Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

25 décembre 2007

No night is too long

Fiche technique :

 Réalisateur : Tom Shankland. Scénario : Kevin Elyot et Ruth Rendell, d’après le roman de Ruth Rendell signé de son pseudonyme Barbara Vine. Images : Paul Sarossy. Montage : Allan Lee. Musique : Christopher Dedrick. Direction artistique : Peter Andriga.
Durée : 120 mn. Disponible en VO et VOST.

Avec: Lee Williams, Marc Warren, Mikela J Mikael, Salvatore Antonio, Beverley Breuer, Rob Bruner, Liam Mc Guigan et Philip Granger.


Résumé :
Tim (Lee Williams) est un brillant étudiant d’une petite université d’Angleterre non loin de son domicile familial, une station balnéaire du Suffolk. Il ne répugne pas à se faire faire une petite gâterie par sa copine, sur la plage, au clair de lune. Ce qui ne l’empêche pas, au détour d’un couloir de sa fac, de tomber en arrêt – tel le setter moyen face à un col vert égaré – devant Ivo (Marc Warren), un jeune professeur mâle de paléontologie dont bientôt le visage l’obsède. Bravant sa timidité toute relative, il le drague. Au début l’objet de ses désirs est froid comme ses chers fossiles, mais il n’est pas à long à tiédir. Il s’ensuit une torride passion sexuelle. Mais plus Ivo devient incandescent, plus notre inconséquent étudiant se refroidit. Et quand Ivo invite son jeune amant à l’accompagner en Alaska, où il anime des croisières scientifiques, Tim le suit à contrecœur. Arrivé dans un port de ce « bout du monde », suite à un imprévu (?), Ivo doit abandonner son amoureux dix jours dans ce lieu inhospitalier, avant leur embarquement. Le jeune homme nous avait déjà prévenu « que l’ambivalence ne l’effraie pas », même distrait, et c’est difficile devant ce film passionnant, dont je ne vous dévoile qu’une couche de l’intrigue, et encore partiellement. Or donc, ne supportant pas la solitude, il jette son dévolu sur une jeune femme, Isabel (Mikla J. Mikael). Je cite : « idéale pour passer le temps. » Ce qui ne devait être pour Tim qu’une alternative à ses nombreuses visites au bar de l’hôtel se transforme en une passion fusionnelle. Mais au bout de ces dix jours, Isabel prend la fuite et Ivo revient. La croisière qui promettait d’être idyllique se transforme en enfer. L’amour a fait place à la haine. Tim ne rêve que de rejoindre Isabel à Vancouver, mais comment se débarrasser d’Ivo ? En le tuant ?

