18 mai 2009
La conquête de Mars
L'uchronie est désormais partout et je m'en réjouis, cette rêverie sur l'histoire est parfois savante, souvent ludique, elle atteint plus rarement la fantasmagorie débridée, pourtant tel est le cas avec "La conquête de Mars", une bande dessinée publiée par les éditions FLBLB avec Grégory Jarry pour le texte et Otto T pour le dessin. Cette ébouriffante chose se présente sous la forme de deux élégants petits volumes, format à l'italienne. Si l'unité des deux livres est assurée par une sorte de continuité scénaristique et surtout par le dessin minimaliste et très efficace d'Otto T, ils sont différents. Le premier est une hilarante variation sur l'histoire de la conquête spatiale où l'on voit entre autres comment von Braun a modifié l'histoire de l'humanité et comment le chauffeur d'Albert Speer a planté le drapeau nazi sur la lune, alors que le second prend petit à petit une allure de fable douce amer dans laquelle les méchants d'hier se sont amendé et où le président des Etats-Unis est pour la première fois un asiatique et sera le deuxième président à utiliser l'arme nucléaire.
Dans le premier tome c'est toujours désopilant. Le rire est constamment créé par un double décalage, d'abord celui entre le sérieux du texte et le surréalisme de ce que l'on nous raconte, ensuite par celui qui s'impose d'emblée entre la trame historique et le trait économique, dynamique et caricatural du dessinateur.
Après Tintin sur la lune, il ne faut pas rater Leni Riefenstahl sur Mars!
25 février 2009
Mitacq
Samedi dernier, je suis tombé par hasard, en passant devant une galerie pourtant de ma connaissance, sur une petite exposition qui devrait ravir les nostalgiques professionnels dont quelques uns semblent parcourir mon blog. On y voyait des planches originales et des dessins de Mitacq, le créateur de la patrouille des castors dont on réédite les compilations de leurs aventures. J'était particulièrement ému de découvrir quelques planches originale des histoire que je suivais avec assiduité dans mon spirou hebdomadaire lorsque j'avais l'age de ces héros de papier.
Il fallait compter 1400 € pour emporter la planche ci-dessus. Avec ces planches d'un format un peu plus du double de leur parution en album, on pouvait également admirer plusieurs dessins de taille plus modeste mais en couleur représentant les membres de la patrouille dans diverses situations.


Ce modeste accrochage dans cette sympathique galerie Daniel Maghen sise au 47 quai des Grands Augustins, Paris VI ème où en plus de ce qui est accroché au mur, on peut compulser de grands classeurs où sont rangées une grande quantité de dessins de très nombreux dessinateurs. Ces grands cahiers transforment cette petite galerie en une véritable caverne d'Ali Baba pour tous les amateurs de bandes dessinées. Je sais bien que d'après la date de l'affiche l'exposition Mitacq est terminée, mais il en était de même pour moi donc n'hésitez pas à tenter votre chance pour voir si vous l'ignoriez que Joubert n'est pas le seul dessinateur du scoutisme.
02 février 2009
Quelques jours ensemble de Montgermont et Alcante

Je me réjouis que la bande- dessinée puisse aujourd'hui aborder tous les sujets même la mort d'un enfant. Malheureusement la relative rapidité de cette maturité font que les scénaristes de B.D. ont une fâcheuse tendance à charger la barque soit du coté de l'érotisme soit du coté du mélodrame. C'est cette dernière option qu'a choisi Alcante scénariste de Quelques jours ensemble par ailleurs dessiné et très bien par Montgermont.
L'argument du scénario dépasse à première vue les bornes de l'imaginable dans le domaine. Xavier, trente cinq ans est un golden boy patron d'une firme d'infographie qui travaille pour les effets spéciaux du cinéma.
Le jour où il décroche une grosse commande de Disney, il reçoit un appel téléphonique d'une de ses nombreuses ex, Natacha qui insiste pour le revoir le soir même.
Le bellâtre court au rendez vous l'esprit lubrique. Mais là rien ne se passe comme il l'avait imaginé. Natacha lui annonce qu'il est le père de son fils de treize ans et qu'elle n'a personne à qui le confier sinon lui, durant son séjour à l'hôpital où elle doit entrer le lendemain pour traiter un cancer!
