine dans le cinéma gay non pornographique. Je me suis amusé à faire une sorte de roman photo de la scène qui en dit, je crois beaucoup plus qu'un long discours.










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C’est paradoxalement son excellence qui m’amène à plusieurs réflexions et qui met en exergue la difficulté de filmer une scène de sexe vraiment réaliste. Le fait de simuler l’acte de pénétration, sinon on est dans le pornographique selon les critères de l’exploitation des films, oblige à des positions des partenaires souvent à la limite du crédible, même si, cela semble être le cas ici, les acteurs font preuve d’aucune inhibition. Pour des problèmes de censure il est quasiment impossible de montrer un sexe en érection (les exemples dans le cinéma non pornographique sont extrêmement rares; les seuls exemples qui me viennent à l’esprit sont une vision fugitive dans “Le temps qui reste” de François Ozon et beaucoup plus évidente dans “Le pornographe” de Bertrand Bonello; il doit en avoir d’autres mais je laisse le soin de nous les indiquer aux sagaces lecteurs qui j’espère ne manqueront pas de le faire.). Avec de telles contraintes le cinéaste se pose toujours la question de la nécessité de montrer des scènes de sexe à l’écran. Il devrait se poser la question suivante: Ne vaudrait-il pas mieux les remplacer par des scènes de tendresse. Ce que réussit aussi très bien Pearce qui réussit à mêler le hard avec le romantisme. Ce qui est rarissime au cinéma et particulièrement dans le cinéma gay dans lequel les gestes de tendresse semblent bannis.

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Le film n’a pas été sans déranger dans son pays alors qu’il a été sélectionné dans une trentaine de festivals gay et lesbien de par le monde, la BFI, organisateur d’un des plus grands festivals gays, celui de Londres, a refusé de le sélectionné, ce qui a provoqué un tollé.

Pour son premier film, Simon Pearce (mais on peut penser que plus que jamais, même si c’est toujours plus ou moins le cas au cinéma, ce film est autant celui d’une équipe que d’un seul homme), qui lorsqu’il a tourné “Shank” n’était âgé que de 21 ans, soit à peu près l’âge de ses héros, a frappé très fort même s’il n’a pas évité tous les écueils du premier film comme de surcharger son scénario et le doté d’une fin peu crédible mais réconfortante. Il réussit néanmoins à renouveler le film gay se défiant de l’obligé coming-out et autres conventions du genre en ancrant son intrigue dans l’univers des gangs. Le sexe y est explicite, la violence est déchirante, et la qualité d’interprétation des jeunes acteurs est tout à fait impressionnante.

Le DVD
Shank est édité en France par Optimale qui comme à son habitude en fait le minimum question bonus. Il y a bien un macking of très bien fait où l’on découvre que le réalisateur est un gamin qui en outre a les plus belles oreilles du royaume uni mais qui réussi a être très informatif tout en étant léger grâce notamment à un remarquable montage. Le seul problème c’est qu’Optimale n’a pas jugé bon de le sous titrer! Et comme toujours chez cet éditeur on est obligé de passer par les bandes annonces d’autres films du catalogue pour parvenir au menu principal à l’habillage indigent. La qualité de l’image est correcte.
















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720x400 697MB 88min
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28 janvier 2010
J’ai tué ma mère (mise à jour)

Canada, 2009, 1h 50
Réalisation: Xavier Dolan, scénario: Xavier Dolan, directeur de la photographie: Stéphanie Anne Weber Biron et Nicolas Canniccioni, musique: Nicholas Savard-L'Herbier
Avec: Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Niels Schneider, Patricia Tulasne, Monique Spaziani, Pierre Chagnon, Niels Schneider
![[Critique] J'ai tué ma mère: Xavier Dolan a l'étoffe d'un grand cinéaste [Critique] J'ai tué ma mère: Xavier Dolan a l'étoffe d'un grand cinéaste](http://lebuzz.info/wp-content/uploads/2009/06/critique-film-j-ai-tue-ma-mere-xavier-dolan-texte.jpg)
Résumé
Hubert (Xavier Dolan), un jeune gay de 16 ans du coté de Montréal, n'aime pas sa mère ( Anne Dorval ). Il la juge avec mépris, ne voit que ses défaut, alors qu'elle se sacrifie pour lui et l'aime de tout son coeur mais maladroitement. Ce qui ne l'empêche pas d'être manipulatrice cherchant à culpabiliser son fils qui est parfois une parfaite tête à claque. Hubert est rendu Confus par cette relation qui l'obsède de plus en plus. Il est nostalgique d'une enfance heureuse, et cherche, également maladroitement, à reconquérir sa mère, jaloux de la relation qu'entretient son amant, Antonin (François Arnaud), avec la sienne. Il est concomitamment troublé par Julie (Suzanne Clément), une enseignante qui ressent une attirance pour lui. Chaque initiative d'Hubert ou de sa mère pour se montrer leur amour ne fait que confirmer l'existence du gouffre qui les sépare. Hubert est une adolescent à la fois marginal et typique : découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme...

