13 janvier 2008
Avant l'envol
12 janvier 2008
Retour sur Skins
Le dépaysement n'est pas profitable à Skins. Pour l'épisode 6 la série s'est expatriée en Russie sous le prétexte peu crédible d'un voyage scolaire devant permettre aux élèves inscrits au cours d' histoire (les arcanes de la scolarité secondaire britannique restent pour moi obscures) de découvrir la Russie post-soviétique. Nous retrouvons ainsi notre bande, à l'exception de la belle Michelle, sans doute peu historienne, dans une école délabrée, on ne verra presque que ce décor durant tout l'épisode, qui leurs sert de résidence. La confrontation des anglais avec les moeurs locales et avec les créatures qui les incarnent servent les ressorts aux nombreux gags. Si, il est incontestable que l'on rit beaucoup on peut regretter que les deux garçons auquel est dédiés ce segment, le joli gay Maxxie et le sympathique Anwar soient un peu éclipsés par l'exotisme de l'épisode, depuis le début de Skins, le plus caricatural. Nous sommes constamment dans "Tintin chez les soviets". Entre deux péripéties burlesque on pénètre pourtant au coeur des tourments de Maxxie dont on apprend qu'il entre dans la catégorie de ceux qui recherche plus l'amour que le sexe.
Maxxie est amoureux d'Anwar. Mais ce dernier explique à son ami que rien ne sera possible entre eux car pour un musulman être gay, c'est mal. Cette annonce désespère Maxxie. Malheureusement dans cette séquence, toujours parfaitement jouée comme à l'habitude, on sent trop la ficelle scénaristique. On ne s'explique pas pourquoi c'est seulement maintenant qu'Anwar qui a toujours été musulman découvre que le fait que son ami soit gay (il l'a toujours été aux yeux du spectateur) le gène. Il aurait été plus habile que le spectateur comme Anwar découvre seulement dans cet épisode que Maxxie est gay. La réaction d'Anwar aurait été alors cohérente.
L'épisode nous permet également de découvrir que Tony n'a rien contre la bisexualité...
Les photos illustrant cet article sont de Kai Z Feng.
Saro Janson
Cavafy

Fiche technique :
Réalisation : Iannis Smaragdis.
Scénario : Iannis Smaragdis, Dimitris Nollas, Dimitris Katalifos &
Stelios Rogakos. Images : Nikos Samragdis. Décors : Damianos Zarifis.
Montage : Yannis Tsitsopoulos. Musique : Vangelis.
Grèce, 1996, durée : 85 mn. Disponible en VO et VOST anglais.
Avec:
Dimitris Katalifos, Vassilis Diamandopoulos, Mayia Lyberopoulou,
Giorgos Moskidis, Mirto Alikaki, Alexandros Koukos, Joulia Souglakou,
Lakis Lazopoulos et Alexis Damianos.
Résumé :
Sur
son lit de mort, à l’occasion de la visite inopportune d’un jeune
écrivain qui prépare un livre sur lui, le poète Constantin Cavafy se
souvient. Tandis que son visiteur lui lit des extraits de son ouvrage,
le vieil homme se laisse aller à ses souvenirs. Il se rappelle de son
cheminement, de son évolution jusqu'à atteindre les plus hautes sphères
de l'expression poétique. Ses songes lui font revivre des bribes de sa
vie à Alexandrie, sa découverte précoce de son homosexualité, ses
voyages en Grèce et à Constantinople qui lui ont permis d'approcher la
sensualité des cultures antiques et de mener une vie tout en passions
et pulsions érotiques.
L’avis de Bernard Alapetite :
Cavafy se
veut plus une évocation qu’une biopic du poète grec d’Alexandrie
(1863-1933). Lorsque le film commence, Cavafy est sur son lit de mort,
en flash-back de belles images évoquent son évolution poétique, ses
voyages en Grèce et à Constantinople où il découvre la sensualité du
monde antique, mais aussi sa vie médiocre de petit fonctionnaire. Mais
c’est surtout l’homosexualité, vécue douloureusement, du poète qui a
intéressé le réalisateur. Si bien que sa vie ne semble être qu’un long
parcours peuplé d’éphèbes velus, plus sortis des tableaux de Tsarouchis
(pour mieux comprendre, faites un tour sur ce superbe site) que des œuvres du
poète présentées ici comme les visions fugitives d’un milord dédaigneux et blasé.
