30 mai 2008
Vince Azzopardi
Nés en 68
France, 177mn, 2008
Fiche technique :
Réalisation
Olivier Ducastel & Jacques Matineau, scénario Olivier Ducastel,
Jacques Martineau, musique: Philippe Miller, image: Matthieu
Poirot-Delpech, montage: Dominique Galliéni.
Avec Laetitia
Casta, Yannick Renier, Yann Trégouët, Christine Citti, Marc Citti,
Sabrina Seyvecou, Théo Frilet, Edouard Collin, Kate Moran, Fejria
Deliba, Gaetan Gallier, Osman Elkharraz, Slimane Yefsah, Matthias Van
Khache, Thibault Vincon, Marilyne Canto, Alain Fromager et Gabriel
Willem. Réalisation :Olivier Ducastel & Jacques Matineau.
Scénario : Olivier Ducastel & Jacques Martineau. Musique : Philippe
Miller. Image : Matthieu Poirot-Delpech. Montage : Dominique Galliéni.
Résumé :
Catherine,
Yves et Hervé (Yann Tregouët) ont une vingtaine d’années. Ils sont
étudiants à Paris et ils s'aiment. Mai 68 bouleverse leur existence.
Séduits par l'utopie communautaire, ils partent avec quelques amis
s'installer dans une ferme abandonnée du Lot. Loin des préoccupations
du capitalisme, ils refusent le diktat de l'accumulation des richesses
et de l'individualisme. Cependant, très vite, l'utopie communautaire
révèle ses limites, celles de l'expression des ego et de l'amour qui ne
souffre d'aucun partage. Le groupe se désagrège mais Catherine refuse
de se soumettre. Elle continue à être fidèle à ses idéaux et tient la
ferme seule. Elle y élève ses enfants.
1989. Les enfants de Catherine et Yves entrent dans l'âge adulte. Ils affrontent un monde qui a profondément changé : entre la fin du Communisme et l'explosion de l'épidémie du sida, l'héritage militant de la génération précédente doit être revisité...
L’avis de Bernard Alapetite :
Nés en 68 (il
faut comprendre le titre dans le sens où les protagonistes sont
véritablement nés au monde sur les barricades, c'est-à-dire à l'âge de
20 ans) a tous les défauts et toutes les qualités d’un premier film
d’un réalisateur qui a un cœur « gros comme ça » et qui a voulu tout
mettre dans son premier long métrage, craignant que ce soit le seul. On
peut dire sans craindre de se tromper que c’est un vrai film d’auteur
avec ce que devrait toujours signifier ce terme : l’urgence vitale pour
le réalisateur de le faire sien. Le cœur à gauche, il y a mis toutes
les luttes, tous les espoirs et aussi toutes les déceptions des
quarante dernières années de son camp, qui se vit et s’imagine toujours
floué par l’histoire. Ça commence avec les barricades de mai 68, ça
continue par les espoirs mis en Mitterrand, pour se terminer dans
l’affirmation que les sectateurs du grand soir sont toujours prêts à
bouter l’actuel président, qui lui se rêve en fossoyeur de mai 68...
Mais le réalisateur a peut-être voulu surtout, à travers de cette
fresque généreuse faire un beau portrait de femme, celui de Catherine,
qu’incarne merveilleusement Laetitia Casta. Peut-être est-ce celui de
sa mère, si le cinéaste est né en 1968 ? À moins que les chapitres qui
lui tiennent le plus à cœur soient ceux de la saga du combat des
homosexuels, d’abord pour leur affirmation, puis pour leur survie et
enfin pour leur devenir... À moins encore que ce qui lui importe le
plus, soit de nous parler avec pudeur de son amour de jeunesse, fauché
par le sida à quelques semaines de la mise en service des
trithérapies... Voilà ce que j’aurais écrit si je n'avais pas su que Né en 68 a été réalisé par Ducastel et Martineau et que leurs précédents films, dans l’ordre chronologique Jeanne
et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen et Crustacés & Coquillage, sont en bonne place dans ma dévéthèque.
