17 juin 2009
THE BUBBLE (mise à jour)
Israel, 2006, 115mn
Réalisation: Eytan Fox, scénario: Amir Feingold & Gal Uchovsky, image: Yaron Sharf, montage: Yosef Grunfeld, Yaniv Raiz, Production: Amir Feingold, musique: Ivri Lider
Avec: Ohad Knoller, Yousef Sweid, Daniela Wircer, Alon Friedmann, Miki Kam , Shredi Jabarin , Lior Ashkenazi , Zion Barouch , Oded Leopold , Dorin Munir , Zohar Liba , Yael Zafrir , Noa Barkai , Yotam Ishay , Avital Barak
Résumé
Un roméo et juliette moderne au pays de la kipa et du keffieh où Juliette s’appelle Ashraf (Yousef Sweid) et est un beau mec et veut entraîner dans la mort son roméo-Noam (Ohad Knoller) encore plus beau mec par désespoir politique.
L’avis de Bernard Alapetite
Bubble est un film politique. Un film politique à l’américaine dans lequel on nous intime de nous identifier à l’un des personnages, surtout au personnage principal du jeune juif que l’on découvre dès la première image remplissant ses obligations militaires sur un barrage entre Israël et la cisjordanie. Nous avons là, j’insiste, un film politique, genre en plein renouveau ces dernières année (Lord of war, Syriana, Good night good luke...) qui suit le modèle américain dans lequel l’intimité, la psychologie la vie sexuelle, professionnelle des personnages se mêlent à l’actualité, presque toujours dramatique. C’est ce mariage de l’Histoire avec de petites histoires qui nous émeut. On peut mesurer la différence entre le modèle du film politique américain, aujourd’hui quasiment hégémonique, avec l’archétype du film politique italien, mondialement reconnu dans les années 60 et 70 qu’est L’affaire Matei grâce à la rétrospective parisienne de l’oeuvre de Francesco Rossi et surtout de sa ressorti en dvd. Un cinéma qui met en avant les faits, les rapports des personnages avec la rue et non leur vie privée. Dans le premier type il y a symbiose entre le privé et le public, c’est que nous voyons, tous les jours, en une de nos gazettes; dans la seconde il y a une séparation nette entre le privé et le public, cinéma d’un autre temps que l’on peut regretter... Bubble appartient au premier genre est-ce surprenant venant d’un pays autant dépendant des américains?
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Il est amusant de constater qu’un cinéaste aussi éloigné des critères du cinéma américain, tel qu’Eric Rohmer ne fait pas autre chose dans ces deux derniers films historiques, L’anglaise et le duc et Triple agent. Cette remarque m’amène à une autre considération quand et comment un film historique cesse de l’être pour devenir un film politique? Je vous laisse répondre à cette question...
Dans une interview Ethan Fox déclarait qu’il voulait être l' Almodovar israélien. Disons qu’il est sur la bonne voie mais qu’il a encore du travail pour y parvenir. Comme l’espagnol il a visiblement un don pour les castings justes et un grand talent pour la direction des acteurs. Dans Bubble ils sont tous formidables. Comme Almodovar il possède un vrai courage dans le choix de ses sujets et leurs traitement. Ni l’armée, ni la gauche israélienne, ni les palestiniens sont traités avec ménagement. Comme sont modèle il est aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie. Dans ce dernier registre certaines scènes, bien amenées, sont hilarantes, mais l’on passe vite du rire aux larmes. Ethan Fox sait aussi très bien capter l’atmosphère du petit monde de Tel Aviv dans lequel vivent ses protagonistes grâce notamment à une judicieuse utilisation des décors. Enfin dernier points commun entre les deux artistes l’exellence et l’originalité de la musique qui dynamise Bubble de bout en bout. La belle musique originale du film émane d'une rock star Israélienne montante : Ivry Lider.
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Il rend bien compte, assez subtilement aussi, du sentiment qui existe aujourd’hui chez les Israéliens que seul est possible une politique d’ apartheid (je ne trouve pas d’autre mot malheureusement celui-ci est démonétisé par la pratique faite de cette philosophie politique en Afrique du sud) au sens de développement juxtaposé excluant toute mixité, idée qui a largement gagné même la gauche israélienne (les travaillistes).
Mais on voit bien que c’est dans la construction de son scénario que le réalisateur a voulu imiter le plus le maître madrilène; avec son histoire où tous les personnages se rencontrent, se connaissent, tissent des liens complexes qui ne peuvent qu’amener au dénouement dramatique. Mais contrairement a Almodovar, chez qui cette construction est arachnéenne et est à peine perceptible au premier visionnage, chez Eytan Fox le maillage scénaristique est fait de grosses cordes qui freinent l’empathie que l’on peut éprouver pour ses créatures.
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En ce qui concerne l’aspect formel, contrairement à Almodovar, mais aussi par exemple à Rossi que j’évoquais précédemment, si sa réalisation est propre, même si parfois dans des scènes de foule il manque visiblement de figurants, il ne possède pas encore une véritable signature dans l’image. Le plus gros défaut du film est peut être son montage un peu mou. En écourtant chaque scène, presque chaque plan, il aurait pu, sans modifier la durée de son film, se donner plus de temps pour développer ses personnages secondaires que l’on aurait aimé mieux connaître.
