26 janvier 2009
Les contemporains
Un jour les aînés ne sont plus là. Et il faut malheureusement se résoudre à vivre avec ses contemporains.
Patrick Modiano (Vestiaire de l'enfance, éditions Gallimard)
Jeremy Young
Get real (Comme un garçon)
![[Get+Real-01.jpg]](http://4.bp.blogspot.com/_qyHfPNSyl9s/SNZGrjNFjPI/AAAAAAAAEUA/zGKPEL96cNQ/s1600/Get%2BReal-01.jpg)
Fiche technique :
Réalisé par Simon Shore. Scénario de Patrick Wilde, d’après sa pièce de
théâtre.Directeur de la photographie : Alan Almond. Monteur : Barrie
Vince. Compositeur : John Lunn.
Grande Bretagne, 1996, 110mn, Disponible en en VO et VOST.
Avec: Ben Silverstone, Brad Gorton, Charlotte Brittain, Stacy A. Hart, Kate McEnery, Patrick Nielson, Tim Harris, James D White, Jacquetta May, David Lumsden, Morgan Jones, Louise J. Taylor et David Elliot.
Résumé :
Steven (Ben Silverstone, déjà aperçu dans Leçon de la vie et dans le Lolita
de David Lyne où il interprétait Humbert jeune), 17 ans, est un
collégien typiquement british de la classe moyenne comme les autres.
Tout dans l’univers de Steven est moyen : l’école, le boulot du père
(commerçant moyen), la ville même où se déroule l’action (Basingstoke,
ville neuve en plein Essex, qui rappelle plus les banlieues
résidentielles américaines qu’une traditionnelle bourgade anglaise).
Mais Steven a une originalité: il est homosexuel. Il vit assez bien son
homosexualité en allant draguer dans les parcs. Seule sa meilleure amie
est au courant de sa vie sexuelle et lui sert à la fois de couverture
et de confidente consolatrice. Tout allait presque bien jusqu’au jour
où il rencontre, ô surprise, dans les WC publics où il trouve ses
partenaires de passage, John (Brad Gorton), le champion sportif de son
collège, un plaboy tombeur de filles qui se révèle être un gay honteux.
Steven tombe amoureux de John et John de Steven. Mais si Steven veut
vivre leur passion au grand jour, John exige la clandestinité et leur
liaison secrète sera une épreuve pour Steven, épreuve dont il sortira
renforcé, en paix avec lui-même après avoir annoncé à tous sa
différence, mais néanmoins meurtri. Le passage de l’adolescent gay à
l’homme homosexuel aura été pour le moins douloureux...
L’avis de Bernard Alapetite
Le
film commence par une très bonne idée: La fausse piste, le premier
amour n’est pas celui que l’on croit. Il dénonce d’emblée l’hypocrisie
des mecs qui se cache derrière leurs copines ou leur femme pour sauver
leur réputation. L’intervention de la police nous rappelle certaines
lois anglaises homophobes (et les craintes qui y sont associées). Autre
belle idée, le texte anonyme écrit par Steven et qui donne son nom au
film (Get real). Texte en opposition avec la dissertation bien
appliquée et impersonnelle qui fait l’admiration de son lycée. Cette
reconnaissance publique envers un garçon qu’il n’est pas en réalité
déclenche le début d’une révolte contre l’hypocrisie générale et
l’obligation de toujours feindre le rôle du fils et de l’élève
irréprochables. Mais peut-être que la plus belle trouvaille du film,
qui est sans doute un héritage directe de la pièce, est de faire
décrire la scène la plus érotique du film au lieu de la montrer. Par
ailleurs, on peut trouver la représentation du sexe à l’écran trop sage
même si l’on comprend pourquoi : ne pas effaroucher pour que le message
de tolérance soit accessible au plus grand nombre.
Comme un garçon
est un film assez riche pour réveiller le souvenir de bien des films.
Il possède la même tonalité roborative que Beautifull thing
auquel il fait beaucoup (trop ?) penser, bien que situé dans un milieu
social très différent : la classe moyenne, curieusement peu explorée
par le cinéma anglais actuel qui aurait tendance à nous faire croire
que le royaume n’est peuplé que de chômeurs alcooliques. Néanmoins la
parenté avec Beautiful Thing est très claire. Même
volonté de dédramatiser, de positiver, d’aider à l’identification des
spectateurs. Il y a là un côté militant manifeste qui n’est jamais
appuyé sauf peut-être dans la scène du coming-out public du joli Steven
qui, très efficace, joue sur l’émotion et renforce l’empathie que l’on
a avec le garçon. Si sa prestation nous va droit au cœur c’est qu’elle
s’adresse à tous ceux qui ont souffert dans leur adolescence
(c’est-à-dire à peu près tout le monde) de ne pas se sentir au bon
endroit au bon moment. La difficulté d’être homosexuel est ainsi mise
au niveau du plus grand nombre : il s’agit d’être bien dans sa peau. Le
titre original, bien meilleur que le ridicule titre français, Get real veut dire: être soi-même, authentique. Telle est la morale de cette histoire.
Le film est aussi un peu le positif du film hollandais To play or to die
qui a le même point de départ : un garçon timide est amoureux du beau
macho de sa classe. Simon Shore sait au bon moment faire intervenir
l’humour pour alléger le ton du film. Les dialogues particulièrement
spirituels revendiquent leur statut d’adaptation théâtrale. Le tour de
force est que c’est complètement réussi. Ils sont à la fois très écrits
et fluides. L’exact contraire de ceux de Grande école , autre
film gay adapté d’une pièce mais dont l’empesé des dialogues rend
inaudible les propos. Par son coté lisse et compétent, bluffant pour un
premier film, il est également caractéristique d’un mouvement de mise
en scène éminemment judicieux, dont Quatre mariages et un enterrement a symbolisé l’apogée. Sans jamais oublier l’humour avec légèreté Comme un garçon
aborde des sujets aussi sérieux que scabreux comme le regard que l’on
porte sur soi, le regard que l’on a sur les autres, le courage d’être
ce que l’on est, la solitude, l’incommunicabilité et... les glory hole.
On se dit qu’il est tout de même bien dommage que le scénario n’évite
pas le poncif de la bonne copine confidente, caricature de la fille à
pédé évidemment grosse et moche.
Si le film pâtit d’une
mise en scène un peu molle surtout dans son deuxième tiers, il
bénéficie en revanche d’un dialogue toujours juste et d’une
interprétation remarquable, jusque dans les plus petits rôles, qualité
qui est l’apanage du cinéma britannique. Plus rare dans ce cinéma,
l’image lumineuse du film sert ici au mieux les acteurs.

