16 janvier 2008
Juvéniles sourires américains
Quelques sites pour retrouver de juvéniles sourires américains
Réparation
Brandon Herman
Reviens moi
Une question que se pose un nombre d’écrivains dont l’oeuvre est adaptée au cinéma, sans parler des malheureux scénaristes, est-ce qu’une bonne histoire peut résister à une mauvaise mise en scène? Reviens moi permet de répondre à cette angoissante interrogation qui taraude aussi bien les professionnels de l’écritures que les producteur et bien la réponse est oui. Ce qui va j’en conviens à l’encontre de la doxa, en France et seulement dans cette contrée, en cours depuis la Nouvelle Vague, qui veut que la mise en scène ait la primauté sur le scénario. Loi, bien discutable qui a fait des ravages depuis un demi siècle dans le cinéma français depuis un demi siècle. Il faut néanmoins ajouter que les péripéties du récit peuvent palier à l’ incurie du réalisateur à condition que celles-ci soient incarnées avec talent, ce qui est heureusement le cas dans “Reviens moi”.
“Reviens moi” est au strict sens du terme, un cas d’école. En effet il faut souhaiter que le film soit projeté à tous les élèves des écoles de cinéma pour leurs montrer ce qu’un réalisateur ne doit jamais faire! Pas une scène qui ne soit pas étirée jusqu’à en perdre toute pertinence, pas un effet de montage qui ne souligne pas lourdement un événement, pas une image attendue qui n’arrive pas... Joe Wright, jusque la connu pour son premier film “Orgueil et préjugé dont il a reconduit une grande partie de l’équipe, dans son deuxième opus veut absolument que sa mise en scène se voit. La caméra virevolte, plonge, s’élève... pour mieux nous montrer son impuissance à faire autre chose que de la laborieuse illustration et puis que de travellings inutiles qui ne dynamisent en rien l’action. A croire que cette visibilité forcenée n’est là que pour prouver au producteur que son argent n’est parti en oiseuses bamboches.
Certaines scènes virent à l’ obscène comme ce grotesque ballet d’infirmière, on s’attend à ce qu’elles entonne une guillerette chansonnette sur les joies de vider les bassins, lorsqu’on apporte les grands blessés dans un hôpital londonien, mais non le plan suivant est sur de la bidoche humaine calciné qui sera bientôt suivi un autre sur un crâne fracassé. Le cinéaste a semble-t-il un plaisir à filmer frontalement la blessure la plus horrible possible, jouissance largement partagée dans sa profession; soyons magnanime et imaginons que s’est pour rendre hommage au travail des maquilleuses...
Le summum du grotesque est atteint avec la fastueuse reconstitution de l’attente des troupes britanniques avant leur hypothétique embarquement à Dunkerque. Certes on pourra me dire que les extravagances de certaines séquences sont validées par le retournement final (je ne peux en dire plus sans gravement déflorer l’histoire), mais où le bât blesse c’est que nombre de morceaux du film, aussi pénible que peu crédible, ne rentre pas ne rendre pas dans cette habile astuce scénaristique telle la plombante prestation de Jérémie Rénier en agonisant français. Cette scène parfaitement inutile me fait m’interroger sur l’adaptation de Christopher Hampton pourtant vieux et talentueux routier de l’adaptation, connu notamment pour celle des Liaisons dangereuses pour Frears. On l’a connu beaucoup mieux inspiré. Il a pour “Reviens moi” oublié la règle première de l’adaptation cinématographique, surtout quand il s’agit de celle d’un roman aussi copieux que celui de McEwan , qui est de dégraisser le récit jusqu’à l’os. Ce n’est pourtant pas les exemples d’adaptation cinématographique des œuvres de cet écrivain qui manquaient à Hampton. McEwan qui déclare: << une adaptation au cinéma d’un livre est en quelque sorte une entreprise de démolition. Il faut réduire une œuvre de 130 000 mots à un scénario de 25 000 mots.>>. Ces propos n’empêche pas qu’il exerce une grande séduction sur les cinéastes puisqu’il a été adapté par ordre chronologique par Richard Eyre (The Ploughman's Lunch), Wolfgang Becker (Schmetterlinge), Paul Schrader (Etrange séduction), Andrew Birkin (Cement Garden), John Schlesinger (The Innocent) ou Roger Michell (Délire d'amour). Je vous recommande particulièrement le cruel chef d’oeuvre méconnu d’Andrew Birkin, “Cement garden”.
