15 mai 2008
Chris Threet
14 mai 2008
La chambre de Giovanni de James Baldwin

Curieusement je n’avais jamais lu le roman le plus gay d’un de mes écrivains préférés, James Baldwin, peut être parce que à l’époque où je découvrais le grand écrivain américain, au début des années 70, “La chambre de Giovanni” était difficilement trouvable. Chronologiquement, il date de 1956, ce court roman, est un des premiers textes de Baldwin et précède les deux chef d’oeuvre du romancier, “Un autre pays” (1962) et “L’homme qui meurt” (1968), comme de ses grands livres politiques tel “La prochaine fois le feu”, mais il est postérieur aux premières nouvelles qui composent “Face à l’homme blanc”. Autant de livres édités par Gallimard, alors que ” La Chambre de Giovanni” est paru chez Rivage.
Mais avant d’aller plus loin il me semble indispensable de revenir sur la personnalité de James Baldwin. Il est né en 1924, Premier de neuf enfants et enfant illégitime, Il ne rencontra jamais son père biologique et n’a même sans doute jamais connu son identité. James Baldwin est élevé par son beau-père pasteur fondamentaliste et prédicateur. Il grandit dans les rue de Harlem. Alors que son père s’opposait à ses aspirations littéraires, Baldwin trouva du soutien auprès d’un professeur ainsi qu’auprès du maire de New York, Fiorello H. LaGuardia. A l’âge de 14 ans, il devint prêcheur dans une église pentecôtiste de Harlem. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études au lycée DeWitt Clinton dans le Bronx, il s'est installé dans Greenwich Village où Il commence à écrire. Il gagne un prix littéraire pour ses articles. Ce qui lui permet de quitter les Etats Unis, dégoûté par leur injustice raciale. Il s'installer à Paris où il vit dans la pauvreté. Il y retrouve d’autres exilés noirs américains comme Chester Himes et Richard wright, son mentor en littérature. Il publie son premier roman, “Les élus du seigneur”, partiellement autobiographique, en 1953. En 1957, il retourne aux Etats-Unis pour participer au Civil Right' s Movement aux côtés de Martin Luther King et Malcolm X. Il publie son essai sur les relations raciales, 'Nobody Knows my Name', en 1961 suivi de son grand roman 'Another Country (Un autre pays) et en 1962, et de son essai 'The Fire Next Time (La prochaine fois le feu), considéré comme l'un des plus brillants essais sur l'histoire de la protestation des Noirs, lui attirant une large audience. Il y prédit une explosion de violence à travers le pays si les Blancs ne changent pas d'attitudes envers la population noire. James Baldwin a également écrit deux pièces de théâtre, 'The Amen Corner' (1955) et 'Blues for Mister Charlie' (1964). D’autres romans suivront “L’homme qui meurt”, “Harlem quartet” ... Il meurt d’un cancer le1 er décembre 1987 à Saint-Paul de Vence.
James Baldwin à l'époque de l'écriture de la chambre de giovanni
L’homosexualité est un des thèmes récurrent dans son œuvre. Pour Baldwin l’Amérique est une famille déchirée, la haine du noir se nourrit de la psychosexualité tourmentée héritée du puritanisme dans lequel le noir est objet de rejet mais aussi de désir. Sa nouvelle “A la rencontre de l’homme blanc” est emblématique de la vision des relations humaines qu’a Baldwin. On y voit un homme noir qui est lynché à la fois à cause d’un désir homosexuel inavouable de l’homme blanc qui en même temps considère le noir comme son rival sexuel par sa supposée grande virilité.
On peut considérer James Baldwin comme étant l’écrivain qui a le plus influencé Toni Morrison.
“La chambre de Giovanni” présente un intérêt spécial pour le lecteur français et en particulier parisien puisqu’il se passe dans le Paris de la quatrième république ce qui est le cas aussi, mais pour une partie seulement, d’”Un autre pays” pour lequel on a parfois le sentiment que “La chambre de Giovanni” a servi d’ esquisse. A ce propos quelques erreurs de détail montrent que le livre n’a pas écrit par un français, géographiques la rue Bonaparte ne relie pas la Seine à Montparnasse, passée le boulevard Saint Germain, elle devient la rue de Rennes, sociologique, il est fort improbable que le galetas de Giovanni possède le téléphone au milieu des années cinquante alors que bien des bourgeois ne parvenaient pas à l’obtenir! Mais ce ne sont là que vétilles car l’ouvrage ressuscite remarquablement cette époque.
Le livre dissèque, en une suite de retours en arrière, l’histoire d’amour en deux hommes au milieu de la vingtaine, David un américain qui est en France pour se fuir et Giovanni un émigré italien, tous deux vivent d’expédients dans le monde faisandé du Saint Germain post existentialiste. Quand ils se rencontre David est seule à Paris, la femme qu’il croit aimer, Hella est parti faire une escapade en Espagne pour réfléchir à leur possible avenir commun. Dans les toutes premières pages du roman on apprend que Hella est repartie en Amérique et que Giovanni va être guillotiné. Les 200 pages de “La chambre de Giovanni” nous apprendront comment ils en sont arrivé là. Le roman nous entraîne dans un monde à la Modiano, avec à la fois plus de psychologie et une syntaxe moins maigre. Plus que sur l’amour homosexuel, “La chambre de Giovanni” est un roman sur la honte de soi et sur l’incapacité de reconnaître ce que l’on est, dans le cas du narrateur de cette histoire, qui la raconte à la première personne, celle d’être homosexuel. On peut même dire David a une sorte d’homophobie intérieure. En cela, et pas seulement par son décor, ce livre me parait daté, mais peut être suis-je dans l’erreur, aveuglé par la permissivité, un peu en toc, urbaine.
