Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

19 mai 2008

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Stonewall

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Fiche technique :

Réalisation : Nigel Finch. Scénario : Rikki Beadle-Blair & Nigel Finch. Images : Chris Seager. Montage : John Richard. Musique originale : Michael Kamen. Décor : Charles Ford.
        Durée : 98 mn. Disponible en VO et VOST.

Avec: Guillermo Diaz, Frederick Weller, Brendan Corbalis, Duane Boutte, Bruce Mac Vittie, Dwight Ewell, Luis Guzman et Gabriel Mann.       

      

       
      

      

       

                                                                  

      

      

Résumé :
      1969 : le jeune Matty Dean (Frederick Weller) venant de son Middle-west natal débarque à New York où il espère pouvoir vivre son homosexualité de manière plus épanouissante que dans sa province. Dès son arrivée il rencontre, dans les jours qui précèdent les événements de Stonewall, deux hommes que tout oppose : La Miranda (Guillermo Diaz), une drag queen portoricaine flamboyante, et Ethan un activiste gay quelque peu coincé. Ces deux personnes vont devenir ses amants et changer sa vie.

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L’avis de Bernard Alapetite :
      Pour commencer, un peu d’histoire communautaire : à New York, dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, dans le cadre d’une vaste opération contre les bars liés à la mafia, la police fait une descente au Stonewall, 53 Christopher Street, dans le quartier de Greenwich village, un bar où les gays se rassemblent car ils ne sont pas acceptés dans les autres établissements. Pourtant, en 1966, les tribunaux new-yorkais ont reconnu aux homosexuels le droit de se rassembler dans des débits de boisson.
Le Stonewall comme bon nombre de bars est géré par la pègre locale, lointain héritage du temps de la prohibition. Son patron, Tony Lauria « Fat Tony », paie sa dîme aux « œuvres » de la police locale et reverse les recettes du soir au parrain de New York, Matty The Horse. Le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle est d’un bon rapport. Le bar accueille plusieurs centaines de personnes le week-end mais il ne possède pas de licence. Le patron est obligé de graisser la patte des officiers de police du 6e district pour ne pas voir son établissement fermer. Outre des gays et des travestis, sa clientèle comprend de nombreux émigrés clandestins, autant de raisons pour que les autorités s’y intéressent.

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Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, vers deux heures du matin, huit officiers du New York Police Department pénètrent dans le Stonewall. Ils effectuent un contrôle d’identité musclé de la clientèle, majoritairement afro-américaine et portoricaine, qui résiste. Ce raid était différent des interventions précédentes. Habituellement, les propriétaires étaient prévenus à l’avance par un informateur au sein même de la police qu’une descente aurait lieu. Ces « visites » avaient souvent lieu assez tôt dans la soirée pour permettre une réouverture rapide du bar.
Mais cette nuit-là, les policiers ferment l’établissement et jettent les clients un par un à la rue après avoir procédé au contrôle des identités. Deux cents jeunes gens sont expédiés sur le pavé. Au lieu de se disperser dans la nuit comme d’habitude, ils se massent sur les trottoirs aux alentours. Un barman, le portier, et trois travestis sont arrêtés et traînés vers un fourgon de police. Un petit groupe de travestis se lance à leur rescousse. La tension monte. Des bouteilles de bière et des briques volent en direction des policiers. L'histoire veut qu'un travesti, Sylvia Rivera, ait jeté la première bouteille sur les policiers. Les travestis, blacks, latinos, prostitués, étudiants, gays et lesbiennes du quartier sont rameutés. Ils contre-attaquent et disputent le terrain à une police en difficulté. Surpris, les policiers battent en retraite et, comble de l’ironie, se réfugient dans l’établissement. La foule, qui dépasse les 400 personnes, hurle des injures et tente d’enfoncer la porte du bar. Un manifestant essaie de mettre le feu à l’établissement, sans succès. Un parcmètre est arraché et vient coincer la porte du bar, bloquant plusieurs officiers à l’intérieur. La foule continue à grossir. Un feu de rue éclate. Treize personnes sont arrêtées et seront déférées devant la justice. Les renforts demandés sont accueillis par des jets de bouteilles. Des homosexuels prévenus qu’il se passe quelque chose au Stonewall arrivent de toute part. Au petit matin, la foule atteint 2 000 personnes. Elle lance des bouteilles et des pierres aux 400 policiers arrivés sur place. La police finit par envoyer la Tactical Patrol Force, une unité de police anti-émeute, alors habituée à lutter contre les opposants à la guerre du Vietnam. Ces hommes parviennent à disperser les manifestants.

