24 mars 2008
Graffitis et pochoirs rue de Rivoli

Paris, rue de Rivoli, mars 2008.
Parsifal à l’Opéra de Paris

Dimanche dernier, à l’Opéra de Paris, devant la mise en scène inepte du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, je repensais aux récentes protestations du monde artistique craignant des diminutions des crédits. Mais comment ne pas comprendre des autorités politiques, voyant cette représentation, qui contrairement aux années passées n’iraient plus au spectacle, qui auraient la tentation de fermer le robinet des subventions devant ce n’importe quoi aussi laid qu’indigent culturellement; ce n’est pas la malhonnête et absurde caution de Rosselini ou de Kubrick représentés par la projection d’un court extrait de Berlin année 0 et de 2001 odyssée de l’espace qui change quelque chose.
Faire de Parsifal une sorte d’éboueur niais vêtu d’un bleu de travail, un hideux bonnet de laine enfoncé jusqu’aux oreilles ne rendre pas l’opèra populaire pour autant, surtout lorsqu’il faut débourser 120€ pour une place, qu’il faut acheter six mois à l’avance, de deuxième catégorie, par ailleurs excellente. Le summum du ridicule est atteint au deuxième acte lorsque les filles fleurs tentent de séduire Parsifal pour le détourner de sa quête. Le malheureux chanteur se retrouve en caleçon et marcel, le pantalon en bas des jambes, déshabillé par ces harpies; j’ai eu bien de la peine pour lui. Je signale aux amateurs les superbes poils sur le dos de Christopher Ventris! Le sadisme aigre de certains metteur en scène n’ont plus de bornes.
Qu’un polonais n’aime pas Wagner cela peut à la rigueur se comprendre si l’on considère le passif historique entre l’Allemagne et la Pologne et ces temps de grandes confusions intellectuelles et aussi peut-être en souvenir de la réplique de Woody Allen dans “Manhattan”: << A chaque fois que j’entend la musique de Wagner j’ai envie d’envahir la Pologne.>>. Mais l’ honnêteté aurait été de refuser l’offre de Mortier, qui vient de présenter sa dernière saison puisqu’il sera remplacé ensuite, et est toujours aussi ébloui par les notoriétés les plus suspectes.
Seule bonne intention à mettre au crédit de la mise en scène la au centre de celle-ci duw personnage de Kundry, certainement le plus riche de la geste wagnérienne, audacieuse synthèse entre la femme fatale, Marie-Madeleine et le juif errant malheureusement de nombreux contresens ruinent la complexité du rôle.
Autre bonne idée mais n’ayant aucun rapport avec la représentation, avoir choisi comme couverture du programme une belle photo de Duane Michale (encore merci à la vendeuse du dit programme qui me donna l’affiche qui n’était pas en vente).
Heureusement malgré leur tortionnaire les chanteurs ont merveilleusement fait leur métier même si Christopher Ventris en Parsifal a une silhouette tout de même trop éloigné de celle qui serait idéale pour le rôle. Une mention particulière pour Franz Josef Selig qui est un remarquable Gurnemanz.
L’orchestre de l’opéra de Paris sous la direction de Hartmut Haenchen a parfaitement maîtrisé cette difficile partition.
Le public de ce dimanche de Pâques ne s’est pas trompé réservant des applaudissements nourris aux interprètes et à l’orchestre et une bronca a accueilli Krzysztof Warlikowski assumant avec courage ou inconscience sa mise en scène, à moins qu’au sadisme il ajoute le masochisme à sa tortueuse personnalité.
Un spectacle à voir les yeux fermés, au sens propre, et les oreilles grandes ouvertes.

