12 avril 2008
No night is too long
Fiche technique :
Réalisateur
: Tom Shankland. Scénario : Kevin Elyot et Ruth Rendell, d’après le
roman de Ruth Rendell signé de son pseudonyme Barbara Vine. Images :
Paul Sarossy. Montage : Allan Lee. Musique : Christopher Dedrick.
Direction artistique : Peter Andriga.
Grande Bretagne, Canada, 2003, Durée : 120 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec Lee Williams, Marc Warren, Mikela J Mikael, Salvatore Antonio, Beverley Breuer, Rob Bruner, Liam Mc Guigan et Philip Granger.
Résumé :
Tim
(Lee Williams) est un brillant étudiant d’une petite université
d’Angleterre non loin de son domicile familial, une station balnéaire
du Suffolk. Il ne répugne pas à se faire faire une petite gâterie par
sa copine, sur la plage, au clair de lune. Ce qui ne l’empêche pas, au
détour d’un couloir de sa fac, de tomber en arrêt – tel le setter moyen
face à un col vert égaré – devant Ivo (Marc Warren), un jeune
professeur mâle de paléontologie dont bientôt le visage l’obsède.
Bravant sa timidité toute relative, il le drague. Au début l’objet de
ses désirs est froid comme ses chers fossiles, mais il n’est pas à long
à tiédir. Il s’ensuit une torride passion sexuelle. Mais plus Ivo
devient incandescent, plus notre inconséquent étudiant se refroidit. Et
quand Ivo invite son jeune amant à l’accompagner en Alaska, où il anime
des croisières scientifiques, Tim le suit à contrecœur. Arrivé dans un
port de ce « bout du monde », suite à un imprévu (?), Ivo doit
abandonner son amoureux dix jours dans ce lieu inhospitalier, avant
leur embarquement. Le jeune homme nous avait déjà prévenu « que l’ambivalence ne l’effraie pas »,
même distrait, et c’est difficile devant ce film passionnant, dont je
ne vous dévoile qu’une couche de l’intrigue, et encore partiellement.
Or donc, ne supportant pas la solitude, il jette son dévolu sur une
jeune femme, Isabel (Mikla J. Mikael). Je cite : « idéale pour passer le temps. »
Ce qui ne devait être pour Tim qu’une alternative à ses nombreuses
visites au bar de l’hôtel se transforme en une passion fusionnelle.
Mais au bout de ces dix jours, Isabel prend la fuite et Ivo revient. La
croisière qui promettait d’être idyllique se transforme en enfer.
L’amour a fait place à la haine. Tim ne rêve que de rejoindre Isabel à
Vancouver, mais comment se débarrasser d’Ivo ? En le tuant ?
L’avis de Bernard Alapetite:
Quand
on se met devant sa télévision, même devant un programme de PinkTv, on
s’attend rarement à être mis en présence de ce qui devrait être un
modèle pour les auteurs de films gays. Voilà, enfin, une production qui
ne considère pas l’homosexualité comme une fin en soi et l’unique sujet
possible du film, mais comme une chose tout à fait banale et qui,
pourtant, la place au cœur de l’intrigue de ce thriller haletant ; en
fait le moteur des événements qui précipiteront les amoureux vers
l’inéluctable, sans que leur sexualité ne soit jamais culpabilisée.
Ruth Rendell a créé le personnage du garçon fatal.
Comme
dans toutes les histoires de ces dames anglo-saxonnes qui améliorent
leur thé ou leur whisky, au choix, d’une dose de strychnine, les
rebondissements sont un peu abracadabrantesques (sic), mais c’est la
loi du genre pour que l’on reste, comme ici, scotché à l’écran durant
deux heures. Dans No night is too long, nous sommes plus près de Patricia Highsmith que d’Agatha Christie.
L’intrigue,
comme dans tous les livres de Ruth Rendell – experte en thriller
psychologique depuis quarante ans – pose ces questions : « pourquoi
devient-on meurtrier ? » ou « comment devient-on victime ? » Parce
qu’un jour, sans le savoir, on prend une route... ou un couloir au bout
duquel se trouve la mort violente.
Le cinéma devrait être bien
reconnaissant à la romancière. Son roman, L’Homme à la tortue, est devenu devant la caméra de Pedro Almodovar En chair et en os (dvd TF1 vidéo) et L’Analphabète, devant celle de Claude Chabrol, La Cérémonie. Il a aussi adapté La Demoiselle d’honneur, cette fois sans en changer le titre. Claude Miller a fait de même avec Betty Fisher.