L’avis de Bernard Alapetite
:
Quand on se met devant sa télévision, même devant un programme de PinkTv, on s’attend rarement à être mis en présence de ce qui devrait être un modèle pour les auteurs de films gays. Voilà, enfin, une production qui ne considère pas l’homosexualité comme une fin en soi et l’unique sujet possible du film, mais comme une chose tout à fait banale et qui, pourtant, la place au cœur de l’intrigue de ce thriller haletant ; en fait le moteur des événements qui précipiteront les amoureux vers l’inéluctable, sans que leur sexualité ne soit jamais culpabilisée. Ruth Rendell a créé le personnage du garçon fatal.
Comme dans toutes les histoires de ces dames anglo-saxonnes qui améliorent leur thé ou leur whisky, au choix, d’une dose de strychnine, les rebondissements sont un peu abracadabrantesques (sic), mais c’est la loi du genre pour que l’on reste, comme ici, scotché à l’écran durant deux heures. Dans No night is too long, nous sommes plus près de Patricia Highsmith que d’Agatha Christie.
L’intrigue, comme dans tous les livres de Ruth Rendell – experte en thriller psychologique depuis quarante ans – pose ces questions : « pourquoi devient-on meurtrier ? » ou «  comment devient-on victime ? » Parce qu’un jour, sans le savoir, on prend une route... ou un couloir au bout duquel se trouve la mort violente. Le cinéma devrait être bien reconnaissant à la romancière. Son roman, L’Homme à la tortue, est devenu devant la caméra de Pedro Almodovar En chair et en os (dvd TF1 vidéo) et L’Analphabète, devant celle de Claude Chabrol, La Cérémonie. Il a aussi adapté La Demoiselle d’honneur, cette fois sans en changer le titre. Claude Miller a fait de même avec Betty Fisher.Toute l’histoire est racontée en voix off par Tim. La plus grande partie du film est constituée d’un flash-back qui nous ramène quelques mois en arrière. Nous assistons à la rencontre de Tim et d’ Ivo, et aux événements qu’elle va générer. Cette narration est entrecoupée par des retours au présent, qui n’en sont pas moins angoissants que les péripéties du passé, mais aussi par des incursions à une époque plus lointaine, dans laquelle Tim vivait dans son collège une amitié particulière avec un aîné. On peut regretter que cette partie n’aie pas été plus explorée, ce qui aurait rajouté un peu d’épaisseur à cet aîné un peu trop falot. En revanche, le film aurait gagné à ce que la durée de certains plans soit raccourcie. Tom Shankland a tendance à les faire traîner un peu trop longtemps. Puisque cette production était d’emblée destinée à la télévision, on peut penser qu’un format de 2 fois 1h30, constituant une mini série, n’aurait pas été de trop au vu de la complexité de l’intrigue et de la richesse des personnages et aurait été mieux adaptée que les 120 minutes du film…
L’un des atouts du film est l’originalité des lieux de tournage. L’Alaska n’est pas l’État des USA le plus filmé et bien peu de réalisateurs ont planté leurs caméras sur les plages du Suffolk, malgré leur indéniable charme. La réalisation ne se dépare jamais d’une belle maîtrise du cadre qui bénéficie d’un éclairage froid et soigné. Elle utilise avec habileté le décor qui n’est pas seulement une toile de fond pittoresque pour l’intrigue mais un véritable acteur du drame. Elle aurait toutefois pu nous éviter des effets spéciaux numériques un peu trop présents, telle cette profusion d’éclairs pour rendre les ciels dramatiques et signifiants ou ce maquillage de l’île fatale en Île des morts de Bocklind. Le directeur de la photographie qui signe de si belles images est Paul Sarossy. Il est entre autre le collaborateur habituel d’Atom Egoyan. On lui doit la photographie des remarquables Voyage de Felicia et La Vérité nue.
Comme presque toujours dans un film anglais, la distribution est parfaite. En particulier Lee Williams qui compose un Tim complexe et changeant qui fait parfois penser au jeune Ripley et à qui on met longtemps à accorder notre sympathie. Il porte le film de bout en bout. Il tient le premier rôle dans un autre film gay, l’extravagant Les Loups de Kromer (dvd BQHL). Il participe à de nombreuses productions télévisées anglaises. On peut le voir en particulier dans le rôle de Jon Forsyte, dans la somptueuse nouvelle version de la saga des Forsyte. Il apparaît également dans Billy Elliot et Mauvaise passe. Marc Warren (Ivo) a une présence étonnante ; son inquiétant magnétisme rappelle celui de Malcom Mc Dowell à ses débuts.
Si les scènes de sexe, aussi bien hétérosexuelles que gays, ne sont pas particulièrement bien filmées, le réalisateur se rattrape en nous offrant de beaux plans tendres et sexy après l’amour. No night is too long est co-produit par la télévision britannique d’État, la BBC. Le film a été diffusé à une heure de grande écoute, la deuxième partie en soirée. Combien de chaînes françaises, hors celles du câble, diffuseraient et produiraient un film comme celui-ci qui met, et montre, l’attirance sexuelle de deux hommes au centre de son intrigue ?

No night is too long peut se traduire par « Les Nuit ne sont jamais trop longues », phrase que dit Ivo à Tim au plus fort de leur amour. Jamais le film ne vous paraîtra trop long. Espérons qu’il fasse école, tant sur le fond, que dans la forme.

