22 janvier 2009
SON FRERE

France, 2003, 1h 40mn
Réalisation : Patrice Chéreau, scénario : Patrice Chéreau, Anne-Louise Trividic d’après le roman de Philippe Besson, image : Eric Gautier, son : Guillaume Sciama, montage : François Gédigier, costume : Caroline de Vivaise
Avec : Bruno Todeschini, Éric Caravaca, Maurice Garrel, Catherine Ferran, Robinson Stévenin, Antoinette Moya, Fred Ulysse, Nathalie Boutefeu, Sylvain Jacques, Pascal Greggory
Résumé
Alors qu’ils ne se voyaient plus depuis plusieurs années, Thomas, l’ainé rend une visite inopinée à son frère, Luc, pour lui demander de l’aider à affronter la grave maladie dont il est atteint. Le film nous fait vivre la rédemption de Thomas par la maladie et la découverte de l’amour fraternel par les deux hommes jusque là séparés par le favoritisme dont avait bénéficié l’ainé et l’homosexualité du cadet.
L’avis de Bernard Alapetite
"Son frère" commence bien, par une audace cinématographique : un long monologue, face à la mer, pour être plus précis devant la côte sauvage du Croisic, dit par un des plus beaux veillardx du cinéma français, Maurice Garrel. Ce personnage dont on ne saura que peu de choses, reviendra plusieurs fois, apportant une aération à la relation étouffante entre les deux frères. Dans cette première scène, comme dans toute son œuvre, Chéreau revendique son héritage théâtrale pour en faire un objet éminemment cinématographique dans son film le plus naturaliste.
Dans naturaliste il y a naturel, et ici les acteurs sont doublement nus, sans maquillage et souvent montrant la nudité de leur corps. C’est avec évidence que le réalisateur montre le sexe de ses acteurs quand celui-ci n’est plus objet de désir, mais morceau oublié du corps souffrant. Pourtant dans ces abandons, dans cette douleur, l’érotisme est présent comme il l’est dans bien des descentes de croix des peintres de la renaissance... Il y a du Montegna dans le Chéreau de "Son frère" qui érotise avec tact les corps malades. Grand plaisir des yeux et des sens que de découvrir au coin d’un cadre, toujours très étudié, le torse tatoué du jeune voisin de chambre d’hopital de Thomas. Une des scènes les plus émouvantes et les plus sensuelles est la rencontre, au détour d’un couloir de l'hopital entre Luc et un adolescent (Robinson Stévenin, troublante résurrection du jeune Pierre Clémenti) « ouvert comme un poisson » ce dernier montrant à Luc sa couture avec la même volupté pudique que s’il lui faisait découvrir son sexe.
Très belle image sensuelle aussi que celle de luc et de son ami enlacé nus sur leur lit. On a un peu de mal à reconnaître dans cet ami Sylvain Jacques, le Tadzio brun de "Ceux qui m’aime prendront le train". Le temps l'a défait avec délicatesse... Nous découvront son émouvante nudité, montrée avec évidence. Rarement la nudité dans le couple aura été montré avec autant de vérité et de simplicité. La caméra est presque toujours très près des acteurs, peu de plans larges, les suivant avec fluidité grâce au steadycam.
Le cinéaste définit ainsi le thème de son film : << Le sujet du film ce n’est pas la maladie; mais un homme qui découvre que toute sa vie était basée sur un mensonge, sur une force présumée, qui finalement n’est pas là. Il n’a pas la volonté de décider d’en finir, ni de se battre. C’est ce qui arrive quand une personne d’un narcissisme énorme est atteinte physiquement…C'est un film sur les corps et sur la manipulation d'un corps en particulier. C'est un film sur les peaux, sur la dégradation d'un corps qui était sans doute très actif et qui, là, est contraint de se laisser manipuler. Il devient passif et abandonné, on le regarde, on le compare aux autres corps, ceux qui sont en bonne santé.>>
C’est un vrais tabou qu’aborde le cinéaste, le désir sexuel du malade, de celui qui se sait condamner, de la dernière fois et le regard de l’autre face à ce corps qu’il ne reconnaît plus et qui n’éprouve plus qu’un mélange de répulsion et de pitié à la place du désir d’hier. C’est tout cela qui passe dans le regard d’Alice (Nathalie Boutefeu) la compagne de Thomas.
Si tous les comédiens sont admirables, Chéreau a convoqué sa troupe, Pascal Gregorry fait une apparition la grande réussite du film doit beaucoup aux deux comédiens principaux, Eric Caravaca, terrien, un peu gauche à mille lieu du cliché du gay urbain, et Todechini, christique, pour qui la maladie rédemptrice lui fera découvrir l’autre.
