02 juillet 2009
Sergio Ceccotti chez Alain Blondel

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C'est un peu par hasard, qu'en cheminant vers Gilbert & George, je sois tombé sur la galerie Blondel, haut lieu parisien de la défense de la peinture figurative pure et dure qui expose une vieille connaissance, Sergio Ceccotti.
La peinture de Ceccoti appartient à un genre bien peu à la mode que j'appellerais pour faire simple la peinture narrative. Presque tous les tableaux nous raconte une histoire. Cela va de l'à peine anecdote, un homme lit le journal en marchant rue de la Gaité, à des scènes de la vie quotidienne, un homme rentre chez lui alors que sa femme regarde sur le balcon, en passant par des instantanés de faits divers qui auraient fait, il y a cinquante ans, d'idéales couvertures pour feu "Radar" tel cet homme retenu d'une vertigineuse chute par le bout de ses doigts crispés sur la petite corniche friable d'un immeuble. Certaines de ses toiles exacerbent une situation pour déboucher sur un fantastique apocaliptique, je me souviens d'une d'entre elles où l'on voyait au premier plan une partie de tennis, alors que dans la mer au fond, coulait un navire pendant qu'un avion en flammes s'y abîmait... Mais les oeuvres les plus réussies du peintre sont celles dans lesquelles il parvient à créer l'étrangeté par un détail ou par la seule lumière de sa toile, un peu ce que parvient à obtenir Crewdon dans ses photographies. Il est dommage qu'il ait un peu abandonné cette veine, ma préférence vont à ses intérieurs vides nimbés d' étranges lumières, pour des image plus spectaculaire comme ses scènes de crime et de suicide.

La grande faiblesse de la peinture narrative vient que son attrait s'épuise vite, dés que le regardeur à fait le tour de l'anecdote qu'elle illustre. C'est souvent une peinture qui attire d'emblée mais dont on se détourne assez vite dés que l'on a défleuré le mystère. Une peinture à consommer sur place en quelque sorte, et c'est malheureusement le cas pour la plupart des toiles présentées cet été par Ceccotti à la galerie Blondel. Il reste que ceux qui ne connaissent pas se peintre feront le détour avec bénéfice.
L'artiste situe les histoires qu'il nous raconte entre Paris et Rimini (comme Cremonini mais avec moins de mystère et de profondeur que ce dernier ) avec des détours par Rome.
La manière de l'artiste a aussi un peu changé par rapport avec ma dernière rencontre avec les tableaux de ce peintre si les couleurs posées sur la toile en aplats de pâte épaisses presque toujours lisse, génèrent toujours d'aussi extraordinaires couleurs, la touche est maintenant plus visible et les formes moins dessinées.

Mais il est un peu vain de définir la manière d Ceccotti quand le peintre en parle si bien: << Le glacis est un procédé abandonné depuis l'impressionnisme, mais il a été une composante essentielle, pendant des siècles, de la technique des peintres ; en superposant des couches de couleurs transparentes sur une peinture déjà sèche, on peut obtenir une brillance très fine, irréalisable autrement, un rendu sensible, si l'on peut dire, de la peau des choses, donner vie à des zones mortes, souligner la profondeur et le rapport dans l'espace et surtout imprimer au tableau le caractère d'un objet fini, abouti, réalisé (comme disait Cézanne) c'est-à-dire le contraire de l'œuvre d'art moderne conventionnelle. Mon choix technique n'est pas neutre mais sous-entend une poétique : marquer la distance entre l'image proprement picturale et la vague des images qui nous entoure (images d'origine photographique, quels qu'en soient les médias et les véhicules), et surtout la tentative, la volonté d'aller au-delà du langage du XXè siècle pour peindre sans tabous culturels la réalité autour de nous.>>

Sergio Ceccoti est né à Rome en 1935. Il partage son activité entre Paris et Rome. Il a été l'élève d'Oskar Kokoshka à la Internationale sommerakdemie fur Bildende kunst de Salzbourg en 1956 et 1957. Il fut aussi un élève des cours de dessin de l'Académie de France à Rome de 1956 à 1961. A partir de 1960 on a pu voir de nombreuses expositions de Ceccotti dans le monde entier.

Même si cette exposition titrée "soupçon" m'a un peu déçu par rapport à ce que je connaissais de Ceccotti, néanmoins je continue à aimer beaucoup cette peinture qui contient beaucoup de la littérature qui me nourrit, Modiano, Pérec, Tabucchi, Paul Auster sans oublier Philippe Soupault qui fut le thuriféraire du peintre dans lequel il y a plus de Chirico dans les peintures de Ceccotti ( tout comme dans celles de Marco Verrelli ) que sans doute il imagine, et puis dans les toiles de Ceccotti il y a souvent des joueurs de tennis, des chat et des appartements confortables...

jusqu'au 31 juillet
Galerie Alain Blondel
128 rue Vieille du Temple, 75003 Paris