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Il faut féliciter Eytan Fox d’enfin nous proposer un film gay, c’est aussi un film gay, dans lequel les personnages ne soit pas déconnectés du réel et le quotidien en Israël c’est la guerre et les attentats fromentés par les palestiniens extrémistes. Enfin dans le cinéma gay un cinéaste qui lève les yeux de sa bitte et pas seulement pour mater celle des autres! Voilà un film où l’on ne s’encule pas dans une bulle c’est le paradoxe voulu du titre bubble en bon français bulle. La bulle en question est Tel aviv où est possible une liberté de mœurs inimaginable dans le reste du pays. Ethan Fox s’explique sur son titre: <<The Bubble est le surnom que les israéliens donnent à Tel Aviv. Il y a une connotation péjorative dans cette expression. Comme Gal et moi, les personnages du film vivent rue Shenkin, dans le quartier branché et alternatif d’Israël. Beaucoup de gens se sont volontairement coupés des réalités sociales et politiques du pays. Leur attitude est souvent jugée comme superficielles et irresponsables. Naturellement, ce n’est pas ce que nous pensons. Cette « bulle » est selon nous un mécanisme de survie. Beaucoup des forces créatrices d’Israël sont concentrées dans ce quartier devenu aujourd’hui une pépinière d’artistes. On y trouve également de nombreux cafés, des boutiques branchées. De nombreux Israéliens, notamment les plus jeunes, rêvent de venir vivre ici.>>
Le cinéaste reste fidèle à la thématique de son précédant film Tu marcheras sur l'eau, qui était déjà la difficulté de se mettre à la place de l’autre, en espèce celui de jeunes Allemands dont la famille avait participé à la Solution Finale. Il existe d’ailleurs un trait d’union entre Bubble et Tu marcheras sur l’eau personnalisé par Lior Ashkenazi, l’acteur de Tu marcheras sur l'eau, joue un déporté homosexuel à Auschwitz dans la pièce de théâtre que Noam et Ashraf vont voir. Il est a noter que cet pièce, on reconnaît Bent, est appelée inexplicablement Les tordus!. Il me semble qu’il existe un problème dans la traduction du sous-titrage qui en plus ne trouve pas utile de traduire les paroles des chansons que l’on entend alors que ces paroles font parfois office de chœur par rapport au dialogue des personnages. Quant a Ohad Knoller, il fait la liaison avec Yosi et Yager puisqu’il jouait Yosi.
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Il est dommage que le réalisateur n’ait pas osé un happy end, car paradoxalement le happy end qui a disparu du cinéma de qualité est aujourd’hui un acte de courage artistique alors que dans le cinéma classique des années 50 et 60 il était un poncif. Le choix de cette fin très lourdement mélodramatique est aussi peu judicieux qu’en contradiction avec la psychologie de Noam et d’ Ashraf.
Eytan Fox avec Raphaël Nadajari ou Dalia Hager et Vidi Bilu montre que la relève d’Amos Gitaï existe dans le cinéma israélien.
Bubble par son émotion et son intelligence agrandit considérablement le champ du cinéma gay.
http://www.imdb.com/title/tt0476643/
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16 juin 2009
La proximité entre Proust et Cavafy
Le désir de Cavafy était, de manière terrifiante, dénué de de tout sentiment contrairement à Proust. La proximité entre les deux écrivains se situerait dans leur obsession pour le temps, plus précisément pour le passage du temps, non seulement sur le désir (thème majeur de l'oeuvre de Cavafy) mais aussi sur la mémoire et notre perception du passé. En dépit du fait que les deux écrivains sont résolument tournés vers le passé, Proust vers le monde disparu de sa jeunesse et Cavafy vers l'antiquité, ils sont tous deux intéressés, même obsédés, par des thèmes caractéristique du XX ème siècle, la relativité du temps, la subjectivité, l'identité.
Daniel Mandelsohn, Transfuge, juin 2009
L’habilleur d’Harwood au théâtre Rive Gauche

La force d’une oeuvre, film, roman ou comme ici, pièce de théâtre est d’aller de l’anecdote au général tout en étant issu d’un individu et d’un terroir et pourtant, lorsque l’oeuvre est réussi d’atteindre à l’universel.
Sans atteindre ce sommet presque inaccessible “L’habilleur” de Ronald Harwood y parvient presque par le truchement d’un portrait d’un couple d’hommes, un acteur finissant et son vieil habilleur. Ils n’ont plus d’illusion l’un sur l’autre et se tendent réciproquement le miroir dans lequel ils ne voient que désillusions.
Harwood peint magistralement le milieu du théâtre avec ses grandeurs et son sordide, monde d’illusions de cartons et de postiches que les protagonistes ne parviennent jamais complètement à quitter. Monde mirage qui dresse un mur entre eux et le réel en ce janvier 1942 où l’Angleterre est sous les bombes allemande.