Si ce livre est modianesque c’est par son décor avec ses cafés désuets et un peu minables qui n’avaient alors pas vraiment changés depuis Zola mais qui ont totalement disparu depuis. C’est aussi par ses personnages interlopes. Mais à la différence de Modiano, qui n’ a toujours fait que frôler le monde homosexuel avec une certaine fascination mais n’osant pas y entrer, sans doute parce qu’il “n’en est pas”, Baldwin met lui son livre au cœur de ce milieu. Aujourd’hui, le roman apparaît aussi comme une sorte de reportage d’un certain monde homosexuel parisien des années cinquante, ce que ne pouvait pas, bien sûr, imaginer d’autant que l’on ressent un certain dégout, une certaine volonté de distanciation de la part de Baldwin envers ce monde. Sans doute parce qu’à l’époque où il écrivait ‘La chambre de Giovanni”, lui aussi avait du mal à accepter sa sexualité. David comme presque tous les héros de Baldwin est un looser mais sa particularité est que c’est un médiocre avec lequel le lecteur a beaucoup de mal à entrer en empathie. L’autre particularité de David par rapport aux autres personnages principaux de l’écrivain est qu’il est blanc. On peut penser que cela a été une manière pour Baldwin de se mettre à distance de son homosexualité.
La lecture est de l’ouvrage est pénible par le dénie au bonheur possible d’un homosexuel. Voici un exemple significatif de son ton: <<C’est une question banale, mais l’ennui avec la vie, c’est qu’il est si banal de vivre. Tout le monde, en fin de compte, suit la même route sombre (et la route a une façon d’être à son plus sombre, à son plus traître, losqu’elle semble la plus claire) et il est vrai que personne ne reste dans le jardin d’Eden. Évidemment le jardin de Jacques n’était pas le même que celui de Giovanni. Le jardin de Jacques était peuplé de footballeurs et celui de Giovanni était peuplé de jeunes filles mais, finalement, ça ne parait pas avoir une grande différence. Peut être que tout le monde a un jardin d’Eden, je ne sais pas; mais on a à peine le temps de l’entrevoir avant que surgisse l’épée flamboyante. Peut être que le seul choix que la vie nous laisse est de garder le souvenir du jardin ou de l’oublier...>>.
“La chambre de Giovanni” est particulièrement cruel pour les vieux invertis qui ne sont décrits que comme de pauvres hères ridicules qui ne peuvent qu’acheter les faveurs d’une jeunesse qui les méprise et les exploite.
La chambre de Giovanni n’est ni le plus grand livre de son auteur ni le plus agréable à lire mais il est un témoignage poignant de la difficulté intérieure à vivre son homosexualité, il y a seulement cinquante ans.
Mitch Hewer nu!
Mitch Hewer, l'inoubliable Maxxie, de « Skins », pose nu pour la bonne cause au profit de la campagne Everyman dont le but est d'alerter la population masculine sur les cancers qui les menacent et aussi de récolter des fonds pour la recherche sur le cancer masculin de la prostate et des testicules. Comme chaque année, le magazine Cosmopolitan s'est associé à cette opération en publiant dans son magazine les photos de célébrités qui participent à la campagne...
Profitons de cette jolie photo pour regarder à nouveau le montage (très puéril) Made .
13 mai 2008
Garçons d'Asie
La collection Sigg d'art chinois contemporain à Barcelone
L’exposition que je vous conseille de visiter, jusqu’au mai 2008 à la fondation Miro à Barcelone, est dans la ligne de celle du “sot art” russe que l’on a pu voir l’année dernière à la Maison rouge à Paris. Elle porte un titre savoureux que l’on peut traduire en français par “Rouge à part”... Elle comporte 80 travaux de 51 artistes chinois.

Paysages chinois tatouage n°4 photographie de Huang Yan
.
L’idée commune de toutes ces œuvres est la contestation des régimes autoritaires, à la Maison rouge, celui de Moscou, à Barcelone, de Pékin. On retrouve par exemple souvent la même confrontation, à Pékin comme à Moscou, dans une image entre un symbole du communisme ou de la civilisation chinoise et un archétype de la société de consommation, pour ces artistes Coca Cola en semble être le drapeau idéal. Mais cocorico Chanel est aussi mis au pinacle de l’occident dans l'installation de Wang Guangyi pour lequel on peut parler de pop art chinois.
.
On peut tout de même remarquer d’emblée une différence sensible. Le “sot art” n’hésite pas à mettre en situation, pour les ridiculise, les dirigeants russes actuels, en particulier Poutine, alors que les œuvres exposées à Barcelone semblent se limiter surtout à la critique de l’époque maoïste. On peut néanmoins remarquer un tableau représentant la place Tiananmen dans lequel la foule qui s’ y est massée semble être composée que par les ectoplasmes des étudiants massacrés.