Il faut dire que que le scénario leur offre des personnages très riches. Luc souffre de la désaffection de ses proches à cause de son homosexualité, mais presque comme d’autres pourraient en souffrir pour d’autres raisons.
On sort bouleversé de ce film aux images parfois très dures, comme celles de la préparation pour l’opération, le rasage du corp de Thomas en temps réel. Les scènes se déroulant à l’hopital sont traitées comme dans un documentaire alors que le moindre costume, cadrage sont choisis avec beaucoup de soin. C’est la grande force de Chéreau de nous faire croire que son cinéma est naturalisme, alors qu’il est le comble du construit, du concept; de cette confrontation il fait naitre l’émotion.
Ce très grand film était au départ destiné à la chaine de télévision Arte. Chéreau s’est complètement approprié cette commande de l’adaptation du roman éponyme de Philippe Besson qui lui permet aussi de représenter également très finement l’homosexualité. Chéreau a modifié le livre dans lequel c’était le frère cadet, et le plus doué, qui mourrait. Autre différence importante, dans le livre il s’agissait de retrouvaille les frère s’était aimé avant de s’éloigner l’un de l’autre alors que dans le film ils ne se sont jamais aimé ce qui rend l’engagement de luc envers son frère beaucoup moins évident et plus fort. Philippe Besson, ravis de cette trahison déclara : << Chereau m’a trahi et je le félicite. Bien sûr, nous avons accompli la même démarche à travers une histoire de frère, de mort et d’amour. Mais dans le film, on retrouve les propres histoires de Patrice Chéreau hanté par la mort d’Hervé Guibert et de Bernard-Marie Koltes. Certaines scènes absentes du roman sont inspirées par des photos de Guibert. Il avait besoin de parler de ses fantômes et "Son frère" est bien son film.>>. 
Pour télécharger le film cliquer sur les lignes ci-dessous...
21 janvier 2009
Désastre
Sur ce site où il y a aussi de bien beaux garçons j'ai trouvé cette astucieuse installation...

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Plongeon
Kenya 1, Nairobi - Nakuru - Naivasha
Ce n’est pas sans un peu d’anxiété, surtout par crainte d’être déçu par rapport à mes précédents voyages dans ce pays que j’avais tant aimé, presque vingt ans après ma dernière visite que je retrouvais le Kenya pour un troisième safari photo.
Première petite angoisse quels vont être mes compagnons de voyage avec lesquels je vais vivre une promiscuité cahoteuse durant une dizaine de jours? Heureusement bonne pioche, un couple d’exploitants agricoles charentais, également grands voyageurs, ce qui n’est heureusement pas toujours incompatibles, ayant déjà fait un safari en Afrique du sud.
Pendant que les bagages sont chargés, je repère une Land-rover siglée aux couleurs d’un institut américain voué à l’étude des hyènes, animal qui pourtant ne jouit pas généralement d’une grande sympathie des zoologues et des touristes, c’est pourtant une bestiole bien intéressante...
Si la tête d’Obama est très présente, l’ effigie du président local se fait très discrète, ce qui n’était pas le cas lors de ma précédente visite durant laquelle on ne pouvait pas échapper à la bobine du président Moi, alors président en exercice à qui on a donné, de son vivant, son nom à l’aéroport de Mombasa...
Le petit car Toyota au toit ouvrant est vaste pour ses quatre passagers. Notre guide dès cette arrivée matinale met le cap vers le lac Nakuru, lieu de notre premier safari.
Nairobi est toujours une ville sans grand charme, dont les immeubles me paraissent un peu plus hauts et rutilants que dans mon souvenir. 10 % des 33 millions de kenyans vivent dans cette ville. Les embouteillages me permettent de constater la popularité locale d’Obama, à la une de tous les journaux à quelques jours de sa prise de fonction. De nombreuses boutiques arborent l’effigie du futur président américain, principalement sous forme d’un calendrier bien en évidence dans de nombreuses échoppe. Sur un mat une affiche vente les mérites de la bière “Président” dont la boite est illustrée par l’image d’Obama. Notre guide nous informe que le même breuvage, il y a quelques mois, s’appelait encore “Sénateur”, mais que toutefois son prix n’avait pas augmenté avec la prise de grade de son mentor.
Juste après être sorti des faubourgs de la capitale nous voyons nos premières bêtes sauvages, celle-ci ne résident pas que dans les parcs. Les différentes gazelles et autres zèbres peuplent la campagne. Nous croisons également plusieurs familles de phacochères.
Dès que l’on quitte la ville, tout comme il y a 20 ans c’est l’intense circulation pédestre au bord de la route qui frappe au premier abord. Dans cette quirielle de piétons qui cheminent beaucoup d’enfants, parfois très jeunes qui dans leur uniforme (approximatif) hérité de la tradition anglaise font route vers l’école.