Nés en 68 contient
deux films. Il est distinctement divisé en deux parties. La première
consiste surtout à décrire l’expérience de la communauté agricole
qu’ont fondée le groupe de gauchistes autour de Catherine (Laetitia
Casta). Elle se termine lorsqu’arrive sur l’écran le panneau « 8 ans
plus tard ». La deuxième est plus politique et se focalise surtout sur
la geste des homosexuels, de la libération jusqu’à la quasi
banalisation en passant par le drame du sida, la lutte pour le PaCs et
l’avènement des trithérapies et n'échappe pas toujours au didactisme.
La première est la plus dense et la plus réussie. Ducastel et Martineau
réussissent, comme je ne l’ai jamais vu au cinéma, à capter l’esprit de
mai 68 (beaucoup mieux que le très très très... sur-coté Garrel dans
son super chiant Les Amants réguliers)
ou plutôt celui de l’immédiat après mai. Curieusement, c’est dans la
première moitié du film qu'à la fois, la prestation collective des
acteurs est la meilleure mais c’est aussi dans celle-ci que certains
sont mauvais dans certaines scènes ou transparents. Les cinéastes
peinent à individualiser les protagonistes de la communauté, certains
ne font que passer ou disparaissent arbitrairement.
Contrairement à Renaud Bertrand, le réalisateur de Sa raison d’être,
avec lequel on ne peut faire que la comparaison, Martineau et Ducastel
n’ont pas eu le projet fou de mettre tous les grands événements de ces
quarante dernières années dans leur film. Ils réussissent souvent à les
intégrer subtilement à leur récit, c’est le cas pour le 11 septembre,
c’est d’ailleurs presque la seule intrusion de la politique
internationale dans le film, qui est trop centré sur la seule petite
France. On voit les images de l’attentat contre le World Trade Center
sur une télévision pendant qu'à côté, Boris (Théo Frilet) et Vincent
(Thibault Vincon) font l’amour avec passion, leur histoire personnelle
est si forte qu’elle les ferme à cet instant au monde et leur font
rater l’événement. Mais le spectateur sait qu’ils verront ces images
après...
Si chez Renaud Bertrand on sentait derrière la réalisation le cahier
des charges de la production, en l’occurrence la chaîne de télévision
qui allait diffuser le film, rien de tel chez nos deux cinéastes qui
ont pourtant eux aussi beaucoup (trop ?) chargé la barque de leur
scénario et ont eu également la tentation du mélodrame. Genre qui
revient en ce moment en force dans toutes les cinématographies. Si on
croit à ce qui arrive aux personnages, c’est qu’ils ont réussi à
inscrire les péripéties de leur vie dans leur propre logique.
Une des scènes m’a beaucoup fait réfléchir, en particulier sur sa réception, est celle de l’amour libre entre fleurs et prés dans laquelle les membres de la communauté et des amis de passage s’ébattent nus dans une sorte de ronde dionysiaque. Elle est sans doute une des plus naturalistes du film, oui c’était comme ça, et pourtant il est probable qu’elle paraîtra to much pour la plupart des spectateurs. On voit en cela combien à la fois la liberté sexuelle a régressé et combien la perception du corps a changé. À ce propos, si la réalisation dans cette séquence ne se montre pas pudibonde, elle manque d’audace et de vérisme dans les scènes de sexe qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles.
Ducastel et Martineau se prennent un peu les pieds dans le tapis de la
chronologie, en particulier pour le personnage de Gilles (Yannick
Renier) dont le conseil de révision me parait arriver bien tard dans
son histoire ; par ailleurs, cette bonne scène montre que l’armée n’est
pas qu’un ramassis de ganaches. Souvent ainsi avec bonheur le scénario
prend le contre-pied des clichés. Il serait bon que les scénaristes,
lorsqu'ils ont à « gérer » un grand nombre de personnages, comme ici,
se souviennent de la méthode de Roger Martin du Gard lorsqu'il
préparait Les
Thibault.
