Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

18 juillet 2008

LE PROTEGE DE MADAME QING

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Chine, 85 mn, 1999

Réalisation: Liu Bingjian, scénario: Cui Zi’en & Liu Bingjian, image: Jiang Liu & Jun Xu, montage: Ah Yi

avec: Yang Qing, Yu Bo, Zhang Kang, Yu Mengjie, Wei Jiangang, Cui Zien

Résumé

Hiver 1998, Xiao Bo, jeune homme réservé, arrive de province à Pékin pour chercher du travail. Il échoue par hasard dans une boutique de mode. La gérante, Qin Jie, l’engage aussitôt et met une chambre à sa disposition. Se prenant d’affection pour lui, elle lui présente sa meilleure amie, pensant qu’il feront un beau couple, ce qui est parfaitement vrai, les deux jeunes gens étant très agréables à regarder. Mais Xia Bo ne manifeste aucun intérêt pour la jeune femme... Celui-ci préfère la compagnie de Chong Chong, son meilleur ami, un gay tendance folle flamboyante qui édite une revue consacrée aux graffitis et maximes des toilettes publiques!


L’avis de Bernard Alapetite

Le protégé de madame Qing dont le titre chinois est Nan nan  nu nu voulant dire Homme homme, femme femme et aussi quelque chose comme "toutes sortes de gens”, a été Tourné en catimini des autorités. Liu Bingjian procède par collage et insert. La rapidité de tournage a sans doute influé sur le style. Le film s'attaque à un thème tabou dans un pays où le gouvernement nie encore l'existence du sida : l'homosexualité.
Dans ce film les rapports entre les personnages ne sont pas ce qu’ils devraient être, et surtout, ils ne sont pas ce qu’ils semblent être. Ainsi une ambiguité permanente pèse tout le long du film sur les sentiments des protagonistes comme ci, la sophistication de la société chinoise avec l’intrusion de la technologie (ordinateurs, téléphones portables...) allait de pair avec la sophistication des êtres. L’ambiguité touche également parfois le sexe des personnage en témoigne la féminité troublante de Gui Gui (étonnant sosie de Sihanouk, l’empereur du Cambodge) ou la voix grave et masculine d’une amie de Chong Chong.
L’inéfable Gui Gui est joué par le très talentueux Cui Zi’En qui est par ailleurs réalisateur de plusieurs films dont “Night scene.

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Le film est animé par des personnages qui ont soif de liberté mais surtout de fantaisie, montre que le destin des chinois à l’aube du troisième millénaire n’est plus tout à fait ce qu’il était. C’est la grande et heureuse nouvelle qu’annonce ce film. On y voit surgir le vécu homosexuel sous de multiples formes presque inconnu du spectateur occidental, souvent cocasses comme ce journal des pissotière mettant à la disposition des lecteurs des petites annonces et des dessins trouvés dans les toilettes.
Le style du film est celui d'un réalisme qui confine au documentaire. Le cinéaste refuse tout effet de dramatisation pour atteindre une forme d'ascèse. La caméra est d'une fixité parfois exagérée, mais cette sobriété finit par créer un vrai climat et le film devient le constat de l'homosexualité en 1998 en Chine. On a le sentiment de vivre en direct la préfiguration d’ une vie gay organisée et militante. On sent la genèse d'une émancipation, celle de garçons et de filles qui ont subi trop longtemps la répression communiste. Mais avec elle apparaît une occidentalisation à outrance de la Chine.
L’homosexualité a été perçue d’une manière très différente en Chine suivant les époques. Il fut une époque reculée où l'homosexualité (tongxinglian) était chose courante et parfaitement acceptée en Chine, une simple composante d'une sexualité ouverte malgré le poids de la tradition confucéenne qui voyait en l'homme un chef de famille appelé à créer une descendance en fidélité au culte des ancêtres. L'occidentalisation quelque peu forcée de la société après les guerres de l'opium (1839-1842 et 1858-1860) créera et développera une morale petite-bourgeoise qui mettra au pilori l'homosexualité, tout en tournant le dos à la polygamie (qui favorisait ou permettait le lesbianisme, des épouses encourageant leur mari à prendre pour concubine leur propre maîtresse). L'instauration du communisme à partir de 1949 ne fit que renforcer l'ostracisme envers cette déviance sexuelle. Jusqu'à très récemment encore, être homosexuel en Chine, sujet tabou, relevait d'une "anomalie médicale", mentale pour être précis. Le code pénal se montrant muet sur la question, la répression passait par l'assimilation de l'homosexualité au hooliganisme et au désordre de l'ordre public... Cet amalgame disparut en 1997 et l'équation homo = malade mental  fut définitivement repoussée par l'Association de Psychiatrie chinoise en avril 2001...
Bo nous est d'abord présenté comme un jeune homme que rien ne pourrait faire soupçonner de préférer les hommes. Masculin, il n'hésite pas à se battre si nécessaire. Il est donc aux antipodes de tous les clichés habituels. Pour cette raison, son indifférence face à l'amie de sa patronne, belle jeune fille que tout jeune homme devrait désirer, semble inconcevable. Dans cette première partie du film où Bo révèle très progressivement sa personnalité et son rapport aux autres, le spectateur est lui même en proie au doute quant à la conscience qu'il peut avoir ou non de sa propre sexualité. A partir de la rencontre de Bo et Chong, le film prend une autre dimension.
La représentation de l'amour entre hommes reste particulièrement chaste. Les attouchements sont très elliptiques. Si l’on sent le poids du tabou néanmoins le film est touchant et aborde quand même sans détour avec un réalisme saisissant un sujet banni par la censure en Chine. On ne peut que saluer le courage et la détermination du cinéaste.