Le plus éprouvant pour le spectateur reste l’omniprésence de la sirupeuse musique de Dario Marianelli qui surligne chaque expression des acteurs, chaque événement... Pour un tel film il faudrait prévoir lors de sa sortie en dvd, une touche pour désactiver la musique.
Malheureusement pour Wright il se trouve qu’à cause de l’époque à laquelle se déroule l’intrigue, la classe sociale où elle se déroule, du drame au cœur du récit et de son ambiance générale on est amené à comparer sa mise en scène pachydermique à celle de Jean Renoir pour “La règle du jeu”, d’ Anthony Minghella pour “Le patient anglais, d’Altmann pour “Gosford park”, de Joseph Losey pour “Le messager ou de James Ivory pour “Retour à Howards end” autant de films qui vont du chef d’oeuvre au bon film et dont la mise en parallèle avec “Reviens moi” est désastreux pour celui-ci.
Il reste que le film m’a apporté le plaisir de revoir la grande Vanesa Redgrave. On retrouve aussi Romola Garai, l'héroïne de “Angel” de François Ozon. Et de découvrir un comédien aussi joli que talentueux, James Mac Avoy. Si malgré cette critique vous allez voir le film repérerez vous les apparitions très fugitives d’ Anthony Minghella, le réalisateur entre autres du Patient anglais auquel le film fait parfois penser (malheureusement en beaucoup moins bien) et des français Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz.
Le film a été nommé dans 7 catégories aux Golden Globes 2008. Il a décroché deux prix lors de la conférence de presse (qui tenait lieu de cérémonie cette année) : Meilleur film dramatique et Meilleure musique pour Dario Marianelli; les votants devaient être sourds!

S’il n’est pas indispensable de voir “Reviens moi”. Il est très recommandé de lire le roman de McEwan “Expiation “ (éditions Folio Gallimard) dont il est tiré, bien malmené par cette malencontreuse adaptation.
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15 janvier 2008
Mike Georg
14 janvier 2008
D & G
Le sourire du sphinx
LE PLUS BEAU PAYS DU MONDE
France, de Marcel Bluwal,120 mn, 1999
Réalisation: Marcel Bluwal , scénario: Jean-Claude Grumberg & Marcel Bluwal, Dialoguiste: Jean-Claude Grumberg, Directeur de la photographie: Philippe Pavans de Ceccatty, musique: Antoine Duhamel, Monteur: Anna Ruiz
avec: Jean-Claude Adelin, François Berléand, Jacques Bonnaffé, Marianne Denicourt, Thierry Lhermitte, Didier Bezace, Danièle Lebrun, Claude Brasseur, Jean-Pierre Cassel, Laurent Malet, Marcel Maréchal, Roger Souza, Alain Doutey, Marc Fayet, Jean-Paul Roussillon, Samuel Labarthe, Laurent Gerra
Résumé
Paris, février 1942. Alors que la France occupée et soumise aspire à oublier et se divertit au théâtre, le colonel Valogne demande au producteur Couperin de financer un film sur Mermoz , dont les exploits font vibrer tous les écoliers français. Vignault, un réalisateur de documentaires, se joint à l'entreprise. La vedette sera un jeune acteur de théâtre, Lambert, dont le principal atout est de posséder le profil de Mermoz. Le tournage se fait tant bien que mal. Mais a huit jours de la fin, Lambert disparaît mystérieusement...
L’avis de Bernard Alapetite
Les films français sur le cinéma sont rare (La nuit américaine, Le Schpountz ...). Les films sur vichy - ce passé qui ne passe pas - s’est assez bien passé pour la grande famille du cinéma français tout du moins pour ses membres qui n’étaient pas juifs... La période n’a engendré que peu d’oeuvres, qu’il ne faut pas confondre avec le cinéma sur la résistance pour ne pas dire resistansialiste (La ligne de démarcation, La bataille du rail, L’armée des ombres...), ni avec les film qui prennent cette époque comme toile de fond. Il y a bien sûr le Pétain de Chabrol, le très beau Hôtel du parc , on peut citer aussi moins centraux mais passionnant Drancy Avenir d’Arnaud Pallières en 1997 et Milice, film noir d’Alain Ferrari en 1998 et quelques autres c’est peu. Le plus beau pays du monde, le titre sous entend le cinéma qui était dans ces années noires l’incontestable plus beau pays du monde et un refuge virtuel pour beaucoup, défriche un terrain vierge de notre cinématographie. Il y a eu depuis Laissez-passer, le chef-d’oeuvre de Tavernier.