Il écrivait la biographie séparément et complète pour de chacun de ses
personnages, y compris pour des périodes qui ne se trouveraient pas
dans le roman, puis les confrontaient pour les faire coïncider.
Gilles, qui semble à peine vieillir
durant quarante ans, soulève le problème récurrent du vieillissement
des acteurs lorsqu’on suit les personnages qu’ils incarnent sur une
longue période. Ducastel et Martineau ne s’en tirent pas mal, même si
le temps est un peu trop clément pour leurs créatures. Peut-être est-ce
pour équilibrer la cruauté des vies qu’ils mettent en scène ? Peu de
films parviennent comme celui-ci à nous faire ressentir le poids des
ans et des malheurs qui accablent toute vie sur sa durée.
Le mot durée me fait venir à envisager celle du film qui ne parait pas trop longue, jamais l’ennui pointe ; néanmoins, il aurait du s’arrêter en 2002, comme cela était prévu initialement, ce qui aurait évité le pathos filandreux de la dernière séquence et l’anti sarkozisme de rigueur qui ne fait qu’alourdir le message qui est beaucoup moins manichéen qu’on pourrait le croire.
Tout d’abord, Nés en 68
a été pensé et écrit pour la télévision. Il y aura prochainement une
diffusion sur Arte, dans un format plus long, remonté pour l’occasion.
À ce sujet, Olivier Ducastel déclare : « Le propos initial était de produire deux
longs métrages pour la télévision, qui fonctionnent en diptyque,
coproduits par Arte et France 2. Une fois les films tournés, le
producteur a fait lire les scénarios à Pyramide, le distributeur, qui a
choisi de donner sa chance au film sur grand écran, à condition qu’on
puisse couper entre trois quarts d’heure et une heure. Le fait que le
film sorte au cinéma nous a permis de pouvoir obtenir des moyens
supplémentaires, notamment pour la musique. Nous avons tourné beaucoup.
Pour ce film, qui fait un peu moins de trois heures, nous avions un
premier montage, avec tout le matériel mis bout à bout, de près de
quatre heures trente. Les comédiens ont donc joué beaucoup plus que ce
qui apparaît à l’écran et cela les a énormément nourris. Ça a nourri
leur parcours, ça les a aidés à porter le poids du temps qui passe.
C’est toujours un peu désespérant de couper autant mais, en réalité ces
scènes coupées restent dans le film, en creux. Je pense qu’elles aident
à la perception de la durée et à la fluidité de l’ensemble. »
Espérons que les scènes coupées figureront dans la diffusion télévisée
et surtout sur le DVD. Nous aurons ainsi sans doute une meilleure
perception de certains personnages qui ont du être sacrifiés au montage.
Malheureusement, le film n'échappe pas non plus à la maladie la plus
fréquente qui accable le cinéma : celle des fausses fins.
Si Théo Frilet, qui joue Boris, a le plus beau cul que j’ai vu au cinéma depuis, disons celui aperçu dans le Lilies de John Greyson en 1996, il a surtout beaucoup de talent. Il devrait prochainement interpréter Guy Mocquet à la télévision. Avec Laetitia Casta, d’une présence exceptionnelle, il est le seul à être bon dans toutes ses scènes. Ce qui n’est malheureusement pas le cas, en particulier, des interprètes masculins qui sont parfois époustouflants dans une scène mais médiocres dans la suivante, sans doute à cause d’un manque de répétitions ? Ou est-ce du à une trop grande impatience des réalisateurs qui ne voulaient (ou ne pouvaient) pas faire trop de prises ? Théo Frilet, outre qu’il soit bien mignon (ce que l’on peut vérifier sur l’affiche), a comme la plupart de ses camarades du casting, un physique inhabituel dans le cinéma français, ce qui n’est pas le moindre charme du film. Les réalisateurs font aussi preuve de fidélité, puisqu’ils retrouvent Sabrina Seyvecou et Edouard Collin, qui assure dans le rôle de Christophe, mais sans nous surprendre, tant celui-ci est dans la ligne de plusieurs de ses prestations, tant au théâtre qu’à l’écran ; deux acteurs qu'ils avaient dirigés dans Crustacés et Coquillages.