L’avis de Bernard Alapetite:
On peut situer "J'ai tué ma mère auquel on peut juxtaposer bien des qualicatifs comme dérangeant, drôle, impitoyable, cruel , cruet j'en oublie beaucoup, premier film d’un cinéaste de 20 ans, Xavier Dolan , entre “Crazy” et “Tarnation” tout en étant bien supérieur à ces deux films. La première chose qui s’impose aux spectateurs est la parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique du jeune réalisateur qui est en plus le formidable acteur principal de son film. Cette qualité est d'autant plus méritoire que Dolan n' bénéficié que d'un étroit budjet de 800 OOO $ dont 175 000 de sa poche pour tourner son film. On peut juste reprocher au scénario, également de Dolan, quelque répétitions; la coupure de ces redite allégerait le film et renforcerait encore son impact. Il faut signaler que pour toutes personnes sensibles certaines scènes mettent très mal à l'aise.
Il faut saluer la maestria avec laquelle le cinéaste et son chef opérateur réussissent à dynamiser les scènes d’affrontement entre la mère et le fils, par de fréquents changements d’angle et même par l’intrusion d’effets spéciaux presque tous convaincants.

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Les dialogues sont si justes que l’on se demande parfois si l’on a pas à faire à du cinéma vérité obtenu grâce à des caméras cachées, ce que contredisent bien sûr la densité des échanges verbaux et la parfaite qualité des images.
Xavier Dolan parvient à faire exister tous les personnages secondaires qui démontre d'une profonde compréhension de la nature humaine de la part du cinéaste qui définit son film par ces mots: «C'est un drame aéré par l'humour. C'est un cri primal, un cri du cœur. Je dirais aussi que c'est une forme de catharsis. Il y a une très belle scène onirique où je poursuis ma mère dans la forêt...».

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Tous les rôles sont très bien interprétés même lorsque ceux-ci n’ont qu’une scène pour s’affirmer. La psychologie des personnages est impeccablement traduite par un excellent scénario.
Le scénario a le courage de soulever des questions qui restent tabous dans notre société telles que les enfants sont ils condamnés à devoir aimer leurs parent et symétriquement les géniteur doivent ils éprouver un amour incommensurable pour le fruit de leur copulation plus du au hasard qu’à la nécessité? Dans le cas du film, il ne s’agit pas de désamour mais plutôt d’une maladresse à aimer tant de la mère que du fils.

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Le traitement de l’homosexualité dans ce film devrait rendre les gays optimistes. Jamais l’homosexualité du héros est dans son quotidien un problème seulement un trait de son caractère qui semble aller de soi, sans ostentation et qu’il doit gérer comme le reste au mieux. Cette déculpabilisation nous évite l’obligée scène de coming out qui devrait heureusement bientôt être rangée au rayon des antiquités scénaristiques.
A sujet de l'homosexualité d'Hubert, le réalisateur déclare: << Mon personnage, gay ou pas, a une histoire: il hait sa mère, dit-il. Son orientation sexuelle est purement accessoire, c'est un trait de personnalité et non sa raison de ne pas aimer sa mère. C'est un film sur la haine infantile, l'incompatibilité.>>.
Ce qui est tout à fait unique dans le film de Xavier Dolan c’est que l’on partage les réactions et les sentiments d’un adolescent sans le filtre du temps puisque le réalisateur est lui même à peine sortie de l’adolescence, il a 19 ans lorsqu’il tourne le film et 17 lorsqu’il en jette les prémisses sur le papier. Cela se sent et donne une authenticité incomparable au film. La rédaction du scénario était pour lui, d’après ses déclarations, une sorte de thérapie pour combler le vide créé par l’abandon de ses études.

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Ce qui est remarquable c'est que pour son âge son premier opus, qui espérons le , sera suivi de nombreux autres ne croule pas sous les références. Et s'il se réclame d'Haneke et de Cocteau, il est de plus mauvais maitres, il a une phrase du poète tatouée au dessus du genou! Jamais il ne songe pourtant à singer "l'oiseleur".. Quand à moi je vois plus chez ce jeune du Truffaut mâtiné d'Ozon...