Le film nous raconte une histoire vraie: la naissance d’un film, Mermoz, de l’idée de départ jusqu’à sa sortie en passant par son tournage. En cela il serait déjà un exceptionnel document pédagogique et l’on peut faire confiance à Marcel Bluwal en la matière, si cette histoire se situait en une période historique normale, inscrite en pleine occupation ce film sage devient un brûlot; tant il peint la grande famille du cinéma français comme un conglomérat d’opportunistes égoïstes. Le film se hisse à la tragédie lorsque l’on apprend que la vedette de Mermoz, Robert Hugues-Lambert est arrêté en plein tournage par la police allemande à cause de son homosexualité affichée(?). Jean-Claude Adelin, que l’on avait découvert incandescent dans le beau Buisson ardent de Laurent Perrin en 1987, compose un Lambert candide, courageux... et acteur médiocre. On passe au burlesque le plus noir dans la scène dans laquelle on tend au malheureux prisonnier un micro par dessus les barbelés de son camp, le camp de transit de Compiègne, à 2 heures de vélo de Paris, pour qu’il sonorise une scène qui avait été tourné mais était restée muette. Le metteur en scène n’hésite pas à lui demander d’y mettre un peu plus d’entrain! Entre autres ”détail” sinistre, on apprend horrifié qu’un hôtelier louait les chambres de son établissement qui avait vue sur le camp à tous ceux qui voulaient jeter un dernier regard sur un être cher avant qu’il soit déporté!
Le plus beau pays du monde est paradoxalement un hommage au cinéma des années 40, dans le sens d’une certaine justesse des dialogues, et surtout de la manière dont il met en valeur merveilleusement les seconds rôles. Il n’y pas d’ailleur pas vraiment de premier rôle dans ce film. Chacun des 25 personnages parlant possèdent une épaisseur et donnent autant de directions différentes au film, le relançant à chaque scène. Bien sur la mise en scène n’a pas la fluidité de celle du Dernier métro de Truffaut auquel on ne peut s’empêcher de penser. Le talent de Bluwal n’est pas seul en cause; la différence majeure entre les deux films est que les protagonistes du Plus beau pays du monde n’ont pas le même désir de cinéma que ceux du Dernier métro avaient de désir de théâtre et d’amour, les deux désirs à l’unisson l’un de l’autre, étaient immenses.
En montrant mille détails de la vie quotidienne des parisiens pendant l’occupation, Marcel Bluwal réussit à nous faire ressentir le climat de ces années là. Il rend tangible cette peur de perdre le peu de liberté et de libre arbitre qu’il reste, la peur de ne pas avoir à manger, la peur d’être dénoncé, la peur de perdre la vie, peur d’être pris pour un autre. Là où Losey dans le beau Monsieur Klein montrait la lente descente d’un homme unique vers l’oubli (inoubliable Alain Delon), Marcel Bluwal filme un groupe, ici le petit milieu cinématographique, ni meilleur, ni pire qu’un autre et représentatif du moral de la plupart des français d’alors avec toutes ces petites lâchetés et vilenies qui émaillent le quotidien de ces gens et qui ne fond que traduire cette terreur, non dénuée de fondement, de plonger dans l’oubli de la déportation, dont on ignore les modalités mais que l’on pressent horrible, ce qui est, au premier comme au second degré, le thème majeur du film. Il est toutefois dommage que ce ne soit que dans les dix dernières minutes du film que l’on apprenne par des documents d’archive que ce Lambert a réellement existé et qu’il a été arrêté une semaine avant la fin du tournage pour -oisiveté-, en réalité à cause de son homosexualité et qu’il est mort en déportation
Le scénario du à Jean-Claude Grumberg utilise habilement, même si il prend des libertés avec la réalité, le mystère qui entoure Lambert (est-il un résistant, un espion?...). L’intérèt est constamment soutenu grâce entre autre aux scènes de comédie sur le fil du rasoir un peu à la manière de celles de La Traversée de Paris et de la pièce du même Grumberg: L’atelier.