Les déclarations des deux cinéastes, dans le dossier de presse, sur leur dernier opus sont des modèles d’honnêteté et de clairvoyance : « Écrire et réaliser un film sur cette période, c’était pour nous une façon de reprendre possession d’une partie de notre existence qui appartient déjà à l’Histoire, et même, pour l’essentiel, à l’Histoire révolue. C’est un retour sur notre passé personnel et collectif. Le film propose ainsi comme une recomposition, à partir d’aujourd’hui, de ce passé. Il n’était pas question pour nous d’aborder ces quarante dernières années d’un point de vue d’historiens, mais d’un point de vue très intime, à la lumière de ce que nous sommes aujourd’hui... C’est donc nettement le romanesque et le destin des personnages qui ont primé par rapport à la chronique historique... La grande technique du roman historique, c’est de prendre un personnage, de le faire entrer dans les événements de l’Histoire, et, dès lors, il devient support à un récit historique. Ce n’est pas cette démarche que nous avons adoptée. Par exemple, Mai 68 est pratiquement toujours perçu dans des intérieurs, ou par la radio… Et les personnages ne sont pas trois meneurs de Mai. Ce sont trois étudiants anonymes... quelque chose change entre les années 1960 et 1970 et les années 1990. Après Mai 68, même s’ils sont dans une certaine attitude de « retrait » du monde dans leur communauté, les personnages vont volontairement vers l’Histoire. Alors que dans les années 1990, c’est l’Histoire qui a tendance à rattraper violemment les personnages, qui les confronte à l’histoire politique. »

On ne peut qu’être d’accord avec le message que veut délivrer le film : « Il
s’agit de mettre fin à ce discours qui consiste à dire que l’arrivée du
sida doit mettre fin à l’amour libre et renforcer les positions
réactionnaires. Non ! Il suffit juste de se protéger. Et ce n’est rien
qu’un petit bout de latex ! Il faut arrêter d’être victimes de ce
discours ultra réactionnaire, qui profite littéralement de cette
épidémie pour liquider une liberté qui dérange. »
On peut être surpris des conditions de sortie en salles de Nés en 68. La vie d’un film ne s’arrête pas lorsque la post production est terminée, au contraire elle commence. On peut donc
se poser la question de la date de sortie du film, qui me parait aberrante, en plein festival de Cannes, face au dernier Indiana Jones, et surtout confronté au dernier Desplechin qui a
« la carte » du triangle des Bermudes de la critique cinématographique française (Les Inrockuptibles, Télérama, Les Cahiers du cinéma), il suffit de voir la
honteuse différence de traitement faite dans les Inrockuptibles entre Un Conte de Noël et Nés en 68.
Nés en 68,
un projet fou au départ et qui à l’arrivée donne un film généreux et
intelligent, malgré quelques faiblesses. Il démontre que le cœur peut
transformer une utopie artistique en une courageuse réussite.