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Craig Rodwell, qui avait créé en 1967 dans la Christopher Street la première librairie d'auteurs gays au monde, la Oscar Wilde Memorial Bookshop, a ameuté la presse. Les journalistes assisteront à plusieurs jours de combats, qui se poursuivront dans la rue. En effet, si le 28 juin, l’émeute se calma, la foule revint les jours suivants. Le soir du 29, un groupe de 500 personnes descend Christopher Street en chantant des slogans pro-pédés. La police anti-émeute charge à la matraque avec une extrême violence et fait de nombreux blessés. Le 9 juillet a lieu le premier « Gay Power Meeting ». Au total, les échauffourées durèrent cinq jours, toutes les brimades dont les homosexuels avaient été victimes précédemment refaisant surface. Mais comme le dit un des personnages du film : « À chacun sa légende de Stonewall... »

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Retour au calme : la dernière fois que je suis passé dans le Village, en septembre 2007, la lumière du printemps irisait les trottoirs proprets de Christopher Street que bordaient de coquets commerces arborant presque tous sur leur vitrine le « rainbow flag ». L’Oscar Wilde bookshop qui a déménagé au n°15 de la rue offre, dans sa tortueuse caverne, toujours autant de trésors que naguère. Ce jour-là, les gardiennes du temple étaient deux charmantes et compétentes lesbiennes qui étaient en âge d’avoir connu les horions de la police dans cette même rue. Le quartier, tout en étant resté gay-friendly, n’a plus grand-chose à voir avec celui du temps des émeutes. Il s’est embourgeoisé et policé comme le reste de New York, aujourd’hui une des villes les plus sûres du monde depuis les actions de son maire Guiliani à la fin des années 90. Guiliani, encore un Républicain atypique (du Great Old Party), dirige la ville depuis 1994, alors qu’aux élections présidentielles de 2004 le candidat démocrate, John Kerry, a obtenu 74 % des voix.

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Du coté de Christopher street en septembre 2007

Depuis, ces événements sont considérés comme l’acte fondateur de la libération des gays. Ils sont commémorés de par le monde, le dernier samedi de juin, le Christopher Street Day, par une gay pride.
Aujourd’hui, peu sont parmi ceux qui se trémoussent en suivant les chars de la gay pride parisienne savent que c’est l’anniversaire d’une révolte de gays quelque part dans le sud de Manhattan qu’ils honorent. Pourtant cette geste n’est pas complètement oubliée, même parmi ceux qui n’étaient pas encore nés alors, comme en témoigne cet extrait de l’excellent blog de Matoo : «  (…) Je sais que je suis un peu le seul à le penser (arf), il s’agit de la commémoration des événements de Stonewall de 1969. Et au-delà, j’y vois la célébration de l’activisme gay depuis 1968 en France. En se pavanant librement et fièrement sur le goudron, on rend finalement hommage à tous ces hommes et femmes qui ont lutté pour notre affranchissement. Et ce ne sont pas les « look hétéros » qui ont été les plus en verve, mais certainement les premiers à en bénéficier aujourd’hui. » ou encore ces phrases       signées Conrad sur un site en déshérence depuis 2002 : « Si vous êtes de ceux qui regrettent la présence des travelos aux marches, souvenez-vous qu'ils ont ouvert la voie. Si vous regrettez qu'on ne voit qu'eux à la télé, souvenez-vous que les médias montrent ce qu'ils veulent, ils n'ont pas besoin de nous pour mentir. Le travail de tolérance et de respect doit se faire tous les jours et par tous, travestis ou non. Je ne suis pas out, au boulot. Mais j'admire la force de ces gens qui ont le courage de s'exposer au jugement d'autres gens qui ne les comprennent finalement pas. Je ne suis ni travesti, ni drag-queen et je n'en ai jamais connu d'assez près ni assez bien pour en parler, je pourrais écrire des pages entières à les idéaliser, mais à quoi bon ? Pensez ce que vous voulez, habillez-vous comme vous voulez, moi, le 1er juin 2002, je marche. »

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En France, il faudra attendre le printemps 1971 pour que soit créé le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et c’est seulement le 25 juin 1977 qu’eut lieu la première gay pride parisienne.
      Le film, qui d’ailleurs devrait plutôt s’appeler Avant Stonewall car seulement les dix dernières minutes relatent en une remarquable synthèse l’émeute, présente habilement mais trop brièvement le contexte historique de cette période : celui international, la guerre du Vietnam mais aussi interne au mouvement gay. Celui-ci était alors représenté par la Mattachine Society qui est montrée ironiquement au travers des réunions auxquelles assistent Matty, le héros du film. Ce groupe œuvrait discrètement pour donner plus de droits aux gays. Le mouvement voulait que les homosexuels se fondent dans la société, s’intègrent et ne soit en rien discernables des hétérosexuels, un peu l’équivalent de ce qu’était en France Acady.
Il faut savoir que si l’intervention de la police a provoqué de telles réactions, c’est certes que Judy Garland venait de mourir mais que surtout cette descente de police inopinée était comme un retour aux années précédentes. En effet, la tendance était à la tolérance envers les gays depuis l’élection en 1965 à la mairie de New York de John Lindsay, un Républicain qui présentait un programme de réformes, et celle de Dick Leitsch comme président de la Mattachine Society à New York. La police diminua sensiblement ses descentes à partir de 1965. Petite précision, le Parti Républicain était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui sous la présidence de Bush, en particulier à New York où il était alors dominé par deux libéraux : John Lindsay et Nelson Rockefeller.
Au moins depuis Alexandre Dumas et Walter Scott on sait que la fiction est le meilleur moyen pour immortaliser des jours que l’on veut fameux. Mais pour que le roman ou le cinéma fasse de beaux enfants à l’Histoire, faut-il encore que la fiction soit puissamment incarnée par des héros auxquels le lecteur ou le spectateur puissent s’identifier. C’est ce qu’a imparfaitement réussi Nigel Finch.
      

