05 février 2008
Prends moi (Faq)
Fiche technique :
Réalisation : Everett
Lewis. Scénario : Everett Lewis. Producteur : Christian Martin. Images
: Gavin Kelly.
USA, Durée : 86 mn. Disponible en Vo et VOST.
Avec: Joe Lia, Tera Greene, Lance Davis et Allan Louis.
Résumé :
India
(Joe Lia), un jeune et mignon SDF fraîchement débarqué à Hollywood et
arrivant de son Colorado natal d’où il a été chassé par son père parce
qu’il est gay, tourne des pornos minables pour subsister. Un soir, il
est agressé par deux casseurs de pédés qui veulent lui faire la peau.
Il est sauvé in extremis par une drag queen (Allan
Louis), aussi flamboyante que militante, qui l’héberge chez elle où
elle a déjà recueilli une jeune lesbienne (Tera Greene). La petite
communauté va bientôt s’ouvrir à d’autres paumés. Cette nouvelle
famille redonne confiance en lui à India qui, au détour d’une rue,
tombe amoureux d’un jeune révolté, Spencer (Lance Davis) qui tente
d’entraîner India vers un militantisme gay radical...
L’avis de Bernard Alapetite :
Après
un début original, constitué par l’énoncé d’une profession de foi
homophobe de républicains texans, le film se poursuit par la énième
mouture de l’histoire du pauvre garçon chassé de son Amérique profonde,
et néanmoins natale, par un père homophobe et qui se retrouve à vendre
son corps sur les trottoirs d’Hollywood pour pouvoir manger ; un des
grands poncifs du cinéma gay, qui est en passe de devenir un sous-genre
à part entière, dont le meilleur exemple reste, à ce jour, The Journey of Jared Price de Dustin Lance Black.
Mais
de réaliste, le film se transforme vite en une fable dont la morale
pourrait être : « Pour un monde meilleur, soyons tous homos », avec
pour corollaire : « Tout bon hétéro est un hétéro mort ». Les diatribes
anti-hétéros rappellent, en leur temps, celles des blacks panthers
contre l’homme blanc. Everett Lewis aurait-il inventé les gays panthers
?
Avec Prends-moi, le public français a
l’occasion de découvrir un activisme gay qu’il ne pouvait même pas
imaginer. Il ne s’agit plus de se défendre mais d’attaquer, ce n’est
plus la revendication de soi, mais l’élimination de l’autre.
Au
discours violent s’ajoute un message lourdement moralisateur : se
droguer c’est mal, baiser sans capote c’est mal, mais apprendre le
kung-fu pour bastonner les hétéros c’est bien. La vision du monde du
cinéaste semble être parfaitement paranoïaque : tout hétéro est une
menace mortelle pour un homo. Au détour d’une scène de sexe, assez bien
filmée par ailleurs, on est surpris d’entendre prôner par un
personnage, que l’on perçoit comme le porte-parole du réalisateur, un
terrorisme gay dont les cibles seraient les hétéros que le prosélytisme
ne parviendrait pas à convertir.
Le film paraît d’autant
plus dérangeant du fait qu’il glisse petit-à-petit du naturalisme du
début vers la peinture idyllique d’une communauté gay qui parvient à
convertir aux joies de la sodomie les pires homophobes.

Un des préceptes
édictés par Destiny est que l’on doit être fier de son corps. Elle
demande donc à Indian d’être nu deux heures par jour en sa présence.
Cette bonne idée nous vaut un film indépendant américain moins coincé
qu’à l’habitude. On ne perd ainsi rien de l’anatomie d’Indian qualifié,
à juste titre, de trognon par Destiny. L’acteur est en effet mignon,
même si comme trop souvent, dans le cinéma américain, il semble un peu
trop âgé pour le rôle. Mais il assure comme le reste de la distribution.
Le
filmage n’est pas tout à fait à la hauteur des interprètes. Le bel
effort de cadrage est souvent ruiné par une lumière calamiteuse ou
plutôt par une absence d’éclairage. On ne compte plus les plans
sous-exposés ou en contre-jour. Il faut le répéter ni la lumière du
soleil, ni celles de la ville, ne sont suffisantes. On ne peut pas
faire du cinéma sans éclairage d’appoint.
Si en versant
dans le militantisme pur et dur Lewis n’a rien perdu de sa qualité de
directeur d’acteurs, en revanche il ne reste rien de la légèreté
iconoclaste qui faisait le charme de Luster, son précédent film.
Prends-moi est un mélange d’utopie militante et de romantisme qui ne prend pas.
Pour plus d’informations :
Site officiel du film