29 mai 2008
Les garçons immobiles de Barcelone
28 mai 2008
Réflexions sur l’intrusion du Maccarthysme dans le dernier Indiana Jones

Après un clin d’oeil appuyé à American graffity, ce qui permet de dynamiser agréablement le générique de début, la séquence suivante fait entrer inopinément le maccartisme dans ce film de pur divertissement. Séquence que j’ai vu ici ou là décrier pour son étrangeté dans ce contexte. On y voit le professeur Jones chassé de l’université, par deux sbires du F.B.I., pour cause d’ accointances avec des communistes. Nous sommes en 1956, ce qui montre que l’ influence délétère du sénateur a perduré bien après sa chute, jusqu’à l’élection de Kennedy. Cette séquence est emblématique de la résurgence de cette période noire de l’histoire américaine dans l’actualité. Elle est directement liée à l’éventuelle élection d’Obama à la présidence des Etats-Unis, éventualité par parenthèse à laquelle je ne crois pas, prédisant la victoire de Mc Cain. En effet les discours du candidat Obama sont proches de ceux des leaders des communistes américains durant la présidence Roosevelt, unique moment où les communistes ont eu une visibilité et donc une influence aux Etats unis. Le Parti Communiste américain était un des seuls partis communistes à n’ être pas entièrement noyauté par les soviétiques qui préféraient espionner la haute technologie militaire des américains, ce qui viendra nourrir la paranoïa maccarthyste. L’émergence d’Obama fait resurgir les victimes du maccarthysme où plutôt leurs enfants, car les victimes des listes noires, ont pour les plus jeunes plus de soixante dix ans et disparaissent un à un, à l’image du grand cinéaste Sydney Polack qui vient de nous quitter. C’est une Amérique dont on avait plus de nouvelle depuis longtemps qui vient demander des comptes. Son apparition dans un blockbuster est significatif du désir de changement d’époque de toute une partie d’Hollywood.
Je voudrais rappeler que le maccarthysme n’est à mon sens qu’un des visages de la funeste théorie du complot. Il voyait un complot communiste contre l’amérique, comme l’antisémitisme s’est nourri, pendant des dizaines d’années et malheureusement se nourrit encore du fantasme du complot juif, théorie qui affleure constamment dans les géniaux, par leur forme, pamphlets de Céline. Mais la théorie du complot peut prendre des formes les plus diverses comme celle du brulot anti libéral de Naomie Klein, “La statégie du choc” dans lequel elle fantasme sur un complot des riches contre les pauvres...
C’est une autre surprise qui m’attendait à la vision du dernier Indiana Jones, celle de la similitude, très troublante, de son scénario avec celui du dernier Black et Mortimer, “Le sanctuaire de Gondwana” mêmes grands anciens non humains venus de l’espace pour coloniser la terre, thème cher à feu “Planète”, l’eternel retour en somme...
Toby Lehman
Roc Montandon
27 mai 2008
Smailey Constantino
Un conte de Noël

L’argument du film est à la fois simple et alambiqué, mais rien ne peut être simple chez Despléchin. La mama (Catherine Deneuve) est atteinte d’un cancer rare du sang. Seule une greffe de moelle, ne pouvant venir qu’un proche membre de sa famille, peut éventuellement la sauver. Tous les membres de la smala qui se retrouvent dans la grande maison familiale de Roubaix pour fêter Noël, ont fait un test pour savoir s’ils peuvent être donneur. Seul le fils maudit et le jeune fou de la famille sont compatibles. Le fils noir va se dévouer.
On comprend bien, malgré une documentation médicale sans faille, cette histoire de cancer n’est qu’un habile prétexte pour faire l’autopsie d’une famille (qui à de nombreux points communs avec celle mise en scène dans “Rois et reine”, le précédent film du réalisateur) et insuffler du romanesque dans ce huis-clos bourgeois dans l’inévitable grande maison, c’est tout de même curieux cette propension à la vastitude des demeures dans le cinéma français, située à Roubaix, ce qui est à la fois original et tendance suite au succès des “Chtis”.