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        Le film démarre sur des témoignages, ce qui est une bonne idée qui malheureusement ensuite sera abandonnée, puis il nous entraîne très vite dans l’histoire de Matty qui débarque de sa lointaine province et qui tombe amoureux de la première personne qu’il rencontre, un joli travesti latino qui va lui servir de guide dans ce gay New York de 1969, où comme par hasard il va rencontrer immédiatement un échantillonnage de la communauté gay. La ficelle scénaristique est un peu grosse et par conséquent, on a bien du mal à s’identifier à Matty.
Le scénariste ne fait entrer véritablement le romanesque que dans la dernière demi-heure de son film, ce qui est beaucoup trop tard.

        Stonewall hésite constamment entre le film militant et sociologique, la comédie romantique et le musical. Cette absence de choix déconcerte le spectateur, le réalisateur ne parvenant jamais à mêler harmonieusement les trois veines de son inspiration. Le choix d’inclure des interviews de témoins des événement était judicieux. Ce procédé a fait flores depuis. Les frontières entre fictions et documentaires tendent à se brouiller. Il était très novateur en 1996 et on ne peut que regretter que Finch ait abandonné cette tentative et ne soit pas allé au bout de son idée. Pas plus qu’il soit allé au bout de sa volonté de transformer ce film historique en musical, ce qui aurait encore plus dynamisé Stonewall dans lequel les morceaux chantés s’intègrent mal. On voit bien que le modèle est Torch Song         Trilogy (1988) mais jamais Finch, comme le fait Fierstein, nous prend aux tripes avec son histoire d’amour entre le gay candide et le travesti romantique et blessé par la vie. Il ne parvient pas complètement non plus à mêler analyse sociologique et historique avec ses histoires d’amour. Les personnages sont trop archétypaux pour nous émouvoir. Ils sont cependant servis par des comédiens de grand talent.

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        On comprend bien que le réalisateur a voulu dépeindre les émeutes par le biais de la vie de ces quelques personnes mais cela manque terriblement de chair. En revanche, il est juste historiquement d’avoir donné le premier rôle à une drag-queen portoricaine car ce sont elles qui furent en première ligne face à la police. Comme de bien montrer l’implication de la mafia dans ce monde de la nuit ainsi que la corruption de la police.
Il est indéniable que le film est parcouru d’une énergie et d'une force de conviction qui ne se démentent jamais. Il ne tombe jamais non plus dans le glauque et le misérabilisme, bien que le film comporte quelques scènes dramatiques.
Il est paradoxal qu’un grand événement de l’histoire américaine, cette prise de la Bastille gay, comme le qualifie Edmund White, soit transposé au cinéma par un cinéaste britannique, tout comme l’un des épisodes du 11 septembre le fut par Paul Greengrass dans Vol 93.