C’est toute une époque du cinéma que fait revivre Le plus beau pays du monde..Il nous montre un cinéma encore en lutte contre le théâtre, comme si l’un était le parent pauvre de l’autre. Il dénonce aussi l’aveuglement qui saisit des artistes qui sont prêt à toutes les compromissions pour que leur œuvre, même médiocre, voit le jour. Si le cinéma prend ses repères dans la vie, il n’est pas la vie. Il peut embellir la réalité mais aussi l’ignorer.
Parlant de Mermoz le colonel Valogne (Thierry Lhermitte) dit à son réalisateur (Didier Bezace): <<Notre film est destiné à la jeunesse française.>>. Marcel Bluwal destine son film à la jeunesse pour qu’elle ne soit pas oublieuse, à ceux qui ont vécu cette époque et surtout à tous les fous de cinéma. Jacques Lourcelle qui pour une fois quitte l’age d’or du cinéma américain résume bien ce qu’il faut penser du film. <<A travers beaucoup de bassesses parfois même comiques, le tragique néanmoins affleure! Il y a un aspect, une dimension dérisoire typique des milieux traités qui fait l’originalité de ce film. Le film de Bluwal écrit par Jean-Claude Grumberg est habilement et brillamment interprété: Riche en personnages et détails significatifs. Il brasse une matière à la fois douloureuse et passionnante insérée dans une très authentique reconstitution de tournage.>>. On peut regretter que Marcel Bluwal ait cru bon de changer les nom des protagonistes à l’exception de celui de Lambert.
En 1943, Robert Hugues-Lambert interprète le rôle du plus célèbre des aviateurs français dans le film Mermoz de Louis Cuny. L’un des seuls films de toute la production cinématographique française de l’occupation que l’on peut qualifier de vichyste. La première du film a lieu le 14 octobre 1943 à l’Opéra de Paris. Dans le palais Garnier le tout Paris de la collaboration se presse, même Max Bonnafous, ministre de Vichy a fait le déplacement. Dans la revue Le Film le gala est évoqué en ces termes: <<Pour la première fois depuis la guerre l’Opéra de Paris à servi de cadre à une grande manifestation cinématographique...>>.Il y a pourtant un grand absent à ce grand raout: Robert Hugues-Lambert, l’interprète du rôle titre. Il se trouve au même moment au camp de concentration de Buchenwald sous le matricule 21623. Il a été arrêté 7 mois plus tôt par la police allemande en plein tournage de Mermoz. Qui était-il et pourquoi a t-il été arrêté?
Il nait à Paris le 1er avril 1908, son vrai nom est Lambert tout court, Hugues n’est encore que son prénom et Robert que son deuxième prénom. Ses parents sont tous deux employés au BHV. Après une enfance sage, il passe sont brevet à 15 ans. Le collégien joue déjà au théâtre dans une troupe d’amateurs dont son père fait parti. Il suit des cours de théâtre. A 18 ans, il part au service militaire chez les chasseurs alpins. A son retour il tente sa chance sur les planches. Il est engagé à l’Odéon mais il oublie de se présenter le jour de la première! Il rejoint ensuite une tournée qui joue dans la France entière: la tournée Barret. Drôle, léger et inconscient, dans cette France du début des années 30, il affiche son homosexualité et parle de sa vie sexuel comme un hétérosexuel parlerait de la sienne. Ce naturel, cette absence de honte sont perçus, à l’époque, comme de la provocation. En 1939 il est mobilisé et envoyé au front pendant la Drôle de guerre. Il revient à Paris après la défaite. En 1941, il remplace Alain Cuny dans Le bout de la route au théâtre des Noctambules, rue Champollion. En 1942 à la grande surprise de ses camarades il abandonne la pièce car il est choisi pour jouer le rôle titre dans le Mermoz que va réaliser Louis Cuny. Son élection ne tient pas tant à son talent qu’à son étonnante ressemblance avec le héros de l’aviation disparu en 1936 et... compagnon de route du mouvement droitier du colonel de la Rocque (pour en savoir plus sur cet épisode il faut lire la somme de Jacques Nobécourt: Le colonel de la Rocque 1885-1946 ou les pièges du nationalisme chrétien chez Fayard), puis du PPF de Jacques Doriot. Il doit aussi sa chance aux prétentions financières exorbitantes de Pierre-Richard Willm, alors grande vedette, qui avait été contacté en premier pour interpréter le rôle. Lambert se trouve pour sa toute première apparition à l’écran dans un premier rôle au coté de comédiens chevronnés: Héléna Manson (l’infirmière dans le Corbeau de Clouzot), Jean Marchat (le méchant du Remorque de Grémillon), Lucien Nat, alors au fait de sa carrière (on le retrouvera bien des années après dans Les amitiés particulières).