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A propos des projets de Xavier Dolan, voici ce qu'il envisage pour son prochain film,Laurence Anyways, qui devrait se tourner à l'automne 2009, cela donne envie: << Il s'agit d'une ode à l'amour impossible. Un homme et une femme filent le parfait amour, quand lui décide de devenir une femme. Et elle décide de le suivre. Leur histoire dure 20 ans. Ils se trouvent, se perdent, se réinventent, prennent la fuite, se quittent, se retrouvent, se tuent, se font du bien...

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Autre atout de ce premier long métrage de son réalisateur la parfaite troupe qui lui donne vie, composée par des acteurs confirmés, à commencer par Xavier Dolan, acteur qui joue son propre rôle(?), on ne sait pas si l’on est dans l’autobiographie ou l’autofiction, (d'après la passionnante interview que l'on peut trouver ici , il semble bien que nous soyons plutôt dans l'autofiction) mais qu’importe, se révèle être un acteur remarquable et en plus il est loin d’être désagréable à regarder, comme d’ailleurs le sont aucun des acteurs qu’il a choisi. L'actrice, épatante Anne Dorval, qui interprète le rôle de la mère d'Hubert n’est en rien un laideron repoussant. En évitant la caricature, il donne beaucoup d’opacité au personnage de la mère qui ne se révèle vraiment que dans la formidable scène avec le directeur de l’institution où elle a exilé son fils.

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Les ruptures de ton et de style aèrent les scènes d’affrontement entre la mère et le fils. Dolan manie subtilement l’humour ce qui lui permet d’avoir du recule sur ses personnages y compris le sien.

Xavier Dolan sur le tournage de J'ai tué ma mère
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Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2009 curieusement "J'ai tué ma mère" n'a pas obtenu la caméra d'or. Il a néanmoins été récompensé par Le Prix SACD, le Prix Regards Jeunes et le Prix Art Cinéma Award.
Pour voir (ou revoir) la bande annonce, cliquez sur l'image ci-dessous.

Si la vidéo ne fonctionne pas, cliquez ici.

27 janvier 2010
CEMENT GARDEN, (Le jardin de ciment)




Grande Bretagne, 90 mn, 1993
Réalisation: d’Andrew Birkin, scénario: Andrew Birkin et Ian McEwan d'après le roman éponyme de Ian McEwan (éditions du Seuil), image: Stephen Blackman, montage: Toby Tremlett, musique: Ed Sheamur
avec: Charlotte Gainsbourg, Andrew Robertson, Alice Coulthard, Ned Birkin, Hanns Zischler, Sinead Cusak


Résumé
Dans une maison cubique isolée, de silhouette moderne, qui s’élève dans un paysages désolé, à l’écart d’un quartier d’immeubles démolis, un homme se bat contre les gravats en essayant de cultiver son jardin potager. Mais il y renonce et décide de couler du ciment sur tout ce qui entoure la maison. Il demande pour ce travail l’aide de son fils, Jack (Andrew Robertson), qui refuse et s’enferme dans les toilettes pour se masturber! A l’instant où le garçon jouit, son père s’effondre, victime d’une crise cardiaque, la tête la première dans le ciment frais... Peu après, sa femme (Sinead Cusak) rend, elle aussi, son dernier soupir. Voila quatre orphelins, deux garçons, deux filles qui sont terriblement travaillés par leur sexualité et par un sentiment d’abandon. Les enfants cachent la mort de leur mère aux voisins qui vu la situation de l’incroyable bicoque sont assez éloignés. La fratrie décide de garder près d’eux le cadavre de leur mère. Les enfants déposent le corps dans un grand coffre qu’ils coulent dans le ciment à la cave. Ils organisent leur vie quotidienne en écoutant leurs pulsions, chaque journée est ponctuée par les masturbations de Jack et par ses regards gourmands sur les belles cuisses largement ouvertes de sa soeur. Julie (Charlotte Gainsbourg, la nièce du réalisateur) et Jack, les ainés, se jettent de sensuels défis qui ira jusqu’à l’inceste consommé, pendant que le plus jeune frère s’habille en fille et se maquille... Dans la maison s’entasse de plus en plus les détritus. La tribu de ces abandonnés retourne vers une sorte de vie bestiale. Intervient alors la jalousie car un adulte du voisinage qui arrive en voiture de sport rouge tente de séduire Julie...