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        Pour son premier film Nigel Finch s’est entouré de solides professionnels, ce qui n’empêche pas la flamboyance comme en témoigne la vie de son scénariste, Rikki Beadle-Blair (le créateur de l’incroyable série Metrosexuality), qui est un véritable roman. Il naît en 1962 à Bermondsey, au sud de Londres. Il est élevé par une mère célibataire, Monica Beadle, conseillère sociale et lesbienne. Originaire de Jamaïque, elle émigre à l’âge de 12 ans en Angleterre, où elle sera la première enfant noire dans son école à Peckham. À 16 ans, enceinte de Rikki, et alors que sa mère vient juste de mourir, elle est jetée à la rue par sa sœur. Rikki entre à l’école alternative de Bermondsey où les enfants étudient uniquement les matières qui les intéressent. Rikki se consacre exclusivement au cinéma et au théâtre. Il existe dans les actualités télévisées de la BBC un documentaire qui traite de Rikki enfant acteur à Bermondsey dans les années 70. À 17 ans, il donne des concerts a capella dans une librairie gay, The Word, dans le quartier de Londres de Bloomsbury. À la fois danseur, artiste de cabaret, musicien rock, acteur, chorégraphe, metteur en scène, scénariste, il parcourt le monde, danse et monte des shows dans des cabarets, présente une chorégraphie de strip-tease à... Bagdad. Il sera même assistant dans un spectacle de serpents. Il se fixe ensuite à Londres où il dirigera nombre de mises en scène en marge des circuits traditionnels. Il interprète Hamlet, mais son rôle préféré restera Blue, un punk junkie héroïnomane de Liverpool dans le film Sirens au début des années 90. Il obtient le prix du meilleur scénario         pour celui de Stonewall. Ensuite, il se consacre essentiellement à l’écriture de scénarios pour la BBC, Radio 4 et Channel 4, de courts métrages et pièces radiophoniques dont il interprétera lui-même certaines. Il participe aussi à des projets en collaboration avec le Théâtre national de la jeunesse. En 1998, Rikki travaille avec le cinéaste David Squire pour Captivated, film à un seul rôle qu’il écrit et interprète, puis A Dog’s Life, un court métrage qui remporte de nombreux prix. L’année suivante il crée         Metrosexuality (DVD édité par BQHL), une série en six épisodes pour Channel 4. Il est à la fois scénariste, metteur en scène, premier rôle et compose aussi la musique avec Mark Hawkes. En 2001, il adapte Take it Like a Man, une biographie de Boy George dirigée par Kfir Yefét pour la BBC.
Nigel Finch n’aura pas vu terminé son premier film pour le cinéma. Il meurt du sida avant qu’il soit complètement finalisé. Sa post-production est assurée par sa productrice, Christine Vachon. Cette dernière est une figure importante de la cinématographie gay.
Elle a également produit entre autres : Poison, Swoon, Postcards From America, Go Fish, Safe,         Kids, I Shot Andy Warhol,  Kiss Me, Guido. Auparavant Finch a été monteur et         producteur de la série Arena pour la BBC 2. Arena lui valut cinq Oscars anglais de la télévision et de nombreuses citations internationales. Dans cette série, il réalisa des         films sur l'hôtel Chelsea, le photographe Robert Mappelthorpe et une biographie en cinq parties des Rolling Stones. The Vampyr : A Soap Opera fut récompensé par le Prix Italia en         1993. Stonewall est donc son premier et dernier film pour le cinéma.
        Chris Seager, le directeur de la photo est aussi, entre autres, celui de Beautiful Thing et d’Indian Summer (deux excellents films gays).

Le film a reçu le premier prix du Festival du film à Londres et le prix du public au Festival du film gay et lesbien de San Francisco.
        Stonewall, que l’on doit considérer comme inachevé, est un hymne à la tolérance et au courage de s’affirmer. Malgré ses imperfections, c’est un spectacle agréable et surtout indispensable pour la connaissance de l’histoire de la communauté gay.
                     

       
      

      

       

                                                                  

      

      

              

      

 

     

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18 mai 2008

De belles créatures

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D'autres belles créatures ici.

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17 mai 2008

Norbert Bisky

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L’allemagne ne possèdent pas que de vieux maîtres en peinture, Penck, Kiefer, Gerhard Richter, Sigmar Polke Bazelitz... Ses dernières années ont vu apparaître un artiste, Norbert Bisky dont l’importance et les thématiques me rappellent l’éclosion de David Hockney dans les années soixante dix...

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Norbert Bisky  est né à Leipzig, alors en Allemagne de l’est, en 1970. Son père était un haut fonctionnaire du régime (peut être est-ce pour cela que son fils peint dans certains de ses tableaux, une jeunesse idéalisée, une sorte de pays perdu...). Il est aujourd’hui président du PDS, le parti post-communiste allemand. Norbert Bisky est un de ses nombreux artistes allemands venant d’Allemagne de l’est; toutefois sa formation artistique a eu lieu après la chute du mur.

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En 1990 il commence des études d'histoire de l'art allemand à l'Université Humboldt à Berlin. Trois ans plus tard, il visite l'école d'art Libre de Berlin ce qui le décide à faire des études de peinture. Il a été pendant plusieurs années de 1994 à 1999 à l’Universität der Künste Berlin l'élève de Georg Baselitz. Durant l’été 1995 il suit l’ enseignement de Jim Dine en Autriche à la Salzburg Summer Academy. Puis, avec le programme Erasmus, il passe un an en Espagne à la Faculdad de Bellas Artes; Universidad Complutense Madrid. Il retourne terminer son cursus à Berlin où il vit et travaille aujourd’hui.
Lors de la première exposition de groupe des étudiants de Baselitz à la galerie Michael Schultz en 1998 le travail de Norbert Biski attire l’attention du public.

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Il fait sa première exposition personnelle en 2001,“Wir werden siegen”,  à la Galerie Michael Schultz à Berlin. Elle sera suivi de nombreuses autres en Allemagne, en Italie, aux Etats Unis, en Corée...
Valeur montante de la peinture allemande, les toiles de Norbert Bisky sont de plus en plus prisées outre-Rhin. L'allemagne est pris d’une soif de peinture. Ses grands anciens connaissent une notoriété internationale et tirent toute une génération de jeunes artistes. Contrairement aux «Young British Artists» comme Damien Hirst , Sarah Lucas ou Tracey Emin qui misent sur le choc et la sensation, les artistes allemands, qui grimpent actuellement au sommet des ventes, s’intéressent au renouveau de la peinture. Une peinture parfois ludique, d’une grande maîtrise technique, et inspirée souvent par les paysages des romantiques. Alors que Damien Hirst fait sensation avec un requin baignant dans du formol, Bisky revisite la peinture réussissant à être encore plus dérangeant que Hirst, parce qu’immédiatement lisible, ce qui gène une partie de la critique.