Le cinéma français se porte très bien en ces années de guerre; certain on même parlé d’un Age d’Or du cinéma français. Les allemands comme Vichy tiennent à donner aux français une impression de normalité et surtout à les distraire pour oublier les privation et surtout il faut bien le dire pour les empêcher de réfléchir. La production des films entre dans cette stratégie. Dans cette optique les films légers sont les films les plus aidé. La plupart des œuvres de l’époque sont aidées par des subventions diverses. Mermoz ne fait pas exception à la règle. La production reçoit plus d’un million de francs. Ce que niera ensuite le producteur du film: André Tranché. Si le montage du film fut difficile c’est peut-être qu’il était un des rares films vraiment vichystes de l’époque. Jean-Pierre Bertin-Maghit l’auteur du meilleur livre sur le cinéma de cette période: Le Cinéma français sous l’occupation aux PUF, parle de Mermoz en ces termes: <<Mermoz est l’un des rares films de la période où soit réunis un ensemble de signes fascisants: le pilote de l’aéronautique, en particulier, est un héros solitaire, engagé dans une œuvre d’utilité collective au prix d’une lutte contre la bureaucratie et les forces d’argent qui lèsent les intérêts de l’individu comme de la nation entière.>>. Pourtant lors de la sortie du film la centrale catholique émettra tout de même une réserve: ” Bon film qui montre l’énergie et le courage au service d’une grande tâche et qui magnifie l’effort. Cependant présence d’une fille, allusions grivoises, jurons, mots grossiers.”
Le monde du cinéma d’alors était surtout opportuniste. Pour s’en convaincre il suffit de lire le stupéfiant Journal 1942-1945 de Jean Cocteau paru en 1989 chez Gallimard. La persécution des juifs, nombreux dans les métiers du cinéma, comme le dénonçait Lucien Rebatet, le très écouté critique de cinéma de l’hebdomadaire ultra collaborationniste Je suis partout, dans son pamphlet antisémite: La tribu du cinéma, les combattants (Gabin, Jean-Pierre Aumont, Claude Dauphin...), les prisonniers de guerre (Bernard Blier, Pierre Bost...) et les exilés (Jouvet...) avaient créé de larges béances dans les rangs de -la famille du cinéma-.
Le maréchal Pétain s’intéresse au projet. Il charge le sculpteur François Cogné (celui la même qui avait réalisé le buste du chef de l’Etat français qui devait remplacer le buste de Marianne dans toutes les mairies de France) de veiller à sa bonne exécution! Il y aura une avant première à Vichy le 11 octobre 1943 en présence du maréchal Pétain et de la mère de Mermoz. Mais pour en arriver là ce n’aura pas été sans mal. Les problèmes viennent surtout du jeu de Lambert trop théâtral, trop -Comédie Française-. Le réalisateur, lui aussi débutant, devait faire de nombreuses prises pour chaque scène à une époque où la pellicule était rare. Mais le problème le plus aigu est le filmage de la scène figurant l’accident d’avion dans la cordillère ces Andes. Le tournage de cette scène était prévu au départ en décor naturel; mais il s’avère bientôt impossible de transporter un avion des années 30 dans les Alpes. Il faut donc tourner en studio. Un panorama de montagnes enneigées est construit dans le studio de la rue François 1 er, aujourd’hui les locaux de la radio Europe n°1, pour la somme exorbitante de 1200000 francs. En outre certaines scènes devaient être tournée dans la zone libre, mais l’invasion de celle-ci en novembre 1942 rend le tournage impossible. Tous ces contretemps allonge la durée du tournage. Les comédiens en profitent pour réviser leurs exigences à la hausse.
