Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

21 janvier 2008

POUR UN SOLDAT PERDU

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Hollande, 92 mn, 1992

Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama et         Valerie Valentine. Réalisé par Roeland Kerbosch. Scénario : Roeland Kerbosch, d’après le scénario original de Don Bloch.         Directeur de la photographie : Nils Post. Copisiteur : Joop Stokkermans.
Disponible en VO et VOST.

Avec: Andrew Kelly, Elsje de Wijn, Freark Smink, Gees Linnebank, Jeroen Krabbé, Maarten Smit, Moniek Kramer, Rients Gratama, Valerie Valentine.



Résumé :
La rencontre amoureuse de Jeroen, jeune hollandais de 12 ans, et d’un soldat canadien un peu perdu, en pleine guerre mondiale.


L’avis de Bernard Alapetite
A l’automne 1944, les troupes alliées délivrent la Belgique et le sud des Pays-Bas, mais le nord du pays reste encore aux mains des allemands. Les cheminots hollandais se mettent en grève, en représailles, les nazis coupent les vivres et le fuel dans la partie du pays qu’ils occupent encore. Cet hiver sera nommé ”hunger winter”: l’hiver de la faim. Les allemands restaient, eux, bien nourris et chauffés. Les rafles des juifs pour les camps de la mort se poursuivaient (50 000 pour la seule Amsterdam). Beaucoup d’amsterdamois moururent de faim et de froid, d’autant que ce dernier hiver de guerre fut exceptionnellement rigoureux. Les parents qui le purent envoyèrent leurs enfants à la campagne, où la nourriture manquait moins, dans les familles d’accueil. Voilà le substrat historique sur lequel se déroule cette histoire.

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Rudi van Dantzig fut l’un de ces enfants. Il vivra, jusqu’à peu après la fin de l’occupation, printemps 45, au nord de la province de la Frize, dans une famille de pêcheur. En 1986, il tire un récit autobiographique romancé de cette expérience, une émouvante nouvelle intitulée: ”Veer een verboren soldaat”. Elle traite pour une large part de l’amitié sensuelle qu’il développa avec un soldat de l’armée canadienne.
Van Dantzig fut longtemps célèbre à Amsterdam en tant que danseur étoile du ballet des Pays-Bas, puis encore plus reconnu comme chorégraphe. La nouvelle devint aussitôt un best-seller. Traduite en anglais et publiée à Londres par Bodley Head en 1990 sous le titre: ”For a lost soldier”. En 1992, Roeland Kerbosch tourne le film librement inspiré du livre, et portant le même titre. Le film reçut un accueil tiède tant de la part de la critique que du public hollandais. Au printemps 1993, le film tourne en Amérique du nord, d’abord dans les festivals, puis dans le circuit commercial.
Les critiques hollandais trouvèrent le film trop joli, trop gentil comparé à la noirceur de la nouvelle; mais le grief principal fut le traitement de l’histoire d’amour trop explicite selon la critique alors que la nouvelle laisse planer l’ambiguité sur les relations exactes entre le garçon et le soldat. Ces mauvaises critiques, et surtout le sujet sulfureux, expulsa rapidement le film des grandes salles vers un petit cinéma de l’ouest d’Amsterdam, fréquenté par un public mélangé: survivants de l’hiver de la faim et amateurs de garçons. Le bouche à oreille fut bon, et le film connu un relatif succès durant l’été 1992.

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Si le film n’est pas un parfait chef-d’oeuvre, c’est à cause de la séquence initiale où l’on voit Rudi van Dantzig adulte, joué par l’américano-hollandais Jeroen Krabbe (l’acteur fétiche des débuts de Paul Verhoeven), chorégraphe faisant répéter par de jeunes danseurs, absolument splendides dans leur collant brillant, un ballet commémoratif de la libération. Cette entrée en matière n’est pas complètement convaincante et surtout ne s’intègre pas avec le reste du film. Mais aussitôt que “Pour un soldat perdu” revient quarante ans en arrière, il devient beaucoup plus vivant. Nous découvrons le garçon de douze ans fourré dans un camion, à l’aube, avec d’autres enfants, inquiets d’être séparés de leurs parents. Puis nous le voyons s’adapter lentement à sa nouvelle famille, à la fois simple et profondément religieuse, comprendre et apprendre peu à peu la langue frisonne. Les canadiens libèrent la Frise. Le garçon attire l’attention d’un soldat de cette armée; flirter avec lui, en tomber amoureux, devenir son amant, et avec angoisse, le perdre quand partent les troupes. Le jeune interprète, Maarten Smit est parfait. Son visage est non seulement beau, mais surtout remarquablement expressif, le rôle demande une grande variété d’humeurs. Lors d’une interview télévisée en 1992, il a alors quatorze ans, il déclara que pleurer ne lui posa aucun problème, il n’avait qu’à imaginer sa mère en train de mourir, rire lui fut plus difficile, il pensait que son rire était faux et que cela le faisait trembler à chaque fois. Autocritique injustifiée, le garçon est toujours très naturel dans la peau de son personnage.

