Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

08 février 2008

Skins, première saison

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Comment expliquer la relative clandestinité dans notre triste contrée de la série la plus inventive, la plus excitante du moment je veux parler de “Skins”, petit bijou britannique qui a été diffusé sur canal + le jeudi soir à 22h 15mn en première diffusion, de décembre 2007 à février 2008. Il est grandement conseillé de voir la série en V.O.

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Si l'histoire est classique, nous suivons une bande de lycéens âgés de 16, 17 ans, de tous les sexes et de toutes les couleurs habitant Bristol, Angleterre. On voit malheureusement peu la ville, un peu plus néanmoins dans les dernier épisodes. Bristol était considéré comme la plus belle ville d’Angleterre avant les bombardements de la dernière guerre qui l’ endommagèrent sérieusement. Le groupe se confronte au monde des adultes. L’ambition est de filmer l'adolescence telle qu'elle est, en 9 épisodes de 50mn. Les thèmes abordés, la religion, la drogue, le sexe, l'anorexie, mais aussi l'amour ou encore le racisme et le regard porté sur la communauté musulmane dans une Angleterre en proie au terrorisme n’ont jamais été traités aussi frontalement ni avec une telle invention dans le filmage. On se régale des angles de prise de vues trouvés par le chef-op. Le jeu des acteurs est irréprochable ce qui ne devrait étonner personne puisque nous sommes dans un film anglais!

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Les teen-agers de Skins sont  issus de la classe moyenne. Ils  vont vaguement en cours la journée mais pas toujours (Les scènes de lycée ont été filmées dans l'école John Cabot Academy à Bristol), prennent des drogues de synthèse et recherchent pour certains le sexe, pour d'autres l'amour...
Chaque épisode est centré sur un des membres de la bande et est presque autonome par rapport au reste de la série. Ce qui permet de voir chacun en dehors des autres même si, il est tout de même préférable de tout voir dans la continuité. Cette construction a aussi l’avantage de rattraper une des rares faiblesses de la série qui est de ne pas parvenir à faire vraiment exister tous les membres du groupe dans chaque segment.
Skin   commence très fort par le portrait du leader du groupe, Tony (Nicholas Hoult) conscient d’être le beau gosse de la bande, il est aussi quelque peu manipulateur, cynique et imbu de lui-même. Il trompe allègrement sa copine, est très intelligent et bon élève sans effort, en définitive  une parfaite tête à claque (bandante) qui les fascine tous. Le deuxième volet s’interresse à  Cassie (Hannah Murray), l’anorexique du groupe, l’actrice souffrirait réellement de cette maladie. Cassie vit dans un monde à part et est vraiment attachante. Elle est secrètement amoureuse de Sid dont l’ obsession est de perdre sa virginité mais il se consume d’amour pour  Michelle (April Pearson)  la petite amie de Tony...

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Le troisième épisode explore la vie de Jal (Larissa Wilson) la fille sage et réfléchie du groupe par ailleurs virtuose de la clarinette. Elle fait beaucoup penser à Lisa des Simpson. Le problème de Jal, c'est son père, musicien réputé mais totalement largué lorsqu'il s'agit de sa fille.  Jusqu’à maintenant elle demeure le seule personnage positif de la série. Et puis il y a Max (Mitch Hewer) , il fait des claquettes et il est gay. Il craque un peu pour Anwar (Dev Patel) Quant à ce dernier il est musulman (pas vraiment un fondamentalisme) et d’origine pakistanaise. Il est surtout passablement ahuri. On peut avoir des doutes sur sa sexualité. Tout en rêvant de seins, il n'accepte peut être pas sont homosexualité à cause de sa religion (mais peut-être que je fabule)...

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L’ épisode suivant est l’un des plus trash et le plus dramatique de la première saison. Il est centré sur Chris (Joseph Dempsie) qui est accro aux pilules diverses et variées. Il s’est amouraché de sa prof de psycho. Il  se réveille un lendemain de fête avec une gueule de bois et une érection anesque (c’est un accroc du viagra). Rien d'exceptionnel pour autant, jusqu'à ce qu'il découvre 1 000 livres en cash et un mot de sa mère disant qu'elle est partie de la maison pour quelques jours. Il décide se croyant riche d’organiser une fête sans fin mais l’argent est vite épuisé . Après des péripéties cocasses le garçon se retrouve tragiquement seul et nu au sens propre (sa plastique est une belle révélation). Il ne lui reste plus à espérer que la vie finira bien par avoir un sens. Chris dont on découvre le triste passé, doit aussi envisager que sa mère ne reviendra peut-être jamais à la maison.

