17 mars 2008
L'enfer d'Ethan
Fiche technique :
Réalisation
: Quentin Lee. Scénario : Quentin Lee. Images : James Yuan. Montage :
Christine Kim. Musique originale : Steven Pramoto.
Canada, 2004, Durée : 88 mn. Disponible en VO et VOST.
Avec: Jun Hee Lee, Raymond Ma, Julia Nickson-Soul, Kevin Kleinberg et Jerry Hernandez.
Résumé :
Ethan (jun Hee Lee), un jeune étudiant américain d’origine chinoise, aide son père (Raymond Ma), prospère commerçant, à sa boutique. Un soir, ils sont braqués par un jeune homme que le père tut de sang froid. Après cette scène fondatrice du film, on apprend que le garçon et son frère vivent mal le remariage, après le décès de leur mère, du père avec une femme ayant elle-même un fils de leur âge. Ethan est gay, en cachette des siens, ce que découvre sa belle-mère (Julia Nickson-Soul) sous la forme d’une revue porno gay. Elle s’empresse, perfide de la montrer au père qui chasse immédiatement son fils de la maison. Le garçon n’a alors guère d’autres solutions que de se prostituer pour subsister. Dès son arrivée sur le trottoir un mignon dealer de son âge Remigio tombe amoureux de lui. Il offre à Ethan, en tout bien tout honneur, de partager son modeste logis. Malgré leur intimité, Ethan trop blessé par la vie, reste replié sur lui même. Un jour, Ethan apprend par son frère que la famille sera absente de la maison familiale pour Thanksgiving. Par vengeance, accompagné de Remigio, il décide de la cambrioler. Mais ses habitants rentreront plus tôt que prévu...
L’avis de Bernard Alapetite
A la lecture du résumé, vous aurez compris que l’originalité n’est pas l’atout majeur des prémices du scénario de L’enfer d’Ethan. En revanche Quentin Lee propose un film très juste ou chaque phrase du dialogue sonne vrais. Il réussit chose très difficile et rare, surtout dans le cinéma gay, le mélange des genres que sont le drame familiale, la romance gay et le film de suspense.
L’enfer d’Ethan contient habilement une histoire dans l’ histoire. Celle de la façon dont un père chinois traditionnel rejette son fils gay. Quand le film commence, Ethan Mao, 18 ans est conscients du fait qu'il est homosexuel, mais son père, tenant d’une education stricte l’ignore. Sarah, Sa belle-mère narcissique s'intéresse peu à Ethan et à son frère leur préférant Josh (Kevin Kleinberg) son fils qu’elle a eu d’un premier lit. Lorsque Sarah découvre un magazine porno gay dans la chambre d’Ethan et le donne à son mari, elle prévoit et espère qu'il la débarrassera de son beau-fils, qu'elle déteste. Ce qui ne manque pas d’arriver. Tout cela est rapidement mené sans pathos ni lourdeur. Ce conflit prestement exposé introduit ce qui est le cœur du film, la confrontation entre Ethan, accompagné de Remigio, et sa famille, dans un huis-clos toujours dynamisé par de longs plans séquences qui suivent les protagonistes dans les différentes pièce de la villa, rompant ainsi la monotonie qui aurait pu gagner le film, tout en conservant un suspense tendu jusqu’au coup de théâtre final qui propose une fin ouverte avec une alternative surprenante. A la toute dernière minute Quentin Lee nous rappelle qu’il est friand de contraintes scénaristiques.
Par ce scénario linéaire Quentin lee prend le contre-pied de Drift son premier long métrage à la construction très formelle qui malheureusement péchait, à la fois par le jeu approximatif de ses acteurs, et par son filmage médiocre. Ici la fluidité de la caméra, presque toujours portée, un peu trop souvent tout de même, fait merveille, aussi bien dans les scènes d’extérieur tournées en vidéo, à ce propos Quentin Lee aurait du “aérer” plus son film, que dans les longs plans séquences à l’ intérieur de la maison qui sont, eux filmés en 35mn. On est toujours heureux de constater les progrès d’un cinéastes qui a corrigé les défauts de son précédent film sans perdre son goût pour l’expèrimentation.