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Ses œuvres ont déjà été acquises par de nombreuses collections publiques, notamment, le Musée Ludwig à Cologne, Museum of Modern Art de New York, Museum der bildenden Kunst à Leipzig... Il expose dans le monde entier mais pas en France! Ce qui est incompréhensible (à moins que nous soyons le pays le plus pudibond d’occident) d’ autant que son maître George Baselitz y jouit d’une très grande notoriété. Je ne m’explique pas, par exemple que la galerie Thaddeaus Ropac, galerie de Baselitz, n’organise pas une grande exposition Bisky d’autant qu’elle ne répugne pas à exposer un artiste gay comme Paul P.; car l’oeuvre de Bisky est tout sauf consensuelle. L’artiste y affiche clairement ses goûts pour les adolescents, presque toujours mis en scène dans un contexte de grande violence. Si Baselitz met le nazisme au centre de sa création Bisky lui le remplace par le sexe. Ses expositions sont presque toujours entourées d’un parfum de scandale.

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Ses influences sont multiples, par la vigueur et l’amplitude de son coup de brosse, dans certaine toiles on décèle immédiatement l’influence de Baselitz. Il utilise principalement des couleurs pures fraîches et lumineuses. Toutefois son style est plus réaliste que celui de son mentor. Parfois il est proche du réalisme socialiste. Irradié durant ses dix neuf premières années par la propagande communiste  à l'instar de son contemporain et collègue allemand Neo Rauch, Bisky s'appuie sur les conventions visuelles de l'ère communiste . Mais contrairement à Rauch, qui met en évidence la robotisation de la population, Bisky idéalise cette période pour mieux la subvertir. Son univers fait penser aux ambiances d’un monde à la David Lynch qui aurait les couleurs des clichés de David LaChapelle ou des images de Murakami .

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Souvent critiqué pour ses scènes sexuelles ou violentes, Norbert Bisky joue beaucoup sur le registre de l'ironie. Les situations qu'il représentent font scandale alors qu'il nous les communiquent le plus souvent par le biais de l'humour. Par exemple en intitulant “déluge” une immense toile de trois mètres de long sur laquelle un adolescent soigne une égratignure de son camarade. Le déluge en question est dans la tête de l’un d’eux (des deux?) submergé de désir.

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Les giclures sur ses toiles évoquent les éjaculations dans les films pornographiques mais elles sont mises à distance grâce à des couleurs acidulées. Norbert Bisky représentent les scènes les plus osées  avec les canons Pop-Art, ce qui leurs donnent une forme d'innocence qui entretient volontairement la confusion. Par sa volonté de dynamiter la réalité et la bien séance Bisky est proche des débuts de la Figuration narrative  que l’on peut voir actuellement à Paris au Grand Palais.

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Ses personnages, presque toujours de beaux adolescents, (des “Joubert pierrejoubert.site.free.fr” qui aurait un peu mûris) sont stéréotypés, interchangeables d’une toile à l’autre. Cette utilisation du clone adolescent le rapproche d’Antony Goicolea (avec lequel il a déjà exposé) comme le constant hiatus sur ses toile entre candeur et violence l’apparente à AES+F .

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Il travaille les stéréotypes esthétiques néoréalistes instituées par les différents totalitarismes du XXe siècle. Prenant acte de l’ambivalence naturelle des images, l’artiste s’approprie les options stylistiques essentielles propres aux esthétiques de ses régimes: le fondement photographique, le réalisme naturaliste, et l’effacement de toute singularité individuelle, au profit de clones imaginés à l’aune de leur mythologie historique.

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Toutefois, Bisky subvertit tous ces partis pris stylistiques contre eux-mêmes. Il élabore une énergie du retournement. L’empreinte lumineuse de la photographie se fait incandescente. Elle brûle la figure "à froid".  Son réalisme échappe à l’objectivité historique pour investir le territoire imprécis de la réminiscence intime et trouble de l’adolescence. L’ engouement que provoque l’artiste s’explique par le fait qu’il représente parfois des scènes idéalisées de l’adolescence que tous secrètement auraient aimé vivre.