Mais la vrai catastrophe c’est l’arrestation le 3 mars 1943 de Lambert. Il reste encore plusieurs scène à tourner! Comment finir un film sur Mermoz, sans Mermoz! L’équipe de production trouve une solution de colmatage. Dans les scène qui restent à tourner Mermoz n’apparaitra que de dos. Il sera interprété par Henri Vidal qui de dos ressemble à Lambert. Tranché aurait eu cette idée après qu’un barman d’un café, le Silène, près du studio de la rue François 1er, lui eut parlé de la ressemblance entre les deux hommes. Curieusement Henri Vidal qui épousera Michèle Morgan en 1949 n’a jamais évoqué cet épisode de sa vie à celle-ci. L’idéal serait de doubler les images d’Henri Vidal avec la voix de Lambert. La production apprend que ce dernier est enfermé au camp militaire de compiègne-Royallieu rebaptisé Front Stalag 122. Seule solution: se rendre sur place pour enregistrer la voix du prisonnier.
André Tranché est alors un jeune producteur de 29 ans qui a beaucoup misé sur Mermoz. Il raconte: <<J’ai téléphoné à un ami qui habitait Compiègne et qui avait le bras long. Il a tout arrangé. Je suis parti pour compiègne accompagné d’André Cottet le patron des studios des Buttes Chaumont. Mon ami m’avait indiqué le chemin vers le camp de prisonniers. J’ai approché le cul de la camionnette d’enregistrement le long du mur et je suis monté sur le toit. Tout était prévu. Lambert nous attendait de l’autre coté. J’ai déployé la perche au-dessus de l’enceinte et des barbelés avec le micro au bout. Hugues avait 10 ou 12 phrases à dire et il avait le texte en main; je lui avais fait parvenir par un intermédiaire qui lui avait expliqué que je voulais le faire relâcher. Après l’enregistrement, j’ai dû lancer: Allez, à très bientôt!>>.
En réalité pas plus Tranché qu’un autre ne fera de démarches pour libérer Lambert. Tranché fait en 1999 cette déclaration ignoble à Marc Epstein de l’Express : <<De mon point de vue, le film était terminé. Dans les années 30, un grand producteur américain m’avait donné un conseil: Mon petit, si vous voulez faire du cinéma, dites vous bien qu’un acteur, c’est un ouvrier, il est comme le plombier qui vient réparer le robinet. Il doit travailler. Ces gens là, c’est rien. Ca ne sert à rien d’être copain avec eux. Je ne l’ai jamais oublié.>>. On ne saurait mieux dire! A noter que le sieur Tranché a sévit dans le cinéma jusque dans les années 70 comme scénariste. On lui doit entre autres la version française du Grand silence de Corbucci. Ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient le film était sauvé peu leur importaient le destin de Lambert. Alors que très probablement la moindre démarche un peu appuyé aurait permis de le faire libérer. Le père de l’acteur comptait sur les messieurs du cinéma pour le faire libérer.
Le réalisateur lui aussi continua de tourner en tout une dizaine de films dont le dernier en 1959 s’intitule Symphonie pour un homme seul, il est peu probable malgré le titre qu’il ait alors songé au malheureux Lambert.
Le mystère des raisons et des conditions de son arrestation demeure. Il n’est pas certain comme le dit Tranché que Lambert ait été raflé dans un bar homosexuel. Une rumeur voudrait qu’il ait eu une liaison avec un officier allemand et qu’il aurait été dénoncé comme homosexuel par un autre officier allemand jaloux de son camarade! Une chose est certaine si son arrestation est du probablement indirectement à son homosexualité celle-ci ne peut pas en être la cause directe et encore moins officielle. Les homosexuels nombreux dans le monde du spectacle du Paris de l’occupation n’ont jamais été inquiété. Dans la distribution même de Mermoz Jean Marchat qui joue le rôle de Saint Exupéry vécu toute sa vie avec Marcel Herrand, l’interprète de Lacenaire dans Les enfants du paradis. Jean Weber, qui présenta une partie de la soirée de gala à l’Opéra de Paris, fut l’un des premiers acteur français à évoquer ouvertement, dès 1935, son attirance pour les hommes. Serge Lifar qui dansa le même soir sur une musique originale d’Arthur Honegger, était l’ancien amant de Serge Diaghilev, le créateur des Ballets russes.
13 janvier 2008
Tyler Duckworth photographié par Adam Bouska
MA SAISON SUPER 8

Fiche technique :
Réalisation
: Alessandro Avellis. Scénario : Alessandro Avellis. Image : Nicolas
Lefièvre. Son : Eric Buisset & Katherine Frégnac. Montage :
Alessandro Avellis. Musique : Fabien Waksman, Pauline Fraisse &
Fabrice Ploquin.
