04 mai 2008
Le grand alibi

Un brillant chirurgien volage est assassiné par balles lors de sa villégiature dans le manoir d’un de ses amis, sénateur et collectionneur d’armes à feu. Voila pour le pitch du scénario très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Bonitzer que l’on n’ est pa peu surpris de trouver aux manettes d’un tel film pour notre grand plaisir très nouvelle qualité française façon Podalydes, s’il a pris beaucoup de libertés avec la lettre, a été parfaitement fidèle à l’esprit de la reine du roman à énigmes. Le grand alibi est un titre quelque peu trompeur, si l’on grand plaisir à voir ce film cela ne doit guère aux mânes de sir Alfred. Il faut attendre la fin pour retrouver dans la poursuite sur les toit quelque chose du Hitchcock de “Sueur froide” même si cette séquence m’a encore plus évoqué “Frantic” de Polanski. Ce qu’il y a de plus hitchcockien dans ce “Grand alibi” là, c’est sans doute la musique très “hermanienne”.
On remerciera Bonitzer d’avoir joué humblement le jeu de l’adaptation, d’avoir réalisé le film sans l’écraser sous les références et autres clins d’oeil post moderniste. La réalisation est propre servie par un montage particulièrement efficace. Enfin un cinéaste qui ne fait pas son malin tout au service de ses acteurs, sans pourtant oublier de les diriger et ils donnent le meilleur d’eux même. Miou Miou est exceptionnelle dans son rôle d’épouse de notable et de conne supersonique. Lambert Wilson que l’on regrette de voir nous quitter si tôt est admirable dans la précision de son jeu où le moindre haussement de sourcil ou frémissement de rides construit son personnage, lui et Arditti parfait en huile maniaque apporte une touche à la Resnais, façon Smoking, no smoking fort bien venue que renforce la superbe affiche signée Floc’h nous sommes d’ailleurs peut être encore plus chez François Rivière que chez Agatha Christie. Tous les acteurs seraient à citer, la jeune génération avec Céline Sallette et Agathe Bonitzer ne démérite pas. J’ai seulement trouvé Maurice Bénichou un peu à coté de son rôle, et quand on voit que c’est un acteur du calibre de Bénichou que l’on trouve un peu juste, cela donne une idée de la performance des autres...
Près de deux heures de plaisir enfantin retrouvé. Grâce au Grand alibi je me suis souvenu des heures de bonheur que j’avais aux alentours de la onzième année à lire les petits volumes brochés du masque qui avaient déjà des couvertures aux photos incitatives et que je traquais dans un magasin de planche, face à la mer, à l’enseigne du dauphin vert et qui ne se consacrait qu’à la vente de livres de poche, objet qui passait encore, alors pour certain, comme une nouveauté vaguement sulfureuse. Dès que j’avais acquis le précieux petit parallélépipède je le dévorais tantôt le ventre raclé par le sable de la plage, tantôt les cotes et les coude malmenés par la chaise longue de pont dévoluée à la lecture de plein air au jardin. L’hiver pour ce plaisir que j’entrevoyais comme presque interdit je me repliais sur le divan du salon dont les ressorts et la toile rêche et fleurie n’étaient pas tendre pour mon dos.
Les professeur de nos collèges devraient se rappeler qu’Agatha Christie est l’auteur idéal pour faire aimer la lecture aux jeunes adolescents et puis on y apprend à respecter les belles demeures et le sens de la hiérarchie, ce qui me paraissent être de bonnes choses en ces temps de plèbéisme triomphant...
Les chats, un dimanche matin sur le lit
03 mai 2008
Oedipe vu par Jean Boullet
Jean Boullet au bonheur du jour