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Si l’on n’y prenait pas garde on pourrait croire que les jeunes éphèbes musculeux et insouciants, de Norbert Bisky s’ébrouent et batifolent dans un idyllique décor maritime, offrant le spectacle d’un déluge de corps dénudés, durant d’idéals séjours dans une colonies de vacances fantasmée de l’époque soviétique (il a dans son adolescence participé à de nombreux camps d’été de pionniers) ou, pour le regardeur français sortis d’”Un signe de piste” . Mais on découvre presque toujours, dans ses dernières production, dans un recoin de l’image, que cette apparente innocence n’est que le masque recouvrant de noires turpitudes. Comme dans cet immense tableau de trois mètres de haut intitulé “sans grâce” (qui devrait s’appeler vaudou aryen) où l’on ne s’aperçoit pas immédiatement que le petit blondinet aux yeux vide martyrise une figurine humaine.

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On peut constater une évolution thématique dans son œuvre. Si à ses débuts il représentait une jeunesse idéale, dans des images homo érotiques, aujourd’hui les sujets se font plus âpres et plus crus. Au paradis a succédé des scènes d’apocalypse et à la suggestion homo érotique des représentations de relations homosexuelles explicites. Ce durcissement va de paire avec le remplacement des couleurs pastels par des teintes plus denses et plus vives.

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Bisky fait preuve d’un grand sens du mouvement dans ses compositions. Un des meilleurs exemples se trouve dans la toile “Match parfait” qui montre le dynamisme et l'esthétique d'un instant d’ un match de football qui devient sous son pinceau un ballet sensuel.

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L’artiste s’exprime sur de grands formats, il n’est pas rare que la plus petite dimension de la toile soit d’un mètre, la plus grande peut en atteindre cinq. Il est très pointilleux pour ses accrochages qu’il considère comme des installations, les toiles se répondant, racontant une histoire...

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Son travail sur papier est assez différent de celui sur toile. Dans de grand format, sur le papier nu, se dispersent de petits homoncules, comme si la feuille blanche était une plage presque déserte...

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Souvent Norbert Bisky s'inspire de tableaux existants, de l'univers d'autres artistes et se réfère constamment à l'histoire de l'art. Il intègre ainsi dans son œuvre des éléments du futurisme, de la calligraphie japonaise, des mangas et de l'expressionnisme allemand...

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16 mai 2008

Dimitris Yeros

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D'autres très belles photographies du photographe grec Dimitris Yeros sur son site de superbes nus mais aussi des portraits sensibles de grands artistes. Je vous recommande particulier celui de Naquib Mahfuz...

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15 mai 2008

Victor Minibaev

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Mark Beard / Bruce Sargeant...

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Mark Beard est né en 1956 à Salt Lake city. Aujourd’hui il vit et travaille à New York. Il a réalisé sa première exposition personnelle en 1985 à Boston. Elle a été suivie de nombreuses autres dans le monde entier.


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Beard est un artiste complet réalisant surtout des peintures aussi bien sur toile qu’en tant que muraliste, mais aussi des sculptures, des dessins, des photographies et des installations. Si sont style est classique, il est aussi un des artistes conceptuels les plus original de notre époque.

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Au cours des 20 dernières années Mark Beard s’est inventé cinq doubles, dont Bruce Sargeant, un artiste anglais, contemporain de E. M. Forster, Rupert Brooke, et John Sloan dont le style et les sujets font beaucoup penser à Eakins. Il a également créé le professeur de Bruce Sargeant, Hippolyte Alexandre Michallon, un peintre pompier français du  19 ème siècle. Michallon a également enseigné à deux autres avatars sortis de l’imagination de Mark Beard, Edith Thayer Cromwell, une artiste avant-gardiste américaine et Brechtolt Steeruwitz, un peintre expressionniste allemand, peut-être la personnalité la plus complexe inventé par Mark Beard...

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Pour l’instant Bruce Sargeant a quelque peu supplanté les autres artistes qui cohabitent dans Mark Beard. Ce dernier lors d’une récente exposition new-yorkaise a donné de nombreuses précisions biographiques sur son personnage préféré. Il affirme que Bruce Sargeant est son grand-oncle. Il serait né en 1898, d’un père américain et d’une mère anglaise. Son œuvre comporterait des portraits, des paysages, des natures mortes, et surtout des athlètes. Beard conclut: Bruce Sargeant est arrivé au sommet de son art avec ses  peintures sur les Jeux olympiques de Berlin. Mais il aurait trouvé une mort tragique, peu de temps après, dans un accident en 1938.

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Si les artistes sont entièrement fictifs leurs travaux sont bien réels.On ne peut comparer sa démarche tout à fait singulière dans l’histoire de l’art qu’avec celle de Le Gac.

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Je me suis surtout intéressé à Beard/Sargeant que j’ai découvert il y a quelques années lors d’un voyage à New-York. Voilà un peintre contemporain dont il n’est pas bien difficile de découvrir les œuvres outre qu’il fait de nombreuses expositions (principalement aux Etats Unis), il a surtout peint les fresques des somptueux magasins Abercrombie & Fitch à New-York, Los Angeles et Londres. Il poursuit sa collaboration avec cette firme puisqu’il est l’auteur de la couverture de leur nouveau catalogue (voir ci dessous). Il est amusant de noter que le principal collectionneur de Mark Beard est Ralph Lauren, le créateur d'une des marques directement concurentes d'Abercrombie & Fitch!