Pour sans doute éviter de faire prononcer à l’écrivain des propos
triviaux, Smaragdis en a fait un personnage aphone en raison du cancer
de la gorge qui le mine. Il n’existe ainsi que par le regard qu’il pose
autour de lui et les désirs qui s’y expriment. Cet artifice de mise en
scène contraint Dimitris Katalifos, qui joue le rôle titre, à forcer
ses mimiques, jouant comme au temps du muet, le transformant en un
hébété silencieux et grimaçant. Ce qui est d’autant plus gênant que
l’acteur est très laid, certes le vrai Cavafy n’était pas un adonis (on
possède de nombreuses photos de lui) mais il était tout de même moins
moche que Dimitris Katalifos. Cette erreur de casting compromet tout le
film à l’ambition estimable.
Le film est remarquablement photographié, avec un goût du baroque qui
rappelle l’Anglais Derek Jarman ; le réalisateur mélange bribes de
mémoire et fantasmes, malheureusement ces belles images aux couleurs
chaudes sont nappées de la trop présente musique sirupeuse de Vangelis.
Le réalisateur rend bien la complexité du personnage de ce petit
fonctionnaire qui, comme son homologue portugais Fernando Pessoa, a
vécu une vie apparemment rangée. Durant plus de trente ans, il a rempli
chaque jour sa tâche d'employé au ministère de l'Irrigation. Cet homme
à l'allure de courtier levantin était, par ailleurs, un client assidu
des bordels de garçons. Ce dernier aspect de sa personnalité n’est pas
oublié par le cinéaste. Vis à vis de son œuvre, son attitude était
proche de celle de E. M. Forster qui n’a voulu faire paraître
Maurice (magnifiquement adapté au cinéma par James Ivory) qu’après sa mort. E. M. Forster a tracé ce portrait du poète grec : « Un gentleman grec en
chapeau de paille, debout, dans une position légèrement oblique par rapport au reste de l’univers. »
Le film et les poèmes évoquent un autre grand artiste grec, le peintre Tsarouchis dont ci dessous vous pouvez admirer la reproduction d'une toile.
Napoléon Lapathiotis, autre poète grec homosexuel, a bénéficié en 1985 d’une biopic, Meteor kai skia, de Takis Spetsiotis.
Le film traduit bien l'expression lyrique de son amour pour les jeunes
gens, étrangère à toute fausse pudeur, qui transgresse le puritanisme
de son époque mais qui demeure pour Cavafy, tout au long de sa vie, un
facteur de désarroi auquel s’ajoute l’amertume de sa sensation d’être
déclassé socialement.
Lors de sa sortie, curieusement le critique de Télérama se demandait pourquoi Cavafy est considéré comme le plus grand poète grec moderne ! Pour s’en convaincre, il suffit
pourtant de lire et de relire Présentation critique de Constantin Cavafy suivie d’une traduction de ses poèmes par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras aux éditions
Gallimard (1958).
Voici un court poème extrait de ce livre qui me parait, plus que ma
prose, évocateur de l’art du poète et du cinéaste qui a essayé de le
ressusciter :
Désirs
« Les
désirs qui passèrent sans être accomplis, sans avoir obtenu une des
nuits du plaisir ou un de ses lumineux matins, ressemblent à de beaux
cadavres qui n’ont pas connu la vieillesse, et qu’on a déposés en
pleurant dans un magnifique mausolée, avec au front des roses et aux
pieds des jasmins. »

D’autres traductions des poèmes de Cavafy existent comme celles de
George Papoutakis aux Belles Lettres ; parfois, elles offrent quelques
poèmes supplémentaires à ceux présentés par Marguerite Yourcenar.
L’intégrale de l’œuvre de l’écrivain est difficile à établir car il n’a
publié de son vivant ses textes que dans des revues. Dans Poèmes anciens ou retrouvés
aux éditions Seghers (1978), traduit par Gilles Ortlieb et Pierre
Leyris, on peut lire celui-ci qui pourrait avoir été écrit hier :
Tel
« Sur cette photographie obscène qu’on vendait
à la sauvette dans la rue (pour que la police n’y voie goutte)
sur ce cliché pornographique
comment a pu venir pareil visage de rêve ;
comment, toi, es-tu venu là ?