Cinématographiquement le film se place sous le parrainage revendiqué de Bergman dont on aperçoit un extrait d’un de ses films et plus discrètement sous celui de Woody Allen pour l’humour et le cynisme tranquille des dialogues. Leur brillant m’a fait autant penser à l’américain qu’à Sacha Guitry et les situations à Tchékov. Tout cela pour vous dire que Depleschin me semble se tromper de médium et que sa place est plus au théâtre qu’au cinéma. Les points forts du film étant outre des dialogues éblouissants, une direction d’acteur exceptionnel. C’est à ce propos la première fois que je vois Emmanuelle Devos, elle qui plombait le pourtant excellent “Rois et reine”. Roussillon est aussi extraordinaire qu’à l’habitude apportant sa truculence ahurie aux échanges verbaux. Amalric nous ressort son numéro de bobo borderline de “Rois et reine”, mais qui s’en plaindraient et Catherine Deneuve son registre de salope gourmée ,mis au point chez Valérie Lemercier, drôle et glaçant. Une grande découverte pour moi, Laurent Capelluto, comédien que je ne connaissais pas et que je trouve formidable de densité dans le rôle de Simon. La révélation est Emile Berling qui dans un rôle ingrat ne démérite pas du talent de son père. Il faut signaler la très bonne utilisation de la voix off, et celle de la figure, toute théâtrale, on y revient, de l’aparté. Mais cela se gâte sérieusement quand le réalisateur, sans la béquille du verbe, n’utilise que la grammaire cinématographique. Si bien que l’on pense parfois que nous assistons à l’adaptation au cinéma d’une pièce de théâtre. Certains subterfuges sont même un peu misérable comme celui de faire défiler les enseignes de café de la ville en sur impression d’un plan de la ville de Roubaix.
Autre défaut inhérent au cinéma branché français, son incapacité à filmer le travail, sauf ici les actes médicaux, sans doute parce que nos cinéastes ont bien peu l’expérience d’un autre labeur... Les métiers des protagonistes semblent ainsi être choisis au hasard. On s’etonne par exemple qu’un aussi fin lettré et musicien que le personnage magistralement interprété par Roussillon soit teinturier et paraisse jouir d’une telle aisance financière peu en accord avec son humble état d’artisan. On voit tout aussi mal sa névrosée de fille en auteur à succès et ce n’est pas une vêture de dandy qui transforme Hippolyte Girardot, de plus en plus précocement décati, en grand architecte, rôle d’une inconsistance totale.
Il n’en reste pas moins que c’est un véritable plaisir de passer près de 2h 30 non avec de simples actants, comme on le disait au beau temps du structuralisme triomphant, mais avec de vrais caractères à l’épaisseur romanesque que nous sommes ravis de côtoyer pendant ce moment d’intelligence qu’est la projection de ce conte de Noël.
Pour un avis éclairé ne manquez pas la critique du bon docteur Orlof
26 mai 2008
Spazioquadrato
SUPERM, Slava Mogutin, Brian Kenny
SUPERM est un collectif d’artistes multimédias créé en 2004 composé de... deux personnes: Slava Mogutin et Brian Kenny aux parcours bien différents l
Slava Mogutin est né en URSS, en 1974, à Kemerovo, en Sibérie. Il a déménagé à Moscou, à l'âge de 14 ans et a commencé à travailler rapidement comme journaliste pour les premiers journaux Russes et les stations de radio indépendants. À l'âge de 21 ans, il est expulsé de Russie pour ses écrits queers. Il a obtenu l'asile politique aux États-Unis avec le soutien d'Amnesty International et du PEN American Center. Il revendique le titre de dernier dissident politique de l'ex-Union soviétique!

Kenny lui est né en 1982 sur la base militaire américaine d’ Heidelberg, en Allemagne où son père était militaire. Il a grandi dans différentes villes des Etats-Unis suivant les affectations de son père. Il est issu d’une famille catholique pratiquante. Adolescent, il a été un gymnaste de haut niveau. Après l'école secondaire, il est entré au Oberlin Conservatory pour poursuivre des études de musique et de chant. Mais finalement il quitte l'école pour produire sa propre musique, qui combine des éléments de hip hop et des bruits ambiants. En 2004, Kenny s'installe à New York où il commence à collaborer avec Slava Mogutin. Kenny s’exprime à travers dessins, graffitis, textes, sons et vidéos.
A eux deux ils couvrent tous le spectre de l'expression artistique et sont de véritables décathloniens de l’art contemporain.