France, 2005, Durée : 74 mn. Disponible en VF.
Avec: Axel Philippon, Célia Pilastre, Roman Girelli, Antoine Mory,
Magali Domec, Thierry Barèges, Nicolas Quilliard, Nicolas Villena,
Jean-Marc Cozic, Rivka Braun, Gabriele Ferluga, Luisa De Martini, Marie
Casterez, Gisèle Bosc, Paco Pérez, Nicolas Christin, Nicolas Villena,
Jean-Paul Frankfower et Jean-Paul Nicolaï.
Résumé :
Paris,
début des années 1970. Après l’échec de son comité pédérastique dans la
Sorbonne occupée de mai 68, Marc (Axel Philippon), un jeune étudiant en
lettres, vit tant bien que mal sa condition d’homosexuel. Sa mère est
décédée. Il vit avec son père (Nicolas Quilliard) qui est gardien de la
paix. En même temps, Julie (Celia Pilastre), sa meilleure amie,
s’implique de plus en plus dans la cause féministe. Tous deux cherchent
à nouer le dialogue avec la classe ouvrière. Marc passe bientôt aux
travaux pratiques en tombant amoureux d’André (Roman Girelli), un jeune
ouvrier qui n’a guère de conscience de classe...
L’avis de Bernard Alapetite :
Voilà
un film dont on a bien des scrupules à dire du mal ; pourtant son
visionnage est une épreuve pour la vue, tant la caméra semble
constamment subir un roulis de tempête et poursuivre, sans jamais
pouvoir le rattraper, l’acteur qui parle à l’écran. Comme de nombreux
néophytes, Alessandro Avellis doit sans doute malheureusement penser
que la frénésie peut masquer l’indigence technique.
L’idée de retracer, à travers une fiction, la naissance du mouvement
revendicatif gay, très librement inspiré de l’histoire du FHAR, est une
louable et généreuse idée, mais le tourner dans un deux pièces équivaut
à filmer Guerre et paix
dans une Isba ou la conquête des pôles dans un igloo ! N'ayant pas ou
peu d'images d'archives sur la création du Front Homosexuel d'Action
Révolutionnaire, Ma Saison Super 8
tente de combler ce vide en retraçant l'aventure politique audacieuse
d’une poignée de jeunes homosexuels au début des années soixante dix.
Le film couvre (très légèrement) la période allant de 1968 à 1972. Il
mélange des faux documents d'époque, pour les scènes de reconstitution
« historique », tournées en super 8, avec des épisodes de pure fiction
qui, eux, sont filmés en DV.
Ma Saison Super 8 appartient
au cinéma fait dans sa cuisine. Le film est tout de même moins
calamiteux, ne serait-ce que par le sujet qui enfin s’évade de
l’étroite autofiction, que les productions par exemple de Rémi Lange.
Mais je rappelle que ce type de cinéma a aussi donné un chef d’œuvre Pink Narcissus.
On frôle le
ridicule dans les scènes de « foule », le réalisateur cadre toujours
serré une dizaine de personnes au maximum, non pour un effet esthétique
mais tout simplement parce qu’il n’a visiblement jamais plus que cette
poignée de figurants à se mettre sous la caméra. Au cinéma, comme
ailleurs, l’incurie ne peut pas toujours se cacher sous le prétexte du
manque de moyens. Même avec un petit budget, la figuration n’est pas
une question de liquidités, mais d’entregent de l’équipe préparant le
tournage. Avec un peu d’audace, de relations, de gentillesse et
d’enthousiasme elle doit parvenir sans trop de mal à rassembler une
cinquantaine de pékins (raccord pour jouer les maos).

Dans le cas présent, le réalisateur doit être un grand timide, détesté de sa famille... Ceci dit, Garrel dans Les Amants
réguliers nous a filmé les émeutes du Quartier Latin avec une vingtaine
de gus, ce n’était guère mieux, mais Garrel fils (et même petit-fils) y
est plus convaincant qu’Axel Philippon... Comme on le voit, mai 68 n’a
pas de chance avec la fiction cinématographique. Plus convaincant est
Bernardo Bertolucci avec Les Innocents
(encore avec Louis Garrel) mais les événements printaniers ne sont
qu’une vague toile de fond (plutôt un drap en l’occurrence) pour les
ébats de ce jeune et fougueux ménage à trois informel. L’histoire
pourrait se passer lors de n’importe quelle période troublée, les
guerres de religion comme la débâcle de l’an 40...