L'avis de Bernard Alapetite:
Avec « Cement garden » nous avons à faire à un teen movie qui semble être le négatif des films holywoodiens. Cette macabre histoire d’après un roman de Ian McEwan à une force malaisante peu commune qui viendra hanter longtemps le spectateur sans doute en parti en raison de la fusion d’un fantastique macabre et d’une froide objectivité. Cette alchimie ne pouvait être qu’anglaise, tant par sa subtile perversité nourrie de Lewis Caroll, de William Golding et du Henry James du Tour d’écrou. Elle impose une atmosphère délétère que le français Régis Wagnier n’est pas parvenu à rendre complétement dans son Seigneur du chateau (d’après le roman de Susan Hill, é(ditions Albin-Michel) dont Ciment garden est assez voisin, aussi bien que par sa forme théâtrale, lieu clos et unique où rodent les spectres, typiquement britanniques. Une autre référence littéraire s'impose rapidement. On pense beaucoup à sa Majesté des mouches dans lequel l’ile serait réduit à une maison isolée dans une désolation post-urbaine.


La situation d'une fratrie qui tente de survivre seule après la mort de leurs parents ou leur départ a été traité à plusieurs reprises, notamment dans «Our Mother's House" (1967), un chef-d'oeuvre peu connu réalisé par John Clayton.


Ce film fait bien plus que mettre roman de Ian McEwan en images. Une fois n'est pas coutume, l'adaptation est supérieur à l'original. Peut être parce que l'auteur du roman a travaillé à l'adaptation. Cement garden est le premier roman que Ian McEwan a publié. Ce qui était un début très dérangeant qui plaçait la barre très haut. D'ailleurs c'est déjà un classique de la littérature anglo-saxonne. Dans leur adaptation On peut dire qu' Andrew Birkin et Ian Mc Ewan a adouci son livre en lui enlevant l'humour macabre et caustique qu'il contient. Cinématographiquement par un montage rythmé, Andrew Birkin a réussi à fluidifier un récit qui ne l'était pas. La lourdeur de l'exposé est le défaut majeur des romans de Ian McEwan. Le réalisateur est bien aidé par sa distribution, si Sinead Cusack joue habilement la mère, les véritables vedettes du film sont ses jeunes interprètes, en particulier par Charlotte Gainsbourg qui trouvait là son premier grand rôle, et par le très joli Andrew Robertson que l'on a malheureusement plus revu.


La remarquable partition musicale d' Ed Sheamur distille tout au long du film l'angoisse.


La présence de l’homosexualité dans le film n’est pas tant dans le travestissement du jeune garçon que dans le regard désirant que le réalisateur porte sur Jack. Andrew Birkin avait déjà exploré les abîmes de la sexualité dans le beau et moins étouffant Burning secret.
Il y a une édition en dvd de ce film en France.


Cement garden est un grand film, curieusement méconnu ( même s'il a recueilli un ours d'argent à Berlin), sans doute en partie à cause de la noirceur de son sujet. On sort du film, comme d’une plongée en apnée, à bout de souffle, mal à l’aise et bouleversé.










25 janvier 2010
BULLY

USA, 2001, 1h 54mn
Réalisation: Larry Clark, scénario: David McKenna, Roger Pullis d'après A True Story of High School Revenge de Jim Schutze,
avec: Brad Renfro, Rachel Miner, Nick Stahl, Bijou Phillips, Michael Pitt, Leo Fitzpatrick, Kelli Garner, Daniel Franzese, Deborah Smith Ford, Nathalie Paulding

Résumé
Bobby Kent est mort le 14 juillet 1993. Jeune lycéen vivant dans les faubourgs de Hollywood, en Floride, Bobby est une petite frappe aux manières brutales. Son meilleur pote Marty et sa petite amie, lassés de subir son sadisme et son perpétuel mépris, de vivre dans la peur, décident, avec la complicité de cinq autres jeunes, de lui tendre un piège. L'attirant dans un marais, les sept ados le lynchent à mort à l'aide de couteaux et de battes de base-ball... Alors qu'il est allongé dans son sang, Bobby demande grâce à Marty. La réponse de ce dernier est instantanée et préméditée : il lui tranche la gorge. L'incident laisse les habitants sans voix, les parents des jeunes meurtriers dépressifs et inconsolables, et un groupe d'adolescents accusés d'un crime sanglant.