Le texte est nourri de son expérience personnel. Harwood a été engagé, comme figurant puis comme habilleur, au début des années 50, par Wolfit alors célèbre chef de troupe (L’habilleur est aussi un hommage à ces chefs de troupe qui ont aujourd’hui disparu) qui parcourait tout le Royaume uni pour y jouer le répertoire shakesperien. Il s’est inspiré de Ronald Wolfit pour créer le personnage du maître. Une anecdote ayant trait au célèbre comédien se retrouve même telle quelle dans la pièce. Pour Wolfit, comme pour le maitre, la tempête dans le roi Lear n’était jamais assez tonitruante et il houspillait rituellement à ce propos sa troupe.
Dans cette pièces dans laquelle les péripéties sont réduites et qui n’est qu’en définitive qu’un double portrait, le premier celui d’un acteur, incarné, habité par Laurent Terzieff qui est aussi le metteur en scène de la pièce, que l’on nomme que le maître et le second celui de son vieil habilleur joué par Claude Aufaure vieux complice de Terzieff et qui donne toute la complexité du personnage avec son coté louche et plébéien qui contraste avec l’aristocratisme de Terzieff. Ce personnage de cabotin, il faut beaucoup d’humilité à Terzieff pour interpréter un acteur tout en excès, le contraire de ce qu’il a démontré tout au long de sa riche et longue carrière, est à la fois héroïque et dérisoire... Mais ces qualificatifs ne peuvent ils pas définir toute vie?
Double portrait en miroir mais si celui du maître est nourri par ses soliloques tantôt délirants, tantôt d’un cynisme amer, celui de son domestique se dessine en creux par les membres de la troupe qui cancane avec lui. Aucun d’eux ne font vraiment attention à lui, ils n’ont d’attention que pour le chef de troupe.
Cette pièce ne pourrait pas se situer ailleurs qu’en Angleterre, il me semble d’ailleurs qu’il est bon d’être anglophile pour l’aprécier pleinement, c’est le seul pays où le théâtre, en particulier l’oeuvre de Shakespeare, référent ultime, est au centre de l’instruction.
C’est dans l’enracinement dans ce terroir que nait le grand moment d’émotion de la représentation lorsqu’à la fin de la représentation du roi Lear qu’il vient d’interpréter, le maître vient saluer son public qui entonne le good save the king pour honorer son courage d’avoir joué la pièce sous la menace des bombardements allemands. Nous voyons cette scène de dos en ombre chinoise comme du fond des coulisses.
La mise en scène est ingénieuse, la pièce se déroule dans sa plus grande partie dans la loge, le décor est très naturaliste, du maître où son habilleur tente de ranimer sa vigueur flageolante pour qu’il affronte, une fois de plus le public, dans le rôle écrasant du roi Lear. Mais à d’autres moment nous sommes dans les coulisses où l’on assiste à des bribes de représentation de la tragédie de Shakespeare, grand moment de drôlerie lorsque le maître repris par sa sénilité refuse d’entrée en scène et qu’un de ses camarades, truculent Laudenbach, est obligé d’ improviser pour meubler l’attente. Si les angles trouvé pour la mise en scène sont habiles en revanche elle manque de rythme, trop de temps mort et le texte aurait pu être débarrassé de plusieurs redites. Il y a bien quinze minute à retrancher pour donner plus de muscles à cette tragi-comédie. Elle souffre d’un montage trop lâche en quelque sorte. Si j’emploie des termes issus du cinéma, c’est à dessein tant on voit bien dans cette mise en scène si cinématographique, combien l’adaptation pour l’écran serait facile. Ce qui fut fait en 1983 par Peter Yates avec Albert Finney dans le rôle du maître. 
Aucun des seconds rôles ne déméritent mais je donnerais une mention particulière à Philippe Laudenbach qui est stupéfiant dans son personnage de cabotin boiteux et bolchevique.
J’ai tout de même été gêné lorsque Terzieff exhibe en caleçon sa maigreur squelettique, j’ai eu à ce moment l’impression de voir la momie de Rascar Capac jouer le roi Lear ce qui est un peu déstabilisant... Mais c’est malgré cette réserve un privilège de passer une soirée en compagnie d’un acteur qui incarne à ce point l’ exigence du théâtre.
15 juin 2009
En short sur les podiums
Vincent Lacrocq, Arnaud Valois & Jeremy Dufour
Des choses sérieuses de Gregory Norminton
Bruno Jackson est a trente deux ans un homosexuel obèse mal dans sa peau. Un soir lors d’une soirée chez une ami, il tombe nez à nez avec Antony, son meilleur ami au collège, une public school à l’ancienne. Dans celle-ci Bruno, le fils timide et solitaire d’ expatriés britanniques, s’ est épris de Anthony Blunden beau spécime de rejeton de l’upper classe . Tout semble avoir souri pour Antony tant dans sa vie privée que professionnelle, alors que Bruno est abonné aux étreintes furtives sans lendemain et poursuit une terne carrière de fonctionnaire dans un ministère.
