13 avril 2008
La paix des dupes de Philip Kerr
En matière de roman d’espionnage je suis resté de la vieille école autant dire que je m’intéresse peu aux histoires de barbus mais fais toujours mon miel des histoires méandriques de la guerre froide, avec ce maître incontesté qu’est John Le Carré tout du moins avant qu’il tombe dans un tier-mondisme-écolo-obscurantiste, plus rarement je m’ aventure du coté de la deuxième guerre mondiale avec une tendresse pour les classiques du genre que sont les romans d’Eric Ambler et de Jean Bommart.
Je n’avais encore rien lu de Philip Kerr , romancier anglais spécialisé apparemment dans les intrigues policières situées dans l’Allemagne nazi, avant d’ouvrir La paix des dupes (éditions Le Masque). Je vous le dit tout de suite j’espère que ce premier livre sera suivi de nombreux autres dans ma bibliothèque si tous les livre de cet auteur ont la qualité de celui-là.
Dans “La paix des dupes” nous sommes en 1943 et nous suivons deux espions de haut vol intimes de leur chef d’état respectif d’une part le professeur Willard Mayer, philosophe de renom et néanmoins ponte de l’OSS (l’ ancètre de la CIA) et à la fois d’origine juive et allemande et d’autre part Schellenberg, général allemand très peu nazi responsable du contre espionnage. Schellenberg pour sauver l’Allemagne, déjà en fort mauvaise posture en cette fin 1943 à imaginer le plan machiavélique de tuer les trois grands, Roosevelt, Churchill et Staline lors de leur rencontre au sommet à Téhéran. Plan que Mayer va tenter de faire échouer.
Les deux héros de Philip Kerr, pas très héroïques (quoique vers la fin du volume Mayer nous prend un petit air de Jack Bauer) souvent ils ont quelque chose du désabusé d’un Marlowe. Le roman est d’ailleurs très proche de la tradition du polar “hard boiled” américain, dans lequel un homme est en prise avec un monde bancal, essayant de sauver quelques miettes de dignité et d'honnêteté alors que tout le reste s'effondre, inexorablement.
Ne comptez pas sur moi pour vous dire si ce roman est une uchronie, ou plus exactement le point de départ d’une formidable uchronie, dans le cas où Schellenberg et ses sbires réussissent ou si dans le livre le plan échoue et devient un roman à la Dumas brodant sur les marges de l’histoire.
En espérant que le suspense vous conduira sans retard à acheter ce livre épatant que l’on ne peut pas lâcher après la lecture de la première page malgré un début un peu lent inhérent au genre.
Au delà du plaisir enfantin de connaître la suite “La paix des dupes” nous rappelle la complexité des choses en brouillant le manichéisme qui est de rigueur lorsque l’on envisage cette période de notre histoire.
Ce qui me rend d’ emblée Kerr sympathique c’est sont anti soviétisme primaire attitude qui aujourd’hui se fait rare ce que je regrette tous les jour. Ce n’est pas que l’on sente chez cet homme une grande idée du nazisme, du colonialisme ni même des démocraties occidentales. Pas plus qu’un amour immodéré des anglais, des américains, des allemands, des polonais des égyptiens ou des iraniens autant de peuples qui traversent le livre. Notre distingué plumitif aime peut être les esquimaux ou les natifs de Bornéo mais comme ils n’ ont joué qu’ un rôle modeste durant la seconde guerre mondiale, il n’en parle pas...
Il n’en demeure pas moins que ce livre, qui a demandé une connaissance parfaites des arcanes de la seconde guerre mondiale peut déplaire. Tout d’abord par le style qui fait que la progression dramatique est presque exclusivement due aux dialogues, mais dans ce cas ce lecteur qui sera gêné par ce mode de narration sera allergique à quatre vingt quinze pour cent de la littérature anglo-saxonne contemporaine... Plus sérieusement il peut avoir un peu de mal à entrer dans l’intimité d’Hitler, Himmler et consort qui perdent ainsi leur statut de monstre pour devenir des hommes presque ordinaires. L’auteur lui même semble avoir éprouvé quelques malaises à cette fréquentation car à partir de la seconde partie du roman Willard Mayer est beaucoup plus présent que Schellenberg. Ce qui déséquilibre ce qui me semblait être le projet initial de Kerr.