L'avis de Bernard Alapetite
« Je veux que tu me suces la bite et que tu me lèches les couilles... ». « Il a une queue sublime, il m’a broutée pendant plus d’une heure ! ». Voilà pour les tous premiers dialogues du film du très controversé Larry Clark. Ainsi parlent donc les adolescents dépravés mis en scène par le cinéaste de KIDS. Un film qui alimentait déjà les conversations nerveuses des cinéphiles en 1995. Par pudibonderie il me semble bien qu'il n'y a pas de dvd français de ce film alors qu'il se trouve en import, fort chère, en vente dans les FNAC. Ces ados-là, issus de la classe moyenne, sont tout droit sortis d’un fait-divers sordide commis en 1993. Mais reflèteraient (dans l’optique du réalisateur) à eux seuls des millions de jeunes Américains crétinisés par une sous-culture grandissante. Le cinéaste prend d’ailleurs un malin plaisir à dénoncer cette « génération Eminem » qui dit « Fuck » à chaque fin de phrase, se shoote aux acides, et baise à tout va sous des formes les plus perverses et inimaginables. L’irresponsabilité de leurs actes mécréants et dégénérescents dérange l’esprit d’un spectateur hébété par tant de violence, voire lui donne la nausée.

C’est parce qu’il est cruel et pervers dans sa manière de dénoncer l’immense ignorance de ces jeunes en quête d’identité que Larry Clark choque. Il ne juge pas ni ne condamne, mais pose le constat à la fois lucide et désespérant d’un vide intérieur et d’une pauvreté existentielle évidente. Si Clark adore mettre en évidense la nudité, ses images dans Bully ne sont guère érotiques. Il montre la drogue et la frénésie sexuelle comme si cela était la norme. Le sexe et la nudité dans le film sont peu excitants, sauf dans la scène des gogos danseurs dans la boite gay et dans la scène où Bobby se lave frénétiquement les mains, nu devant la glace du lavabo, la caméra le cadre à partir de la naissance de la verge, laissant apparaître les poils pubiens ; ce sera le seul aperçu frontal d’un sexe de garçon alors que ceux des filles sont largement filmés. Comme dans ses photos Clark cadre les adolescents dans des plans toujours serrés sur eux. Il se pose en témoin toujours implacable, mais toujours fasciné par ses jeunes modèles, quelque soit leurs turpitudes. Il filme presque toujours à hauteur de sexe, pour lui le centre de tout. Il utilise peu la plongée et la contre plongée. Il y a dans les personnages de Larry Clark le même «non futur» que chez les personnages d’Araki.

Tout le début du film est centré sur le rapport étrange que Bobby entretient avec la sexualité. On croit que cela va être le moteur de Bully. Il paraît évident que si Marty veut tuer Bobby c’est aussi parce qu’il sait que Bobby le désire sexuellement et qu’il ne peut surmonter cela autrement qu'en tuant celui qui le désire. La piste à suivre paraissait claire et le meurtre aurait été bien plus fort présenté sous cet angle. La vraie question reste comment cette problématique ébauchée pendant presque une quarante minutes peut complètement passer à la trappe ensuite! Car c’est bien deux films et deux histoires qui cohabitent difficilement dans Bully, la première étant abandonnée au profit de la seconde, déséquilibrant ainsi l’ensemble. C’est peut-être là tout le problème de Larry Clark dans Bully pour lequel il n'est pas pas scénariste (c'est néanmoins pour cela que Bully reste à ce jour le meilleur film du réalisateur), il est sans doute plus intéressé par la façon dont il va filmer les corps de ses jeunes acteurs que de gérer la cohérence d’un scénario, coincé entre la reconstitution d’un fait divers réel et le désir de raconter une toute autre histoire, celle de Marty et Bobby, des mœurs particulières d’une génération sacrifiée, pourrait-on dire, même si le terme est galvaudé.

Dans ce film Larry Clark apparaît pour la première fois à l’écran dans le petit rôle du père d’une fratrie dont l’ainé est le pseudo tueur maffieux qui apporte sa caution à l’organisation du crime. L’emploi est tenu par Léo Fitzpatrick qui avait le rôle principal dans Kid, ce qui renforce encore l'impression d’unité que l’on a devant l’oeuve du Larry Clark de ses premières photographies à son dernier film.

Le plaisir principal qu'un spectateur peut retirer de la vision de Bully, est la beauté graphique de la danse des corps, de ces jeunes, à la fois innocents et vulgaires, victimes et bourreaux, attirants et écœurants.

