le blog de bernard alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

31 mars 2008

Justin Bess

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Christophe Gérard

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Louise Bourgeois au Centre Pompidou

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Il me parait indispensable pour apprécier une oeuvre auto proclamée autobiographique, comme celle de Louise Bourgeois, d’avoir quelque empathie avec l’artiste. Et bien je n’en pas la moindre avec cette incontestable créatrice de forme. Rien n’est plus loin de moi que cette macération dans de vieilles haines recuites pour son père, que cette alternance de famille je vous aime, famille je vous hait, que ce repli sur soi nombriliste dans l’humidité féminine qui a pour conséquence semble-t-il à la longue le rejet de tous ses proches, que cette attirance morbide pour la décomposition et les reste avec pour curieux corollaire cet acharnement à vivre quelque en soit la douleur. De toutes ces obsessions Louise Bourgeois s’en repaît depuis près de soixante dix ans. Elles nourrissent son oeuvre et sont ses meilleures viatiques pour la postérité. J’aurais vu jusque là peu d’expositions aussi dérangeantes. Celle-ci l’est éminemment par la crudité des œuvres montrées et la totale impudeur de leur créateur. On a l’inconfortable sentiment d’être en présence d’objets rituels d’une religion dont Louise bourgeois serait à jamais l’unique grande prêtresse. Du fouillage névrotique de son inconscient a accouché une oeuvre aux expressions multiples dont la plus achevée est la sculpture mais donc l’unique sujet est Louise Bourgeois.

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L’exposition rassemble dans trois espaces du Centre Pompidou près de deux cent pièces, peintures, sculptures, dessins, gravures, installations qui s’échelonnent sur une période allant de 1938 à 2007. On est accueilli dans le hall du musée par la grande araignée de bronze qui gambadait avec plus d’aisance dans celui de la Tate modern il y a quelques années... Au troisième niveau on trouvera ses dessins les plus récents, sortes d’exorcisme de la décrépitude alors que le gros de la rétrospective est au sommet du centre.
Comme elle le dit sans ambages toute son oeuvre est née des souffrances de l’enfance. Elle n’aura de cesse que de recréer par des moyens divers,  ces années, pourtant selon elle malheureuses, en posant sur elles un regard morbide. Voilà la version officielle qu’est donné de son enfance. << A l’âge de 11 ans Louise Bourgeois dessine les parties manquantes des tapisseries que restaurent ses parents dans leur atelier de Choisy-le-roi. Elle grandit dans un univers féminin de couturières, parmi les pelotes de fils et les aiguilles. Sa mère pragmatique et “féministe” dirige le travail, tandis que son père collectionne les antiquités et court le jupon. Il introduit dans la maison sa maîtresse, une jeune anglaise engagée comme gouvernante auprès des enfants. Cette double trahison, qui met en péril l’équilibre familial, perturbe profondément la jeune Louise qui se sent manipulée par les adulte. Une faille s’ouvre...>>. Cette enfance et sa posture vis à vis d'elle à quelque chose à voir avec celle de Céline...

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Voilà des fautes qui me paraissent bien bénignes pour avoir enfanté une telle haine du père qui se matérialisera en 1973, soit trente cinq ans après avoir quitté ce père honni, par la sculpture “The destruction of the father”; une figure aliénesque qui ferait passer les monstres de Giger pour des reproductions d’aimables animaux de compagnies. Devant cette pièce d’une force aussi incontestable que dérangeante on ne peut que soupçonner que la lisse biographie de la jeunesse ne soit que calembredaines. On pense immédiatement plutôt à une relation incestueuse entre le père et la fille faite d’attirances et de répulsions. Il faut tout de même rappeler qu’elle rencontre son futur mari, Robert Golwater un historien d’art spécialisé dans le primitivisme qui l’ emmènera à New York dans << la petite galerie qu’elle ouvre avec son père, boulevard Saint Germain>>.
On peut voir toute cette exposition comme un gigantesque exorcisme. On remarquera plusieurs petites figurines percées de clous...