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Il a aussi entre autres décoré le gril du Rochester hôtel de Londres, le foyer de l’opéra de Cologne et sculpté les portes de bronze de la synagogue de New-york...
Ci-dessous j'ai photographié en mars 2005 et sptembre 2007 les fresques de la boutique Abercrombie & Fitch de New York. J'espère que vous voudrez bien me pardonner la médiocre qualité de ces images. D'une part il est difficile de photographier avec la foule dense qui se presse dans le magasin et d'autre part de charmantes hotesses souriantes mais fermes vous intiment de cesser de faire des photos. Enfin si dans ce lieu, d'où je repars les poches vides et les bras encombrés, la musique y est tonitruante, la lumière y est bien chiche!

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Les toiles de Beard/Sargeant sont peintes d’une brosse vigoureuse. Même lorsqu’ils sont au repos ses athlètes sembles prêt à bondir. Si l’on ne peut pas s’empécher d’évoquer Eakins devant ses peintures sa technique de rendu des chairs fait aussi songer à celle de Lucian Freud mais contrairement à l’anglais, chez l’américain les corps sont glorieux.

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Fasciné par la geste sportive du début du siècle, il en restitue le fair play, l’amateurisme et l’élégance. Pierre de Coubertin a trouvé le chantre à la mesure de son idéal.

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14 mai 2008

La chambre de Giovanni de James Baldwin

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Curieusement je n’avais jamais lu le roman le plus gay d’un de mes écrivains préférés, James Baldwin, peut être parce que à l’époque où je découvrais le grand écrivain américain, au début des années 70, “La chambre de Giovanni” était difficilement trouvable. Chronologiquement, il date de 1956, ce court roman, est un des premiers textes de Baldwin et précède les deux chef d’oeuvre du romancier, “Un autre pays” (1962) et “L’homme qui meurt” (1968), comme de ses grands livres politiques tel “La prochaine fois le feu”, mais il est postérieur aux premières nouvelles qui composent “Face à l’homme blanc”. Autant de livres édités par Gallimard, alors que ” La Chambre de Giovanni” est paru chez Rivage.
Mais avant d’aller plus loin il me semble indispensable de revenir sur la personnalité de James Baldwin. Il est né en 1924, Premier de neuf enfants et enfant illégitime, Il ne rencontra jamais son père biologique et n’a même sans doute jamais connu son identité. James Baldwin est élevé par son beau-père pasteur fondamentaliste et prédicateur. Il grandit dans les rue de Harlem. Alors que son père s’opposait à ses aspirations littéraires, Baldwin trouva du soutien auprès d’un professeur ainsi qu’auprès du maire de New York, Fiorello H. LaGuardia. A l’âge de 14 ans, il devint prêcheur dans une église pentecôtiste de Harlem. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études au lycée DeWitt Clinton dans le Bronx, il s'est installé dans Greenwich Village où Il commence à écrire. Il gagne un prix littéraire pour ses articles. Ce qui lui permet de quitter les Etats Unis, dégoûté par leur injustice raciale. Il s'installer à Paris où il vit dans la pauvreté. Il y retrouve d’autres exilés noirs américains comme Chester Himes et Richard wright, son mentor en littérature. Il publie son premier roman, “Les élus du seigneur”, partiellement autobiographique, en 1953. En 1957, il retourne aux Etats-Unis pour participer au Civil Right' s Movement aux côtés de Martin Luther King et Malcolm X. Il publie son essai sur les relations raciales, 'Nobody Knows my Name', en 1961 suivi de son grand roman 'Another Country (Un autre pays) et en 1962, et de son essai 'The Fire Next Time (La prochaine fois le feu), considéré comme l'un des plus brillants essais sur l'histoire de la protestation des Noirs, lui attirant une large audience. Il y prédit une explosion de violence à travers le pays si les Blancs ne changent pas d'attitudes envers la population noire. James Baldwin a également écrit deux pièces de théâtre, 'The Amen Corner' (1955) et 'Blues for Mister Charlie' (1964). D’autres romans suivront “L’homme qui meurt”, “Harlem quartet” ... Il meurt d’un cancer le1 er décembre 1987 à Saint-Paul de Vence.