Cette rencontre rouvre chez Bruno des plaies qu’il croyait cicatrisées. Les deux hommes qui ne se sont pas revus depuis leur seize ans, sont liés par un secret honteux, MacGuffin que le romancier fera vivre jusqu’aux presque dernières pages, transformant ce roman de collège en thriller.
On ne parvient pas à lâcher le livre jusqu’à la dernière page non tant à cause du suspense que l’auteur a su créer (même si Norminton a retenu les leçons d’Agatha Christie, mais je ne peut en dire plus sans défleurer le roman) mais surtout en raison de l’empathie qu’il a réussi à installer entre le lecteur et Bruno qui nous raconte toute cette histoire. Le roman fait de constants aller et retour entre aujourd’hui et hier, soit les années de collège des deux garçons , une quinzaine d’années plus tôt.
“Des choses sérieuses” nous entraîne dans l’univers, o combien exotique pour un lecteur français, des publics schools britanniques (celle que fréquentent Bruno et Antony n’est pas mixte.), institution que l’on a tendance, de ce coté ci de la Manche, à cantonner à la période édouardienne alors que c’est une réalité encore bien vivace de nos jours en Angleterre.
Le quotidien de ce monde aux rites aussi étranges pour nous que ceux des indigènes de papouasie nous est décrit avec finesse et exactitude.
Il fait naître pour le lecteur non rompu à cet univers bien des questions et bien des réflexions.
Cette description du quotidien d’un collège anglais et surtout la vision qu’en ont les élèves met en lumière les points communs et les différences avec d’autres systèmes. Si l’éducation anglaise qui est peinte dans le roman, qui est celui d’une élite sociale, est très éloignée du modèle français. En revanche on peut y déceler bien des points communs avec le vécu et le ressenti des jeunes japonais que l’on peut voir étalés avec complaisance dans de nombreux mangas dont les années de collège sont les décors récurrents et préférés.
Pour les anglais comme pour les japonais ces années ne paraissent pas être, comme pour les jeunes français, un passage qu’il faut franchir le plus vite possible et sur lequel on ne se retournera pas. Mais au contraire pour les adolescents anglais et aussi japonais, c’est à la fois un parcours initiatique et une fin en soi.
Le roman de Norminton , est le quatrième paru en France de cet auteur, né en 1976 (comme Bruno), tous chez Grasset. C’est le premier que je lis et il m’a donné l’envie d’en lire d’autres. Même si “Des choses sérieuses” est un ouvrage éminemment dépressif par le fait qu’il met bien en évidence , le phénomène que nous avons tous constaté, parfois à nos dépends, que bien peu des fleurs de l’adolescence donnent des fruits à l’âge adulte. Le mal dont souffre Bruno et Antony, chacun à leur façon c’est d’ailleurs, d’être conscient du gouffre qui sépare des espoirs qu’ils mettaient en eux mêmes dans leur adolescence aux réalisations de l’âge adulte. Le roman parlera beaucoup à ceux qui ont beaucoup promis et peu tenu...
Les rapports entre les élèves entre eux et entre les élève et les professeur et en particulier les liens qui se tissent entre l’un des professeur, monsieur Bridge et les deux garçons sont décrits avec beaucoup de finesse. C’est plus par l’acuité psychologique des personnages que par le style un peu plat que le roman séduit. Il reste cependant très agréable chaque phrase semble polie par l’auteur comme un gros galet par la mer. Le livre est d’une lecture très fluide. Il semble qu’il n’y ai jamais dans les phrases de Norminton un mot de trop... La grande culture du romancier et de son traductrice, Marie-France Girod, grande connaisseuse des moeurs anglaise, transparait, mais toujours avec légèreté et élégance à chaque ligne.
Je ne connais que peu Gregory Norminton mais cette déclaration a conquis d’ emblée ma sympathie: << Je suis amoureux des escargots. Ce sont des triomphes de l'évolution, ils ont inspiré les poètes de Shakespeare:
Love's feeling is more soft and sensible
Than are the tender horns of cockled snails...
à Marianne Moore
Le personnage de Bruno est peint avec beaucoup de perspicacité et vivra longtemps dans la mémoire du lecteur. Ce garçon dont on s’apercevra à la fin du livre, un peu trop dans l’air du temps, que sont âme est moins limpide qu’il veut le faire croire, m’a amené à la réflexion suivante que certains, je n’en doute pas, trouveront inconvenantes, pourquoi tant d’homosexuels sont obèses et pourquoi tant d’obèses sont immatures ce qui conduit inévitablement à la troisième interrogation qui en découle pourquoi tant d’homosexuels sont immatures...
Il y a tant de sujets tutoyés, toujours avec délicatesse, dans le roman de Norminton, le désir homosexuel adolescent, le remords, la maladie, les relations parents enfants, la posture écologiste (celle-ci très britannique et fort éloignée de celle de nos verts), Norminton est lui même militant écologiste... qu’il fait naître beaucoup d’ interrogations dont je ne peux donner qu’un pâle exemple... Une des grande et rare qualité du livre est de réussir amalgame convaincant entre l’intime et le politique.