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Sid (Mike Bailey) est au centre du cinquième chapitre. C’est  le looser type. Il échoue dans tout ce qu'il fait. Il est plus que jamais frustré sexuellement, et toujours obsédé par Michelle. Sid n’arrive pas à passer à autre chose. Il ne voit pas que Cassie se meurt d’amour pour lui. Et l’on attend qu’il prenne conscience que Tony le manipule ?
Le dépaysement n'est pas profitable à “Skins”. Pour l'épisode 6 la série s'est expatriée en Russie sous le prétexte peu crédible d'un voyage scolaire devant permettre aux élèves inscrits au cours d' histoire (les arcanes de la scolarité secondaire britannique restent pour moi obscures) de découvrir la Russie post-soviétique. Nous retrouvons ainsi notre bande, à l'exception de la belle Cassie, sans doute peu historienne, dans une école délabrée, on ne verra presque que ce décor durant tout l'épisode, qui leurs sert de résidence. La confrontation des anglais avec les moeurs locales et avec les créatures qui les incarnent servent de ressorts  aux nombreux gags. Si, il est incontestable que l'on rit beaucoup on peut regretter que les deux garçons auquel est dédiés ce segment, le joli gay Maxxie et le sympathique et non moins joli, Anwar soient un peu éclipsés par l'exotisme de l'épisode, depuis le début de Skins, le plus caricatural. Nous sommes constamment dans "Tintin chez les soviets". Entre deux péripéties burlesques on pénètre pourtant au coeur des tourments de Maxxie dont on apprend qu'il entre dans la catégorie de ceux qui recherche plus l'amour que le sexe.

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Maxxie est amoureux d'Anwar. Mais ce dernier explique à son ami que rien ne sera possible entre eux car pour un musulman être gay, c'est mal. Cette annonce désespère Maxxie. Malheureusement dans cette séquence, toujours parfaitement jouée comme à l'habitude, on sent trop la ficelle scénaristique. On ne s'explique pas pourquoi c'est seulement dans cet épisode qu'Anwar, qui a toujours été musulman, découvre que son ami soit gay (il l'a toujours été aux yeux du spectateur) et que cela le gène. Il aurait été plus habile que le spectateur comme Anwar découvre seulement dans cet épisode que Maxxie est gay. La réaction d'Anwar aurait été alors cohérente.
L'épisode nous permet également de découvrir que Tony n'a rien contre la bisexualité...

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Cette échappée russe est un tournant scénaristique. Les trois épisodes suivants, voués dans l’ordre chronologique à Michelle, à Effy  (Kaya Scodelario), la soeur de Tony, et à Anwar sont plus sombres et d’un rythme moins frénétique que les précédents. Ils sont aussi moins trash, dans le dernier pointe même le politiquement correct avec le personnage du père d’Anwar, un musulman bien tolérant envers les gays, on peut toujours prendre ses désirs pour la réalité... Ils permettent surtout de faire évoluer le personnage de Tony et par la même de modifier la perception que l’on en avait. Jusque là le leader du groupe nous apparaissait comme un moderne clone de Dorian Gray, nouvel avatar du dandy mais au fil des films nous découvrons qu’il a un coeur et que sous sa désinvolture se cache un sentimentalisme de bon aloi. C’est une des grandes forces de la série de parvenir à faire évoluer certains de ses personnages. Michelle aussi prend de la consistance jusqu’à Sid qui fait craquer son stéréotype de falot au physique ingrat. Paradoxalement cette qualité est aussi l’un des défauts de Skins; on voit bien que les nombreux (trop , ce qui expliquerait une hétérogénéité dans le ton des épisodes) scénaristes ne parviennent pas à maintenir l’équilibre entre les personnages. Certains, Tony en particulier, phagocytant la série au détriment par exemple du beau et gay Maxxie dont a parfois le sentiment que les auteurs ne savent pas quoi en faire (attendons la deuxième saison peut être que son heure va arriver?)...

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La fin, au cliffhanger imparable, nous laisse dans un suspense tragique insoutenable qui n’est pas sans rappeler celle de la première saison du “Queer as folk” américain.   
La série possède une identité forte. Rien de trash ne la rebute. Les réalisateurs montrent très souvent leurs acteurs très peu habillés... avec un petit avantage pour les garçons par rapport aux filles. S’ il n’y a presque pas de nudité frontale, l’autre face est largement explorée...
Les jeunes ne sont pas idéalisés, c’est le moins que l’on puisse dire. La série joue clairement avec les stéréotypes pour mieux les contourner, parfois à l'extrême. Quant aux adultes ils sont plus inconscients les uns que les autres. Ils sont une espèce bizarre, éructants, détraqués, immatures ou dépassés par les événements. Tout le contraire de ceux que l’on voit habituellement dans les séries pour adolescents où ils sont souvent là pour réparer les actions irréfléchies des jeunes et qui administrent à chaque épisode la dose de bon sens éducatif qui doit les conduire à l’équilibre de l'âge adulte. Dans “Skins” ils sont même un peu trop caricaturaux pour être tout à fait crédibles. Mais ils ne sont guère différent, seulement un peu outrés, des adultes qui traversent le cinéma anglais “social” d’un Mike Leigh par exemple. C’est pourtant dans le film américain “Les lois de l’attraction” que l’on trouvera de plus ressemblance avec Skins. Les jeunes adultes du film de Roger Avary, d’après le roman de Bret Easton Ellis, sont proches des lycéens de Bryan Elsley.  Skins échappe au naturalisme par ses embardées du coté de la caricature cocasse alors que tous les épisodes sont d’une noirceur d’encre ils possède tous aussi des scènes d’une irrésistible drôlerie. Souvent la poésie s’intercale entre sexe et gag...