Ils ont déjà montré leur travail dans de nombreuses galeries et musées à travers le monde en particulier à New York, Los Angeles, Londres, Berlin, Stockholm, Oslo, Bergen, Moscou et León... Leurs vidéos ont été présenté dans plusieurs festivals gays et lesbiens à Turin, Berlin, Paris et dans des festivals de courts métrages.

Mais leur travail provoque beaucoup de remous, par exemple lors de leur première exposition à Londres en 2007, Magutin a été interdit de territoire britannique et n’a pu assister au vernissage!
Les installations de SUPERM combinent photographies, vidéos, sons, textes, dessins, peintures, sculptures, collages, pochoirs, peintures murales et performances. Kenny et Magutin utilisent tous les moyens disponibles et des matières d'origine les plus diverses, allant de meubles récupérés à des ustensiles de fétichisme et de bondage, en passant par des cheveux et des fluides corporels...
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En utilisant eux-mêmes et leurs amis comme modèles, acteurs et collaborateurs, SUPERM a crée une sorte de “factory”, on ne peut que penser à Warhol. Multidisciplinaires SUPERM réussit à diffuser leurs images bien au-delà du milieu habituel de l’ art.
La liste toujours plus grande de leurs collaborateurs comprend: Gio Peter Black, Bruce LaBruce, Christophe Chemin, Marcelo Krasilcic, Dominic Johnson, Desi Santiago, Tom Dura, Billy Miller, Jason Farrer, Christophe Hamaide-Pierson, Dmitryi Rozin, Joakim Andreasson, Josh Lee, et Marko Brozic.
Il faut préciser que parfois SUPREM signe leurs œuvres d’un autre nom lorsqu’ils collaborent avec d’autres artistes par exemple Spoutnik 3 quand c’est avec le musicien guatémaltèque Peter Black Gio.
Kenny, Magutin et leurs amis se revendiquent comme transgressifs, politiques et uniques. Ils veulent que le travail de SUPERM soit une réponse à un monde cynique où règnent la guerre, la propagande, le lavage de cerveau par les médias, la censure par les géants de l’industrie. Ils dénoncent, non sans paranoïa, la diminution des libertés individuelles, un monde où les natifs des pays extérieurs à l'Union européenne et des États-Unis sont traités comme des citoyens de deuxième classe, et considèrent que les artistes non-conformistes sont assimilés comme des criminels...
Avant SUPERM, Magutin a déjà eu une longue vie artistique. Il nous parle de sa pratique de la photographie: << Je n’ai pas un studio de photographie. Je ne sais rien au sujet du matériel professionnel ou de l'éclairage. Je préfère travailler dans le milieu naturel, en utilisant le point-and-shoot ou un appareil jetable et toujours avec la lumière ambiante. Après avoir travaillé avec des artistes comme Terry Richardson et Bruce LaBruce, je me suis rendu compte que vous n'avez pas besoin d'un coûteux appareil photo ou d’un studio professionnel pour prendre une belle photo originale. J'ai l'habitude de ne pas créer les scènes que je photographie.Tous mes travaux sont totalement personnels et spontanés.
J'aime “archiver” ma propre vie et celle d'autres personnes qui sont mes amis ou mes amants. J’aime les laisser jouer et fixer tout ce qui les transforme. Mon appareil photo est juste un élément du jeu, mais ce n'est pas la partie principale. J'aime aussi photographier les gens dans les pays vulnérables, dans des situations intimes, comme celle d’ un homme reniflant l'aisselle d’un autre gars... >>. Son travail relève du reportage que viendrait polluer et enrichir l’auto-fiction. On ressent sur le plan émotionnel une frustration de ces jeunes hommes, pris dans des périodes transitoires de leur vie. Son travail, bien que complètement original le rapproche de photographes contemporains, qui sont souvent ses amis, tels que Wolfgang Tillmans, Pablo Leon de la Barra, Marcelo Krasilcic, Ryan McGinley, Michael Meads… Et bien sûr, nous ne pouvons que mentionner Nan Goldin, Jack Pierson et Mark Morrisroe, et Larry Clark.