“Des choses sérieuses” devrait ravir tous les amoureux de l’Angleterre. Si j’aime tant les romans anglo-saxons contemporains, et celui-ci en est un bon exemple, c’est qu’ils ont l’ apanage de la profondeur sous des aspects modestes, tout le contraire de la majorité de la production française qui affiche son intellectualisme de forme qui ne recouvre le plus souvent qu’une vacuité de fond. Dans ce continent des lettres en langue anglaise, j’ai une prédilection pour ce qui nous vient d’Albion. Les romans anglais ont presque toujours la supériorité sur leurs homologues américains l’excellence de leur construction “de leur découpage” (“Des choses sérieuses” entre de bonnes mains ferait un beau film. ), ils possèdent une fluidité que n’a que rarement les ouvrages venus d’outre Atlantique qui semblent souvent être qu’une suite de nouvelles aux personnages récurrents mises bout à bout. Néanmoins ici j’y ai retrouvé des échos de romanciers américains pour le ton de Stephen McCauley et pour les thèmes de David Leavitt, Donna Tartt...
Ceux qui aiment une littérature ancrée dans le monde moderne, encore une spécificité du roman anglais actuel, Coe, Will Self... car les grands faits historiques de ces quinze dernières années passent en filigrane de l’intrigue mais avec plus de légèreté et moins d’acrimonie que chez les deux auteurs pré cités et les personnages émouvants et inoubliable devrait faire “Des choses sérieuses” une de leur toute première lecture d’été...
14 juin 2009
L'adolescence des supers héros
13 juin 2009
il faut toujours écrire
<< ... il faut toujours écrire,
quand on en a envie. Nos contemporains (pas plus que nous-mêmes) ne
savent ce qui restera de nos œuvres. Voltaire ne se doutait pas que le
plus immortel de ses ouvrages était ‘Candide’. Il n’y a jamais eu de
grands hommes, vivants. C’est la postérité qui les fait. – Donc
travaillons si le cœur nous en dit, si nous sentons que la vocation
nous entraîne. »
Gustave Flaubert (lettre à Léon de Saint-Valéry)
Felix Schopgens
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Stonewall (mise à jour)
Fiche technique :
Réalisation :
Nigel Finch. Scénario : Rikki Beadle-Blair & Nigel Finch. Images :
Chris Seager. Montage : John Richard. Musique originale : Michael
Kamen. Décor : Charles Ford.
Durée : 98 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec Guillermo Diaz, Frederick Weller, Brendan Corbalis, Duane Boutte, Bruce Mac Vittie, Dwight Ewell, Luis Guzman et Gabriel Mann.
Résumé :
1969 :
le jeune Matty Dean (Frederick Weller) venant de son Middle-west natal
débarque à New York où il espère pouvoir vivre son homosexualité de
manière plus épanouissante que dans sa province. Dès son arrivée il
rencontre, dans les jours qui précèdent les événements de Stonewall,
deux hommes que tout oppose : La Miranda (Guillermo Diaz), une drag
queen portoricaine flamboyante, et Ethan un activiste gay quelque peu
coincé. Ces deux personnes vont devenir ses amants et changer sa vie.
L’avis de Bernard Alapetite :
Pour
commencer, un peu d’histoire communautaire : à New York, dans la nuit
du 27 au 28 juin 1969, dans le cadre d’une vaste opération contre les
bars liés à la mafia, la police fait une descente au Stonewall, 53
Christopher Street, dans le quartier de Greenwich village, un bar où
les gays se rassemblent car ils ne sont pas acceptés dans les autres
établissements. Pourtant, en 1966, les tribunaux new-yorkais ont
reconnu aux homosexuels le droit de se rassembler dans des débits de
boisson.
Le Stonewall comme bon nombre de bars est géré par la pègre locale,
lointain héritage du temps de la prohibition. Son patron, Tony Lauria
« Fat Tony », paie sa dîme aux « œuvres » de la police locale et
reverse les recettes du soir au parrain de New York, Matty The Horse.
Le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle est d’un
bon rapport. Le bar accueille plusieurs centaines de personnes le
week-end mais il ne possède pas de licence. Le patron est obligé de
graisser la patte des officiers de police du 6e
district pour ne pas voir son établissement fermer. Outre des gays et
des travestis, sa clientèle comprend de nombreux émigrés clandestins,
autant de raisons pour que les autorités s’y intéressent.
Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, vers deux heures du matin,
huit officiers du New York Police Department pénètrent dans le
Stonewall. Ils effectuent un contrôle d’identité musclé de la
clientèle, majoritairement afro-américaine et portoricaine, qui
résiste. Ce raid était différent des interventions précédentes.
Habituellement, les propriétaires étaient prévenus à l’avance par un
informateur au sein même de la police qu’une descente aurait lieu. Ces
« visites » avaient souvent lieu assez tôt dans la soirée pour
permettre une réouverture rapide du bar.