23 janvier 2010
LES AMOUREUX

France, 110 mn, 1994
Réalisation: Catherine Corsini, scénario: Catherine Corsini et Pascale Breton, image: Ivan Kozelka
avec: Nathalie Richard, Pascal Cervo, Loic Maquin, Clovis Cornillac, Olaf Lubazenco, Isabelle Nanty, Xavier Beauvois
Résumé
Ca commence par un 45 tour qu’un adolescent pose sur un électrophone, pour écouter il se couche sur la moquette on ne voit que son visage et son torse nu, il tient d’une main la pochette du disque sur laquelle on aperçoit le visage d’une jeune femme, peut-être est il entièrement nu, peut-être se masturbe-t-il en écoutant la voix un peu éraillée qui chante une chanson qui ressemble un peu à une face B d’un vieux single de Lio...
La vie est presque belle pour Marc, l’adolescent à l'électrophone (Pascal Cervo), quinze ans depuis que sa demie soeur ainée Viviane (Nathalie Richard), le visage sur la pochette du disque est de retour dans cette petite ville des Ardennes, Monthermé où vivent ses parents; elle qui a eu le courage de partir, celui de revenir après ces années passées à faire les quatre cents coups. Elle donne son corps en échange de sa liberté. Viviane décide de prendre Marc sous sa protection et ne lui cache rien de son existence tumultueuse. Entretenue par des notables locaux qu’elle traite avec insolence, la jeune femme séduit son jeune frère par son charme et sa drôlerie. Ensemble ils font des virées en Belgique, passent des nuits blanches et se livrent à des confidences intimes qui rompent avec la grisaille monotone à laquelle a été habitué Marc. Devant les yeux de ce témoin silencieux des gestes s’ébauchent, des corps se frôlent, des étreintes et des complicités se nouent... Marc a de plus en plus de mal à partager les plaisirs de ses copains de lycée et voit son amitié pour son camarade Ronan devenir une fascination dont il ne saisit pas immédiatement la nature profonde.
Quand Viviane rencontre l’amour en la personne de Tomek, un ouvrier polonais rencontré au cours d’une virée nocturne, elle décide de mettre fin à sa vie de femme entretenue. Marc décide d’aller lui aussi au bout de ses sentiments. Alors que la jeune femme succombe au vertige du grand amour, l’adolescent cède à ses pulsions et tourne résolument le dos au monde de l’enfance en faisant l’amour avec un jeune homme (Le réalisateur Xavier Beauvois) qui la dragué dans une fête foraine.
Marc et Viviane sont chacun à leur façon, interdit d’amour: Viviane parce qu’elle ne sait pas dire non. Marc, parce qu’il découvre qu’il aime les garçons. Mais Viviane lui montrera le chemin de la liberté.

L'avis de Bernard Alapetite
"Les amoureux" sont une des peintures cinématographiques les plus justes de la naissance de l’homosexualité chez un adolescent. Le film est dans la ligne d' ”Une histoire simple” de Jacques Duron, qui partage avec Les amoureux la localisation de son scénario dans une petite ville de la province française. Les amoureux décrit aussi la première fois où un garçon est écartelé entre amour et désir physique, souvent contradictoires. Pascal Cervo et Nathalie Richard font montre d’une sensualité à fleur de peau, rare chez les acteurs français parfaitement traduit par la caméra de Catherine Corsini à la fois amoureuse et respectueuse de ses interprètes.
Nathalie Richard et Pascal Cervo sont excellents dans ce film, si ce n'est pas une surprise, pour Nathalie Richard, actrice que l'on ne voit pas assez et qui pourtant est toujours parfaite, il était étonnant pour sa première apparition à l'écran de découvrir en Pascal Cervo, un jeune acteur ayant en même temps autant de fraicheur que de maitrise. Pascal Cervo a continué le métier d'acteur, sans malheureusement trouvé souvent des rôles à la hauteur de son talent, sauf récemment dans "Le dernier des fous" dans lequel il est remarquable.