La situation n'est déjà pas banale mais pour corser la chose quand Xavier récupère le dit Julien, il s'aperçoit qu'il est atteint de progéria c'est à dire de vieillissement accéléré. Cette maladie génétique dégénérative lui donne l'aspect d'un vieillard de 75 ans! Le garçon très mûr pour son âge informe Xavier qu'il a peu de chance d'atteindre sa quinzième année!
Bien sûr cette intrusion dans la vie hédoniste de Xavier va lui pourrir l'existence mais aussi le mettre devant ses responsabilités et le faire reconsidérer sa posture d'égoiste.
Alcante n'hésite pas à attaquer de front et ensemble le cancer, l'égoisme, les maladie orpheline, l'arrivisme, la
paternité, la responsabilité, la mort... C'est tout de même beaucoup en 80 pages de BD.
Je dois confesser que je ne pensais pas aller plus loin que quelques pages dans cet album tant cet histoire croulait sous les ponsifs, d'autant qu 'en plus Alcante ne recule devant aucun cliché. Xavier roule en BMW; parsème ses phrases d'anglicismes, se délasse dans un jacuzzi... Et puis je me suis retrouvé à la quatre vingtième et dernière page, la larme à l'oeil. J'ai été mystifié, sans doute parce que les personnages existes et qu'ils sont peint avec tact et élégance dans des couleurs subtilement cassées. La dessinatrice rennaise, déjà récompensée précédemment pour sa série Elle, réussit avec ses case aquarellée à transmettre les émotions. Elle joue habilement du contraste entre les traits fins et réguliers de Xavier un peu andogynes d'adolescent vieilli et de ceux de Julien ingrats et prématurément frippés. La mise en couleur directe avec ses tons sourds fait échos à la gravité du sujet. Ce tour de force de faire avaler une histoire si mélodramatique qu'elle est à chaque page près de verser dans le ridicule doit s'appeler le talent.
Quelques jours ensembles
dessin: Montgermont
scénario: Alcante
collection: Aire libre aux éditions Dupuis
22 novembre 2008
Le magasin général

L’homosexualité, hormis, le yaoi, n’est pas un thème galvaudé dans la bande-dessinée, même si depuis quelques temps, on assiste à un petit frémissement sur le sujet en des lieux où ne l’attendait pas. Encore plus rare sont les œuvres où la question homosexuelle n’est pas le centre du récit autour duquel celui-ci s’articule, mais apparaît au cours de l’histoire d’une façon totalement inopinée. Tel est pourtant le cas dans le quatrième volet de la série “Le magasin général” du à Loisel & Tripp, chose inaccoutumée l’un comme l’ autre oeuvrant à la fois au dessin et au scénario. Loisel se charge de la mise en scène et des crayonnés. Tripp réalise l’encrage et la mise en couleurs. Le scénario est écrit à quatre mains.
Les deux auteurs partageaient un atelier à Montréal et, à force de se fréquenter et de discuter, ils se sont aperçu qu’ils pourraient collaborer et mettre sur pied une association graphique, comme une sorte de troisième artiste. La fusion graphique des deux auteurs est parfaite. On y retrouve, dans un style homogène, le meilleur des deux dessinateurs: les silhouettes et visages caractéristiques de Loisel et la douceur du modelé ainsi que la palette lumineuse de Tripp. Complémentaires, ils composent une ode au bonheur de vivre, à la tolérance et composent un petit monde qui rappelle ceux de Pagnol ou de Guaresschi(Le petit monde de Don Camillo).
Puisque je traite du quatrième tome, j’en profite pour répéter que malheureusement (ou heureusement), je suis incapable dans ce blog-journal de faire un compte rendu circonstancié de tout ce que je lis ou vois...