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La sucette arc-en-ciel

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24 décembre 2007

Le moineau d'Edfou


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Le vert paradis d'AES+F Passage de Retz

IMG_1987Si il y a bien une exposition à ne manquer sous aucun prétexte c'est celle du groupe russe AES+F   Passage de Retz. Si j'avais déjà croisé l'oeuvre de ce collectif iconoclaste, en particulier à la dernière FIAC, je ne connaissais pas encore ce superbe lieu qui fait un écrin parfait au travail de ces audacieux créateurs. Il ne s'agit pas d'une galerie mais d'un lieu privé d'exposition, un peu comme la Pinacothèque où a lieu en ce moment une remarquable exposition Soutine. Il vous coûtera donc 8€ pour visiter cette exposition qui récapitule dix ans de travail du groupe sur l'enfance et l'adolescence. Ce n'est pas cher payé pour un spectacle de cette qualité.
AES sont les initiales de Tatiana Arzamasova (né en 1955), de Lev Evzovitch (né en 1958) et de Evgeny Svyatsky (né en 1957). Ces artistes ont formé ensemble le groupe AES en 1987. Depuis 1995 ils travaillent avec le photographe Vladimir Frickes d'où AES+F. Ces athlètes de l'art ils sont peintres, "installateurs", cinéastes, metteur en scène,  dessinateurs, sculpteurs, architectes... travaillent et vivent à Moscou.  Cette "famille artistique", comme ils se définissent, affirme ne pas subir  la censure du pouvoir mais plutôt celle de la société russe, qui aime à penser que tout va bien depuis la chute du communisme et qui n'apprécie guère ce miroir tendu.D'autant que leur style néobaroque peut évoquer la tradition de l'art monumental soviétique.

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Nous commençons notre parcours par une salle où sont accrochés quatorze portraits photographiques de jeunes filles de moins de 18 ans.  C'est la série  Suspectes.  Sept de ces images ont été réalisées dans une colonie à régime sévère pour mineures ayant commis des meurtres injustifiés avec une cruauté particulière. Les sept autres des portraits d'élèves d'écoles secondaires de Moscou.  Les portraits des meurtrières sont mélangés à ceux des jeunes filles de bonne s familles.  Chaque fille est habillée et maquillée de façon semblable. Les photos ne laissent voir que leur buste sur un fond neutre. A vous de découvrir les virtuoses du couteau de cuisine... La réponse au "jeu" n'étant pas donné on ne peut vérifier tout le bien que je pense du psychomorphisme...

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Puis en soulevant un lourd rideau noir on accède à une belle salle de projection où sur trois écrans est projeté simultanément une vidéo de 19mn 25s qui est le clou de cette installation et le film le plus surprenant que l'on puisse voir à Paris en ce moment.

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IMG_2012Ce programme s'intitule "La dernière révolte". Il est présenté par ces mots, dans le luxueux catalogue (30€) édité à l'occasion de l'exposition, <<Le monde virtuel engendré par le monde réel du vingtième siècle s'accroît exponentiellement comme un organisme vivant dans une boite de Petri. Il dépasse ses propres frontières et envahissant toujours de nouvelles zones, il finit par engloutir ses créateurs et par se transformer en quelque chose de tout à fait nouveau. Dans ce nouveau monde, les guerres réelles apparaissent comme un jeu vidéo. Les tortures dans les prisons ressemble plutôt aux exercices sadiques de Walkiries modernes. Les technologie et les matériaux transforment le milieu environnant artificiel en paysages fantastiques d'un nouveau paradis. Ce paradis est un mutant où le temps s'est pétrifié, où le passé côtoie le futur et dont les habitants n'ont plus ni sexe, ni âge et se rapprochent des anges. C'est un monde où tout fantasme, même le plus cruel, le plus trouble ou le plus érotique, parait naturel dans cette réalité en 3 D, mouvante et privée de perspectives aérienne. Les héros de ce poème épique d'un genre nouveau n'ont qu'une seule identité: celle des participants de la dernière révolte. La révolte de tous contre tous et contre soi-même, lorsqu'il y n'y a plus de différence entre la victime et l'agresseur, le masculin et le féminin. Ce monde célèbre la fin des idéologies, de l'histoire et de la morale.>>.



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Plus prosaïquement que voyons nous? Sur trois écrans une sorte de ballet se développe avec des valeurs de plan différentes de la même action selon l'écran. Les protagoniste sont des adolescents filles et garçons, avec une forte prédominance de garçons qui exécutent un rituel de sacrifice chaque agresseur devenant le sacrifié dans la scène suivante. Certains de ces simulacres de massacre dégagent une forte sensation d'homo érotisme. Les corps à corps lascifs et morbides, mais toujours esthétiques, laissent place à intervalles réguliers à des images en 3D de paysages idylliques et futuristes, façon jouet Lego aux couleurs pimpantes qui sont régulièrement bouleversés par des catastrophes diverses et variées. Le choc entre ces deux esthétiques antinomiques est particulièrement troublant.
On sort de la confortable salle de projection pour être confronté avec les grandes photographies réalisées en même temps que la vidéo. Elles fixent les moments forts du film.