Mais cette nuit-là, les policiers ferment l’établissement et jettent
les clients un par un à la rue après avoir procédé au contrôle des
identités. Deux cents jeunes gens sont expédiés sur le pavé. Au lieu de
se disperser dans la nuit comme d’habitude, ils se massent sur les
trottoirs aux alentours. Un barman, le portier, et trois travestis sont
arrêtés et traînés vers un fourgon de police. Un petit groupe de
travestis se lance à leur rescousse. La tension monte. Des bouteilles
de bière et des briques volent en direction des policiers. L'histoire
veut qu'un travesti, Sylvia Rivera, ait jeté la première bouteille sur
les policiers. Les travestis, blacks, latinos, prostitués, étudiants,
gays et lesbiennes du quartier sont rameutés. Ils contre-attaquent et
disputent le terrain à une police en difficulté. Surpris, les policiers
battent en retraite et, comble de l’ironie, se réfugient dans
l’établissement. La foule, qui dépasse les 400 personnes, hurle des
injures et tente d’enfoncer la porte du bar. Un manifestant essaie de
mettre le feu à l’établissement, sans succès. Un parcmètre est arraché
et vient coincer la porte du bar, bloquant plusieurs officiers à
l’intérieur. La foule continue à grossir. Un feu de rue éclate. Treize
personnes sont arrêtées et seront déférées devant la justice. Les
renforts demandés sont accueillis par des jets de bouteilles. Des
homosexuels prévenus qu’il se passe quelque chose au Stonewall arrivent
de toute part. Au petit matin, la foule atteint 2 000 personnes. Elle
lance des bouteilles et des pierres aux 400 policiers arrivés sur
place. La police finit par envoyer la Tactical Patrol Force, une unité
de police anti-émeute, alors habituée à lutter contre les opposants à
la guerre du Vietnam. Ces hommes parviennent à disperser les
manifestants.
Craig Rodwell, qui avait créé en 1967 dans la Christopher Street
la première librairie d'auteurs gays au monde, la Oscar Wilde Memorial
Bookshop, a ameuté la presse. Les journalistes assisteront à plusieurs
jours de combats, qui se poursuivront dans la rue. En effet, si le 28
juin, l’émeute se calma, la foule revint les jours suivants. Le soir du
29, un groupe de 500 personnes descend Christopher Street en chantant
des slogans pro-pédés. La police anti-émeute charge à la matraque avec
une extrême violence et fait de nombreux blessés. Le 9 juillet a lieu
le premier « Gay Power Meeting ». Au total, les échauffourées durèrent
cinq jours, toutes les brimades dont les homosexuels avaient été
victimes précédemment refaisant surface. Mais comme le dit un des
personnages du film : « À chacun sa légende de Stonewall... »
Retour au calme : la dernière fois que je suis passé dans le
Village, en avril 2006, la lumière du printemps irisait les trottoirs
proprets de Christopher Street que bordaient de coquets commerces
arborant presque tous sur leur vitrine le « rainbow flag ». L’Oscar
Wilde bookshop qui a déménagé au n°15 de la rue offre, dans sa
tortueuse caverne, toujours autant de trésors que naguère. Ce jour-là,
les gardiennes du temple étaient deux charmantes et compétentes
lesbiennes qui étaient en âge d’avoir connu les horions de la police
dans cette même rue. J'ai appris il y a quelques semaines que la crise et le temps qui passe avaient eu raison de L'Oscar Wilde bookshop. Rétrospectivement j'ai eu un peu honte de n'y avoir pas fait une visite de courtoisie lors de mon dernier passage à New York en septembre 1997... Il y a quelques jours j'apprenais en outre que le Virgin de Time square , la plus grande surface de vente de dvd et de CD fermait ses portes! Où vais je acheter mes dvd gay à New-York lors de ma prochaine visite? Chers lecteurs ne me laissez pas dans l'expectative...

gay street est une minuscule rue qui débouche dans Christopher street
.
Le quartier, tout en étant resté gay-friendly, n’a
plus grand-chose à voir avec celui du temps des émeutes. Il s’est
embourgeoisé et policé comme le reste de New York, aujourd’hui une des
villes les plus sûres du monde depuis les actions de son maire Guiliani
à la fin des années 90. Guiliani, encore un Républicain atypique (du
Great Old Party), dirige la ville depuis 1994, alors qu’aux dernières
élections présidentielles le candidat démocrate, John Kerry, a obtenu
74 % des voix.
Depuis, ces événements sont considérés comme l’acte fondateur de la
libération des gays. Ils sont commémorés de par le monde, le dernier
samedi de juin, le Christopher Street Day, par une gay pride.
Le monument en hommage aux gays du célèbre George Segal, en haut de Christopher street
.