Vient de paraître “Lost Boys” (ISBN 1-57687-330-7, 39.95 $ ), la première monographie consacrée au travail photographique de Magutin. Elle se compose d’une collection de ses portraits et de ses paysages pris au cours des dix dernières années, depuis qu'il a été expulsé de Russie pour "hooliganisme”.
Ses oeuvres transcendent les conventions de la photographie de nu masculin. Elles affrontent le spectateur / voyeur, avec un style brut et une nouvelle sensibilité. C’est un croisement entre la pornographie et la photo de mode. Ces images se réclament de la culture pop et font penser aux premières photo de Larry Clark de sa clan de marginaux. "Lost Boys" est un voyage poétique, cosmopolite et parfois sexy dans les différentes obsessions et fétiches de la “culture” de la jeunesse urbaine. L'album se présente comme une nomenclature des différentes tribus d’adolescents qu’a engendré la sous culture urbaine. On y retrouve plusieurs archétypes, tel que les punks, skinheads, skateurs, hooligans, jeunes prostitués des rues, rasta, Rasta, garçons de Crimée, lutteurs russes, cadets et militaires…
Ces portraits intimes et incandescents sont surtout une réflexion sur leur véritable identité. Cette question est au cœur de cette série. formidable auscultation sensuelle de ces garçons qui endossent un rôle avec souvent le sentiment de ne pas savoir qui ils sont vraiment. << Je crois que Lost Boys est un bon titre pour cette série, car j’ai photographié tous ces enfants de par le monde, qui sont effectivement perdus, d'une façon ou d'une autre, prisonniers dans lepetit univers de leurs sous-cultures... je ne veux pas être limité par les stéréotypes gays. Mais on ne peut pas être un homme complet sans explorer les différentes parties de sa nature, et en particulier sa sexualité. Surtout si on est un artiste… Il y a de plus en plus chez les jeunes, un sentiment d'aliénation qui est évident dans nos sociétés post-apocalyptiques dans son ensemble, et dans la sous-culture gay urbaine en particulier... >> affirme Mogutin.
Sans être trop évident le photographe fait des allusions directes en forme d’hommage dans ses images comme dans ses écrits à un certain nombre de héros culturels du passé qui appartiennent à la tradition des “renégat” tel que Sade, Rimbaud, Genet, ou Bataille... il y a aussi beaucoup de fascination pour les clandestins et de nombreux clins d'oeil à d'autres traditions et mouvements artistiques des générations précédentes.
Si Margutin est avant tout un photographe, mais il ne faudrait tout de même pas oublier sa peinture à la pâte épaisse et aux sujets encore plus provoquants que ceux de ses photographies, le moyen d’expression de prédilection de Brian Kenny est le dessin. Il est bon de rappeler qu’il est encore très jeune et qu’il ne s’est peut être pas encore complètement libéré de l’influence de Basquiat. Son travail s’apparente aussi à celui de Jonathan Meese et aussi aux dessins de Bjarne Melgaard. Dans sa démarche il n’est pas loin de celles d’hier d’un Fromanger ou d’un Keith Haring. Extrêmement prolifique il expérimente de nombreuses voies même s’il me semble que ce sont ses œuvres sur papier les plus spontanées qui sont les plus remarquables.
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L’émergence de SUPERM est symptomatique du retour en force de la politique dans l’art, voir des artistes ou des courant dont je vous ai déjà parlé comme Sot art, certains artistes chinois de la collection Sigg, Bansky... conjointement on voit aussi un regain d’intérèt pour des artistes engagés ultérieurement comme ceux de la figuration narrative. Il faut rappeler qu’un autre collectif de deux zigues fortement engagés, je veux parler de Gilbert et George qui n’ont pas quitter l’avant scène de la création artistique depuis au moins trente ans.















