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James Baldwin à l'époque de l'écriture de la chambre de giovanni

L’homosexualité est un des thèmes récurrent dans son œuvre. Pour Baldwin l’Amérique est une famille déchirée, la haine du noir se nourrit de la psychosexualité tourmentée héritée du puritanisme dans lequel le noir est objet de rejet mais aussi de désir. Sa nouvelle “A la rencontre de l’homme blanc” est emblématique de la vision des relations humaines qu’a Baldwin. On y voit un homme noir qui est lynché à la fois à cause d’un désir homosexuel inavouable de l’homme blanc qui en même temps considère le noir comme son rival sexuel par sa supposée grande virilité.
On peut considérer James Baldwin comme étant l’écrivain qui a le plus influencé Toni Morrison.
“La chambre de Giovanni” présente un intérêt spécial pour le lecteur français et en particulier parisien puisqu’il se passe dans le Paris de la quatrième république ce qui est le cas aussi, mais pour une partie seulement, d’”Un autre pays” pour lequel on a parfois le sentiment que “La chambre de Giovanni” a servi d’ esquisse. A ce propos quelques erreurs de détail montrent que le livre n’a pas écrit par un français, géographiques la rue Bonaparte ne relie pas la Seine à Montparnasse, passée le boulevard Saint Germain, elle devient la rue de Rennes, sociologique, il est fort improbable que le galetas de Giovanni possède le téléphone au milieu des années cinquante alors que bien des bourgeois ne parvenaient pas à l’obtenir! Mais ce ne sont là que vétilles car l’ouvrage ressuscite remarquablement cette époque.
Le livre dissèque, en une suite de retours en arrière, l’histoire d’amour en deux hommes au milieu de la vingtaine, David un américain qui est en France pour se fuir et Giovanni un émigré italien, tous deux vivent d’expédients dans le monde faisandé du Saint Germain post existentialiste. Quand ils se rencontre David est seule à Paris, la femme qu’il croit aimer, Hella est parti faire une escapade en Espagne pour réfléchir à leur possible avenir commun. Dans les toutes premières pages du roman on apprend que Hella est repartie en Amérique et que Giovanni va être guillotiné. Les 200 pages de “La chambre de Giovanni” nous apprendront comment ils en sont arrivé là. Le roman nous entraîne dans un monde à la Modiano, avec à la fois plus de psychologie et une syntaxe moins maigre. Plus que sur l’amour homosexuel, “La chambre de Giovanni” est un roman sur la honte de soi et sur l’incapacité de reconnaître ce que l’on est, dans le cas du narrateur de cette histoire, qui la raconte à la première personne, celle d’être homosexuel. On peut même dire David a une sorte d’homophobie intérieure. En cela, et pas seulement par son décor, ce livre me parait daté, mais peut être suis-je dans l’erreur, aveuglé par la permissivité, un peu en toc, urbaine.
Si ce livre est modianesque c’est par son décor avec ses cafés désuets et un peu minables qui n’avaient alors pas vraiment changés depuis Zola mais qui ont totalement disparu depuis. C’est aussi par ses personnages interlopes. Mais à la différence de Modiano, qui n’ a toujours fait que frôler le monde homosexuel avec une certaine fascination mais n’osant pas y entrer, sans doute parce qu’il “n’en est pas”, Baldwin met lui son livre au cœur de ce milieu. Aujourd’hui, le roman apparaît aussi comme une sorte de reportage d’un certain monde homosexuel parisien des années cinquante, ce que ne pouvait pas, bien sûr, imaginer d’autant que l’on ressent un certain dégout, une certaine volonté de distanciation de la part de Baldwin envers ce monde. Sans doute parce qu’à l’époque où il écrivait ‘La chambre de Giovanni”, lui aussi avait du mal à accepter sa sexualité. David comme presque tous les héros de Baldwin est un looser mais sa particularité est que c’est un médiocre avec lequel le lecteur a beaucoup de mal à entrer en empathie. L’autre particularité de David par rapport aux autres personnages principaux de l’écrivain est qu’il est blanc. On peut penser que cela a été une manière pour Baldwin de se mettre à distance de son homosexualité.
La lecture est de l’ouvrage est pénible par le dénie au bonheur possible d’un homosexuel. Voici un exemple significatif de son ton: <<C’est une question banale, mais l’ennui avec la vie, c’est qu’il est si banal de vivre. Tout le monde, en fin de compte, suit la même route sombre (et la route a une façon d’être à son plus sombre, à son plus traître, losqu’elle semble la plus claire) et il est vrai que personne ne reste dans le jardin d’Eden. Évidemment le jardin de Jacques n’était pas le même que celui de Giovanni. Le jardin de Jacques était peuplé de footballeurs et celui de Giovanni était peuplé de jeunes filles mais, finalement, ça ne parait pas avoir une grande différence. Peut être que tout le monde a un jardin d’Eden, je ne sais pas; mais on a à peine le temps de l’entrevoir avant que surgisse l’épée flamboyante. Peut être que le seul choix que la vie nous laisse est de garder le souvenir du jardin ou de l’oublier...>>.
“La chambre de Giovanni” est particulièrement cruel pour les vieux invertis qui ne sont décrits que comme de pauvres hères ridicules qui ne peuvent qu’acheter les faveurs d’une jeunesse qui les méprise et les exploite.
La chambre de Giovanni n’est ni le plus grand livre de son auteur ni le plus agréable à lire mais il est un témoignage poignant de la difficulté intérieure à vivre son homosexualité, il y a seulement cinquante ans.

Posté par bernar alapetite à 17:28 - coupe pages - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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