Derrière la porcelaine de Xu Yihui "Le garçon lisant le livre de Mao, on aperçoit La place de Tiananmen de Yin Zhaoyang
Il serait néanmoins réducteur de ramener “Rouge à part” à une exposition uniquement politique ou méta politique. Par exemple les photographies de Liu Zheng, de O Zhang, de Zhang Huan... ne relèvent pas de cette catégorie.
photographie de Wang Ningde.
Il est pourtant difficile, pour un visiteur occidental, de ne pas se focaliser, surtout dans le contexte actuel, sur les œuvres les plus politiques, celle ci dessous résume une partie de l'exposition.
Art and politics de Wang Guangyi.
La contestation chinoise est ici souvent joyeuse et parodique. L’humour est heureusement bien présent comme dans le tableau de Shi Xinning où Mao septique (?) scrute l’urinoir de Duchamp.
Comme on le voit les références à l’art occidentale sont constantes, Mao dans la toile de Yu Youhan peint à la façon de la Marilyn Monroe de Warhol, les accumulations à la manière d’Arman, photographiées par Hong Hao.
Si presque toutes les pièces exposées relèvent de l’art figuratif, on ne trouve aucune trace d’une peinture naturaliste chinoise dont est issu au moins un grand peintre, Dong (voir le film que lui a consacré Jia Zhang Ke, disponible en bonus du dvd de “Still life” chez MK2)...
une toile de dong que vous ne verrez pas à Barcelone
.
“Rouge à part” ne se veut pas un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Il faut rappeler que toutes les pièces viennent d’une seule collection particulière, celle de Uli Sigg qui comporte aussi bien des œuvres que pour aller vite je vais qualifier de contestataires, c’est celle que l’on peut voir à la fondation Miro, que des installations des plus avant gardistes, sans oublier des peintures d’un pure style réalisme socialiste de la période maoïste, absentes à Barcelone.
Tableau type du réalisme socialiste maoiste (reproduction photographié dans la boutique du musée).
.Uli Sigg, homme solitaire, est le plus influent collectionneur d'art contemporain chinois dans le monde. Sa collection est riche de 1200 pièces des toiles, des vidéos, des photos, des sculptures, des installations... qu’il rassemble depuis la fin des années 70. Uli Sigg est un grand nom dans le monde de l'art contemporain chinois. On peut même craindre, même s’il n’est pas un acheteur complètement hégémonique ( il y a aussi notamment le baron belge Guy Ullens de Schoten mais dont la collection est moins contestataire, elle a été exposée dans la capitale chinoise), que ses choix influencent celui-ci. Ambassadeur de Suisse à Pékin de 1995 à 1998, Il est aujourd’hui le vice-président de Ringier Holding AG, la plus importante société de médias suisse. Sa collection comprend des oeuvres créées par 160 artistes qui sont rares dans les musées nationaux chinois ou les galeries de Pékin ou de Shanghai, ce qui n’ étonnera guère.
collage de Luo brothers
Il est évident que la collection ne pourrait pas être montrée en Chine. Pendant son séjour en Chine, Uli Sigg commença par acquérir (avec la discrétion de mise chez les entrepreneurs et les diplomates) les travaux d'artistes correspondant à ses centres d'intérêts, certes variés, mais toujours empreints de la culture occidentale. Il s’est surtout intéressé à la transition entre le réalisme socialiste et l’art international en vigueur dans les grands musées d’art contemporain. Par la suite il a recherché a établir un panorama exhaustif de l’art chinois contemporain. Ainsi aujourd’hui le plus grand musée d'art chinois contemporain ne se trouve pas en Chine, mais près de Lucerne, au château de Mauensee. Le public n'y a toutefois pas accès, cette propriété étant la résidence de Rita et Uli Sigg. L’exposition de Barcelone est donc une occasion unique de pouvoir la découvrir.
.
collage de Luo brothers
Le collectionneur est bien conscient de la mutation de l’art en Chine: << il y a 25 ans lorsque j’ai commencé à collectionné l'art contemporain chinois, il y avait là l’art “mondialisé” et à coté l’art chinois. Mais maintenant nous les voyons les rapprocher. Ils vont fusionner à l'avenir... La production est totalement libre. Mais pas l'exposition, puisqu'elle empiète sur l'espace public. Ce qui veut dire: pas de Mao, pas de sexe! Et étonnamment, c'est plus strict à Shanghai qu'à Pékin. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J'en ai parlé avec beaucoup d'artistes, personne ne peut l'expliquer... >>.
Zhang Xiaogang
.
Avant Barcelone, un échantillonnage de la collection avait été montré en 2005 au Kunstmuseum de Berne et en 2006 à la Hamburger Kunsthalle de Hambourg. On peut toutefois espérer que cette manifestation voyagera et que d’autres institutions de par le monde, et en particulier à Paris, seront bientôt intéressées par cette formidable collection qui, en attendant, bénéficie à Barcelone d’une très belle présentation où chaque œuvre est bien mise en valeur, peut respirer et n’entre pas en confrontation avec sa voisine.