Le comédien principal, Axel
Philippon, est mimi, bien qu’un peu tête à claques, mais son jeu n’est
pas à la hauteur de sa plastique. Heureusement, les filles sont
meilleures...
Malgré l’amateurisme de la réalisation, le film parvient tout de même à
bien restituer (pour beaucoup ce sera une découverte) une partie de la
mentalité française du début de ces années soixante-dix avec
l'intolérance de l'extrême gauche et de la population pour
l’homosexualité. Je suis admiratif de la justesse avec laquelle il
retranscrit les bavasseries éructantes, fumeuses, mais marxistes, de
l’époque. Autre point fort du film, l’absence d’anachronismes, certes à
part les protagonistes on ne voit guère autre chose dans le plan qu’un
objet et un lambeau de papier peint. Mais l’objet est presque toujours
crédible pour l’époque (j’ai tout de même tiqué sur un radioréveil qui
me paraissait un peu trop moderne), mais surtout les vêtements sont
parfaits. Un grand bravo pour l’habilleuse et l’accessoiriste (pour son
prochain film, je conseille à Téchiné de les engager ce qui lui évitera
peut-être les nombreux anachronismes qui plombent Les Roseaux sauvages et Les Témoins
par exemple). Il aurait fallu néanmoins leur dire que, si l’orange
était la couleur dominante ces années-là, tout n’était tout de même pas
orange ! Si donc le film réussit le prodige de ne pas contenir
d’anachronismes, en particulier pour les costumes et les coiffures,
c’est qu’il a bénéficié des recherches de Gabriele Ferluga, jeune
historien de l’homosexualité, qui a écrit une thèse sur l’affaire
Braibanti, Il processo Braibanti
(Zamorani, Turin, Italie), un livre sur le procès d’Aldo Braibanti,
poète et écrivain italien condamné en 1968 pour son homosexualité.
Ferluga s’est ensuite associé avec Alessandro Avellis pour réaliser La Révolution du désir, un
documentaire sous-titré : « 1970 : la libération homosexuelle ». Je n’ai pas encore vu ce film mais les bonus du DVD de Ma Saison Super 8
offrent un aperçu qui donne envie d’en voir plus, surtout par la
liberté de ton des témoins qui semblent échapper à l’habituel
échantillonnage de ce genre de production. À propos des bonus, il y a
aussi un making of. Je m’y suis précipité, espérant apprendre pourquoi
un Italien trentenaire décide un beau matin de filmer dans son deux
pièces la naissance, la vie puis la mort du FHAR vu par un de ses
membres. Après avoir vu la chose, mensongèrement nommée, mais plutôt
moins mal filmée que le film, je n’en sais toujours pas plus sur les
motivations du réalisateur car durant dix minutes on ne voit que les
acteurs pouffer. Les « poufferies » sont le cancer des bonus. Entre
deux gloussements, on s’aperçoit que les moyens du tournage n’étaient
pas si misérables que cela...
Ma Saison Super 8 montre
aussi, mais maladroitement, l'évolution de la mentalité d’une partie de
la jeunesse française d’alors, qui passa du militantisme d'extrême
gauche anti-bourgeois à la libération sexuelle. Malheureusement tous
les personnages ne sont que des caricatures et manquent trop
d’épaisseur pour que l’on s’y attache. Le récit aurait gagné en
crédibilité si on avait pris soin par exemple de nous dire comment vit
matériellement Marc. L’inscription sociale d’un personnage est
primordiale pour que le spectateur entre en empathie avec lui, règle
peu observée dans le cinéma et en particulier dans le cinéma français.

Le
film de fiction qui relaterait à la fois une histoire d’amour et les
prémisses de la libération gay est encore à tourner. Il est toujours
difficile de mêler l’Histoire à une histoire serait-elle gay, mais en
littérature Jean-Louis Bory dans La Peau des zèbres
(éditions Gallimard) y est brillamment parvenu, le moment historique
n’étant pas les événements de 68, mais dix ans plus tôt, déjà au
printemps, l’accession au pouvoir du Général de Gaulle...



