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La rétrospective fait silence sur les années françaises et la formation de l'artiste. Il me semble qu’il n’est pas pourtant inutile de savoir que Louise Bourgeois a fait des études de mathématiques à la Sorbonne de 1932 à 1935. A partir de 1936, elle suit des cours de dessin et fréquente l’Ecole du Louvre et les Beaux Arts de Paris.
Les début sont marqué par l’autoportrait (mais son oeuvre n’est elle pas qu’un autoportrait proliférant?) d’abord sous forme de dessins, cela sera la seule période où l’extérieur sera présent. Elle se représente volant au dessus d’un gratte ciel (son atelier est alors situé sur la terrasse d’un immeuble) et dans un autre dessin en femme gratte ciel. C’est une première représentation de la “Femmes-Maison” qui prendra bien d’autres formes.
Elle fait sa première exposition personnelle en 1945 à New-York. En 1951 elle prend la nationalité américaine. Elle représentera e 1993 les Etats Unis à la Biennale de Venise.
Les années cinquante est la seule période qui semble lumineuse. Ce qui est pourtant en opposition avec ses déclarations: << J’ai adopté cet endroit en plein air (la terrasse déjà mentionnée ) et j’ai recréé tous les gens que j’avais laissés en France. ils étaient massés les uns contre les autres; ils représentent tous les gens dont je n’aurais pas admis qu’ils me manquaient. Je ne l’aurais pas admis, mais le fait est qu’ils me manquaient terriblement.>>. Elle sculpte des totems dans du bois, du balsa, le bois des réservoirs d’eau de New-York, qu’elle peint ensuite, ou elle assemble des morceaux de bois  de récupération (du bois flotté?) pour en faire des “personnages longilignes”. Elle dispose ensuite ces “figures” en groupe. Le résultat est à la fois presque joyeux et rassurant. Ces ensembles totémiques présentent une parenté avec les totems de Chaissac .

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Suivent des séries de très belles petites sculptures en marbre ou en bois aux formes pures très inspirées de Brancusi  qui sont des variations presque abstraites sur le corps.

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Malgré ses thèmes récurrents Louise Bourgeois a su constamment leur donner des formes différentes en particulier par l’emploi de matériaux inattendus comme le latex ou la tapisserie, réminiscence évidente de l’enfance. Ainsi dans les travaux des années 60 pendant lesquelles elle élabore des nids, des tanières, des refuges dans les matériaux les plus divers ou beaucoup plus recemment ses têtes inquiétantes en tapisserie ou bandes velpeau.

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A ce stade de l’exposition on a vu un ensemble de pièces qui forme un parcours dans la sculpture moderne, du minimalisme au surréalisme. On y a reconnu les influences de Brancusi mais aussi celles de Picasso, de Bellmer  et d’Etienne Martin , les nids de Louise Bourgeois cousinent avec les demeures de ce dernier.
Mais la découverte de la salle 4 provoque un choc. Nous sommes projeté dans l’antre d’un serial killer, écorcheur, adepte du bondage. Ce n’est pas sans répulsion que je me suis campé devant la vitrine dans laquelle pendouillaient des formes phallique. J’ai été saisi d’un profond malaise devant ces substituts de sexe, pour moi menaçant. Cet ensemble a pour postérité aujourd’hui dans l’esprit et dans la forme les sculptures dégoulinantes d’Elsa Sahal ...

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Dans la même salle, plus aimables mais aussi complexes et à connotations tout autant sexuelle sont les “soft landscapes” composés de champignons, de rotondités, de bosses qui évoquent seins et sexes, tétons et glands. Ils sont réalisés en divers matériaux latex, albâtre, marbre... du plus mou au plus dur. Cette nature anthropomorphe est on ne peu plus érotique...

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L’araignée est une des figures récurrentes de l’expositions et donne les pièces les plus spectaculaires. Elle évoque la figure maternelle comme le déclare Louise Bourgeois: << Pourquoi l’araignée, parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, indispensable, qu’une araignée.>>.
Le sentiment de grande gène sera renforcé par les grandes poupées humaines recouvertes de tissus rose, certaines unijambistes ou dotés d’un appareillage orthopédique en souvenir d’une soeur estropiée. Deux séries à mettre sans conteste sous le parrainage de Bellmer.

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Dans les années soixante dix Louise Bourgeois est sous l’emprise du féminisme. Ce qui nous vaut une étonnante sculpture d’un homme en bronze doré se convulsant par là l’artiste voulait signifier que l’ hystérie n’était pas l’ apanage des seules femmes! Quant à moi cette figure lisse, pourvu d’un bon paquet, m’a immédiatement fait penser à un super héros de comics vaincu, même suspension dans les airs, la salle d’exposition devient case, même posture outrée que chérissent les dessinateurs de bandes dessinées.