Dès l’entrée du parc nous avons la chance de voir des élands du cap qui pour être la plus grande des antilope du kenya, il peut atteindre 1m 50 au garrot, est néanmoins l’une des plus difficile à apercevoir.
Puis nous croisons une petite troupe de cobes d’eau. Le lac approche!
On traverse ensuite une colonie de buffles mélangée aux zèbres. Et toujours des gazelles de Thomson. Un beau mâle babouin sur le bord de la piste, à la fois narquois et méditatif, nous regarde passer.



L’arrivée sur les bords du lac Nakuru, 188 Km2 et qui culmine à 1758 m m’a réservé ma première et peut être plus grande surprise du voyage. Alors que je l’avais quitté en 1991 le tour frangé de rose d’une multitude innombrable de flamands, je n’en voyais que quelques grappes isolées dans une foule de pélicans.
En 1989 pour mon premier voyage en compagnie de Jean-Claude Farjas, Pierre Ramel, un autre peintre ami, m’avait chargé de faire le plus possible de photos de flamands roses en vol car , grand amoureux, lui aussi de la nature, il voulait peindre un grand tableau dont ces oiseaux seraient l’élément principal; ce qu’il fit; la peinture fut exposée l’automne suivant au Grand-Palais dans le cadre du Salon d’Automne. Je me demande bien ce qu’est devenu cette toile? Si quelqu’un à des lumières à ce sujet qu’il n’hésite pas à me contacter. En 2009, j’aurais été bien en peine d’honorer cette commande!
Les raisons de la quasi disparition en leur ancien sanctuaire des flamands sont diverses. La première est la sécheresse exceptionnelle (?) que subit le Kenya depuis plusieurs saisons. Le lac est au plus bas. La température est plus élevée d’au moins cinq degrés que lors de mes voyages précédents, faits à la même période. Le résultat est que l’herbe est plus rare et plus brûlée qu’ auparavant, ce qui a une répercussion directe sur la population des animaux sauvages dans les parcs. La deuxième et sans doute la plus importante est l’introduction il y a une vingtaine d’années du tipaya dans le lac un fort bon poisson, on en mangera à plusieurs reprises durant notre périple, qui a la mauvaise idée de se nourrir, comme les flamands, des même crevettes qui donne leur couleur rose à ces grands oiseaux. La présence des tipayas a attiré les pélicans, sympathiques volatiles aussi voraces que gourmets.
On retrouvera une bonne partie des flamands plus en avant dans le voyages. Ils ont migré en nombre en Tanzanie.
La petite déconvenue de l’absence des flamands a largement été compensé par la présence de rhinocéros blancs qui ont été introduits depuis une dizaine d’années. Ils ont été importés d’Afrique du sud. Durant notre visite dans le parc de Nakuru, j’en compterais sept, alors que je n’en avais vu qu’un, et encore que de nuit, lors du safari de 1991. Les rhinocéros blancs semblent faire bon ménage avec ces autres colosses que sont les buffles.
Le rhinocéros blanc est un peu moins menacé d’ extinction que son cousin le rhinocéros noir. Il est plus gros que ce dernier. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ce n’est pas leur couleur qui permet de les distinguer. Tous deux sont gris! Si les rhinocéros peuvent présenter des robes différentes ce n’est que parce que la boue dans laquelle ils se vautrent n’ont pas toujours la même couleur. Ladjectif blanc, white en anglais est du à une déformation phonétique de la part des britanniques du mot hollandais wijd qui signifie large. En effet lorsqu’ils débarquèrent en Afrique du sud les boers remarquèrent que le rhinocéros qu’ils découvraient avait une lèvre supérieure plus large et un museau plus carré que les rhinocéros rencontrés plus au nord. Mais les anglais comprirent white! Et ainsi le rhino devint blanc!

En outre le rhinocéros blanc possède une bosse sur la nuque et une corne plus longue que le noir. Ils sont plus copieux que leurs cousins. Ils peuvent mesurer jusqu'à 3m 80 pour une hauteur de 2m au garrot. Leur poids moyen est de 3 tonnes mais certains pèsent jusqu’à 5 tonnes! Heureusement il est plus placide que son cousin, ainsi nous avons pu nous promener à pieds non loin de lui, ce qui n’est pas conseillé avec le rhinocéros noir qui dans un même cas aurait très certainement chargé. C'est ce qui est arrivé à notre petit car en 1989, lors de mon premier voyage. J'ai pris la photo ci-dessous lorsque un magnifique rhinocéros noir n'était plus qu'à quelque centimètres du véhicule où je me trouvais. J'ai bien peur que ce superbe animal ait bien mal fini.
Dernière image du Parc de Nakuru, un groupe de buffles à l’ombre d’un acacias.
