18 mars 2008
Zéro patience
Réalisation : John Greyson. Scénario : John Greyson. Images: Miroslaw Barszak. Montage : Miume Jan. Musique : Glenn
Schellenberg. Chorégraphie : Susan Mc Kenzie.
Canada, 1993, Durée : 100 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec: John Robinson, Normand Fauteux, Diane Heatherington, Richardo Keens-Douglas, Bernard Behrens, Charlotte Boisjoli et Brenda
Kamino.
Résumé :
Richard
Burton (john Robinson), personnage historique explorateur et sexologue
de l’époque victorienne, le même que dans le film crypto gay Aux
sources du Nil de Bob Rafelson, organise une exposition sur les
grandes épidémies à travers les âges. S’il officie aujourd'hui encore
au muséum d'Histoire naturelle de Toronto car c’est tombé dans une
source qui donne l’immortalité! Il révèle l’existence d’un patient
zéro, un steward canadien, premier porteur du virus du sida en Amérique
du Nord qui sera la pièce maîtresse de son exposition. Sa brillante
démonstration n’est qu’un pamphlet stéréotypé décrivant les homosexuels
comme des êtres irresponsables et dangereux. Mais l’esprit du -patient
zéro (Normand Fauteux) est de retour sur terre afin de se venger
d’avoir été aussi lâchement accusé. Mais bientôt Burton tombe amoureux
du sexy fantôme et ils engagent un combat pour tenter de réhabiliter le
-patient zéro-. Leur quête va être parsemée de rencontres
extraordinaires, comme le singe vert d'Afrique, le comité d'Act Up,
Miss VIH et bien d'autres personnages fantasques, merveilleux mais
aussi tellement humains…

L’avis de Bernard Alapetite
Le vrais coup de
génie de Greyson est d’avoir utilisé pour traiter un thème tragique la
mort annoncée par le sida et l’incurie des pouvoirs publics le genre
cinématographique le plus léger qui soit: la comédie musicale. Il s’en
explique: <<Le film a commencé dans ma tête dès 1987, un ami me
montra la couverture de -California Magazine- qui titrait
<<L’homme qui apporta le virus en Amérique du Nord>>.
L’histoire contait qu’un steward franco-canadien homosexuel était
responsable du premier cas de sida sur le continent à la fin des années
70. Mais d’autres sources affirmaient que des cas de sida avaient été
remarqués dès la fin des années 60. Zéro patience est né de ces
contradictions. Il était important que Zéro patience soit une comédie
musicale car cela offre une panoplie de possibilités, de contenus et de
formes et peut atteindre ainsi le plus large public.>>
Mais on aurait aimé
que John Greyson ait autant d’audaces dans sa réalisation que dans
l’écriture de son scénario.Et de l’audace il en a eu pour en 1993
écrire ce scénario sur le sida. Un courage que l’on peut mettre en
parallèle avec celui qu’eut Ernst Lubitsch lorsqu’en qu’en en 1942 il
tourna To be or not to be sur la persécution des juifs par les nazis.
Si, comme dans le chef d’oeuvre de Lubitsch il mêle très habilement
humour et dénonciation politique il est par trop timoré dans la mise en
images de ses idées. En contrebande le cinéaste dénonce en vrac
l’inconscience des milieux gays lors de l’émergence de la maladie,
l’égoisme et la lâcheté individuelle de ce petit monde, la rapacité des
laboratoires pharmaceutiques, l’hypocrisie des hétéros, l’incapacité
des médecins et bien d’autres choses encore et tout cela en faisant
rire.

John Greyson réussi
a marier intimement le militantisme et l’imaginaire. Le vrais sujet de
son film est la manipulation voici ce qu’il en dit: “L’hypothèse du
patient zéro a été tellement montée en épingle par les médias
qu’aujourd’hui on la considère comme une évidence. J’ai donc décidé de
faire un film sur la "politique des faits douteux"”. Glen Schelling, le
compositeur, renchérit : "La question essentielle dans le film est de
savoir quel point de vue idéologique se cache derrière de telles
hypothèses ? Pourquoi notre culture s’applique-t-elle systématiquement
à trouver des origines et des responsables pour tout ? Dans la chanson
"Positive", Georges chante "Je sais, je sais, je sais que je ne sais
pas". Et son incertitude s’oppose à "la culture des certitudes" de
Burton. Ceci est la principale dialectique du film. (…)Nous ne
prétendons pas donner des solutions mais mettre en scène les luttes et
les dilemmes autant personnels que politiques." A la lecture de ces
déclarations qui ne sont certes pas mensongères au vu de l’oeuvre on
pourrait croire à un film à thèses alors que c’est aussi et surtout un
film loufoque et iconoclaste dont le morceau de bravoure est un duo
chanté entre deux…anus. Mais pourquoi Greyson nous inflige-t-il alors
de très vilaines prothèses alors qu’il y a de bien beaux culs
canadiens!
On cherche encore la raison, lors de son assez timide
exploitation en salle en France en 1995 de l’interdiction aux moins de
12 ans du film car il y a bien peu de corps dénudés et de sexe
explicite dans ce film et bien sûr aucune nudité frontales. L’un des
principaux défauts du film est paradoxalement un certain puritanisme
l’autre est la pauvreté des chorégraphies qui n’exploitent pas à fond
les savoureuses situations de départ comme un trio chantant dans un
sauna mais il faut dire que le film a été réalisé avec peu de moyen.
Si
les yeux n’en ont pas toujours pour leur compte, les oreilles seront
ravis par la jouissive B.O. La grande originalité du film est que c’est
par les chanson, très mélodieuses, que passe le message politique et
philosophique du film don’t l’essence est que chacun a la possibilité
d’agir sur les choses pour infléchir le cours de sa vie. Ce dynamisme
positif fait du bien surtout sur un tel sujet. Il est toutefois dommage
que le cinéaste n’aille pas au bout des pistes qu’il ouvre comme celle
du prologue du film où nous découvrons une salle de classe dans
laquelle un garçon d’une dizaine d’années ânonne l’histoire de
Shéhérazade. A partir de ce lieu d’évasion qu’est une salle de classe
Greyson invente une histoire parallèle à celle des mille et une nuits
encore plus extravagante que son modèle une histoire pour vaincre à sa
manière la pire des morts annoncée, n’oublions pas que nous sommes en
1993, celle causée par le sida.

John Greyson qui
est né en 1960 à Toronto a été tout aussi délirant dans Lily et Urinal
mais dans un registre plus noir.Depuis 1984 il a réalisé une quinzaine
de films le dernier Proteus date de 2003. Il a également tourné deux
épisodes de la série Queer as folk, version américaine.
Zero patience est
édité en DVD par Optimale en VO sous-titré en anglais malheureusement
aucun bonus pas même la bande annonce et la compression n’est pas
excellente surtout au début.
Commentaires
Fauché, mais enlevé
Pour ce genre de projet qui sort largement des sentiers battus, le manque de moyens, criant à l'écran, ne me gêne pas le moins du monde.
Et puis, ce film dégage une énergie et une joie de vivre que bien d'autres films consacrés à des thèmes plus légers lui enverraient.
Quand j'ai fini par trouver la BO sur CD, je me repassais en boucle le "Six or Seven Things", cette superbe déclaration d'amour.
Je me suis toujours étonné que ce film soit sorti sur les écrans français.
Puritanisme avec les serviettes de la chanson de la douche: un peu ridicule. Me rappelle plus très bien du film mais il marque toujours un peu. Le côté léger (musical) n'est pas forcément le meilleur.
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