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En 1973, son mari meurt, elle le vit comme une trahison de sa part qu’elle exprime par une installation que je trouve peu convaincante. Mais cette réaction est typique de son rapport avec le monde (ou avec les hommes?). Ce serait elle senti trahi quand son père aimait une autre femme que sa mère (ou elle?)? Elle a aussi cette impression de trahison lorsque elle constate que son fils communique peu avec elle, comme elle le déplore dans un de ces dessins. Au vu de son expression artistique on peut subodorer que cela ne devait pas aider le jeune homme à s’épancher dans son giron! Il est difficile de ne pas voir dans ces curieuses réactions un égocentrisme exacerbé.
On n’est pas au bout du malaise car avant de retrouver le ciel salvateur de Paris, Le musée à cet étage offre peut être la plus belle vue de Paris que l’on puisse voir, il faut traverser les installations, en 1950 elle a été une des premières artistes à en réaliser, les cellules comme les appelle Louise Bourgeois, sans doute pour mieux emprisonner ses propres démons. Elle y évoque son passé à l’aide d’objets hétéroclites qu’elle enferme tantôt par des jeux de vieux paravents, tantôt par des panneaux grillagés. On pense alors beaucoup aux dernières réalisations de Rauschenberg .

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Sans doute pour ne pas nous laisser partir sur une vision aussi sombre la dernière installation est plus ludique et plus claire, il s’agit d’une représentation d’un être à tous les âges de la vie, sous forme de poupées de chiffon placées devant un miroir déformant.

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Une exposition inconfortable mais inoubliable. 

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30 mars 2008

La tour saint Jacques restaurée

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Bruce Weber

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Raymond Leblanc

En revenant de l'exposition Julliard qui a su redonner vie à Blake et Mortimer, ouvrant mon "Monde" quotidien, j'apprends que Raymond Leblanc ne verra jamais plus de bulles. Tous les amoureux de la bande dessinée devraient porter le deuil. Cet homme a créé le journal Tintin, les éditions du Lombard... sans lui Tintin serait mort en 1945 et ni Blake et Mortimer, ni Alix, ni Corentin, ni Chlorophylle seraient nés et combien d'autres encore... Dans ma "campagne" d'outre Quiévrain, il y a bien longtemps j'ai croisé quelques fois ce monsieur toujours d'une extrême élégance, j'ai même eu l'honneur de lui serrer la main. Chez lui l'apparence toute britannique était en accord avec son être profond, un vrai gentleman. Quelques fois, entrant dans ma bibliothèque je pensais à lui, dorénavant je crois que j'y penserais plus souvent...

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29 mars 2008

Christopher

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28 mars 2008

Late Summer

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Late summer (La fin de l'été), par David Ottenhouse, avec: Augustus Kelly ,Charlie Day ,Lucas Hall est un grand petit film, réminiscence d'un homme qui se souvient du jeune garçon qu'il fut. Alors qu'il était affligé par la perte de son père, recueilli par son oncle pour la fin de l'été il s'amourache d'Hunki son cousin plus âgé hunky, qui l'initie aux plaisirs interdit du sexe et de la drogues. Il se souvient d'un bain, d'une fin de nuit avant que leurs vies changent pour toujours...

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Langue: anglais
durée: 23 Minutes 35



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David Ottenhouse est originaire de Houston, au Texas, où il a passé son adolescence. Il est entréa à la Rice University, où il a obtenu un BS en Electrophysique. Il a aussi un baccalauréat en littérature.

Il a eu le privilège de travailler comme assistant aux côtés du célèbre metteur en scène, Bob Wilson, à l'Opéra de Paris sur des productions comme "Madame Butterfly" et "La Flûte enchantée". Il a également travaillé avec Bob Wilson sur "Orlando", avec pour vedette Isabelle Hupert, au Théâtre de l'Odéon. Il a ensuite quitté la ville lumières pour la Cité des Anges et le programme d'études supérieures à l'UCLA Film Directing.

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Il a réalisé trois courts métrages. Parmi eux, Close To,projeté en première au Festival international du film de Toronto en 1997. Doing Time jetables un court métrage de 9 minutes qui est une exploration du désir et de l'intimité fond de sexe anonyme et de la menace de violence. Le film est sorti en salles aux Etats-Unis par dans le cadre de la compilation l'amour a réinventé. À l'UCLA, David a reçu le prestigieux Prix James Bridges pour Late summer.

