Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

13 mars 2008

Dans le journal d'Ernst Junger 2

Ce que nous considérons comme déviation peut être à l'origine d'une vision du monde plus profonde, et ceci, justement, parce que le regard n'est pas asujetti à la contrainte impérieuse, au voile de l'espèce. C'est une chose qui frappe, généralement, chez les homosexuels dont le jugement s'exerce dans le domaine intellectuel. C'est pourquoi leur commerce est toujours profitable à l'intellectuel, même sans mentionner l'aspect divertissant de leur fréquentation.

Ernst Junger, 17 avril 1943

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Vitrines de Saint-Germain des prés, un après-midi de fin d'hiver

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Saint-Germain des prés, Paris, mars 2008.

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Gregory Markopoulos

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Gregory Markopoulos, aujourd’hui presque oublié et totalement inconnu du grand public, est pourtant un homme qui en une trentaine de films pour la plupart des courts métrages, a eu une influence considérable sur l’art contemporain.
Il est né le 12 mars 1928 à Toledo dans l'Ohio de parents immigrés grecs. Markopoulos  fait son premier film (une version de A Christmas Carol) en 1940 avec une caméra 8 millimètres empruntée. Ses sujets sont des variations sur des oeuvres littéraires classiques et romantiques, les romans de Dickens, Bronte, et Hemingway.  Il est allé à l'école de cinéma d'USC vers la fin des années 40. Il est très vite devenu  un membre notable du nouveau cinéma  américain, un contribuant a apporter un nouvel imaginaire à cet art. Il a fait du prosélytisme pour le cinéma underground en devenant professeur à l'institut d'art de Chicago. Il est un des premiers avec Stan Brakhage a doter le New American Cinema (Jerome Hill, Jonas Mekas fr.wikipedia.org/wiki/Jonas_Mekas, Stan Brakhage, Andy Warhol,  Peter Rubin, Mark Rappaport, Stephen Dowskin, Kenneth Anger...) d’une écriture propre. Dans la grande tradition du cinéma expérimental Markopoulos écrit ses scénarios filme et monte lui même ses oeuvres.  La contributions de Markopoulos pour filmer autrement  commence par ses premiers travaux des années 40. Au moment où il quitte l’ University of Southern California en 1947, il termine sa trilogie de "Du sang, de la volupte, et de la mort" (comprenant Psyché, Lysis et Charmide), de 70 minutes, basé en partie sur un roman de Pierre Louys dont la  sensuelle évocation de l'érotisme antique, est parfaitement en phase avec l’imaginaire du cinéaste, dans laquelle apparaît déjà l’Homosexuelité et le lesbianisme. La trilogie est influencé par Cocteau, Bunuel et Josef von Sternberg. Dés cette œuvre, pour le critique d’art Kristin M. Jones, dans sa conférence au Whitney , il s’mpose comme << ...l'un des plus grands coloristes du cinéma, au début de sa carrière Markopoulos atteint une palette digne de Delacroix ou de Redon.>>.
“Psyché” a été filmé à dans et autour de Los Angeles notamment sur les collines d’ Hollywood avec des acteurs amateurs choisis en fonction de leur apparence et de leur naturel.


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Psyche

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Psyche

Les début du cinéaste ainsi que les films de ses camarades du New American Cinema sont visible sur le dvd américain “Avant-Garde 2: Experimental Cinema 1928-1954”.

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Il développera ses trouvailles formelles dans les décennies suivantes, pour aboutir à ENIAIOS, sur lequel il a travaillé pendant les dernières années de sa vie. Le cinéaste utilise un curieux procédé dit “stroboscopique” dans lequel l'écran s'assombrit brièvement entre les image, donnant un effet de collage ce qui crée une sorte d'état de transe d’étourdissement pour le spectateur. Il utilise également les superpositions et les doubles expositions.  Tous  ces processus parfois sophistiqués de ses tournages, toujours pauvres, sont tous orientés vers la représentation d’émotions complexes. Ces innovations préfigurent beaucoup de pratiques contemporaines dans les arts. Son influence est comparable à celle d'un Warhol en tant que réalisateur de film.
En 1949, il réalise son premier film en 35 millimètre est The Dead Ones. Une déambulations de 28 mn dans Los Angeles où un artiste part à la poursuite d'une image insaisissable, sorte de quête homosexuelle d'un homme à la recherche de son double. Le film est dédié à Jean Cocteau..
On peut interpréter Swain (1950), inspiré du “Fanshawe de Nathaniel Hawthorne's Fanshawe, comme le récit onirique d'un jeune homme qui ritualise son rejet de l'hétérosexualité. Le héros est poursuivi par une mystérieuse femme en blanc  à travers un paysage de ruines.
Dans sa trilogie, un bélier devient un symbole phallique, lorsque le film a été montré à une classe à l'Université de New York en 1951, il a été férocement attaqué par Henry Hart, puis par l'extrême-droite.
Le premier film de Markopoulos de la décennie suivante est  Sérénité, un drame sur la Guerre gréco-turque de 1921-22, tourné en Grèce et sorti en 1962. Il est suivie par deux fois un homme, une recréation du mythe grec d'Hippolyte, Phèdre, et Asclepius traitant ouvertement pour la première fois chez Markopoulos de l'homosexualité masculine.
L’opus suivant, “Galaxie”, tourné en 16 millimètre se compose de 30 fois trois minutes, sorte de clips muet, dans lesquels apparaissent les amis du cinéaste de ses amis dont beaucoup de célébrités comme Parker Tyler, Jonas Mekas, WH Auden, Jasper Johns, Allen Ginsberg, Shirley Clarke, Maurice Sendak, Susan Sontag, et Gian Carlo Menotti, entre autres.