Les commissaires de l’exposition ont sélectionné des œuvres lisibles (ils ont par exemple écarté les vidéos et les œuvres trop autobiographiques) pour un public cultivé occidental un peu au fait de l’histoire récente de la Chine et de l’histoire de l’art. Car la plupart des peintures (ce n’est pas le cas pour la photographie) que l’on voit s’incrivent fortement dans un courant post modernisme revisitant les œuvres de l’art du passé. Le plus savoureux exemple est “La liberté guidant le peuple” interprété par Yue Min Jun. Le tableau fait partie d’une vaste installation, “An 2000” comprenant, outre le tableau pré cité, un autre où des personnages semblables, auto portrait de l’artiste, toujours s’esbaudissant, sont comme “connectés” entre eux formant une chaîne continue. L’oeuvre fait aussi un clin d’oeil à l’art chinois traditionnel. Les 25 clones hilares de l’ouvrier moderne, encore Yue Min Jun, sont le pendant moderne de l’armée de l’empereur enterré près de son tombeau pour le garder dans l’au delà. Trois éléments qui dénoncent l’esprit moutonnier du peuple et son formatage par l’état.


.
D’autres artistes préfère relirent l’art traditionnel chinois pour en donner une nouvelle vision. Ainsi c'est la calligraphie (on ne peut que constater combien dans de nombreuses oeuvres est présente une trace d’une écriture qu’elle soit chinoise ou occidentale) dans les photos de Zhang Huan qui est mise au service d’une critique de la surinformation.
photographie de Zhang Huan.
Les artistes n'ont pas seulement échoué à abandonner leurs racines artistiques spécifiquement chinoises, de l’antiquité à la tradition du réalisme socialiste de la fin des années 1970 ,mais les revendiquent et ont en fait, relancé leurs pratiques tel les délicieuses et ironiques porcelaines de Geng Xue.
Pour ce faire une idée de la cote des artistes chinois et de l’ engouement, le mot est faible, qu’ils provoquent, lors des enchères d'art contemporain qui se sont déroulées à Londres en octobre 2007, le tableau “Exécution (1995) de Yue Min jun a été cédé par la sociétéSotheby's pour près de 7 millions $. Mais parfois les motivations artistiques semblent bien loin comme le dénonce l'artiste Yan Pei Ming, né à Shanghai en 1960, mais qui vit à Dijon depuis vingt-cinq ans, << ... Le marché de l'art chinois est exclusivement créé par les spéculateurs. Je ne veux pas vendre là-bas. Les acheteurs n'y sont intéressés que par l'argent. Il est très rare d'y rencontrer de vrais collectionneurs... >>.
.
Zhang Xiaogang, bien représenté à la fondation Miro est exposé en France par Catherine Thieck de la Galerie de France . Cette année, lors d'une vente Sotheby's à New York, une de ses toiles de 1998 intitulée " Camarade no 120 ", qui semble reproduire la photo en noir et blanc d'un homme et dont le papier aurait été abîmé au niveau du visage, a été adjugée 979.000 $.
Zhang Xiaogang
Toujours en faisant le parallèle avec le “sot art” on ne peut manquer de constater que la qualité “artisanale” des créateurs chinois est très supérieur à celui des russe. D’autre part du moins dans les pièces de la collection Sigg, le souci du beau semble être constant chez la quasi totalité des artistes représentés. Les chinois ont parfaitement intégré les techniques de l’art occidentale, des plus classiques aux plus novatrices. Ils ont bien compris aussi que la provocation était une arme médiatique efficace en témoigne ici cette colonne formée de cendres humaines ou à Berne ce fœtus dans le formol auquel on avait greffè une tête de mouette et qui avait fait scandale.
Liu Ye
.
Lors de ma visite les gardiennes, banalisées mais repérables, ce sont les seules qui semblent s’ennuyer, sillonnent l’exposition en poussant leurs babouches avec douleur, avec comme but principal d’interdire les photos. Comme vous pouvez le constater elles ne sont pas toujours efficaces, d’autant plus que l’une d’elle, ce matin là était très intéressé par le journal du jour que “lisait” le personnage de la sculpture hyper réaliste de Ai Wei Wei. Notre gardienne était plongé dans les potins qu’elle déchiffrait par dessus l’épaule de l’avatar humain...
.
Si vous êtes timorés coté photographies volées, achetez le splendide catalogue qui reproduit très bien presque toutes les œuvres. Le texte est en catalan mais à la fin de l’ouvrage on trouve une traduction en espagnole et en anglais. Et puis en ce qui me concerne il est indispensable pour retenir les noms des artistes que malgrè mon admiration je ne parviens pas à mémoriser. Enfin vous pourrez faire aussi comme moi s'amuser avec en ajoutant aux photos érotique des reconstitution des harems impériaux de Liu Zheng des pims maoistes.
.
Cette exposition témoigne du grand changement depuis l'ère Mao et de la très relative libéralisation du régime non si on le compare à l'occident mais à celui en vigueur à l'époque du "grand timonier". Si on peut être agacé par quelques provocations faciles, Il n’en reste pas moins que la Chine compte aujourd’hui des artistes de grande valeur il suffit pour s’en apercevoir de se rendre à la fondation Miro jusqu’au 25 mai 2008.
photographie de Liu wei.