Je crois vous l’avoir déjà dit précédemment, j’ai toujours un grand plaisir, un peu snob je l’avoue, à découvrir aux détours des pages d’un livre quelqu’un que j’ai croisé dans “la vraie vie”. Je dois dire que je ne m’y attendais pas dans un tel roman, et voici que surgit entre deux péripéties sanglantes et historiques, Enoch Powell que j’avais eu l’insigne honneur de rencontrer lorsqu’il briguait la place de leader des torys; mais il fut battu par Thatcher. Je songe que si les choses avaient tourné autrement l’East end londonien serait moins coloré et qu’ ainsi il n’y aurait pas eu l’ attentat qui a endeuillé Londres... Ah quand le virus de l’uchronie vous tient...
“La paix des dupes” n’est pas seulement un divertissement haletant il a aussi le grand mérite d’humaniser cette période en donnant chair aux grands de ce monde (et aux petits). Il met en évidence aussi que les deux camps en présence étaient loin d’être homogènes et que même dans les grandes pages de l’histoire presque tous les hommes, grands et petits, songent surtout à jouer leurs cartes personnelles.
12 avril 2008
Thomas Allen
L'artiste américain Thomas Allen photographie des images qu'il a préalablement découpée dans des couvertures de vieux pulp puis assemblées en scènes suggestives. Il est amusant de voir qu'une de ses compositions a été utilisé pour la couverture de l'édition américaine d'un roman d'Ellroy.
John Andresen photographie la danse
D'autres photographies de John Andresen ici
Philip Core
No night is too long
Fiche technique :
Réalisateur
: Tom Shankland. Scénario : Kevin Elyot et Ruth Rendell, d’après le
roman de Ruth Rendell signé de son pseudonyme Barbara Vine. Images :
Paul Sarossy. Montage : Allan Lee. Musique : Christopher Dedrick.
Direction artistique : Peter Andriga.
Grande Bretagne, Canada, 2003, Durée : 120 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec Lee Williams, Marc Warren, Mikela J Mikael, Salvatore Antonio, Beverley Breuer, Rob Bruner, Liam Mc Guigan et Philip Granger.
Résumé :
Tim
(Lee Williams) est un brillant étudiant d’une petite université
d’Angleterre non loin de son domicile familial, une station balnéaire
du Suffolk. Il ne répugne pas à se faire faire une petite gâterie par
sa copine, sur la plage, au clair de lune. Ce qui ne l’empêche pas, au
détour d’un couloir de sa fac, de tomber en arrêt – tel le setter moyen
face à un col vert égaré – devant Ivo (Marc Warren), un jeune
professeur mâle de paléontologie dont bientôt le visage l’obsède.
Bravant sa timidité toute relative, il le drague. Au début l’objet de
ses désirs est froid comme ses chers fossiles, mais il n’est pas à long
à tiédir. Il s’ensuit une torride passion sexuelle. Mais plus Ivo
devient incandescent, plus notre inconséquent étudiant se refroidit. Et
quand Ivo invite son jeune amant à l’accompagner en Alaska, où il anime
des croisières scientifiques, Tim le suit à contrecœur. Arrivé dans un
port de ce « bout du monde », suite à un imprévu (?), Ivo doit
abandonner son amoureux dix jours dans ce lieu inhospitalier, avant
leur embarquement. Le jeune homme nous avait déjà prévenu « que l’ambivalence ne l’effraie pas »,
même distrait, et c’est difficile devant ce film passionnant, dont je
ne vous dévoile qu’une couche de l’intrigue, et encore partiellement.
Or donc, ne supportant pas la solitude, il jette son dévolu sur une
jeune femme, Isabel (Mikla J. Mikael). Je cite : « idéale pour passer le temps. »
Ce qui ne devait être pour Tim qu’une alternative à ses nombreuses
visites au bar de l’hôtel se transforme en une passion fusionnelle.
Mais au bout de ces dix jours, Isabel prend la fuite et Ivo revient. La
croisière qui promettait d’être idyllique se transforme en enfer.
L’amour a fait place à la haine. Tim ne rêve que de rejoindre Isabel à
Vancouver, mais comment se débarrasser d’Ivo ? En le tuant ?