Le
délicieux Silverstone happe les regards dès son apparition à l’écran.
Sans jamais avoir suivi un quelconque cours de comédie (lors du
tournage, il était étudiant en littérature anglaise à Cambridge) et se
déclarant hétérosexuel (quel crève-cœur !), ce fils de bonne famille
investit son personnage avec une décontraction naturelle, captant sa
complexité avec un professionnalisme évident. On ne peut qu’être
d’accord avec Pierre Murat qui écrivait dans Télérama lors de la sortie en salle: « La
plus grande qualité du film est l’interprétation. Ben Silverstone est
drôle quand il faut, émouvant dans les passages les plus convenus. Sa
présence et son intensité lui font éviter tous les pièges. Il est
remarquable. » Depuis, Ben Silverstone, tout comme Brad Gorton,
ne sont apparus que furtivement à la télévision anglaise. Simon Shore
qui vient de la télévision, a, en 2004, tourné Things to do before you’re 30, puis en 2005 You don’t have to say you love me. Ces deux films ont également pour scénariste Patrick Wilde.

Ce film, comme Beautiful thing, est tiré d’une pièce à succés What’s wrong with angry ? de
Patrick Wilde, écrite dans les années 70. Ce qui explique le ton
quelque peu décalé du film dans lequel jamais n’apparaissent les mots
sida et préservatif. Mais loin d’être un inconvénient, cette
intemporalité en renforce le propos. Même si le film a modernisé la
pièce, il ne se veut pas naturaliste mais romantique, ce qui est bien
trop rare dans le cinéma gay et fort agréable pour une fois.
Peu
de films décrivent avec une telle justesse le trouble de se découvrir
tel que l’on est et tels que sont les autres, un grand moment d’émotion
à faire partager.
Comme un garçon a
été primé au Festival du cinéma britannique à Dinard en 1999 où il a
reçu le prix du public et celui du jury ; il a obtenu aussi le prix du
public au festival d’Edimbourg.
Chers professeurs, il
existe un dossier pédagogique adapté aux élèves de 6ème permettant de
présenter l’homosexualité à vos élèves, voir: www.grignoux.be/dossiers/126 

Comme un gaçon est
édité par la firme néerlandaise Homescreen en VO avec des sous-titres
français. Malheureusement, il n’y a que peu de bonus, seulement la
bande annonce du film. L’habillage du DVD est d’une pauvreté
affligeante et les sous-titres français sont truffés de fautes
d’orthographe.
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![[Jeremy+Young-018.jpg]](http://1.bp.blogspot.com/_b3K38tsecac/SWEYmSUEspI/AAAAAAAAVvA/cDjWhXn15QA/s1600/Jeremy%2BYoung-018.jpg)