Nous faisons demi-tour direction le lac Naivasha dont le niveau, qui comme les autres lacs de la Rift valley, baisse en des proportions inquiétantes. Contrairement au lac Nakuru, c’est un lac d’eau douce. Il n’y réside ni flamands roses ni pélicans...
Découverte de l’hotel, le Naivasha Sopa Resorts qui s’avèrera une bien bonne adresse, de magnifiques bungalow dispersés dans un superbe parc. Du balcon de la chambre je vois trois girafes gambader sur la pelouse de l’hotel. Celle-ci va descend en pente douce jusqu’au lac que l’on ne peut voir, la vue étant barrée par de nombreux acacias.
Après un bon déjeuner où je découvre la chair au goût subtil du tipaya, nous embarquons dans une pirogue à moteur pour découvrir la faune du lac Naivasha qui couvre 170 km2, en premier lieu les hippopotames qu’à mon goût nous n’ approchons pas d’assez près.

Après cette visite un peu frustrante, nous débarquons dans une grande île du lac, Crescend Island. Dans cette île, comme dans le parc du lodge, on peut y admirer une très belle variété d’acacias au tronc jaune. On l’appel yellow fever car, à l’époque des premiers colon, il était considérer comme le vecteur de cette terrible maladie, dont la vaccination est obligatoire pour pénétrer en Tanzanie. Cette légende est probablement né du fait que sous son ombrage les blancs faisaient la sieste au bord de l’eau qui attirait les moustiques qui sont les véritables vecteur de la fièvre jaune.

Dans notre promenade sur l’ile où nous apercevons quelques belles villas, un jeune blanc pêche sur un ponton, nous côtoyons buffles, gazelles, cobes, girafes...


Retour à l’hotel pour le cocktail vespéral avant un bon dîner. Je suis épuisé par cette première journée riche d’images, après une nuit sans sommeil dans l’avion. Comment peut on dormir dans un avion! Pourtant j’avais trois places pour moi et j’ai passé une partie du vol couché.
Je décide d’aller me coucher tôt. Un préposé à la sécurité nous accompagne jusqu’à notre pavillon et là à 15 mètres de l’entrée de notre chambre sa torche électrique éclaire un hippo en train de brouter placidement...
20 janvier 2009
LA LEON
Argentine -France, 2006, 85mn
Réalisation:
Santiago Otheguy, musique: Vincent Artaud, image : Paula Grandio, son:
Abel Tortorelli, décor : Sergio Rud, montage : Sebastian Sepulveda,
Valeria Otheguy
Avec: Jorge Roman, Daniel Valenzuela, Jose Munoz, Daniel Sosa, Ana Maria Montalvo
Résumé
Le
delta du Paranà en Argentine est un labyrinthe de rivières et de
ruisseaux, un monde sensuel et sauvage, où Alvaro (Jorge Roman) mène
une vie humble et solitaire. La pêche et la coupe des roseaux constituent
son labeur quotidien. Son homosexualité et sa passion pour les livres
font de lui un personnage à part parmi les habitants frustres,
traditionalistes et homophobes, de cette région d'Argentine qui semble
hors du temps. Chaque jour, Un bateau bus, La Leon, relie ce territoire
mouvant, sans frontières définies, à la ville. Il est piloté par El Turu
(Daniel Valenzuela), un homme violent et autoritaire, le relais
incontournable de toutes communications entre les habitants qui en font
un notable de la communauté. El Turu voit la différence d'Alvaro
comme une menace et est déterminé à le harceler parce que… secrètement
il le désire

L’avis de Bernard Alapetite
Au
temps des formatages exacerbés, des séquelles et autres préquelles
voici un film absolument singulier, d’abord par la merveille de ses
images, filmées par une caméra posée, en plans fixes et contemplatifs,
aux cadrages au cordeau. La leon est à la fois ambitieux, sans
concession par sa forme, et raisonnable par sa longueur et la
limitation du sujet, du nombre des personnages et du lieu dans lequel
l’intrigue se déroule; un lieu vraisemblablement très bien connu par le
réalisateur et un sujet probablement qui le touche de très près.
Modeste aussi par l’argument l’affrontement psychologique tendu entre
deux hommes totalement dissemblables, sur fond de chicanes pour des
coupes de bois; peinture de l’engrenage de la violence quotidienne née
de la frustration sexuelle qui passe beaucoup plus par le non dit, ces
pesants regards signifiants, par l’ellipse narrative et la grammaire
cinématographique que par le dialogue dans ce monde de taiseux. Au delà
de la narration et de l’esthétique Otheguy se sent un devoir de
témoignage et de vérité comme il l’explique: <<j’ai du mal à
comprendre comment au delà de l’efficacité de la narration, certains
cinéastes n’arrivent pas à voir qu’avec les implications dans
l’histoire, comment filmer un type qui coupe du roseau puisse poser
problème. Tu vas laisser trace et document de ça, ça crée l’Histoire.