Qui sait quelle vie abjecte et crapuleuse tu dois mener,
dans quel sordide entourage tu devais être
quand tu as pris la pose pour qu’on te photographie,
qui sait quelle âme de bas étage tu dois avoir.
Mais avec tout cela et pire encore, pour moi tu restes
le visage de rêve, la figure
façonnée en offrande à l’amour grec –
tel tu restes pour moi, tel te dit mon poème. »
Iannis Smaragdis est né en Crète en 1946. Il étudie la mise en scène et les sciences de la communication à Paris. Il enseigne pendant de longues années le cinéma et les sciences de la communication dans des écoles de cinéma et des universités grecques. Auteur d'un essai, il réalise son premier long métrage en 1975 Cellule zéro, suivent Bonne nuit monsieurAlexandre (1981) , Le Chant du retour (1983) et Cavafy (1996
Cavafy de Iannis Smaragdis est une évocation lyrique de la vie du grand poète grec. C’est admirablement tourné par la caméra exceptionnelle de Nikos Smaragdis dans les décors superbes de Damianos Zarifis sur un rythme un peu trop indolent.
Le repos de Clara
11 janvier 2008
Jared Buckheister

Scout Park Fellowship, 2005
Boy camp reenactment of the raft of the medusa.
Sacha Guitry à la cinémathèque
L’émotion n’est pas toujours présente dans les grandes exposition, ici elle est permanente et d’une teneur particulière, tant on a le sentiment d’entrer dans l’album de photo de quelqu’un par effraction. J’ai eu d’autant cette impression pour ma deuxième visite aux salles d’exposition de la cinémathèque, la précédente était pour la belle évocation d’Almodovar, que j’étais presque seul à me pencher sur les précieuses vitrines. Mais tout l’intérèt de cette exposition qui aborde toutes les facettes de la vie de Sacha Guitry, tient à ce qu’il à constamment mis en scène son intimité pour la nourrir de son travail et vice versa. L’essentielle des pièces exposées sont des photos, il est donc conseillé d’éviter les heures d’affluence. Sur ses photo nous voyons le maître avec tout ce que le premier quart du vingtième siècle à compté comme personnalités artistiques. On a l’impression que sacha Guitry était l’intime avec toutes les personnes qui comptaient alors et cela dés son plus jeune âge grâce à la notoriété de Lucien Guitry , l’un des acteurs les plus célèbre de son temps auquel est consacré une large part de l’exposition. On voit par exemple sacha enfant en compagnie de Tristan Bernard En écrivant ce dernier nom je réalise combien l’enthousiasme devant cette manifestation risque de ce briser sur l’ écueil de l’ignorance.
J’ai pu vérifier que nos jeunes générations ne savent un peu près rien de Sacha Guitry et de son monde. Comme disait mon grand père, déjà, qu’est ce qu’ils apprennent à l’école? A peu près rien nous le savons bien, mais le sujet est tabou. Ce qui est certain c’est que dans les écoles, collèges, lycées et autres lieux où l’on remise la jeunesse faute de ne savoir qu’en faire les noms de Guitry, Berstein , Porto-Riche , Rostant, Mirbeau , Anatole France, André Messager , Reynaldo Hahn ... ne sont quasiment jamais cités. Ils ne l’étaient pas plus du temps où je croupissais devant les tableaux noirs; mais à l’époque de mon enfance, dans les années soixante, existait l’ ORTF, il est bon de s’en souvenir à l’aune de la récente déclaration présidentielle sur la télévision publique... Grâce à ce machin, entre disons huit et dix huit ans, j’ai vu à peu près tous les films de Sacha Guitry. Ils ne passent plus sur les chaînes hertziennes car étant en noir et blanc ils n’intéresseraient plus le grand public! A-t-on jamais vérifié cette assertion péremptoire? Pour la plupart je ne les ai jamais revu ces film et pourtant pour certains j’en ai un souvenir vif. Le plat de champignons des “Mémoires d’un tricheur”, le défilé des guillotinés de “Si Versailles m’était compté”, le génial avocat bafouillant, interprété par Darry Cowl dans “assassin et voleur”, la scène du crime dans “La poison”... sont encore très présent dans ma mémoire plus de quarante ans après avoir vu ces films. A-t-on besoin de souligner leur qualité quand ces souvenirs en sont la meilleure preuve...