Aujourd’hui, peu sont parmi ceux qui se trémoussent
en suivant les chars de la gay pride parisienne savent que c’est
l’anniversaire d’une révolte de gays quelque part dans le sud de
Manhattan qu’ils honorent. Pourtant cette geste n’est pas complètement
oubliée, même parmi ceux qui n’étaient pas encore nés alors, comme en
témoigne cet extrait de l’excellent blog de Matoo : « (…) Je
sais que je suis un peu le seul à le penser (arf), il s’agit de la
commémoration des événements de Stonewall de 1969. Et au-delà, j’y vois
la célébration de l’activisme gay depuis 1968 en France. En se pavanant
librement et fièrement sur le goudron, on rend finalement hommage à
tous ces hommes et femmes qui ont lutté pour notre affranchissement. Et
ce ne sont pas les « look hétéros » qui ont été les plus en verve, mais
certainement les premiers à en bénéficier aujourd’hui. » ou encore ces phrases
signées Conrad sur un site en déshérence depuis 2002 : « Si
vous êtes de ceux qui regrettent la présence des travelos aux marches,
souvenez-vous qu'ils ont ouvert la voie. Si vous regrettez qu'on ne
voit qu'eux à la télé, souvenez-vous que les médias montrent ce qu'ils
veulent, ils n'ont pas besoin de nous pour mentir. Le travail de
tolérance et de respect doit se faire tous les jours et par tous,
travestis ou non. Je ne suis pas out, au boulot. Mais j'admire la force
de ces gens qui ont le courage de s'exposer au jugement d'autres gens
qui ne les comprennent finalement pas. Je ne suis ni travesti, ni
drag-queen et je n'en ai jamais connu d'assez près ni assez bien pour
en parler, je pourrais écrire des pages entières à les idéaliser, mais
à quoi bon ? Pensez ce que vous voulez, habillez-vous comme vous
voulez, moi, le 1er juin 2002, je marche. »
En France, il faudra attendre le printemps 1971 pour que soit créé
le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et c’est seulement
le 25 juin 1977 qu’eut lieu la première gay pride parisienne.
Le film, qui d’ailleurs devrait plutôt s’appeler Avant Stonewall
car seulement les dix dernières minutes relatent en une remarquable
synthèse l’émeute, présente habilement mais trop brièvement le contexte
historique de cette période : celui international, la guerre du Vietnam
mais aussi interne au mouvement gay. Celui-ci était alors représenté
par la Mattachine Society qui est montrée ironiquement au travers des
réunions auxquelles assistent Matty, le héros du film. Ce groupe
œuvrait discrètement pour donner plus de droits aux gays. Le mouvement
voulait que les homosexuels se fondent dans la société, s’intègrent et
ne soit en rien discernables des hétérosexuels, un peu l’équivalent de
ce qu’était en France Acady.
Il faut savoir que si l’intervention de la police a provoqué de telles
réactions, c’est certes que Judy Garland venait de mourir mais que
surtout cette descente de police inopinée était comme un retour aux
années précédentes. En effet, la tendance était à la tolérance envers
les gays depuis l’élection en 1965 à la mairie de New York de John
Lindsay, un Républicain qui présentait un programme de réformes, et
celle de Dick Leitsch comme président de la Mattachine Society à New
York. La police diminua sensiblement ses descentes à partir de 1965.
Petite précision, le Parti Républicain était bien différent de ce qu’il
est aujourd’hui sous la présidence de Bush, en particulier à New York
où il était alors dominé par deux libéraux : John Lindsay et Nelson
Rockefeller.
Au moins depuis Alexandre Dumas et Walter Scott
on sait que la fiction est le meilleur moyen pour immortaliser des
jours que l’on veut fameux. Mais pour que le roman ou le cinéma fasse
de beaux enfants à l’Histoire, faut-il encore que la fiction soit
puissamment incarnée par des héros auxquels le lecteur ou le spectateur
puissent s’identifier. C’est ce qu’a imparfaitement réussi Nigel Finch.
Le
film démarre sur des témoignages, ce qui est une bonne idée qui
malheureusement ensuite sera abandonnée, puis il nous entraîne très
vite dans l’histoire de Matty qui débarque de sa lointaine province et
qui tombe amoureux de la première personne qu’il rencontre, un joli
travesti latino qui va lui servir de guide dans ce gay New York de
1969, où comme par hasard il va rencontrer immédiatement un
échantillonnage de la communauté gay. La ficelle scénaristique est un
peu grosse et par conséquent, on a bien du mal à s’identifier à Matty.
Le scénariste ne fait entrer
véritablement le romanesque que dans la dernière demi-heure de son
film, ce qui est beaucoup trop tard.
Stonewall hésite
constamment entre le film militant et sociologique, la comédie
romantique et le musical. Cette absence de choix déconcerte le
spectateur, le réalisateur ne parvenant jamais à mêler harmonieusement
les trois veines de son inspiration. Le choix d’inclure des interviews
de témoins des événement était judicieux. Ce procédé a fait flores
depuis. Les frontières entre fictions et documentaires tendent à se
brouiller. Il était très novateur en 1996 et on ne peut que regretter
que Finch ait abandonné cette tentative et ne soit pas allé au bout de
son idée. Pas plus qu’il soit allé au bout de sa volonté de transformer
ce film historique en musical, ce qui aurait encore plus dynamisé Stonewall dans lequel les morceaux chantés s’intègrent mal. On voit bien que le modèle est Torch Song
Trilogy
(1988) mais jamais Finch, comme le fait Fierstein, nous prend aux
tripes avec son histoire d’amour entre le gay candide et le travesti
romantique et blessé par la vie. Il ne parvient pas complètement non
plus à mêler analyse sociologique et historique avec ses histoires
d’amour. Les personnages sont trop archétypaux pour nous émouvoir. Ils
sont cependant servis par des comédiens de grand talent.