L’avis de Bernard Alapetite:
Quand
on se met devant sa télévision, même devant un programme de PinkTv, on
s’attend rarement à être mis en présence de ce qui devrait être un
modèle pour les auteurs de films gays. Voilà, enfin, une production qui
ne considère pas l’homosexualité comme une fin en soi et l’unique sujet
possible du film, mais comme une chose tout à fait banale et qui,
pourtant, la place au cœur de l’intrigue de ce thriller haletant ; en
fait le moteur des événements qui précipiteront les amoureux vers
l’inéluctable, sans que leur sexualité ne soit jamais culpabilisée.
Ruth Rendell a créé le personnage du garçon fatal.
Comme
dans toutes les histoires de ces dames anglo-saxonnes qui améliorent
leur thé ou leur whisky, au choix, d’une dose de strychnine, les
rebondissements sont un peu abracadabrantesques (sic), mais c’est la
loi du genre pour que l’on reste, comme ici, scotché à l’écran durant
deux heures. Dans No night is too long, nous sommes plus près de Patricia Highsmith que d’Agatha Christie.
L’intrigue,
comme dans tous les livres de Ruth Rendell – experte en thriller
psychologique depuis quarante ans – pose ces questions : « pourquoi
devient-on meurtrier ? » ou « comment devient-on victime ? » Parce
qu’un jour, sans le savoir, on prend une route... ou un couloir au bout
duquel se trouve la mort violente.
Le cinéma devrait être bien
reconnaissant à la romancière. Son roman, L’Homme à la tortue, est devenu devant la caméra de Pedro Almodovar En chair et en os (dvd TF1 vidéo) et L’Analphabète, devant celle de Claude Chabrol, La Cérémonie. Il a aussi adapté La Demoiselle d’honneur, cette fois sans en changer le titre. Claude Miller a fait de même avec Betty Fisher.
L’un des
atouts du film est l’originalité des lieux de tournage. L’Alaska n’est
pas l’État des USA le plus filmé et bien peu de réalisateurs ont planté
leurs caméras sur les plages du Suffolk, malgré leur indéniable charme.
La réalisation ne se dépare jamais d’une belle maîtrise du cadre qui
bénéficie d’un éclairage froid et soigné. Elle utilise avec habileté le
décor qui n’est pas seulement une toile de fond pittoresque pour
l’intrigue mais un véritable acteur du drame. Elle aurait toutefois pu
nous éviter des effets spéciaux numériques un peu trop présents, telle
cette profusion d’éclairs pour rendre les ciels dramatiques et
signifiants ou ce maquillage de l’île fatale en Île des morts
de Bocklind. Le directeur de la photographie qui signe de si belles
images est Paul Sarossy. Il est entre autre le collaborateur habituel
d’Atom Egoyan. On lui doit la photographie des remarquables Voyage de Felicia et La Vérité nue.
Comme
presque toujours dans un film anglais, la distribution est parfaite. En
particulier Lee Williams qui compose un Tim complexe et changeant qui
fait parfois penser au jeune Ripley et à qui on met longtemps à
accorder notre sympathie. Il porte le film de bout en bout. Il tient le
premier rôle dans un autre film gay, l’extravagant Les Loups de Kromer (dvd
BQHL). Il participe à de nombreuses productions télévisées anglaises.
On peut le voir en particulier dans le rôle de Jon Forsyte, dans la
somptueuse nouvelle version de la saga des Forsyte. Il apparaît
également dans Billy Elliot et Mauvaise passe. Marc Warren (Ivo) a une présence étonnante ; son inquiétant magnétisme rappelle celui de Malcom Mc Dowell à ses débuts.
Si
les scènes de sexe, aussi bien hétérosexuelles que gays, ne sont pas
particulièrement bien filmées, le réalisateur se rattrape en nous
offrant de beaux plans tendres et sexy après l’amour. No night is too long est
co-produit par la télévision britannique d’État, la BBC. Le film a été
diffusé à une heure de grande écoute, la deuxième partie en soirée.
Combien de chaînes françaises, hors celles du câble, diffuseraient et
produiraient un film comme celui-ci qui met, et montre, l’attirance
sexuelle de deux hommes au centre de son intrigue ?
No night is too long
peut se traduire par « Les Nuit ne sont jamais trop longues », phrase
que dit Ivo à Tim au plus fort de leur amour. Jamais le film ne vous
paraîtra trop long. Espérons qu’il fasse école, tant sur le fond, que
dans la forme.
11 avril 2008
Le diable serait il gay? damned!