On a d’ emblée de la sympathie pour Ethan et Remigio grâce aux deux jeunes acteurs, très convaincants. Raymond Ma un vétéran des séries télévisées (Old school, Starsky et Hutch) apporte une véritable épaisseur au rôle du père d'Ethan.
Le titre français n’est guère heureux l’original Ethan Mao, le nom et prénom du héros, convenait parfaitement à la simplicité du film. La clarté dans son architecture sert le réalisateur qui peut y instiller des thèmes annexes, comme les conflits dans les familles d’émigrés, entre les jeunes ,influencés par la culture occidentale, et les pères restés proches de leur morale traditionnelle, ou le problème des mariages dans lesquels un homme mûr croit acheter l’amour de sa jeune femme en lui procurant l’aisance matérielle, ou bien encore la discrimination raciale que subit une famille d’émigrés installée dans un quartier habité par la classe moyenne... tout cela sans perdre jamais le fil de son histoire.
L’enfer d’Ethan a reçu un accueil enthousiaste dans les festivals gays à travers le monde où il a été souvent primé. En revanche la critique américaine a été beaucoup plus réservé, lui reprochant principalement que les deux tiers du film ressemblerait à du théâtre filmé. Une telle allégation montre encore une fois la méconnaissance de la pratique cinématographique de la part de la critique la bas comme ici. Outre que Quentin Lee déplaçant continuellement les personnages dans la maison où ils sont séquestrés et les isolant souvent par couple, varie les décors et les situations, ce qui serait très difficile au théâtre. Mais la quasi impossibilité d’adapter le scénario au théâtre viendrait surtout de la jeunesse des rôles principaux. S’ il est possible de faire jouer au cinéma de jeunes acteurs inexpérimentés, ils le sont, le plus souvent, par définition même, comme dans ce film qui pourtant bénéficie d’un filmage inventif mais contraignant pour eux, composé en majorité de plans séquences, dont on peut toujours multiplier les prises, il serait tout à fait impossible de leur faire jouer sur scènes autant de situations et apprendre autant de texte. Une pièce n’est pas autre chose qu’un plan séquence d’une heure trente. On comprends bien qu’un tel exploit est hors de portée pour la presque totalités des jeunes acteurs. En plus n’oublions pas l’énorme contrainte de l’aspect physique, dans ce cas, mignon et asiatique, qui pèse sur le casting.
Les éditeurs de dvd comme les attachés de presse devrait s’apercevoir que c’est parfois un bien mauvais service à rendre au cinéaste que de publier sa note d’intention, quelque soit par ailleurs la qualité de son film. Quand Quentin Lee déclare << Quand j’étudiais la littérature, les personnages de Thomas Hardy m’ont beaucoup inspiré comme TESS D’UBERVILLE ou JUDE L’OBSCUR. L’étude emphatique de ces personnages sans illusions et défavorisés a laisse en moi un souvenir indélébile. J’étais particulièrement fasciné par l’ironique innocence de Tess violée à la trentième page mais qui ensuite poursuit sa vie avec la candeur d’une vierge effarouchée! L’ENFER D’ETHAN est un hommage à Tess avec des clins d’œil à BONNIE & CLIDE et ROMÉO & JULIETTE. >>. On a beau chercher, ces influences ne sont guère perceptibles dans son oeuvre. Et quand il nous dit que son style est un métissage entre celui de Truffaut, Wong Kar Wai, De Palma et Ozu. On a surtout envie de rétorquer qu’un peu de modestie est souhaitable et aussi talentueux et ambitieux soit-il, on doute qu’il parvienne jamais à réaliser cette improbable synthèse que je visualise assez mal...
Quentin Lee a lâché la caméra temporairement, pour écrire son premier roman, Dress like a boy, vraisemblablement passablement autobiographique qui met en scène un jeune gay perturbé autant par son identité asiatique dans un monde occidentale que par son homosexualité.
Ethan Mao est un film gay paradoxalement originale malgré un point de départ convenu qui sait mêler habilement plusieurs genres cinématographiques. Il est servi par deux acteurs aussi adorables que sympathiques. Il faudrait avoir un cœur de pierre pour n’être pas touché par son dénouement.
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=326328&pid=8352669
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