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Une des influences souterraines, on peut certainement y voir la patte de Jamie Brittain, est celle de “Buffy contre les vampires” dont on retrouve dans “Skins” le même regard sur l’adolescence. En opposition à des feuilletons comme “Newport” ou “Les frères Scott” ce ne sont presque jamais les dialogues qui font avancer l’intrigue, pas de tunnel de vingt minutes de dialogues psychologique, mais l’image. Il est difficile également de ne pas penser aux films de Larry Clark,  “Kids” mêmes dialogues crus et instinctif.
Tous ces ados s’ils n’ont pas la plastique parfaite de ceux de certaines séries américaines, sont bien mimis. On peut juger sur pièce, car la réalisation n’est pas particulièrement pudique, même le binoclard de service n’est pas laid du tout si on lui enlève ses lunettes et son bonnet néanmoins semble-t-il presque inamovible.
Bryan Elsley, le créateur et scénariste de Skins a été membre d’ un duo comique connu en Angleterre dans les années 80. Après une dizaine d’années comme acteur de théâtre en Ecosse, il commence une carrière de scénariste à la télévision. Son premier succès en 1996 est “The crow road”. Il a depuis lancé deux programmes à succès outre Manche, le téléfilm 40 en 2003 et la série “Rose et Maloney” une série policière toujours diffusée sur ITV. Il explique dans un entretien au Film français qu'il avait commencé à écrire une série pour ados. Il l’a fait lire à son fils. Celui-ci s'est moqué de lui, ne trouvant pas le traitement crédible. Elsley lui a donc demandé de l’aider et s'est mis à écrire avec son fils et des amis à lui. C'est ainsi qu'est née la série “Skins”.

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Autour de lui et de son fils, Elsley, 45 ans, a réuni un groupe de seize jeunes scénaristes, des comédiens, des musiciens, des écrivains en herbe. La moyenne d'âge de l'équipe de scénaristes est de 20 ans. Ce qui donne à la série une certaine crédibilité. Le père-scénariste raconte avoir été troublé au départ de découvrir ce qu'était la vie d'un ado aujourd'hui
“Skins” est apparu sur Channel 4 depuis le  le 25 Janvier 2007. La série a rencontré son public outre-manche. Elle n’a pas fait néanmoins l’ unanimité comme le montre la critique de Phil Hogan dans “The Observer”, selon lui Skins narrerait << le quotidien d'"une bande de jeunes obsédés par le sexe, grossiers, qui passent leurs nuits à avaler des pilules et à boire des litres de vodka, avant de tout régurgiter sur la moquette de gens qu'ils ne connaissent pas >>. Il faut dire que l’on vomit autant dans “Skins” que l’on pisse dans les films de Tsai Ming-Liang!

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Son succès a été bien aidé par le fait qu’elle ait été interdite aux moins de dix-huit ans en Grande-Bretagne!  elle ne serait dons pas destinée à ceux qui ont l’age des acteurs que l’on voit sur l’écran. Laisser ses enfants regarder une série où on parle drogue, alcool, tabac ou sexe n'est pas supportable pour des adultes responsables... Du coup, “Skins” a gagné un cachet d’ Interdit. Le titre de la série  a été choisi judicieusement. Il joue sur le double sens  "skins",qui signifie la peau, la pelure et la mue, mais aussi le papier pour se rouler des joints...

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Au visionage de “Skins” je suis un peu surpris de la déclaration suivante de son créateur faite à l’ excellente revue “Générique(s)”: << “Skins” véhicule un message fondamentalement positif: l’adolescence est une période de la vie fantastique. Certains jeunes doivent vivrent avec la misère, le racisme ou l’homophobie, mais l’immense majorité des adolescents s’éclate dans la vie. Nous voulions donc mettre en scène ces jeunes là et leur histoire qui ne finissent pas toujours par leur mort, par un avortement ou un coup de poignard... Nous évitons de dire que tous ceux qui couchent, qui boivent ou qui se droguent vont y passer dans d’affreuses souffrances! Les adolescents savent très bien que ce sont des questions graves auxquelles ils devront faire face, mais l’immense majorité d’entre eux s’en sortira très bien! >>. Une déclaration dont cher lecteur je vous laisse seul juge après avoir vu “Skins” qui est à considérer à l’aune de l’”optimisme” du cinéma anglais...

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Les acteurs ont l’ âge de leur rôle contrairement à ceux que l’on voit dans les séries américaines où parfois les acteurs jouant des teen agers ont près de trente ans! On avait pu voir Nicholas Hoult (Tony) aux côtés de Hugh Grant dans “About A Boy”. Mais une chose est sûre, le petit Nicholas a grandi depuis...
La première saison est sortie en dvd en Grande-Bretagne mais sans sous-titre français (ici  un site de fan en français). Elle inclut  tous les mini-épisodes web diffusés en ligne sur le site de partage MySpace, ainsi que quelques mini-épisodes exclusifs... La diffusion de la deuxième saison commence en février 2008 sur Channel 4.
   

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