La réalisatrice parle très bien des raisons qui l'ont poussé à entreprendre son film: << Chaque fois que je me suis baladée dans des villages ou dans des endroits de France un peu paumés, ces dernières années, je me suis posé la même question: <<comment fait-on pour assumer sa différence quand on a quinze ans et qu’on vit dans un bled isolé du monde? La deuxième chose qui m’a déterminée, c’est que j’avais rencontré pas mal de copains homosexuels qui étaient pour la plupart montés à Paris parce qu’ils n’arrivaient pas à vivre leur homosexualité dans les endroits où ils vivaient et notamment dans les petites villes. Et puis il y avait aussi ce rapport de fascination qu’on peut éprouver pour un ainé qui a vécu une vie de bohème et sur lequel on imagine plein de choses. Et tout à coup quand cette personne revient, c’est un peu l’idole avec qui on aimerait tout partager, à qui on aimerait ressembler. ”Les Amoureux” est l’aboutissement de ces trois réflexions... Je suis originaire de Seine et Marne et j’ai passé une dizaine d’années dans un bled comme celui du film. Je me souviens que certaines filles avaient une mauvaise réputation et qu’on les traitait de putes. Moi je les regardais toujours avec de grands yeux parce que je me demandais pourquoi elles étaient toujours aussi mal considérés. Il y avait toujours ce poids du qu’en dira-t-on?.. Au moment du tournage les choses se sont resserrées naturellement. Les aspects les plus littéraires et les plus explicatifs du scénario se sont amenuisés d’eux mêmes. Mais c’est aussi grâce à la force des acteurs dont je disposais. J’ai essayé de les observer et de leur faire confiance afin de capter leur intériorité, quitte à lâcher parfois des choses trop écrites pour m’orienter vers une matière plus vivante. C’est un peu comme en musique: à partir du moment où l’on a une structure assez solide, on peut se permettre d’improviser, de bouger des scènes... La plupart des adolescents ont été recrutés sur place. Pour choisir Pascal Cervo, j’ai vu mille ados puis j’en ai sélectionné une quinzaine avec qui j’ai effectué des essais. Nathalie Richard a passé une journée avec eux. Pascal s’est imposé comme une évidence dès qu’il est arrivé. Il était magnifique, mais il a eu du mal à accepter le rôle. Le fait que son personnage devienne homosexuel lui faisait peur... Ce dont j’avais envie, c’était que les deux personnages principaux soient forts, soient courageux et aillent au bout de leurs envies... Marc, il ne sait pas exactement vers quoi il veut aller, il a d’abord cet amour platonique pour son ami d’enfance, et puis ce courage qu’il a de dire à sa soeur <<je suis pédé>> et d’aller faire l’amour avec un mec... L’adolescence c’est aussi de dire des choses qu’on a jamais faites et de les réaliser ensuite simplement pour se prouver qu’on en est capable. Le seul fait de le dire est déjà un soulagement en soi...>>
A part dans "Une jeunesse sans dieu" Catherine Corsini n'a plus jamais retrouvé la grâce dont elle fait preuve dans "Les amoureux".
Il y a quelques scènes miraculeuses dans Les amoureux, comme celle dans laquelle Marc déclare son amour à son copain de lycée en se cachant derrière une tirade de Bérénice.
Catherine Corsini a réalisé un film qui rend amoureux de la vie. C'est avec une grande liberté qu' elle décrit un adolescent homosexuel prenant en charge sa sexualité.
21 janvier 2010
LE CONFORMISTE, (Il conformista)
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Italie, 1970, 110 mn
Réalisation: Bernardo Bertolucci,
avec: Jean-Louis Trintignant, Stephania Sandrelli, Dominique Sanda, Pierre Clémenti, Gastone Moschin, Fosco Giachetti, Yvonne Samson, Jose Quaglio
Résumé
Nous découvrons Marcello Clerici (Jean-Louis Trintignant), au début du film, à la période la plus dramatique de sa vie, lors d’un voyage à Paris en 1937 avec sa femme, Giulia (Stephania Sandrelli). Sous couvert d'une visite touristique, ce voyage a en réalité pour but de faire assassiner par des nervis fascistes un leader antifasciste réfugié en France. Il s’agit de Quadri, l’ancien professeur de droit à l’université de Rome, de Marcello. Ce dernier prend contact avec son ancien maître. Il le met en confiance ce qui permet le guet-apen dans lequel le professeur tombe. Ann (Dominique Sanda), la femme de l’exilé, fait des avances à Clerici, car elle n’est pas insensible au charme de...Giulia. De son coté Clerici s’éprend d’Ann. Il veut renoncer à son noir dessein. Il ne prend finalement aucune décision et participe au traquenard. Les époux Quadri sont sauvagement assassinés sur une route de montagne. On apprend que si Marcello est devenu cette brute fasciste c’est parce qu’il a été violé à dix ans par le chauffeur de ses parents (Pierre Clementi, que Bertolucci avait déjà fait tourner en 1969 dans Partner) et qu’il croit avoir tué d’un coup de révolver.