C’est notre archéologie en train de se faire. Donc quand les américains
montrent les mexicains avec les grands chapeaux ou les irakiens comme
des terroristes, ils sont en train de créer l’Histoire, car finalement
ces images font l’Histoire, complètement opaque et fausse. Donc quand
on parle d’engagé, je me sens engagé personnellement à essayer de ne
pas en tout cas faire cela, et de laisser avec mes moyens, une trace,
quelque chose avec une visibilité qui soit la moins perturbée
possible.>>

On
peut aussi penser que si Santiago Otheguy a choisi d’ancrer son récit
dans le delta du Paranà c’est que ce fleuve, dans son pays, jouit d’une
aura de mystère, un fleuve mythique déjà du temps des conquistadores. Les
navires l’empruntaient pour acheminer l’or et l’argent du nouveau monde
vers l’Europe.
Un
peu de géographie: Le Rio Paraná prend sa source au Brésil et descend
vers l'Argentine jusqu'à rejoindre le Rio Uruguay. Il devient alors,
aux abords de Buenos Aires, le Rio de la Plata (Le Fleuve de l'Argent).
Avec ses 220 Km de rive à rive, c'est le fleuve le plus large au monde.
Lorsqu'il se déverse dans le Rio de la Plata, le Paraná se divise en
d'innombrables ramifications plus ou moins larges. Il forme alors le
Delta du Paraná, véritable labyrinthe aquatique. Ce réseau complexe
d'îles et îlots inondables s'est constitué au cours des siècles grâce
aux dépôtx incessantx des sédiments charriés par les eaux du fleuve. Les
sédiments s'accumulent régulièrement dans le Rio de la Plata provoquant
une avancée permanente de ses îles sauvages vers le Sud, vers Buenos
Aires. Le Delta avance d'environ 70 mètres par an.
Au
début du siècle, 30000 personnes vivaient dans le Delta. Ils ne sont
plus que 3000 à vivre dispersés sur ce territoire devenu
proportionnellement immense. Ils s’appellent les Isleños (habitants de
L'Île), forment une communauté refermée sur elle-même, où tous les
membres se connaissent entre eux et ont besoin les uns des autres pour
survivre au quotidien. Le film raconte cet isolement, image par image
avec beaucoup de rigueur. La plupart des Isleños, tel Alvaro,
subsistent en récoltant les roseaux qui poussent abondamment sur les
rives. Une fois séchés ils servent à la fabrication de vanneries. On
voit “le vieux”, père d’élection d’alvaro, tresser un panier. Ils
vivent aussi de la pêche et du bois des peupliers qu'ils coupent pour
le revendre aux papeteries de la ville. C’est d’une rivalités pour la
coupe de ces arbres que va naître le drame entre les iliens et des
étrangers au territoire, deuxième fil rouge du scénario.
Le bateaux-bus est le seul lien avec le monde extérieur de fait les
conducteurs comme El Turu de ces bateaux-bus sont donc des figures
centrales et puissantes dans cette vie communautaire.
Le
film est tourné dans un beau noir et blanc bien contrasté, où néanmoins
la gamme de gris n’est pas sacrifiée, en haute définition numérique. Le
noir et blanc renforce l’impression d’être hors du temps, d’autant que
le spectateur possède peu de marqueurs temporels. Le bateau pourrait en
faire office, mais la leon avec son étrave perpendiculaire à l’eau peut
aussi bien naviguer il y a 60 ans qu’aujourd’hui. On aperçoit quelques
télévisions et automobiles lors d’une incursion dans la ville la plus
proche qui pourraient nous transporter à la fin des années 70, mais
tout cela n’est que supputation, l’époque n’a que peu d’incidence sur
le déroulement du drame mais cette incertitude chronologique, renforce
l’étrangeté du lieu et de cette histoire. Le spectateur est par ailleur
troublé par l’inatendue architecture cubiste de la maison rongée par
l’humidité qu’habite Alvaro. Par le choix du noir et blanc le cinéaste
rompt avec les canons esthétiques du jour, comme par le choix de
l’acteur qui interprète Alvaro que l’on peut admirer nu dans des plans
évidents, une beauté loin des canons made in USA. Le rythme très lent
du filmage épouse le cours méandrique du fleuve. L’image rend palpable
l’humidité et la touffeur de cette contrée qui rappelle un peu le bayou
louisianais et nous fait nous souvenir de films comme La nuit du
chasseur, Un été en Louisiane... Curieusement l’atmosphère lourde de ce
lieu clos aux brumes rampantes évoque Simenon… La pesanteur de la
frustration sexuelle est la même que chez Tennessee Williams.