Liu Bingjian appartient à ce que l’on peut appeler faute de mieux le cinéma indépendant chinois. Il recouvre une réalité assez enthousiasmante née des des évènements tragiques de Tiananmen, qui voit des jeunes cinéastes passer à la réalisation dans des conditions de précarité, de clandestinité qui sont un défi à la censure de leur pays et à un cinéma en voie d’officialisation comme celui de Zhang Yimou, Chen Kaige...
Avec Liu Bingjian, Wang Xiaoshuai (So close to paradise, 1998), Zhang Yuan (les bâtard de Pékin, 1993), He Yi (Les perles rouges, 1993), Jia Zhangke (Xiao Wu, 1997), Zhao Jisong (Scenery, 1998), Yu Likwal (Love will tear us apart, 1999) sont les principaux représentants de cet underground chinois qui prospecte les eaux troubles de la société chinoise.
Liu Bingjian n’a aucun complexe par rapport aux cinéastes de la 5ème génération, comme l'illustre la scène entre le Xiao Bo et la meilleure amie de Madame Qing. Le héros y avoue son désintérêt du cinéma et de Gong Li!
Liu Bingjian a obtenu pour “Le protégé de madame Qin”, le Prix du meilleur réalisateur au Festival du Film International de Locarno en 1999. Depuis il a réalisé le savoureux “Les larmes de madame Wang.

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Gourmelin au Centre Pompidou

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Petit coup de gueule concernant la misère de certaines des expositions du centre Pompidou, si ses expositions vedettes sont très médiatisées et parfois, mais pas toujours, sont luxueusement présentées comme "Traces du sacré" les présentations du deuxième rang se déroule dans un anonymat complet, aucune affiche, rien dans la presse, même pas dans les revues spécialisée, aucune invitation envoyée ou tout du moins elles évitent consciencieusement ma boite aux lettres. C'est le cas de l'exposition Gourmelin dont j'ai découvert l'existence en visitant "Trace du sacré". J'ai un peu de mal a écrire exposition en parlant de la présentation des oeuvres de Gourmelin  qui ressemble plus à ce que l'on pouvait voir dans les MJC des années 70, celà ne doit plus exister ces machins là, tant de nos jours sont antinomique les mots jeune et culture, qu'à ce que l'on s'attend à voir dans un musée à la stature internationale.

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Avant d'aller plus loin voici une rapide biographie de l'artiste:Jean Gourmelin est né à Paris le 23 novembre 1920. Enfant unique, il commence à dessiner avec passion dès l’âge de cinq ans. A 15 ans, sa famille quitte Paris pour Vendôme, où deux ans plus tard, le  peintre Charles Portel l’initie à la technique du papier peint, un domaine où il commencera à se faire un nom. À 20 ans il retrouve Paris et se perfectionne dans le dessin aux Arts Décoratifs et à l’Académie de la Grande Chaumière. En 1945, il intègre l’atelier du célèbre maître verrier Max Ingrand. Il y restera vingt-trois ans et travaillera, entre  autres, sur les vitraux de la cathédrale de Rouen. Les rencontres avec Maximilien Vox, Jacques Sternberg, Louis Pauwels, l’inciteront à s’orienter vers le dessin de presse. Ses dessins sont parus dans Bizarre, Planète, Plexus, Hara-Kiri mensuel, Pilote, Elle, Le Monde, Le Figaro et Le Point, où il dessinera pendant plus de 13 ans.

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Gourmelin  aurait mérité un hommage d'une autre ampleur que celle-ci. Les oeuvres que l'on peut y voir sont néanmoins remarquables mais n'appartiennent presque exclusivement qu' à la période 70-90. Beaucoup de personnes de ma génération ont une dette envers Gourmelin. Ses intrigants dessins étaient disséminés dans de nombreux journaux et revues de qualité à commencer par Pilote et surtout Planète, revue dont je vous ai déjà souvent parlé et sur laquelle je reviendrai bientôt. Gourmelin signa la couverture du "Matin des magiciens" lors de sa réédition chez Folio.

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La main de dieu.

Ses paradoxes graphiques me permirent de gouter un parfum de surréalisme qui me donna l'envie d'aller vers d'autres arômes. C'est Gourmelin  qui m'amena à Escher, à Dali, et puis tout le surréalisme et l'étrange ont suivi... Combien de ses images furent un ferment aux rêves et à l'imaginaire. Si des études sur Planète commence à surgir, il me semble qu'on minimise  son impact comme éveilleur. Sur la mezzanine du centre Pompidou on peut voir des originaux de l'artiste, gravures, dessins, aquarelles mais aussi plusieurs feuilles de croquis. Sont présenté également plusieurs journaux et livres illustrés par Gourmelin ainsi que différentes affiche qu'il a réalisée.

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L'adoption

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J'ai choisi délibérément d'illustrer cet articles par uniquement mes propres photos malgré leurs imperfections qui montrent bien la gène pour le visiteurs des nombreux reflets parasites.

Un catalogue rassemble les dessins exposés. Il est beau et clair, façon revue et coute 20€

Que la médiocrité de l'exposition, mais elle est gratuite, ne vous empèche pas d'allez admirer les oeuvres d'un des plus grands et étranges dessinateurs français.

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Posté par bernar alapetite à 07:32 - DE CIMAISES EN CIMAISES - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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