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Andrea Kelby est convaincant dans le rôle charismatique et quelque peu énigmatique du soldat canadien, caché derrière ses lunettes noires, qui au milieu des incertitudes de la guerre, est capable de s’abandonner émotionellement au garçon, comme Jeroen s’abandonne au soldat. Andrea Kelby forme un excellent contraste avec la fraîcheur du jeune Smit à la présence magnétique.
La grande qualité du film est son authenticité. Il fut tourné dans le même village frison où van Dantzig a passé ces mois de guerre. Le réalisateur, Roeland Kerbosh a lui aussi été envoyé dans un village de la Frise durant l’hiver de la faim. Le travail de la caméra est sobre, sans mouvement inutile. Mais c’est grâce au tact et à l’honnêtetè de la mise en scène de la relation sentimentale et physique entre l’homme et le garçon qui fait que ce film n’a aucun égal dans le cinéma pour la franchise et le charme. Par exemple la scène dans laquelle le garçon et le soldat font connaissance... Le soldat conduit une jeep. Le garçon marche sur la route, rentrant à la maison. La voiture le dépasse. Le soldat lui demande de monter. Le garçon tourne les talons et repart en sens inverse. La jeep fait demi-tour, repasse devant Jeroen, tête haute, un léger sourire taquin aux lèvres. Quand la voiture fait à nouveau demi-tour, le garçon arborant maintenant un large sourire se retourne et se met au milieu de la route, barrant le passage au véhicule. Smit et Kelby interprètent parfaitement cette petite scène qui sera à jamais gravée dans la mémoire du spectateur.
Les deux ”amoureux” s’adonnent à des jeux brutaux et fougueux. Cette étrange intimité entre ces deux corps est filmée sans gêne ni complexe. Nous voyons l’homme et Jeroen s’embrasser, se mettre nus, chahuter sous les couvertures, tout cela filmé avec un grand naturel. Le rapport physique est condensé par un long gros plan sur le visage du garçon lors de l’acte sexuel. Nous les découvrons plus tard étendus sur le lit en une étreinte relâchée. Toutes ces scènes qui pourraient être graveleuses sont tournées avec beaucoup de tact et de pudeur qui, paradoxalement en renforce l’audace. Le dialogue minimum, Jeroen parle peu d’anglais et le soldat pas du tout de néerlandais, ajoute à l’intensité de leur relation. Le film est dialogué en trois langues: le frison, le néerlandais et l’anglais, langues quelque fois incomprises par l’un ou l’autre des personnages.

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“Pour un soldat perdu” magnifiquement joué et réalisé célèbre la découverte de l’amour. Avec optimisme, ce film ne dit rien d’autre que la découverte de l’amour physique, même à treize ans, peut-être une belle chose. Le fait que les deux protagonistes soient du même sexe et d’age différent ne semble pas être le plus important, mais que l’essentiel est dans la simplicité d’âme du soldat et du garçon. ”Pour un soldat perdu” est un film lumineux.
En France,contrairement aux magasins Virgin, la FNAC à refusé de vendre la VHS du film.
Puisque j’avais été l’éditeur de ce film en VHS en 1995, je pensais qu’il serait possible de le sortir en dvd; mais mon distributeur me dit alors (en 2003) qu’il refusait de le distribuer...