07 mai 2008
Escapade
En raison d'une escapade espagnole le blog prend quelques jours de vacances
oeuvres au noir
Ken Riley

Comme vous vous en êtes sans doute aperçu je ne suis pas atteint par cette maladie franchouillarde qu’est l’anti américanisme en particulier dans le domaine de l’illustration où il furent à mon avis les maîtres de 1920 jusqu’aux années 70. Notre nombrilisme forcené fait que la plupart des artistes américains qui donnèrent le meilleur d’eux même, si on excepte Norman Rockwell sont inconnu sur les berges de la Seine. J’ose le dire, dans ma mégalomanie extrême j’ai entrepris de faire œuvre pédagogique pour vous présenter ces grands illustrateurs, j’ai commencé avec Harry Bush puis continué avec Leyendecker . Les illustrateurs américains présentent à mes yeux d’immédiates qualités. La plus importante c’est qu’ils sont tous des virtuoses du dessin, grands connaisseurs de l’anatomie humaine et animale. Ce qui s’explique d’abord par le sérieux des écoles d’art américaines où l’on apprenait à dessiner alors que dans leurs homologues européennes on en était déjà (et encore) aux vaines parlotes et sans doute aussi que les Etats unis offre des paysages d’une ampleur qui n’existe pas dans le vieux continent, obligeant ceux qui veulent se confronter avec leur représentation d’inventer une composition de l’image qui n’est que rarement donnée d'emblée. Autre choses que j’apprécie est, qu’en ce temps là, bien sûr dans les publicités, mais aussi dans les illustrations de nouvelles ou d’articles, ces dessinateurs privilégiaient ce qu’un de nos célèbres avionneurs (mais je crois que nous n’en avons eu qu’un, monsieur Marcel Dassault) appelait l’actualité heureuse. On y voit principalement des gens à l’aise et souriants et puis les beaux messieurs n’y sont pas rares..
L’élu du jour est un des tout, tout meilleurs, même si une hiérarchie dans le domaine des arts, et peut être plus encore dans celui des “arts appliqués, qui sont sujets à de multiples contraintes, est particulièrement difficile à établir. Il s’agit de Ken Riley
Ken Riley est né en 1919 à Waverly, dans le Missouri. Il a été élevé dans le Kansas et a reçu les prémices de son éducation artistique au Kansas City Art Institute, où il était un élève de Thomas Hart Benton. En 1941 il se rend à New York pour étudier avec Frank Dumond.Il suit aussi des cours du soir au Grand Central School of Art avec Harvey Dunn.
Pendant la seconde guerre mondiale, Riley sert sur un garde cote. C’est lui qui plus tard concevra le timbre poste commémoratif émis en hommage aux Gardes côtes en tant que contribution à l'effort de guerre. Presque à la fin du conflit, il est transféré à Washington durant cette période il travaille à une fresque murale pour le New London Coast Guard Academy.
Riley a commencé sa carrière par une courte incursion dans la bande dessinée. Il aurait même travaillé avec Jack Kirby dans le même studio sur la même bande dessinée au milieu des années 1940.
Peu de temps après son bref passage dans la BD, Riley commence sa longue association avec le Saturday Evening Post. Ci dessous sa première illustration parue dans le magazine le 17 Janvier 1948.
Il devient rapidement célèbre comme illustrateur collaborant donc au Saturday Evening Post et plus tard à Life, au National Geographic, au reader digest...
Durant une période de huit ans, à partir de 1958, Ken Riley a fait environ 100 illustrations pour la série “capitaine Hornblower” dans “le Saturday Evening Post” ce sera à la fois un sommet et un tournant dans son travail.
Si Riley est un maître en anatomie et dans la composition de ses images dont certaines sont si évocatrice qu’elle paraisse contenir tout un roman en une seule vignette, c’est avant tout dans son approche de la couleur qu’il est unique. Il suffit d’observer un détail d’une de ses images pour être fasciné par la myriade de couleurs que Riley, utilise même dans les plus terre à terre des objets dans une illustration standard. Mais peut être que le grand talent de Riley c’est de ne jamais considérer une illustration comme standard... On peut ainsi passer beaucoup de temps à scruter les coins et recoins de l'une de ses illustrations ...


Lorsque l’on élargi le champ pour se concentrer sur la composition c’est une et plus grande merveille encore qui apparaît, la façon dont il a organisé de ce vaste kaléidoscope de teintes et réussit à les faire chanter dans une belle harmonie. Riley a beaucoup réfléchi sur l’utilisation de la couleur: << Nous possédons tous tant par la naissance que l’éducation un sens intuitif des couleurs. Chacun a aussi un usage personnel et une manière qui lui est propre d’interpréter la composition des couleurs. Le jeu des juxtapositions d’une teinte contre une autre peut faire voyager l'oeil tout au long de la composition et créer ainsi le mouvement. Les couleurs sont divisées en deux familles: les chaudes et les froides. Ces dernières font reculer le point de perception de l’image alors que les couleurs chaudes le font avancer, c’est en partie cela qui donne la profondeur de champ. En général, une illustration comporte une dominante de couleur, qu’elle soit chaude ou froide. Un camaïeux apportera un équilibre, une notion de calme. Au contraire inclure une couleur stridente, en opposition avec les autres induit de la violence. Il est sage de faire des essais de couleur afin d'explorer celles qui donnent le meilleur effet. >>.