Il y a quelques jours je vous ai parlé de “Wessel + O'Connor Fine Art”, une galerie new yorkaise dévolue essentiellement, mais pas seulement, à la photo masculine. Aujourd’hui, à l’occasion d’une superbe exposition Jean Boullet (1921-1970), je voudrais vous présenter son pendant parisien qui s’appelle “Au bonheur du jour”; peu d’endroit porte aussi bien son nom, tant cet un tel bonheur d’être dans ce lieux, à la fois lumineux et intime, pour admirer moult merveilles. Contrairement à sa consoeur new-yorkaise, si elle se voue surtout à la célébration des beautés masculines et garçonnières ce n’est pas seulement sur le support de la photographie mais aussi par l’intermédiaire du dessin et de la peinture. Ne soyez pas timoré, sonnez, car on ne peut être introduit dans cette caverne d’ali baba de la masculinité que par la maîtresse des lieux qui vous réservera un accueil chaleureux; ce qui est malheureusement bien rare dans les galeries parisiennes. Parfois il vous faudra patientez quelques minutes si Nicole Canet, c’est le nom de cette galeriste passionnée, montre des trésors cachés à un autre esthète. Profitez de l’attente pour faire le tour des belles et longues vitrines que trop souvent on néglige lors des visites aux galeries.
Bien sûr dans le cas de Boullet, les dessins que vous verrez de la rue, comme ceux reproduits dans ce blog, sont les plus sages et ne reflètent pas complètement ce que vous allez voir le seuil franchi. Les expositions de la galerie, notamment celle de Jean Boullet, ne sont pas pour les chastes regards. Un conseil demandez à visiter le boudoir, petite pièce pelucheuse et douillette attenante à la galerie qui contraste avec celle-ci claire et dépouillée. Vous y verrez d’autres merveilles, parfois plus épicées, ne faisant pas partie de l’exposition en cours, mais sur le même thème. Mais il me semble qu’alors il serait indélicat de repartir de cet oasis garçonnier les mains vides. Mais comment quitter cet endroit la besace légère. Si votre pécule ne vous permet pas d’ acquérir des originaux, de prix très variables et toutefois moins chers que de l’autre coté de l’Atlantique, il vous restera les catalogues, les affiches ou les multiples.
Mais venons en enfin à ce qui m’amena une veille de 1er mai dans cette belle antre, l’exposition Jean Boullet.
Jean Boullet est un personnage de légende, du moins dans un certain milieu. Son influence va bien au delà de sa trop modeste célébrité comme sur le libraire éditeur bruxellois Michel Deligne, sur Druillet par exemple qui l’a rencontré... Une des grandes surprises que l’on a, quand on se penche sur ce personnage, c’est l’extrême diversité de ses activités et des personnes qui l’ont approché. “Au Bonheur du jour” le suggère, car en plus des dessins, on peut voir quelques vitrines qui rendent compte de cette foisonnante vie.
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Lancé comme dessinateur dans le Saint Germain des prés de la Libération il y côtoie le tout Paris artistique de l’époque, Jean Cocteau, Edith Piaf, Marie-Laure de Noaille, Juliette Gréco, Jacques Chazot, Guitry, Kenneth Anger, Piéral, Marcel Carné, Roland Lesaffre, Félix Labisse, Lise Deharme, Michel Laclos, Elliott Stein.... On découvre sur les murs les portraits de Jean Marais, Jean-Louis Barrault, Rolland Petit... En 1944, Michel Déon, à l’occasion de la première exposition de Jean Boullet, le rencontre et en dresse un subtil et juste portrait: << Il habitait avenue d’Italie un appartement sur cour, de trois pièces d’enfilade bourrées d’objets baroque, de très belles gravures, de dessins de Jean Cocteau, de Max Jacob . Je découvris un être passionné d’une exquise éducation, qui fabulait certainement mais aussi ouvrait des portes et montrait une curiosité, un savoir incontestable dans des domaines - en premier, le bizarre - où je m’étais peu aventuré jusque là... sous l’étincelant vernis, il y avait un désespéré. >>.
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Jean Chollet, son biographe donne un éclairage différent sur l’artiste: << Il se voulait " imagier " mais son comportement outrancier l'entraîna bien au-delà, dans une rock n' roll attitude jouée en permanence sur son propre théâtre de la cruauté. Discours blasphématoire et anticlérical, dérive onirique où coexistent tritons magnifiques et montres répugnants, cris d'admiration excessifs, tatouages et chirurgie du visage sont quelques repères au milieu d'une quête désespérée des émotions enfantines. >>.
Il fut aussi journaliste, critique de cinéma. Il collabora à de nombreuse revues, Bizarre, La gazette du cinéma, Saint cinéma des prés, Arcady... On lui doit rien de moins que l’introduction de la science fiction et du fantastique cinématographique en France. Il est l’auteur d’un article, que malheureusement je n’ai pas lu, mais dont le titre me fait rêver, “King kong contre Jeanne d’Arc... Il fait connaître aux français Dracula, Bela Lugosi par l’intermédiaire de Midi Minuit Fantastique (1962-1971), édité par Eric Losfield, qu’il co-fonde avec Michel Caen, Alain Le Bris et Jean-Claude Romer. Ce dernier se souvient de la création de Midi Minuit Fantastique, << Tout est parti de la Librairie du Minotaure. C’était la librairie où l’on pouvait trouver tout ce qui était Fantastique, science-fiction, pataphysique… Et c’est là où l’on faisait des rencontres. Au début des années 60, j’y venais régulièrement et j’y ai rencontré un personnage vêtu de noir qui vociférait et qui gesticulait en parlant du Cinéma Fantastique. C’était Jean Boullet. L’incontournable Jean Boullet ! A l’époque, je préparais un numéro spécial de la revue "Bizarre" à propos de Tod Browning. J’en parle avec Jean Boullet qui me dit "Ah, mais moi, ça m’intéresse. J’ai beaucoup de documents chez moi. Ce serait bien que l’on travaille ensemble et ce serait bien de pouvoir ajouter Boris Karloff, Bela Lugosi...>>.
Pour montrer les films rares qu'il aime, il monte un ciné-club privé dans sa maison de la rue Bobillot : La Société des Amis de Bram Stoker. Grand imagier il illustra des textes de Boris Vian, Edgar Poe, Verlaine et même les évangiles!...