Cette très originale bande-dessinée, depuis son début, nous fait vivre le quotidien d’un village québécois, en pleine campagne, dans les années vingt. Le personnage centrale de la saga est Marie une jeune femme qui, dans les premières pages de l’histoire perd son mari, Joseph de maladie. Joseph était le tenancier du fameux magasin générale, l’unique boutique du village, qui donne le titre à la série. Marie, seule, va s’échiner à tenir la boutique, plus sous l’amicale pression des villageois et par fidélité envers la mémoire de feu son époux que par inclination personnelle. La place centrale du magasin permet aux auteurs d’y faire passer, et donc de nous présenter, les différents villageois dont nombre sont hauts en couleurs. On fait ainsi la connaissance d’une triplette de bigotes, d’un jeune curée assez pusillanime, d’un libre penseur chenu aussi borgne qu’ extravagant, de trappeurs patibulaires, d’un poête champêtre... Et puis il y a Serge, l’étranger, venu de Paris qui va habiter avec Marie et ouvrir un restaurant dans une partie du magasin général ce qui rendra l’ endroit encore plus incontournable pour cette petite société.
La surprise est totale lorsqu’au détour d’une case, lors d’une conversation d’ivrognes, le lecteur apprend que Serge ne peut pas se marier car il préfère les hommes ou comme il est dit dans la belle langue inventive que l'on lit dans "Le magasin général": "qu'il est réservé aux hommes" ou encore " qu'il a toujours rêvé d'avoir des Ti-culs".
On peut s’ étonner de plusieurs choses dans le scénario. D’abord que des “notables” du village admettent presque sans sourciller l’homosexualité de celui qu’ils ont admis comme l’un d’entre eux, ensuite de l’astucieux stratagème qu’ils ont imaginé pour rendre la chose acceptable pour toute la communauté, de leur ouverture d’esprit, en un mot de leur intelligence. Mais peut être qu’il en était ainsi dans un trou perdu du Québec à la sortie de la Grande Guerre. On a d’autant plus envie de le croire, que les auteurs portent un regard si généreux (mais pas niaiseux) sur leurs créatures qu’il n’est pas difficile d’entrer en empathie avec elles. Le plus intéressant est le souci que portent Loisel & Tripp à la densité psychologique de leurs personnages qui atteignent une compléxité trop peu courante dans la bande dessinée.
Les dialogues, tout en restant lisibles, restituent bien la savoureuse langue de la contrée. Pour que la riche langue parlée du Québec reste accessible aux lecteurs des deux cotés de l'Atlantique le duo a demandé à Jimmy Beaulieu, un talentueux auteur montréalais, de les aider à trouver un juste niveau de langage qui satisfasse tous les francophones.
Le dessin des compères en “3D”, aux douces couleurs, sait être à la fois claire et chargé de multiple petits détails qui dépeignent bien le quotidien des habitants de Notre Dame des lacs, mais nous ne sommes jamais dans la bande dessinée “antiquaire” où le récit ne serait que le prétexte à la reconstitution d’un lieu à une époque.
Le voyage dans le Québec de Loisel & Tripp est très recommandé. On y découvre une des bandes dessinées les plus intelligentes et les plus sensibles du moment.
11 novembre 2008
1915, vu par Tardi
C'est avec un peu de retard que je vous informe que la suite de la Grande Guerre dessinée par Tardi est parue mais c'était aujourd'hui ou jamais... et c'est toujours un chef d'oeuvre.
01 novembre 2008
Alix suite
Pour illustrer le judicieux commentaire de Bruno
Le démon du pharos, le meilleur Alix depuis longtemps
Depuis
très, très longtemps, nous n'avions pas eu un album des aventures
d'Alix de cette qualité, disons depuis "Le spectre de Carthage". On
peut remarquer que l'Egypte va bien à Alix même si "Le démon du pharos"
n'est pas tout à fait à la hauteur du "Prince du Nil", peut être le
sommet de la geste martinienne. Dans ce nouvel opus Le dessin retrouve la souplesse
qu'il avait perdu, en particulier dans les trois précédents albums dans
lesquels l'encrage empatait trop les silhouettes et surtout le scénario
dans ces intrigues alexandriennes est d'une belle complexité. On peut
juste constater une légère baisse de l'homoérotisme par rapport aux
albums où Jacques Martin était le seul maitre...