Hajo Ortil
Anticipation
Le salon du dessin contemporain

Le
salon du dessin contemporain a eu la curieuse idée de s’installer dans
un hôtel (?) et sur quatre étages y loger les galeries exposantes dans
des chambres (?). Les lieux ne sont ni beaux ni pratiques pour une
telle manifestation mais font travailler les mollets du visiteur, les
miens en particulier, ayant par principe et prudence évité les
ascenseurs.
Comme aurait dit, mieux que moi, Cueco, la plupart des
dites galeries oscillaient entre le presque rien et le pas grand chose
pour s’ arrêter sur le fort peu... D'autre part bien des oeuvres
exposées n'avaient rien à voir avec le dessin.
Heureusement il y
avait quelques exceptions qui ne m’auront pas trop fait regretter les
10€ que j’ai du débourser pour l’escalade.


.
Commençons
par le seul bel accrochage de l’exposition celui de la galerie Sellem entièrement voué à Velickovic (que semblait ne
pas connaître, le soir du vernissage le journaliste d’un mensuel
consacré aux arts, je ne veux pas balancer, mais ce n’était ni l’Oeil,
ni Art Actuel). Les dessins sont très beau même s’ils sont moins
surprenants que ses toiles exposées la semaine dernière à Art Paris.
Certains de ses dessins, ceux sur un gros carton d’emballage étaient de
la même veine. Mais ils tous terrifiants et d’une grande maîtrise
technique ce qui n’ empêchait l’émotion bien au contraire. Certains
atteignaient plus d’un mètre de coté d’autres une trentaine de
centimètres. Ces derniers valaient 4000€, ce qui me parait très
raisonnable quand à la notoriété de l’artiste et à la qualité des
œuvres. Mais cette superbe prestation donnait le ton de tout le salon
car à l’exception de Baxter et de Fromanger tout ce qui avait un peu de
valeur artistique était d’une noirceur d’encre.
Au premier étage le
mur des dessins de Fromanger m’a évité de faire demi tour, tant était
peu engageant ce qui m’avait accueilli. Ses entrelacs de traits
vivement colorés rendent à merveille l’agitation et le multicolore de
la faune qui se presse sur les trottoirs de Bastille puisque c’est
ainsi que s’intitule la série. Les silhouettes des quidam se
transforment bientôt en carte...
.
Fromanger
Ce
n’est pas tous les jours que l’on peut à la fois s’émerveiller et s’
esclaffer dans une galerie; Baxter nous en donne l’occasion. Chez lui
la nouveauté c’est que ce parangon du non sense british s’est mis au
français. Mais c’est toujours aussi fou. Le contraste entre ce dessin
sage, qui me rappelle celui des devinettes que dans mon enfance les
commerçants donnaient aux rejetons de leurs bonnes clientes, et la
légende est toujours aussi savoureux.

Baxter.
Chez Thaddaeus Ropac j’ai eu plaisir à découvrir de nouveaux garçons aux mœurs douteuses dessiné par Paul P.

Paul P.
Chez
Jean Brolly Tremlett et ses compostions géométriques apportait de la
couleur dans ce salon qui avec ses murs grisailleux en avait bien
besoin.
Tremlett
C’est
toujours un plaisir intellectuel rare de voir les cogitations
géométriques et mathématiques de Morellet devant lesquels je suis resté
fort longtemps.
Morellet.
Et
puis il y avait l’immense Jean Rustin où comment avec un crayon et une
feuille de papier, pas bien grande, vous en mettre un grand coup sur la
tête ne serait ce que pour lui le salon vaut le dérangement. Je ne
saurais mieux dire que sa galerie à laquelle j’
emprunte la présentation de leur artiste: << Jean Rustin crée
depuis 1971 une impressionnante galerie de portraits de ses frères
humains croqués dans l’isolement de chambres désolées, où se déroulent
parfois des scènes d’une misère sexuelle pitoyable. Il convoque, dans
un apparent dépouillement, toute la puissance du regard intérieur,
concrétisant sur la toile tout l’abîme du miroir où nous prenons la
dimension de l’être dans sa dissolution.>> qu’on se le dise!


Jean Rustin.
Informations pratiques:
Le salon du dessin contemporain
Saint-Augustin, 4 rue du général Foy, 75009 Paris
jusqu'au lundi 14 avril


