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Jasper Johns dans Galaxie

En 1968 il termine, Eros, O Basileus qui a été tourné sur trois ans. Il est composé de neuf séquences impliquant un jeune homme, représentant Eros.

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Twice a man


13329w_gmilliacpassionrb3bTwice a man et La passion d’Illiac sont des célébrations du corps masculin et de l'imagerie homosexuelle incorporé à des récits mythologique. Twice a man revisite le mythe de Phèdre et d’ Hippolyte dans lequel un chaste jeune homme rejette les avances incestueuses de sa mère, Phedre, et est sauvé de la mort par un médecin. Twice a man, où le beau Markopoulos apparaît au coté d’Olympia Dukakis, a été filmé par Markopoulos dans et autour de New York . Dans ce film Markopoulos a choisi d’en briser le dialogue, qui n'est parlé que par Phèdre, en fragments rythmiques syllabique; en outre il le juxtapose avec de la musique, d'autres sons, et ldu silence . Proposant de nombreuses couches de la conscience, Twice a Man réinvente une cinématographie littéraire. Lorsque le protagoniste, Paul, entre dans la maison de sa mère, d’un le bleu-vert et étincelant, par la fenêtres, il ressemble à l'un des personnages de Cocteau en passant par le miroir symbolique de la rencontre de la mort.
 
illiacThumbnail“La Passion d’Illiac” (1964-67), d’une durée de 92 minute, ce qui est exceptionnel chez ce réalisateur, est certainement son film le plus connu. C’est une variation sur le Prométhée enchaîné d'Eschyle que Markopoulos transpose dans l’univers de la culture américaine d'après-guerre. Des figures de l'avant-garde New Yorkaise interprètent dans le film  des personnage de la mythologie grecque, Gérard Malanga est Ganymède, Jack Smith Orphée, le couturier Mead le démon et Andy Warhol est Poseidon qui pédale sur un vélo d'appartement au-dessus d'une mer figurée par une grande bâche de plastique, un peu comme dans “Nave va” de Fellini.  “La Passion Illiac” est frappante par ses répétitions hypnotiques d’images, notamment dans une séquence où un homme tente plusieurs reprises de s’enfuir du cadre mais est incapable de se déplacer, peut-être piégé par le deus machina qui est le puissant metteur-en-scène. Le cinéaste isole aussi des parties du corps masculin nu, fragmente ainsi la perception du spectateur, puis il fait clignoter ses images de l'homme dans toute la la splendeur de sa nudité. Le film est sonorisé par des extraits de la traduction de Thoreau du Prométhée enchaîné d'Eschyle  lu par le cinéaste qui répète certains passage en une psalmodie hypnotique et  par des bribe d’ un morceau de Bartok.

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Markopoulos était un familier de la Factory de Warhol comme le raconte John Mekas à propos du tournage de son film Award Presentation of Andy Warhol : << Gregory Markopoulos était là et c'est lui qui faisait tourner la Bolex quand ce n'était pas moi. Gregory est dans le film aussi puisque la caméra était motorisée... >>.
Son film suivant “Himself as Herself”, d’une durée de 55 minutes est dédié à Emlen Pope Etting. Il s’inspire du “Seraphita” de Balzac, un roman sur un hermaphrodite qui se métamorphose en ange. On y entend un extrait du “Gloria” de Poulenc.

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Himself

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Himself

Son dernier film tourné en Amérique est “Ming Green” (1966). Ce bref film, un est éloge  à son appartement new-yorkais (le titre fait référence à la couleur des murs), éblouit le spectateur par son utilisation du “stroboscope-éditer” et par de nombreuses superpositions d’images.

markopouloslg Le montage est prépondérant dans sa démarche. Dans son essai de 1963, «Towards a New Film Narrative Form», il écrit: << Je propose une nouvelle forme narrative par le biais de la fusion du système de montage classique avec un système plus abstrait ...>> ou encore, << Pour le cinéaste à renoncer au montage est une énorme erreur comment peut on renoncer à ses rouleaux de pellicule qui pendent où son affichés sous forme d'images fixes, le  mouvement. On s’imprégne ainsi du film. C'est peut-être une erreur de continuer à croire que le film est toujours des images en mouvement.  Le montage est une réflexion qui découle de l'art de signification profonde des images. Malheureusement dans le cinéma d'aujourd'hui le montage est moins important et considéré qu'il ne l'était il y a cinquante ans. La raison en est, toujours la même: le commerce.