C’est pourtant le dessin que Riley met en avant dans sa pratique: << Je pense avec un crayon, en terme de lignes. Mes peintures sont essentiellement des dessins. Je n’insisterais jamais assez sur l’importance du dessin. >>.
Au magazine Illustration , il s’explique sur sa méthode: << Je commence à faire un crayonné pour disposer les masses. Il est facile de suggérer un personnage debout, couché, statique ou en mouvement. Je fais ainsi de nombreuses vignettes avant d’être satisfait du rythme, du mouvement des lignes directrices, toutes choses qui sont très importante pour moi. Parfois je fais aussi des études séparées d’un morceau du tableau. Ensuite à partir de la vignette que j’ai retenue, je fais un croquis en couleur sommairement peint mais précis quant à la mise en page. Je fais souvent plusieurs essais de couleur, quand un me convient je réalise la peinture finale d’un format du double qu’elle aura une fois imprimée. Très souvent je peins sur un fond de couleur, c’est dans la plupart des cas une couleur chaude. Le dessin final est alors tracé à l’encre et à la plume. Avec le croquis devant moi j’appose la couleur au pinceau toujours guidé par la ligne. Je travaille avec divers médiums, crayon, encre, fusain, tempera à l’oeuf, caséine, huile, aquarelle et même à l’acrylique cela dépend des sujets et aussi par exemple de l’opacité que je veux obtenir pour une surface.>>.

.
Ken Riley au contraire de bien de ses confrères ne voit pas en la photographie l’ennemi, << Contrairement à autrefois, les lecteurs sont abreuvés maintenant de plein d’ excellentes photographies d'illustration qu’ ils peuvent comparer avec les illustrations peintes. Ce public bien informé comprend la différence entre les deux. Il connaît ce que l’une et l’autre peut lui apporter pour sa connaissance et son plaisir.>>.
Riley a bien des talents. Il fut aussi un musicien, un batteur, et a obtenu un certain succès en tournée avec Eddie Lain et son orchestre.

À la fin des années 60, après avoir travaillé comme illustrateur pour de nombreuses années sur la côte Est, il a été commandé par les Services des parcs nationaux des États-Unis lui commande de plusieurs tableaux du Yellowstone et Grand Teton National Parks. Enthousiasmé par à l'intensité de la lumière, il est convaincu que c’est dans l’ouest qu’il veut vivre et travailler.

En 1971 il installe son atelier à Tucson, en Arizona. Durant les trois dernières décennies Ken Riley a surtout été un peintre du vieil Ouest s’interessant à l’aspect historique. Riley prend pour sujet la vie quotidienne, la culture et la philosophies des peuples indigènes, notamment les Apache, les Mandan et les tribus des plaines. Il situe ses œuvres à l'époque des premiers contacts entre les peuples autochtones et les explorateurs tels que Lewis et Clark. Il représente les États-Unis de la cavalerie et des premiers pionniers.
.
06 mai 2008
Raphael Neal
Je ne connais rien de Raphael Neal, sinon qu'il est né à Orsay en France en 1980. Il me semble que depuis Bernard Faucon, il n'est pas apparu dans notre pays un photographe avec un monde intérieur aussi fort. Les photos ci-dessous font partie de sa série "auto portrait". D'autres images dérangeantes et puissantes sur son site .





.
Sa raison d’être
2007, France, 200mn
Réalisateur : Renaud Bertrand, Scénario : Véronique Lecharpy &Pascal Fontanille, image: Marc Koninckx, son: Jean Casanova, montage: Laurence Bawedin, musique: Stéphane Zidi
Avec: Nicolas Gob, Michaël Cohen, Clémentine Célarié, Nozha Khouadra, Bérénice Béjo , Valérie Donzelli, Valérie Mairesse, Sophie Quinton, Carlo Brandt, Philippe Lefebvre, Cyril Descours
Résumé:
Nous sommes au début 1981, lors d’un match de foot un beau brun (Michael Cohen), genre intello mais qui soigne ses abdos, kiffe sur un blond (Nicolas Gob), Bruno de style plus rustique, dans la douche des vestiaires. Tout ce qui va suivre est raconté par le brun. Nicolas et Bruno deviennent amis. Bruno a une petite amie, Isabelle (Sophie Quinton), qui se trouve être la soeur de Nicolas. Isabelle accouche de Jérémy mais dont Bruno n’est pas le père. De son coté Nicolas homo et grand fêtard a un meilleur ami, Jérôme (Cyril Descours) avec lequel il couche régulièrement. Jérôme tombe amoureux d’un steward américain. Ce dernier ne tarde pas à tomber malade et meurt; c’est une des premières victimes du sida. Jérôme est contaminé. Bruno voudrait se marier avec Isabelle et reconnaître Jérémy. Isabelle hésite. Bruno réussit à la convaincre. Quelques jours avant de s’unir, passant par là, le couple est victime de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers. Isabelle est tuée, Bruno très gravement blessé. Hélène (Clémentine Célarié) la mère de Nicolas élève Jérémy. Nicolas est désespéré et se jette dans la drogue et la fornication intensive. Bruno sort du coma mais il est paralysé des jambes. Nicolas arrache Jérémy à sa mère, Hélène pour s’en occuper et le rendre à Bruno. La séparation d’avec l’enfant rend Hélène folle. Bruno se rééduque et tombe amoureux de son infirmière Nadia (Nozha Khouadra), d’origine algérienne. Elle est marié avec Nabil militant de Touche pas à mon pote. Elle a deux enfants. - A cet instant nous sommes à la quarantième minute du film et si les scénaristes n’ont pas chaumé il y a néanmoins beaucoup de trous dans la narration. Nous ne savons pas alors par exemple ce qui nourrit au sens propre comme au sens figuré, Nicolas, son père ou Jérôme...