La
caméra filme horizontalement, souvent louvoie au raz de l’eau et se
pose quelque fois au plus près des corps, mais souvent comme à
distance, pour leur laisser la liberté de vivre leur triste quotidien.
Elle nous fait entrer dans ce monde fermé, un peu à la manière d'un
anthropologue. On se sent proche de ces êtres écrasés de solitude,
isolement dont s’évade Alvaro par la lecture. Il faut voir avec qu’elle
tendresse il caresse les livres qu’il soigne... On est surpris lorsque
l’on découvre qu’il répare les livres pour la bibliothèque de la petite
ville. Cette scène inopinée mais bien introduite est exemplaire de
l’habileté qu’a Otheguy pour densifier ses deux rôles principaux leur
épaisseur est pour beaucoup dans la réussite du film.
<<Voilà,
moi mon petit vieux dans mon histoire, je ne vais pas le sur découper
avec 5 caméras dans 3 vues différentes. C’est un petit vieux,
contemplatif etc. Je veux que les gens rentrent dans ses rides, dans
son regard, dans ses mains…>> En ces deux phrases le cinéaste dit
tout sur sa manière de filmer.
Le
mélange entre acteurs professionnels et habitants de la région est très
réussi. On a pu déjà voir Jorge Roman (Alvaro) dans le film chilien "Mon
meilleur ennemi" d’Alex Bouen et dans "Nordeste" de Juan Solanas quant à
Daniel Valenzuela (El Turu), il s’est révélé dans "L’ours rouge" d’Adrian
Caetano.
Santiago
Otheguy a fait ses études de... musique en France où il vit. "El Leon" est
son premier long métrage. Auparavant il n’avait signé que quelques courts-
métrages dont un "La Rampe" est une des dernières apparitions de Claude Jade. Il a été réalisé dans le cadre des
scénarios contre la drogue. Quand on lit la note d’intention du réalisateur sur le
cinéma on ne peut que continuer à espérer en cet art et en ce nouveau
cinéaste: << J’ai l’impression que les jeunes réalisateurs
s’inhibent, s’autocensurent. Je pense qu’il faut faire des films
vraiment comme on le sent avec un langage qu’on pense approprié au
sujet et qu’il ne faut pas avoir peur. Il ne faut pas se voiler la face
non plus, il y a de grands sacrifices à faire, et dans le monde actuel,
soit on se laisse porter par le consensus, et fatalement on traverse
une vie de consommateur tranquille, soit toute autre action ou geste
que l’on voudra faire méritera un sacrifice. Il ne faut pas vouloir
faire une carrière dans le cinéma en voulant absolument reproduire le
langage des autres, mais aujourd’hui c’est comme ça, il faut sacrifier
quelque chose pour pouvoir sortir quelque chose.>>
"La León" a été primé au Festival de Berlin 2007. Le film a reçu la Mention spéciale Teddy Award.
Un
western aquatique où chaque plan, magnifiques, sensuels, sont tous
essentiels, des images raffinées où les sexes mâles remplaceraient les colts...




Pour télécharger le film cliquer sur les lignes ci-dessous vous pouvez choisir la langue des sous-titres en cliquant dans un deuxième temps sur la ligne où la langue est indiquée par le drapeau du pays où celle-ci est parlée.
Roméo et Julian
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19 janvier 2009
Image énigmatique de garçons nus
Si quelqu'un connait l'origine et l'auteur de cette curieuse image merci de me renseigner.
Evgeny Mokhorev 2
Milk
![[Milk.jpg]](http://4.bp.blogspot.com/_qyHfPNSyl9s/SUlq9fFjnwI/AAAAAAAAFBE/7rbR37KOUas/s1600/Milk.jpg)
USA, 128 mn, 2008
Réalisation: Gus Van Sant,
Avec: Sean Penn, Josh Brolin, James Franco, Diego Luna, Emile Hirsch Alison Pill, Victor Garber, Denis O'Hare, Joseph Cross, Stephen Spinella, Lucas Grabeel, Brandon Boyce, Howard Rosenman, Kelvin Yu, Jeff Koons
Résumé
Harvey Milk (Sean Penn) est un des premiers élus américains ouvertement gay. En novembre 1978, ce conseiller municipal de 48 ans est assassiné à San Francisco avec le maire de la ville Georges Moscone à l'Hôtel de Ville par un autre politicien, Dan White (Josh Brolin). Le film commence alors que Milk, qui habite New York, fête ses 40 ans. Il décide d’aller à San-Francisco pour vivre ouvertement son amour avec son partenaire. Il y ouvre un magasin de photo dans Castro street, le coeur du quartier gay de la ville dans lequel il s’impose bientôt, grâce à son activisme pour la cause gay, comme un personnage incontournable. Il devient le mentor de jeunes activistes comme Cleve Jones (Emile Hirsch). Il se présente sans succès deux fois aux élections municipales. Mais Il devient néanmoins de plus en plus populaire, au point que sa réputation s’étend bien au-delà de la ville. Son insistance à vouloir être élu, ce qu’il parvient à faire à son troisième essais détruit le couple qu’il formait, depuis son installation à San Francisco avec Scott Smith (James Franco). Pourtant après son assassinat, c’est Scott qui s’est occupé de l’héritage et de toutes les affaires ayant trait à la succession. La deuxième moitié de la vie de Scott Smith a été consacrée à préserver la mémoire de Harvey. Quand démarre sa quatrième campagne électorale, Harvey Milk est en couple avec Jack Lira (Diego Luna).