Ses passions sont très diverses, il s’intéresse aux ombres chinoises, à la magie, la démonologie, les mythologies populaires... En 1968, il ouvre, rue du Château, une librairie spécialisée dans ces thèmes et dans la BD de collection. Mais il ne tiendra ce commerce que pendant une année... Il fut aussi taxidermiste ce qui l’amène à fréquenter le zoologiste Bernard Heuvelmans et un érotomane fasciné par les jeunes amputés... Homosexuel flamboyant il a écrit: << Il y a trois pédérastes comme il y a trois églises, la militante, la souffrante, la triomphante. Je suis heureux d’appartenir à la troisième.>>. Tout de cuir vêtu avant la mode, homosexuel extraverti, cyclothymique, victime de quelques amitiés crapuleuses, il finit sa vie dans un itinéraire foncièrement masochiste. On le retrouvera pendu à l’orée du désert en Algérie en 1970.
La plus grande partie de la production de Jean Boullet se compose de dessins qui pour le coup peut être qualifié du trop galvaudé, qualificatif de ligne clair. Il suffit à l’artiste de quelques traits sûr pour évoquer un univers mystérieux ou un désir incandescent. Il a néanmoins peint quelques huiles. On peut en voir deux dans l’exposition (mais pas celle ci-dessous du portrait de Jean Marais dans lequel curieusement Boullet semble pasticher le style des peintures de son modèle) dont une d’un pope!
Les superbes dessins que l’on peut admirer aujourd’hui sont plus lumineux et joyeux que sans doute l’ était leur auteur. Le thème principale en est l’érotisme homosexuel. Il ne sont pas sans rappeler ceux du livre blanc de Jean Cocteau. Le marin y est au centre des fantasmes. Les beaux garçons ne furent pas sa seule source d’inspiration, dans le même temps Boullet est fasciné par la violence. Il a fait une série sur les esclaves et une autre sur la guillotine.
Il ne dessine le plus souvent à la plume et à l’encre noire, avec parfois des rehauts de couleur et pas toujours sur des supports nobles. Ses formats, presque toujours rectangulaires excèdent rarement 40 cm dans leur plus grande dimensions. On peut situer son travail de dessinateur entre Aubrey Beardsley et Tom de Finlande. J’ai même trouvé du Philippe Julian dans son interprétation graphique d’oedipe, à moins qu’il y ai beaucoup de Jean Boullet dans les dessins de l’auteur du “Dictionnaire du snobisme”...
Guitry dans une formule lapidaire dont il avait le secret définit parfaitement le style des dessins de Jean Boullet: <<... C’est dessiné comme avec l’ongle et cependant il n’en est rien mais ce que ç’a d’aérien vient de ce que Jean Boullet jongle.>>.
La galerie publie un très beau catalogue où pour 35€ vous retrouverez remarquablement imprimé, la quasi totalité de l’exposition. La préface échevelée est signée par Denis Chollet qui est aussi l’auteur en 1999, d’une passionnante biographie de Jean Boullet, “Jean Boullet, le précurseur”, aux éditions France Europe Editions Livres, rarement le style d’un biographe, ici échevelé, aura été autant en parfaite adéquation avec celui de son sujet. On y croise un monde à la Modiano, transfiguré par une écriture profuse.
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P.S. L’excellente et indispensable émission de France-culture, “Mauvais genres” a consacré en mai 2001 à Jean Boullet un de ses numéros. Si vous en possédez l’enregistrement pensez à moi...
informations pratiques
Exposition Jean Boullet
jusqu’au 21 juin 2008
Au bonheur du jour
du mardi au samedi 14h30-19h30
Galerie au bonheur du jour
11 rue Chabanais
75002 Paris
02 mai 2008
Bleu France
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Cannibalisme et homosexualité
Je ne lis guère les journaux de papier ou en ligne que dans l'espoir de tomber sur des dépêches comme celle ci-dessous (que j'ai trouvé sur le site d'Illico) qui me fait pleurer de rire. je conçois toutefois que mon sens de l'humour ne soit pas unanimement partagé.
Royaume-Uni : un ancien Mr Gay UK arrêté pour cannibalisme homosexuel
Un
homosexuel du Yorkshire a été arrêté et inculpé du meurtre d'un homme
dont il aurait par ailleurs consommé une partie du corps. Le présumé
coupable n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit du premier détenteur
du titre de Mr Gay UK en 1993, Anthony Francis Morley, aujourd'hui âgé
de 33 ans et travaillant pour la société organisatrice du concours de
beauté gay.
Selon la police, la victime, Damian Oldfield, âgée de 33 ans, a été tuée et son corps dépecé pour être mangé par son meurtrier.
Elle dit ignorer, pour le moment, comment Anthony Francis Morley a
rencontré Damian Oldfield et a demandé la coopération de la communauté
gay.
01 mai 2008
Ryan Taylor
Mark Morrisroe