Nicolas fait accueillir Bruno, en chaise roulante dans la belle et grande maison de ses parents. La famille recomposée disperse les cendre d’Isabelle dans un fleuve voisin. 1983, Jérôme développe le sida. Vers la quarante cinquième minute on comprend enfin que Nicolas est le secrétaire d’une importante politicienne de droite tout en s’occupant de Jérémy et en cohabitant avec la marraine de l’enfant qui lui sert d’alibi dans sa profession. Dix minutes plus tard on apprend que le père va enseigner à l’université de Montréal. Nicolas et Bruno prennent un appartement ensemble pour élever Jérémy. Au bout d’une heure de film Bruno tente d’avoir une relation sexuel avec Nicolas, mais il n’arrive pas à bander, fin de l’expérience, ce qui nous vaut tout de même de voir Bruno nu de dos. La cohabitation des deux hommes est difficile. Presque guéri Bruno a repris son emploi d’ouvrier menuisier. 1985, Nadia se bat pour faire éclater la vérité sur le sang contaminé. La mère de Nicolas vire alcoolique grave. Nadia s’aperçoit que Bruno a été contaminé lors d’une transfusion. La mère de Bruno divorce et se remarie avec le patron de son ex mari. Nicolas devient l’attaché parlementaire d’un député de droite qui recherche à faire éclater la vérité sur le scandale du sang contaminé. Le député en question tout marié qu’il est est un un pédé dans le placard. Il drague Nicolas et rapidement ils couchent ensemble, la première fois dans leur bureau de l’assemblée nationale. Mais leur histoire doit rester secrète. Bruno est viré de son boulot lorsque l’on découvre qu’il est séropositif. Le jeune et joli Jérôme meurt du sida. Fin de la première partie.
1986, Jérémy apprend que Bruno est malade et qu’il n’est pas son père. Nicolas est très amoureux de Pierre (Philippe Lefèbvre) son député. Bruno retrouve du travail chez un vieil ébéniste. Nadia qui a été chassé de son hôpital à cause de son engagement sur le sang contaminé travaille maintenant dans un laboratoire spécialisé dans le suivi des malades du sida. Le sida de Bruno se déclare. Il développe une première maladie opportuniste. Nadia passe de plus en plus de temps à son chevet. Nabil est jaloux. Bruno se remet. 1989 Il se trouve une nouvelle copine Fabienne (Bérénice Béjo). Quelque temps après il développe une autre maladie opportuniste. Nadia se sépare de Nabil et vient vivre avec les deux hommes. Bruno se relève encore et décide de vivre avec Fabienne. La mère de Nicolas n’accepte pas la nouvelle liaison de Bruno. Le député de Nicolas devient secrétaire d’état et lui chef de cabinet. Bruno retombe malade mais cette fois encore il s’en sort grâce à la bithérapie. Hélène se suicide par noyade le matin de Noël 1995. Bruno a une nouvelle maladie dont il ne se remet pas. Nadia lui injecte la piqûre de la délivrance devant la télévision sur laquelle Bruno vient de voir la France être championne du monde de football. Pierre s’oppose au PACS. Nicolas menace Pierre de l’outé. Ils se séparent. Pour se consoler Nicolas qui a trop bu lève un jeune mec au matin il s’aperçoit que son coup d’une nuit est séropo et qu’ils ont eu un rapport non protégé. Nicolas est contaminé. Pour récupérer Nicolas Pierre rend publique son homosexualité. Ils se remettent ensemble.
L’avis de Bernard Alapetite
Contrairement à l’habitude je n’est pas écrit un résumé qui n’aurait pu être que trompeur, mais ce que l’on appel, dans le jargon cinématographique, une continuité dramatique pour bien, je l'espère, montrer l’incongruité de cette histoire causée par un trop plein de péripéties. C'est cette continuité dramatique que l'on présente aux producteurs pour essayer de les convaincre de monter le film et aux différentes autorités pour essayer de récupérer quelque argent.
Dés les premières images on sent que l’on va droit à la catastrophe artistique, plan trop serré sur l’action, les figurants c’est cher, donc le réalisateur resserre le cadre pour que le spectateur ne s’aperçoive pas que la foule que le cinéaste est sensé filmer de résume en fait à une demi douzaine de clampins Mais surtout la voix off nous expliquant le pourquoi du comment de ce que l’on devrait voir, ce qui est presque toujours un aveux d’impuissance cinématographique est ici patent.