Quelques années après les évènements, relatés précédemment, Marcello assiste à Rome à l’effondrement du fascisme, par hasard il retrouve le chauffeur qu’il croyait avoir tué. Il est devenu une espèce de clochard décavé à la beauté détruite mais au charme intact (Par une prescience inquiétante Bertolucci donne dans ce film un raccourci de la vie du vrai Clémenti dans ces scènes que l’on ne peut revoir sans éprouver un profond malaise). Marcello retournant sa veste aussitôt, il s’empresse de dénoncer ses anciens compagnons. Clerici sera tué lors d’un bombardement aérien après la chute de Mussolini.
L'avis de Bernard Alapetite
Le film veut démontrer que le désir de conformisme social chez Marcello, son mariage avec une femme terne mais bourgeoise, son adhésion au fascisme, puis à l’antifascisme... n’est dicté que par la volonté de fuir le souvenir humiliant (pour lui) du viol et de combattre son homosexualité frustrée ou plutôt latente, assez voisine à celle du personnage du "Fanfaron" que jouait également jean-Louis Trintignant.
Alors que le roman éponyme de Moravia, dont le film de Bertolucci est l’adaptation, raconte la vie de Marcello Clerici de l’enfance à la mort d’une manière linéaire et chronologique, le cinéaste brise cette continuité pour la recomposer par de multiple aller et retour temporels privilégiant l'enfance et l’épisode tragique qui sera le noeud de sa vie.
La morale, la vulgate marxiste était à son apogée dans ces années 70, si l’on peut dire de tout cela, est assez répugnante. Elle subodore que lorsque l’on a été violé à dix ans (On se demande de quoi se plaint ce sale gosse, en 1970 être sodomisé par Pierre Clémenti était un fantasme très largement répandu quelque soit le sexe et l’âge) on devient automatiquement un tortionnaire fasciste à trente! On pense bien sûr beaucoup a la célèbre nouvelle de Jean-Paul Sartre, contenu dans le recueil Le mur,L’enfance d’un chef. Pourtant contrairement à l’oeuvre de Sartre, Bertolucci, qui a quelque peu dénaturé l’oeuvre de Moravia, ne dépeint pas un archétype mais cisèle seulement le portrait d’un opportuniste particulièrement veule.
Un grand soin est porté au décor, ce qui apparente Bertolucci à Visconti. Bertolucci s’acharne à retrouver le charme des anciens magazines; il traite la couleur comme dans les cartes postales 1900 et s’attarde à combiner de séduisants effets en s’inspirant du cinéma d’avant-guerre. Il ne manque pas un meuble d’acajou, pas un bibelot modern-style pour ponctuer l’espace daté d’un bureau, d’un appartement, et le gigantisme architecturale officiel capté en plongée ou en contre-plongée suffit à dénoncer la mégalomanie gouvernementale.
La couleur est également très étudié, le film à la forme éclatée, joue avec virtuosité des perspectives, des couleurs (tout un travail sur le jaune orangé) d’effets de montage qui cassent la narration et d’une construction en flash-back et en flash-forward. Ce formalisme extrême peut irriter mais aussi fasciner. Il vise à la représentation pure et dissèque de façon troublante les motivations d’un homme intelligent et ironique qui choisit la bêtise et le fascisme pour des raisons qui s’opacifient au fur et à mesure qu’elles sont dévoilées.
Le film, si le titre n’avait pas déjà été pris, aurait du s’appeler l’amoraliste. Jean-Louis Trintignant réussit le tour de force de rendre attachant ce parfait dégueulasse. Mais c’est l’image de Pierre Clémenti qui restera toujours gravée dans les mémoires lorsque, chauffeur-garde du corps du héros, il retire sa casquette de chauffeur de maitre et que ses longs cheveux cascadent sur ses épaules, transformant le policé et froid larbin en une gouape des faubourgs à la beauté subjuguante et vénéneuse à la fois.
Dans le Combat dans l’ile Jean-Louis Trintignant joue un jeune fasciste, membre d’un groupe terroriste, le film est de 1961, on pense à l’OAS, très proche psychologiquement du personnage du Conformiste. Trintignant se plait à pervertir son image sage et rangée, sa normalité, en interprétant des personnages tortueux, voire carrément psychopates, à faire éclater la perversité latente des bourgeois les plus conformes, c’est la dualité génialement perçue par Bertolucci dans Le conformiste, dont on retrouve une forme mineure, humoristique, dans un film comme Eaux profondes de Michel Deville. Sa douceur et sa passivité font ressortir de façon étonnante la violence froide de ces héros criminels aux visage d’ange. Cet art du chaud-froid, est très rare dans le cinéma français.Il est plutôt l' apanage des acteurs anglo-saxons.