L’un des
atouts du film est l’originalité des lieux de tournage. L’Alaska n’est
pas l’État des USA le plus filmé et bien peu de réalisateurs ont planté
leurs caméras sur les plages du Suffolk, malgré leur indéniable charme.
La réalisation ne se dépare jamais d’une belle maîtrise du cadre qui
bénéficie d’un éclairage froid et soigné. Elle utilise avec habileté le
décor qui n’est pas seulement une toile de fond pittoresque pour
l’intrigue mais un véritable acteur du drame. Elle aurait toutefois pu
nous éviter des effets spéciaux numériques un peu trop présents, telle
cette profusion d’éclairs pour rendre les ciels dramatiques et
signifiants ou ce maquillage de l’île fatale en Île des morts
de Bocklind. Le directeur de la photographie qui signe de si belles
images est Paul Sarossy. Il est entre autre le collaborateur habituel
d’Atom Egoyan. On lui doit la photographie des remarquables Voyage de Felicia et La Vérité nue.
Comme
presque toujours dans un film anglais, la distribution est parfaite. En
particulier Lee Williams qui compose un Tim complexe et changeant qui
fait parfois penser au jeune Ripley et à qui on met longtemps à
accorder notre sympathie. Il porte le film de bout en bout. Il tient le
premier rôle dans un autre film gay, l’extravagant Les Loups de Kromer (dvd
BQHL). Il participe à de nombreuses productions télévisées anglaises.
On peut le voir en particulier dans le rôle de Jon Forsyte, dans la
somptueuse nouvelle version de la saga des Forsyte. Il apparaît
également dans Billy Elliot et Mauvaise passe. Marc Warren (Ivo) a une présence étonnante ; son inquiétant magnétisme rappelle celui de Malcom Mc Dowell à ses débuts.
Si
les scènes de sexe, aussi bien hétérosexuelles que gays, ne sont pas
particulièrement bien filmées, le réalisateur se rattrape en nous
offrant de beaux plans tendres et sexy après l’amour. No night is too long est
co-produit par la télévision britannique d’État, la BBC. Le film a été
diffusé à une heure de grande écoute, la deuxième partie en soirée.
Combien de chaînes françaises, hors celles du câble, diffuseraient et
produiraient un film comme celui-ci qui met, et montre, l’attirance
sexuelle de deux hommes au centre de son intrigue ?
No night is too long
peut se traduire par « Les Nuit ne sont jamais trop longues », phrase
que dit Ivo à Tim au plus fort de leur amour. Jamais le film ne vous
paraîtra trop long. Espérons qu’il fasse école, tant sur le fond, que
dans la forme.
Commentaires
;o|
On peut le voir sur youtube en 11 parts (la 2e est +18 ans): http://www.youtube.com/watch?v=U_ozuGDWjAc sinon c'est quasiment introuvable (c fou hein).
réponse à Jef sur les dvd "trouvable"
S'il est vrais que certains films que je commente sont difficilement visibles, ils le sont néanmoins puisque je les ai vus! et que j'en possède presque toujours une copie, certes parfois d'assez mauvaise qualité et pas toujours avec des sous titres en français comme c'est le cas pour "La conséquence" par exemple. Les multiples chaines de télévision diffusent parfois des films rares, il faut être vigilant et éplucher les programmes. Pour ma part je profite de mes escapades lointaines ou proches pour rendre visite aux grands magazins et officines qui vendent des dvd et j'en rapporte quelques uns; pour les dvd gays je conseille la librairie gay de New-York, l'Oscar Wilde library, l'accueil est très sympathique, et aussi le Virgin de Times square dans la même ville. On peut aussi trouver son bonheur à San Francisco sur Castro street... Et merci pour l'information quelque sites diffusent en intégralité et gratuitement des films réputés invisibles. Il ne faut pas non plus oublier la VOD qui exploite parfois des titres épuisés ou qui n'ont jamais été édité en dvd ou VHS. Tout cela pour dire que le cinéphile d'aujourd'hui a beaucoup de chance. Il suffit de se rappeler qu'avant la VHS et les moult télévisions, même à Paris, il fallait attendre parfois des années pour voir un film célèbre...
Oui, mais la VOD n'est pas encore assez développée. Quant aux adresses US... je n'ai jamais mis les pieds aux States et ça risque pas. En plus c'est rarement stf, comme ailleurs aussi (Espagne, Allemagne, Italie)...
et puis pensez à tous ceux-lles qui n'ont pas toutes ces "multiples chaînes" tv (et n'en veulent pas, d'ailleurs, ni passer leur temps à ça). bref, français=relativmt petit marché par rapport aux usa.
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