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David est revenu à Paris pour une année au cours de laquelle il a étudié la théorie cinématographique.

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David actuellement produit et réalise des clips pour MCA Records.Il travaille conjointement sur une adaptation du roman de Joseph Hansen, Backtrack qu'il veut mettre en scène. Il développe également un long métrage, Samedi 2 heures du matin, avec le producteur Stephen Israël.
David vit heureux à West Hollywood avec son compagnon Andy Shipps, pour qui il a laissé les rues de Paris derrière lui.

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Color

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La paruton de “Color” va me permettre d’introduire dans mon blog l’objet manga et plus spécifiquement yaoi, qui curieusement, n’y avait pas encore pénétré.
Ce manga est une rareté sous notre latitude, un manga Yaoi. Pour le béotien qui se serait égaré dans ce lieu, je me sens dans l’obligation de définir ce qu’est un manga yaoi. C’est une bande dessinée venue du japon nous racontant une histoire dans laquelle des garçons se papouillent. Il peut prendre aussi la forme d’un dessin animé. Le yaoi est un sous genre du shôjo ces derniers sont les mangas destinés plus particulièrement aux adolescentes. Car, ce qui ne saute pas aux yeux en France, ces bandes dessinées ont pour première cible des jeunes filles et leurs auteurs sont presque toujours des femmes.
Avant toute chose évacuons la question du dessin et de la mise en page qui dans Color sont archétypaux du shôjo standard. Les personnages évoluent devant des décors souvent réduits aux seuls supports physiques des actants et aux objets indispensables aux péripéties du scénario. Les volumes et l’éclairage sont transcrits par des jeux parcimonieux de trames. La case et la page sont ainsi à dominante  plus blanche que noire.

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Comparé aux pages des bandes dessinées franco-belges les mangas comportes beaucoup moins de cases par page, pas seulement en raison de leur format, plus petit, mais aussi par le fait que l’alternance de grandes cases et de petits dessins dynamise le récit; la forme et la taille de la case sont partie intégrante du découpage de celui-ci.
Le prétexte pour la rencontre des deux héros est plaisant. Il sont tout deux collégiens, peintres à leurs heures perdues; lors d’une exposition de jeunes artistes, organisée par un jeune homme gay et aisé, propriétaire d’une galerie, ils montrent chacun une oeuvre qui porte le même titre, color; les toiles sont si semblables qu’on les accroche l’une près de l’autre; surpris par leur proximité artistique, après quelques péripéties convenues, les deux jeunes artistes se lient d’amitié.
L’auteur à la bonne idée de ne jamais nous montrer les fameuses oeuvres. Il y a de l’humour dans cette modeste mise en abyme, des tableaux dans un manga, qui plus est intitulé le volume “color” alors que le livre est dessiné entièrement en noir et blanc!

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Nos deux tendrons fileront le parfait amour durant toutes leurs années de lycée. Mais comme on le lit dans une des bulles << Le temps passe>> et  dans une autre << la réalité ne fait pas de cadeaux>>. Je ne m’avancerais pas plus loin dans le descriptif du récit pour ne pas déflorer l’intrigue sentimentale...
En ce qui me concerne un des grands intérêts du yaoi, et de bien des mangas en général, est la confrontation de son monde édulcoré, régit par des canons artistiques et économiques extrêmement contraignants pour les auteurs, et du message sociale que ces derniers essaient néanmoins de faire passer, comme en contrebande.
Le yaoi répond à de quasi invariants. “Color” en est un bon exemple.
Le premier est que, comme la grande majorité des mangas, il se déroule dans le milieu du collège et du lycée. J’avancerais l’explication de la fascination des japonais pour leurs années de formation en ce qu’elles sont celles où l’individu a le plus de liberté (très relative) dans la société japonaise, même s’il y a évolution mais “color” a été dessiné en 1999 par Eiki Eiki sur un scénario de Taishi Zaou.

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Tarzan par Hogarth                           Alex Raymond

Autre trait commun au genre, les protagonistes sont tous donc des adolescents ou/et de jeunes hommes; ce qui induit déjà une esthétique mais en plus ils ont toujours la même silhouette longiligne au corps maigre et mou à la fois, dont les muscles ne sont  que peu dessinés. Le héros type du yaoi est physiquement l’anti super héros américain. Apparemment les dessins d’Alex Raymond ou de Hogarth ne sont pas arrivés au Japon et les cours de dessin anatomique ne doivent pas être les plus suivis par les mangakas de shôjo!