L’échec du film tient autant à sa son esprit qu’à sa forme. Déblayons tout de suite la forme technique de la chose, n’importe quel producteur de bon sens devrait se rendre compte que traiter 27 ans d’histoire en 3 heures avec une foule de personnages lancés dans des péripéties des plus romanesques est déraisonnable. Si la chaîne (1ère diffusion le 26 Mars 2008 sur la 2) avait été vraiment courageuse et responsable, elle aurait du produire une mini série de cinq à six épisodes de 90mn. Mais le pécher originel de “Sa raison d’êtres est d’avoir voulu mêler des genres qui se révèlent antagonistes, soit le mélo cinématographique façon Douglas Sirk, avec le roman feuilleton genre Eugène Sue, qui a engendré le feuilleton télévisé genre tombé en désuétude depuis la mort de l’ORTF. La différence principale des deux genres réside dans leur construction le premier se nourrit d’un nœud gordien aussi inextricable qu’improbable et est d’essence fondamentalement pessimiste; le deuxième ne vit que par une incessante avalanche de péripéties tragiques et également peu réalistes mais rendues crédibles justement par leur arrivée continue dont la fréquence empêche le spectateur de réfléchir. Dans cette dernière forme, au bout du compte, après bien des tragédies, quelques personnages arriveront au terme de ce chemin infernal et toucherons au paradis. On le voit, des conceptions bien différentes ,tant par leurs philosophies que par leurs rythmes. Les scénaristes Véronique Lecharpy et Pascal Fontanille qui était déjà aux commandes du très bon “Un amour à taire", ont voulu de surcroît faire coller les aventures particulières de leurs personnages avec l’Histoire de la période traversée, élection de François Mitterand, pandémie du sida, scandale du sang contaminé... La seule idée raisonnable qu’ aient eu les auteurs ait de rendre compte de toute cette foisonnante période par le biais d’un regard spécifique, en l’ occurrence celui des gays, personnifié par le narrateur Nicolas. Non que la bonne idée ait été de choisir le regard gay, aucun communautarisme dans mon propos, ce regard en vaut un autre pas plus, mais surtout, enfin il réduit le champ narratif de ce scénario qui par ailleurs explore beaucoup trop de sujets jusqu’à arriver au ridicule par leur accumulation et veut tout embrasser sans rien étreindre...
Dans la deuxième partie, bien meilleure que la première si l’on exepte la toute fin lourdement didactique, le rythme devenant moins frénétique, il laisse enfin passer l’émotion. Les scènes entre Bruno et Fabienne par exemple sont réussies.
Le parti pris de ne pas vieillir les acteurs par le maquillage, les personnages, aux cheveux près, ont presque le même aspect du début à la fin du film alors, que plus de vingt cinq ans ont passé, sauf jérémy qui est joué par des garçons différents au fil du temps, est une bonne solution. N’imagine t-on pas, souvent les autres (et soit même) avec un aspect qu’ils ont cessé d’avoir depuis longtemps... Autre bonne idée de faire des réunions de la famille élargie dans la grande maison des parents de Nicolas des bornes sur la route du temps.
Si les poncifs ont souvent leur part de vérité, il est déconseillé à un réalisateur d’en faire un catalogue quasi exhaustif dans son film, comme c’est le cas dans “sa raison d’être”. C’est forcement un steward qui a contaminé le joli jérôme, lourde allusion au patient zéro; quand une femme est enceinte, elle ne peut que vomir; le jeune prolo (ah les gros plan sur le torse de Gob en marcel! un grand moment) est bien sûr homophobe et fils d’un routier. La politicienne de droite ne peut être qu’une caricature façon Boutin revue par Marie France Garaud...
Les allusions à l’actualité du moment, la guerre des Malouines, les régimes communistes en Europe de l’est... sont plaquées artificiellement dans les conversation entre les personnages et arrivent comme des cheveux sur la soupe.
Il serait grand temps que les cinéastes s’aperçoivent que situer un film en 1981, présente les mêmes difficultés logistique que de filmer une action se déroulant pendant les guerres napoléoniennes ou le premier conflit mondial. Dans les trois cas les objets de la vie quotidienne sont complètement différents de ceux d’aujourd’hui. Il y a même la difficulté supplémentaire, lorsqu'une fiction se déroule dans les quarante dernières années, que bon nombre des spectateurs qui verront le film, se souviendront des détails de ce temps là et qu’ils n’auront pas oublié les visages connus d’alors. Et bien avec des moyens limités, Renaud Bertrand s’en tire très honorablement, évitant les anachronismes trop flagrants, je n’ai guère vu qu’un sweet capuche peu plausible lors d’un entraînement de foot en 1981. La reconstitution du Palace est possible en revanche l’avatar de Fabrice Emaert est grotesque et n’a aucune ressemblance avec son modèle dont la physionomie est encore bien présente dans la mémoire de ceux qui sont passés au Palace.
Le miracle est qu’au milieu de séquences parfaitement ridicules, super téléphonées et très mal dialoguées, certaines scènes parviennent à être des îles d’émotion, comme lorsque Bruno annonce à sa mère qu’il est séropositif, qui parviennent à étrangler notre rire.
Cela est du principalement aux comédiens (Michael Cohen et Nicolas Gob, ont tous deux reçu, à juste titre, le Prix d’interprétation masculine à Luchon) qui dans ce mélo improbable, se débattant dans des situations impossibles, disant un texte parfois indigent, parviennent à rendre leur personnage convaincant et nous force à rester devant l’écran pour connaître la suite.


