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Les propos du réalisateur
<<Il y a deux raisons qui m’ont amené à réaliser ce film. L’une est autobiographique j’étais comme le garçon du film, l’un de ces enfants qui avait été envoyé dans le nord rural de la Hollande durant la guerre pour échapper à la famine. J’ai retrouvé beaucoup de mes souvenirs dans cette histoire. Mais j’ai sept ans de moins que l’écrivain et son expérience avec le soldat canadien ne m’est jamais arrivé. Beaucoup de détail dans la première partie du film sont tirés de mes souvenirs. La deuxième raison est que j’avais envi de réaliser une love-story comme le ”Lolita” de Nabokov, mais en remplaçant la fille par un garçon et observer ce qui se passe. J’ai voulu montrer que l’amour n’a que faire que vous soyez fille ou garçon. Mais au contraire de ”Lolita” c’est le plus jeune qui est obsédé par le plus âgée. Après que le soldat eut montré son intérêt pour le garçon. C’est Jeroen qui le relance par la fraîcheur naïve de ses manières, ce qui séduit l’adulte. C’est le garçon davantage que le soldat qui mène le jeu, en cela c’est comparable à ”Lolita”.
Ils essayent chacun de définir leur sexualité. Ce sont des personnages seuls et solitaires. L’environnement où ils sont ne leur convient pas, et c’est une raison pour pour laquelle ils sont attirés l’un par l’autre. Ils ne parlent pas la même langue. Quand Jeroen arrive d’Amsterdam il ne comprend pas le dialecte frison, quand au soldat il ne parle que l’anglais. Ce sont des circonstances qui les rapprochent. Ils sont environ une semaine ensemble, pas plus. Cela ne pouvait pas être plus qu’une aventure. Le soldat devait suivre son régiment et quelques semaines plus tard la mère du garçon allait le ramener à Amsterdam. J’ai voulu montrer que ces relations doivent être considérées individuellement. Notre culture n’encourage pas la reconnaissance de la sexualité des enfants. Je suis surpris du nombre d’hommes, et pas seulement des gays qui ont eu ce genre d’expérience dans leur jeunesse. Beaucoup de gens sont venu me voir, me dire qu’ils ont eu une aventure similaire et que le film les les avait d’autant plus ému. Je ne m’étais pas rendu compte que cela arrivait si souvent et bien sur, pas seulement pour les garçons mais aussi pour les filles.
Le soldat dit: ”Dès que je t’ai vu j’ai su que tu étais mon genre de mec”. Ce n’est pas une approche sexuelle. Parles moi de toi, est le sens de la scène. Au départ la scène était beaucoup plus longue. Le soldat racontait sa vie au Canada, Jeroen, marchant à ses cotés, écoutant d’une oreille distraite. Nous avons coupé au montage pour ne pas ralentir le film. De la peut-être quand Walt demande quel genre de mec es-tu? cela parait plus intéressé, mais ce n’est pas une invitation.

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Lors du tournage le garçon qui joue Jeroen avait treize ans. C’est un garçon vif et intelligent cela n’a pas posé un problème intellectuel, la communication a été très facile. Je crois que durant le tournage il a beaucoup appris grâce à l’excellent contact qu’il a eu avec les autres acteurs. Je crois que ce film a été pour lui un très bon moyen de découvrir sa propre sexualité. Le jeune homme qui interprète le fils du fermier est dans la vie un proche ami de Marten Smit, et est gay. Il a renseigné le garçon sur l’homosexualité pour préparer le tournage.
La seule scène qui a gêné les acteurs est celle où le garçon mord le doigt du soldat. La scène de rapport sexuel a été assez difficile. C’était gênant car tout le monde savait ce que cela signifiait. Le garçon aussi, bien qu’il n’est jamais eu cette expérience. Le jour de tournage a été très dur. Nous étions tous très fatigués et l’acteur qui joue le soldat était tendu et de mauvaise humeur. Le même jour nous avions tourné la scène d’adieu du soldat, quand il rentre avec Jeroen et parle à son père adoptif. Ce soir la l’acteur qui jouait le soldat rentrait en voiture à Amsterdam, le jour suivant il m’a dit au téléphone qu’il avait pleuré en chemin car pour lui c’était un véritable adieu aux scènes les plus importantes du film. Il m’a dit j’ai pleuré car j’ai réellement dit adieu au garçon alors que nous avions une formidable relation. Il restait encore quelques jours de tournage, mais c’était des scènes beaucoup plus faciles moins intimes.

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Dans le livre les scènes de sexe sont beaucoup plus explicites, plus crues. Le déroulement de la relation est plus long. Dans un film il est interdit de montrer un pénis en érection. Bien que je trouve cela ridicule, c’est un fait. Si vous cherchez une audience il faut faire quelques concessions. Cependant je n’ai pas l’impression d’avoir fait des restrictions significatives. Mon intention était de rendre plus chaleureuse la relation entre le garçon et le soldat que dans le livre où elle est assez froide et plus sexuelle que romantique contrairement au film.
Il y a vingt ans on n’aurait  pas pu faire un tel film et le montrer aussi librement. Je savais que dans un premier temps le public touché serait d’abord le milieu gay; mais le bouche à oreille fonctionnant le public intéressé dépasse largement le strict milieu gay. Je pense que ce film peut toucher tout les publics.>>.




Posté par bernar alapetite à 08:59 - cinéphagie gay - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Salut Bernard
Ai reçu hier une copie sous titrée en anglais du film POUR UN SOLDAT PERDU achetée sur EBay.Je l'ai visionné hier soir.C'est un très beau film..plein de tendresse...Par contre j'ai noté une erreur factuelle...le drapeau du Canada montré dans les festivités de la Libération ne date que de la fin des années 1960 ou début de 1970???
Merci pour cette découverte
Yves

Posté par Yves, 05 février 2008 à 17:36

Le réalisateur veut nous faire croire qu'il est "interdit" de montrer une scène de sexe frontale, or ça n'est pa vrai du tout, d'ailleurs il ajoute que c'est lié à la recherche d'un certain public. Par conséquent, pas de public, pas de fonds, pas de film. Pourtant, le refus des concessions, c'est possible. Manifestement un film beaucoup plus lisse (par rapport au livre).

Posté par jef, 25 juin 2008 à 15:10

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