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En 1967,avec son ami Robert Beavers, cinéaste également,  il quitte les Etats-Unis pour venir habiter en Europe. Il habitera Jusqu'en 1981, à St. Moritz en Suisse où il a réalisé entre autres Sorrow (Tristesse) qui est un portrait lyrique de 6 minutes de l’ intérieur de la maison suisse de Wagner construite par le roi Louis II, film que l’on peut voir sur ce site.  Une fois arrivé dans cet exil discret Markopoulos retire ses films de la circulation, refuse toutes les interviews, et insiste pour que le chapitre à son sujet soit retirer de la 2ème édition du livre de P. Adams Sitney qui fait autorité sur  le cinéma américain d'Avant-Garde. Une grande partie du travail de Markopoulos est un autoportrait fantasmé faisant la part belle à son l’homosexualité. Les critiques des conservateurs américains sur la teneur homosexuelle de ses films pourrait être une des raisons de son exil. Auxquelles s’ajoute le mercantilisme grandissant qu’il percevait dans le cinéma expérimental américain et surtout sa farouche opposition à la guerre du Viet-Nam.

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Ses films sont perçus alors comme aussi audacieux et scandaleux que ceux de Jonas Mekas ou d’ Adolfas. Ses thématiques sont proches de celles de Bidgood (Pink Narcissus) et de Kenneth Anger (Scorpio Rising) ou encore de Théo Hernandez, mais son esthétique est très différente du premier et est encore plus radicale que celle du second. Contrairement à Kenneth Anger ou à Jack Smith, par exemple, n'a pas invoqué Markopoulos ne s’est pas référé à la culture populaire.
Si Markopoulos a influencé indirectement de nombreux artistes il a aussi été le mentor d’un autre grand cinéaste expérimental, Sonbert  qui se lia d'amitié avec lui  dès son adolescence. Sombert déclara : << J'ai été le protégé (de Markopoulos) pendant un temps et il m'a fait découvrir tout un monde de films >>. Twice a Man utilise le procédé de répétition du photogramme comme expression de la subjectivité du cinéaste. Sonbert adopta et modifia ce procédé, utilisant plutôt le plan que le photogramme comme unité de base. Des films tels que "Rude Awakening" recourent à l'accumulation d'images hétérogènes, dont certaines sont répétées.   
En Europe il continue en Europe à faire des films, mais surtout Markopoulos a conçoit le Temenos ( le nom fait référence à   un bosquet sacré de la mythologie grecque), qui voudrait être une présentation permanentes, en Grèce, de ses archives de ses oeuvres et celles de Beavers. Il prévoyait cet endroit comme un lieu de pèlerinage et de recueillement. Après la mort de Markopoulos, Beavers a continué  le projet. Le Temenos a commencé, dans les années 1980, comme une série annuelle de projections en plein air, qui ont eu lieu près d'un petit village du Péloponnèse. Depuis, Beavers a supervisé la préservation de l'ensemble des films de Markopoulos et travaillé au monumentale Eniaios, qui doit fondre en 80 heures de projection toute l’oeuvre de l’artiste.

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le Temeros en 1980

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Markopoulos et Beavers au Temeros en 1988

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Le temeros en 2004

Markopoulos est mort en Allemagne en 1992 après une longue maladie. C'est seulement après sa mort et surtout récemment que grâce à Robert Beavers, gardien vigilant de l’oeuvre de son ami, que les film de Markopoulos ont réapparu.  On a pu en voir certains dans plusieurs festivals comme en 1997 au festival de cinéma de New York, en 1999 au Festival International  de cinéma de  Rotterdam ou la même année à celui d’ Istanbul 1999 ou encore à La Rochelle. Mais c’est surtout dans les auditorium des musées que l’on peut découvrir l’oeuvre du cinéaste comme au Louvre en 1998, 2000, à la Tate Modern, récemment au centre Pompidou (où je les ai découverts), beaucoup des films du cinéaste appartiennent à la collection du musée. Mais c’est surtout le Whitney  museum de New York qui a fait redécouvrir le cinéaste projetant ses films en 1996, 1999, 2000. Dans ce musée une exposition- rétrospective du réalisateur fut organisée en 1996. Le Whitney museum montre là encore qu’il est un des musées au monde, les plus inventifs pour sa programmation.
On peut s’etonner  qu'un cinéaste qui fut salué comme "l'avant-garde américaine du cinéma comme le suprême poète érotique ait disparu presque entièrement du paysage culturel! Il faut dire que Gregory Markopoulos est complice de sa propre disparition de l'histoire de l'art moderne et du cinéma, ne serait-ce que pour cette mystification, il appartient à part entière à l'avant-garde.



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