La lecture d'un articulet, signé Jean-Baptiste Baronian, dans le Magazine littéraire de ce mois montre combien certains plumitifs se berce d'illusions s'entourant de mensonges qui sont autant de coussins moelleux à leur aveuglement. Ce monsieur écrit: << A la mort de Sacha Guitry beaucoup avaient prédit que ses pièce de théâtre et ses films ne tarderaient pas à tomber dans l'oubli et qu'en quelques années il ne resterait plus rien de sa personnalité à la fois encombrante et flamboyante. C'est tout le contraire qui se passe et cet homme dont la prétention suprême consistait "à ne pas plaire à tout le monde" n'est pas loin de faire l'unanimité et d'être perçu comme un des plus grands dramaturges et l'un des plus grand cinéastes de la première moitié du XX ème siècle...>>. Mais ce n'est qu'un mirage, que Baronian constate la moyenne d'age des visiteurs de l'exposition et celle des spectateurs de "Mon père avait raison" , donné actuellement au théâtre Edouard VII , et il arrivera aux alentours de 80 ans. Je le répète faute d'éducation, d'instruction et de transmission la culture française est morte, le New-York Times a parfaitement raison (voir article précédent). Est il possible d'inverser la tendance? Enfin si vous n'êtes pas entièrement déculturé vous prendrez un grand plaisir à cette visite - fin de l'incise -
Et puis il y avait mon grand père, toujours lui, qui me parlait des frasques du maître (cette transmission familiale existe-elle toujours?), et des revues que Guitry signait et que mon aïeul, d’abord au promenoir puis à l’orchestre, l’ embourgeoisement aidant, ne ratait jamais. Et c’est une des grandes réussite de la cinémathèque que de faire revivre ces spectacle par les photographies mais surtout par le son et l’image. On se régale ainsi de voir Pauline Carton entonner “Sous les palétuviers” ou une jeune Annie Cordy tournoyer sur scène en poussant la chansonnette. J’ai été fort surpris de voir et entendre Gérard Philippe en costume napoléonien s’essayer au chant. On comprend d’ailleurs pourquoi il n’a pas persévéré.
Autre révélation en tout cas en ce qui me concerne celle du Sacha Guitry dessinateur, cet homme avait vraiment tous les talents, dont les œuvre font un peu penser à celles de Caran Dache ... J’ai aussi découvert le Sacha Guitry grand collectionneur de sculptures et tableaux prestigieux dont certains seront présentés dans l'exposition (Coco écrivant de Renoir, Les Célébrités du Juste milieu de Daumier...).
Curieusement pour une exposition organisée par la cinémathèque les films de Sacha Guitry ne sont pas mis en avant, il y a bien quelques photos de plateaux et même un petit film sur un tournage mais peu d’affiche et peu de choses sur la réception critique de l’oeuvre sinon un bel hommage de Truffaut sur la mise en scène de l’auteur de “Désiré”.
Malgré quelques oublis et impasses, presque rien sur la période 39-45, ce sont surtout les années de jeunesses qui sont privilégiée, voilà une exposition où l’on ne s’ennuit jamais, à condition, comme je le mentionnais plus haut , d’avoir quelques lumières sur les acteurs de l’époque, et où vous irez de découvertes en surprises si vous avez la chance de pénétrer dans le beau bâtiment de la cinémathèque qui à lui seul vaut le détour. Si la muséographie est moins flamboyante que pour la rétrospective Almodovar, mais le sujet s’y prêtait plus, elle est très efficace et agréable. Le parcours mêle thèmes et chronologie d’astucieuse manière.
L’ exposition est trop petite, Il faudrait le double de surface pour faire le tour de l’ œuvre gigantesque de ce dandy qui était surtout un força de travail.
Informations pratiques:
La Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, 75012 PARIS
du lundi au samedi, de 12h à 19h, fermeture le mardi.
10 janvier 2008
Des yeux bleus
Beaucoup d'autres beaux regards sur ce site...
09 janvier 2008
Fred Goudon
Karnak

Karnak,la grande salle hypostyle vue par Jacques Martin et Rafael Morales
Les voyages d'Alix, L'Egypte (1) éditions Casterman.
Egypte, Karnak, décembre 2007.