L’avis de Bernard Alapetite
Avec “Milk”, Gus Van Sant démontre qu’il peut faire une réalisation cinématographiquement propre quand il se met au service de son sujet, voilà 15 ans qu’il rêvait de réaliser ce film, et oublier ses velléités auteuristes.
Néanmoins ce cinéaste me parait être l’un des plus surestimés du moment. Son meilleur film, et de beaucoup, “Gerry”, doit plus à ses deux acteurs scénaristes, Cassey Affleck et Matt Damon qu’à son réalisateur.
Dès les premières séquences de “Milk”, en souvenir des précédents films de Gus Van Sant, on est surpris de leur classicisme.
Avant tout il me parait utile de situer historiquement cette tranche de vie. Lorsqu’elle débute, en 1970, Richard Nixon est président des Etats-Unis. En 1974 il démissionne (on voit dans le film comment l’affaire Watergate dans la dernière année de la présidence Nixon était une sorte de feuilleton quotidien). Gérald Ford lui succède, en 1976, ce dernier est battu par Jimmy Carter. La guerre du Viet Nam prend fin en 1973. Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969 ont eu lieu les émeutes de Stonewall et quand Harvey Milk s’installe dans Castro street, le quartier autour est encore majoritairement peuplé d’ouvriers. C’est le tout début d’une sorte de “gentryfication” gay de cette partie de San-Francisco... C’est par l’évocation de la naissance de ce célèbre quartier gay que le film est le plus attachant. La réalisation de ce pan du film a certainement été la motivation principale de Gus Van Sant. C’est ce qui transparait dans ses déclarations: << À l’époque, Castro était un refuge. Des enfants homosexuels, qui avaient été jetés dehors de chez eux par leurs parents s’y présentaient. Des gais de partout dans le monde y venaient... Une fois que Casto est devenu un quartier de référence, un point de convergence, il a été important d’avoir une personne qui parlait au nom de tous ces gens. Et Harvey Milk était l’une des personnes qui parlait directement au nom des habitants de Castro... Les témoins de l’époque m’ont d’ailleurs raconté que, dès qu’un incident survenait, dès qu’il se passait quelque chose dans le quartier, Harvey Milk était là, en avant, à s’occuper de tout... La ville de San Francisco est indissociable de Milk. Nous avons tourné devant le Capitole, dans Castro, etc. Le tournage s’est déroulé dans tous les lieux significatifs de la ville>>.
Le film commence sur un cri perçant le silence d’un homme entre deux âges, cachant son visage derrière un journal pendant une incursion de police dans un bar gay, puis il jette le contenu de son verre directement dans l'objectif de la caméra du journaliste des actualités. Dans la séquence suivante un homme d’une quarantaine d’années parle dans un magnétophone très daté années 70. C'est Harvey Milk prononçant une phrase empruntée au “Sunset boulevard” de Billy Wilder << ceci doit être écouté seulement si ma mort était causé par un assassinat >>.
Pour raconter la vie du célèbre militant de 1970 à sa mort, le réalisateur use donc d’un procédé des plus traditionnel, le héros dicte ses mémoires au magnétophone. Ce qui permet d’utiliser une voix off “naturelle” au cours du film. Ce stratagème, qui peut paraître convenu, est pourtant tiré de la vie même d’Harvey Milk. Ce dernier avait envisagé qu’il pouvait être assassiné en raison de son militantisme pro gay qui lui valait quelques solides haines. Il avait enregistré plusieurs cassettes audios. Elles devaient être écoutées si un des fanatiques qui le menaçaient, passait à l’acte. L'une de ces cassettes contenait cette phrase qui deviendra célèbre : << Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards >> (<< If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door>>). Milk faisait référence aux homosexuels qui cachent leur préférence et craignent de faire leur coming-out (la sortie du placard).