Sous le titre des Cinq de Boston sont réunis David ARMSTRONG ,Nan GOLDIN ,Mark MORRISROE ,Jack PIERSON , et Philip-Lorca DiCORCIA , des artistes qui travaillent indépendamment les uns des autres mais qui explorent tous une photographie intimiste. Cet engagement artistique similaire, couplé à un parcours estudiantin commun (ils se rencontrèrent lors de leurs études au Massachusetts College of Art de Boston), a amené les critiques à les considérer comme une seule entité qu’ils nomment Les Cinq de Boston ou l’Ecole de Boston. Rapidement, Nan Goldin et Philip-Lorca diCorcia se sont démarqués sur les scènes culturelles et marchandes jusqu’à acquérir la renommée internationale qu’on leur connaît désormais. Inscrit dans leur sillage, leurs trois amis David Armstrong, Mark Morrisroe et Jack Pierson demeurent pourtant confidentiels.

Je vais essayer que Mark Morrisroe ne soit désormais plus pour vous un inconnu. Pour lui son oeuvre restera à jamais indissociable de sa courte vie. Il est né à Boston, dans le Massachusetts en 1959. Sa mère était une prostituée toxicomane. Il n’a pas connu son père mais il fit courir le bruit que s’était un voisin, devenu fameux peu de temps après sa naissance quand il fut arrêté comme étant l’étrangleur de Boston... Mark Morrisroe quitte “la maison” lorsqu’il a treize ans. Il ne tarde pas lui aussi à se prostituer. A seize ans un de ses clients, mécontent de sa prestation, lui tire dessus. Il dira qu’il a une balle enquistée dans la poitrine... mais boitera d’une jambe le restant de sa vie. Sans que l’on sache comment, grâce à qui?, il entre à l’école des Beaux Arts de Boston où il ne tarde pas à être considéré comme un perturbateur en raison de son accoutumance aux drogues et à son exhibitionnisme, notamment.
Cet exhibitionnisme, que l’on retrouve, certes de manière moins évidente chez maint photographes comme par exemple chez son contemporain Mapplethorpe, sera le moteur principal de son travail, l’autoportrait étant un pan important de l’oeuvre qu’il nous a laissé. Ses images forment le journal visuel de sa vie.

S’il fait de nombreuses photos de lui, il n’est pas son sujet unique; il photographie aussi ses amis et ses amants. Il n’y a presque pas de clichés où l’animal humain n’est pas central. La grande particularité technique de Morrisroe est qu’il n’utilise que des appareils Polaroïds, le plus souvent chargé en noir et blanc.


Parfois il “salit” volontairement ses images, leurs faisant subir différents traitements, les griffant, les rayant, les griffonnant... L’image Polaroïd est entourée de marges assez larges. Dans celles-ci, souvent Morrisroe y inscrit le titre de son cliché, des commentaires, la dates... Ces ajouts font partie intégrante de l’esthétique de l’objet. Il signe de son nom mais aussi de ceux de Mark Dirt, sous ce nom il est éditeur de fanzines, ou de Sweet framboise, son nom de drag queen.
En 1997, une grande exposition au Museum of art contemporary art (MOCA) de Los Angeles a rendu hommage à son travail. Elle comprenait 188 auto portraits, essentiellement des nus, réalisés sur une période de douze ans. Ces images étaient un poignant témoignages de l’exploration de soi à travers de ce qu’elles nous montraient, la destruction d’un corps par le sida, qui passe d’une juvénile beauté à l'aspect d' une carcasse décharnée. La démarche de Morrisroe est à rapprocher de celle d’Hervé Guibert, réalisant un film sur ses dernières semaines. Lorsque Morrisroe est mort du sida en 1989, à trente ans, on a retrouvé chez lui 2000 Polaroïds...




