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personnages de shônen
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Il n’en va pas de même pour les auteurs de Shônen (manga pensés pour un public de jeunes garçons, lu au Japon à partir du collège) qui eux on du voir trop souvent Rambo et Bruce Lee sur leur petit écran...  Seul les héros des seinens (mangas pour adultes) ont en général un dessin réaliste, mais pas toujours, voir les chef d’oeuvre de Tezuka.
Dans le yaoi les garçons possèdent des traits androgynes qu’ accentuent de curieuses coiffures, les cheveux longs et catogans sont fréquents. En outre, comme dans tout les mangas, les traits européens, ou supposés tels, y sont accentués, grands yeux, nez et mentons pointus...
Certaine conventions graphiques propre à cette littérature dessinée sont utiles à connaître pour bien pénétrer dans les histoires; comme celle de voir apparaître des fleurs dans les moments de tendresse entre deux personnages.

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Les “adultes” quand ils ne sont plus jeunes, donc plus désirables selon les canons du yaoi, n’interviennent dans le scénario (ils sont souvent absent du dessin) que comme “bifurcateur” de l’histoire, presque toujours comme obstacle à l’ idylle de deux tourtereaux comme c’est d’ailleurs le cas dans “color”.
On arrive ainsi à des scénarios qui reprennent toutes les ficelles et ressorts du mélodrame et du feuilleton du XIX ème siècle. Le manga doit beaucoup à la littérature française post romantique et à Dickens et ses épigones. Comme par exemple celle de faire d’un des deux garçons un rejeton d’une famille fortunée, alors que son amoureux est une pauvresse!
Le hasard est un des grands pourvoyeurs des scénarios; comme ici le fait que nos deux peintres en herbe se retrouvent miraculeusement dans le même lycée.
Venons en maintenant à l’aspect sexuel de la chose, “Color” est un yaoi tiède; on s’y encastre tardivement et dans l’ellipse, c’est le cas dans la majorité de la production (mais pas toujours il y en aussi de fort chauds)...

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Très souvent dans le yaoi on se tourne longuement autour avant de conclure physiquement, ce qui n’est pas une règle, dans certaines histoire un simple baiser suffit à la félicité des amoureux.  A noter qu’un yaoi qui se limite aux baisers (et encore) est appelé « shonen-aï » soit littéralement amour entre garçons, ce qu’est presque color, alors que le terme yaoi concerne généralement des mangas un peu plus chauds.
Le yaoi a la singularité de présenter un modèle inédit dans sa représentation sous nos cieux de la relation homosexuelle, celle que l’on peut qualifier d’amour courtois. 
Michel Foucault explique très clairement, dans les lignes suivantes pourquoi l’amour courtois en occident, et donc ses transcriptions artistiques, est uniquement hétérosexuelle: << Pour les Grecs, l’amour courtois entre hommes était plus important qu'entre hommes et femmes. Rappelez-vous Socrate et Alcibiade. Mais la culture occidentale chrétienne bannissant l'homosexualité,     celle-ci se concentre sur l'acte sexuel. Les homosexuels ne pouvaient pas élaborer un système d'amour courtois parce que l'expression culturelle d'une telle élaboration leur     était interdite. Le coup d'oeil dans la rue, la décision au quart de seconde, la vitesse à laquelle les relations homosexuelles sont consommées, tout cela est le produit d'une interdiction. Aussi, lorsque une culture et une littérature homosexuelles se sont développées, il était normal qu'elles se concentrent sur l'aspect le plus ardent des relations homosexuelles.>>.

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L’orient n’ayant pas connu la culpabilité judéo chrétienne à l’encontre de l’homosexualité s’y est développé, en marge certes , pensons aux communautés de samouraïs, une geste des amours gays pas seulement axée sur l’assouvissement sexuel.  Le Yaoi en est souvent une bonne illustration. En cela l’apport du yaoi n’est pas négligeable pour la construction d’un imaginaire gay moderne.

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“Color” représente bien (malheureusement) le niveau moyen des yaois, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de perles dans le genre, je devrais y revenir sans tarder, et que ce livre ne soit qu’  un “harlequin” au pays du soleil levant; sous cet indéniable aspect se cache un récit émouvant dont le sous texte dénonce la pesanteur de la société normative. Les coeurs d’ artichaut se poigneront et en seront tout ignés. 

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27 mars 2008

Damir Doma 2


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