Si ces commentaires au magnétophone évitent au cinéaste des reconstitutions aussi couteuses que difficiles à réaliser, il l’oblige à mettre à l’écran l’image récurrente et statique du comédien débitant son texte d’une voix atone dans un micro. Ce plan, très laid peu cinématographique casse le rythme du film qui ne semble souvent n’être que l’illustration des paroles de Milk/Penn. Gus Van San aurait du superposer plus souvent au texte débité par Sean Penn des images d’époque qui par ailleurs il mêle habilement aux prises de vues d’aujourd’hui. L’athmosphère du Castro street de la fin des années 70, que j’ai eu la chance de connaitre, est bien évoquée.
Le film n’est jamais aussi bon que lorsque Gus Van Sant laisse jouer ses acteurs et donne aux séquences une longueur suffisante, comme celle narrant la première campagne électorale de Milk, où ils peuvent s’exprimer. Malheureusement souvent le montage haché tue à la fois le romanesque du film et son aspect documentaire. Rien n’a le temps de s’installer.
Sean Penn,a réussi à se faire la tête d’ Harvey Milk. Il est impressionnant de vérité et serait un bon candidat aux oscar. Le rôle avec ses changements de pilosité me semble un bon véhicule pour décrocher la timbale et ce ne serait pas volé. Le rôle de Daniel White, l'assassin de Milk, qu’interprète Josh Brolin avait d'abord été proposé à Matt Damon qui l’a refusé.
La reconstitution des années soixante-dix est soignée, même si comme à l’habitude cela rutile un peu trop et que les look sont un peu caricaturaux comme si sous prétexte que cela se passe en 1978 chacun s’était mis fissa à la mode du jour.
Gus Van Sant en bon communautariste s’est surtout intéressé dans la vie de Milk, au militant gay. On sait en définitive peu de chose sur le Harvey Milk d’avant 1970. Sa rencontre avec son futur amant Scott Smith (James Franco) dans le métro New-Yorkais et la plaidoirie pour qu’il connaisse le sexe avant quarante ans au joli garçon ce qui le laisse perplexe autant que le spectateur tant la façon dont cette scène est présentée ne parait pas crédible.
Le film est sorti juste pour le trentième anniversaire de la mort d’Havey Milk. Le moment était en outre bien choisi car toute la communauté gay, alors se mobilisait contre la proposition 8 qui interdisait le mariage gay en Californie. A la première de “Milk” au Castro Theatre de San Francisco le 29 octobre 2008 (presque en face d’où Harvey Milk tenait son magasin de matériel photographique), les acteurs, scénaristes et producteurs du film ont arboré le badge rouge vif “NO 8. Cette situation de conflit et de revendication n’était pas sans rappeler les combats du militant gay qu’était Harvey Milk. Durant les onze mois durant lesquels il a été conseillé municipal de San Francisco, il s'était opposé aux lois homophobes alors en vigueur aux Etats-Unis. Il soutint un projet de loi pour les droits des homosexuels et surtout il s'opposa à la Proposition 6, un projet de loi du sénateur Briggs soumis à référendum, qui aurait autorisé le licenciement des enseignants ouvertement homosexuels.
Le procès du meurtrier a connu un grand retentissement et a encore accru la célébrité de Milk. Son assassin n’a été condamné qu'à 7 ans et 8 mois de prison. Le jury n’a pas retenu la qualification de meurtre mais seulement celui d’homicide involontaire. Dan White fut considéré comme irresponsable de ses actes à cause d’un abus… de nourriture ! L’énoncé du verdict déclencha des émeutes dans San Francisco. Elles furent durement réprimées par la police. Elles sont connues sous le nom d' “Emeutes des nuits blanches”.
La vie d'Harvey Milk a déjà inspiré un opéra, plusieurs chansons et des pièces de théâtre. Un film, “The Times of Harvey Milk”, a été réalisé en 1984.
Cette biopic un peu terne, à la réalisation un peu scolaire (mais c'est le genre qui veut cela) est bien utile pour la connaissance de l’histoire du mouvement gays, comme l’est “Stonewall” de Nigel Finch dont malheureusement “Milk” ne possède pas la fraicheur. Mais le film est transcendé par l'interprétation de Sean Penn, véritablement habité par son personnage.
Nota: Je n'ai vu ce film qu'en anglais, j'ai donc certainement pas compris certaines subtilités des dialogues, en outre je n'ai visionné Milk que sur le petit ecran de mon ordinateur, ce qui n'est pas l'idéal pour juger de la qualité de ses images...

Pour télécharger le film en anglais sans sous titres cliquer sur la ligne ci-dessous et suivez les indications en étant patient
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07 janvier 2009
Douze jours au Kenya et en Tanzanie
Le blog est interrompu une douzaine de jours pendant lesquels je serais au Kenya et en Tanzanie dans des paysages semblables à celui ci-dessus peint par Farjas.
