On comprend bien que le réalisateur a voulu dépeindre les émeutes par le biais de la vie de ces quelques personnes mais cela manque terriblement de chair. En revanche, il est juste historiquement d’avoir donné le premier rôle à une drag-queen portoricaine car ce sont elles qui furent en première ligne face à la police. Comme de bien montrer l’implication de la mafia dans ce monde de la nuit ainsi que la corruption de la police.
Il est indéniable que le film est parcouru d’une énergie et d'une force
de conviction qui ne se démentent jamais. Il ne tombe jamais non plus
dans le glauque et le misérabilisme, bien que le film comporte quelques
scènes dramatiques.
Il est
paradoxal qu’un grand événement de l’histoire américaine, cette prise
de la Bastille gay, comme le qualifie Edmund White, soit transposé au
cinéma par un cinéaste britannique, tout comme l’un des épisodes du 11
septembre le fut par Paul Greengrass dans Vol 93.
Pour son premier film Nigel Finch s’est entouré de solides professionnels, ce qui n’empêche pas la flamboyance comme en témoigne la vie de son scénariste, Rikki Beadle-Blair (le créateur de l’incroyable série Metrosexuality), qui est un véritable roman. Il naît en 1962 à Bermondsey, au sud de Londres. Il est élevé par une mère célibataire, Monica Beadle, conseillère sociale et lesbienne. Originaire de Jamaïque, elle émigre à l’âge de 12 ans en Angleterre, où elle sera la première enfant noire dans son école à Peckham. À 16 ans, enceinte de Rikki, et alors que sa mère vient juste de mourir, elle est jetée à la rue par sa sœur. Rikki entre à l’école alternative de Bermondsey où les enfants étudient uniquement les matières qui les intéressent. Rikki se consacre exclusivement au cinéma et au théâtre. Il existe dans les actualités télévisées de la BBC un documentaire qui traite de Rikki enfant acteur à Bermondsey dans les années 70. À 17 ans, il donne des concerts a capella dans une librairie gay, The Word, dans le quartier de Londres de Bloomsbury. À la fois danseur, artiste de cabaret, musicien rock, acteur, chorégraphe, metteur en scène, scénariste, il parcourt le monde, danse et monte des shows dans des cabarets, présente une chorégraphie de strip-tease à... Bagdad. Il sera même assistant dans un spectacle de serpents. Il se fixe ensuite à Londres où il dirigera nombre de mises en scène en marge des circuits traditionnels. Il interprète Hamlet, mais son rôle préféré restera Blue, un punk junkie héroïnomane de Liverpool dans le film Sirens au début des années 90. Il obtient le prix du meilleur scénario pour celui de Stonewall. Ensuite, il se consacre essentiellement à l’écriture de scénarios pour la BBC, Radio 4 et Channel 4, de courts métrages et pièces radiophoniques dont il interprétera lui-même certaines. Il participe aussi à des projets en collaboration avec le Théâtre national de la jeunesse. En 1998, Rikki travaille avec le cinéaste David Squire pour Captivated, film à un seul rôle qu’il écrit et interprète, puis A Dog’s Life, un court métrage qui remporte de nombreux prix. L’année suivante il crée Metrosexuality (DVD édité par BQHL), une série en six épisodes pour Channel 4. Il est à la fois scénariste, metteur en scène, premier rôle et compose aussi la musique avec Mark Hawkes. En 2001, il adapte Take it Like a Man, une biographie de Boy George dirigée par Kfir Yefét pour la BBC.
Nigel Finch n’aura pas vu terminé son premier film pour le cinéma. Il meurt du sida avant qu’il soit complètement finalisé. Sa post-production est assurée par sa productrice, Christine Vachon. Cette dernière est une figure importante de la cinématographie gay. Elle a également produit entre autres : Poison, Swoon, Postcards From America, Go Fish, Safe, Kids, I Shot Andy Warhol, Kiss Me, Guido. Auparavant Finch a été monteur et producteur de la série Arena pour la BBC 2. Arena lui valut cinq Oscars anglais de la télévision et de nombreuses citations internationales. Dans cette série, il réalisa des films sur l'hôtel Chelsea, le photographe Robert Mappelthorpe et une biographie en cinq parties des Rolling Stones. The Vampyr : A Soap Opera fut récompensé par le Prix Italia en 1993. Stonewall est donc son premier et dernier film pour le cinéma.
Chris Seager, le directeur de la photo est aussi, entre autres, celui de Beautiful Thing et d’Indian Summer (deux excellents films gays).
Le film a reçu le premier prix du Festival du film à Londres et le prix
du public au Festival du film gay et lesbien de San Francisco.
Stonewall,
que l’on doit considérer comme inachevé, est un hymne à la tolérance et
au courage de s’affirmer. Malgré ses imperfections, c’est un spectacle
agréable et surtout indispensable pour la connaissance de l’histoire de
la communauté gay..
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