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Les belles salles, sorte de grandes serres donnent toutes leur chance aux oeuvres pour marquer durablement le spectateur; de grandes ouvertures entre les pièces permettent de comparer les diverses installations. Il est indéniable que "La dernière révolte" qui date de cette année est à la fois plus sombre et plus forte que les précédantes. Les jeunes acteurs ne se contente plus d'exiber leurs armes comme dans "Action half life" mais en font usage.

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C'est une véritable rétrospective qui nous est présentée, si pour ceux qui n'ont pas eu la chance de visiter la dernière biénale de Venise où "La dernière révolte" était projeté dans le pavillon de la Russie, cette dernière série sera un véritable choc, on peut également mesurer l'évolution et la diversité du travail d'AES+F (le groupe traite aussi d'autres sujets que l'adolescence mais ils ne sont pas ici) et également déceler les influences que ces artistes subissent. En premier lieu, surtout pour les sculptures du projet "Action half life" on pense beaucoup à celles des frères Chapman . Mais la fascination pour la beauté adolescente évoque également les photographies de Bernard Faucon .

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Gérard Lefort pointait justement dans Libération tout ce que ces images devaient à l'art classique occidental: << Mais ce qui frappe aussi c’est une fine connaissance (ou inconscience) des poses de l’art occidental le plus classique. Pour l’exemple, ce médaillon (photo), où une jeune Salomé noire tranche la tête d’un Jean le Baptiste roux. Comme si, par une rencontre « fortuite » digne de Lautréamont, AES+F avait photo-chopé quelque Titien.>>.

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Le catalogue propose des clés utiles pour la lecture d'une oeuvre beaucoup plus dérangeante que pourrait le faire croire un survol trop rapide de celle ci, comme en témoigne cette déclaration des artistes sur l'héroisme et la jeunesse: <<Nos héros - des adolescents - appartiennent à un âge héroique, l'âge du jeune berger qui a vaincu le géant, du bâtard qui a extrait de la pierre l'épée magique et est devenu roi. Tous nos jeunes héros sont des vainqueurs dans l'univers virtuel. L'ennemi est absent, la douleur et la souffrance sont interdites par les règles du jeu. Ils sont à tel point aliénés que rien ne peut les détourner de leur exploit personnel, même la bataille virtuelle générale. Ils sont vainqueurs d'un ennemi inexistant. L'origine de "l'héroisme pur" dans un monde d'une réalité vacillante, tel est le sujet de notre oeuvre...>>
Au delà de cette profession de fois pour la geste aristocratique, on peut y lire aussi le désir,  dans ces images d'une adolescence magnifiée et héroissisée, d'une refondation d'une société, ici la société russe, comme on le décelait naguère dans les sculptures de Rude ou de Breker..

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Ci-dessous des images prisent lors de la diffusion de la vidéo.

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Informations pratiques
L'exposition est ouverte jusqu'au 7 janvier 2008 de 10 à 19 heures tous les jours sauf le lundi
Passage de Retz
9 rue Charlot 75003 Paris

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22 décembre 2007

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Les films de 2007

Chaque année je me livre à l'exercice un peu vain, mais qui curieusement m'apporte toujours un petit plaisir que je ne saurais définir, d'établir, à l'instar des gazettes que je dépouille, le classement des dix meilleurs films vus dans l'année. Je m'aperçois que l'année 2007 aura été une des années où je serais allé le moins au cinéma. La raison en est peut être la fréquence de mes voyages, je vais très rarement au cinéma hors Paris et même je fais assez peu d'infidélités à ma salle préférée, mais surtout l'offre, cette année, est moins parvenue à me faire sortir de ma tanière. Il y a bien sûr d'assez nombreux films que j'ai aimés à part cette dizaine...

1- Les lettres d'Iwo Jima
2- Une jeunesse chinoise
3- Avant que j'oublie
4- Ratatouille
5- Election 1
6- Les chansons d'amour
7- I dont want to sleep alone
8- Persepolis
9- Still life
10- La vie des autres

Mon critère principal est le plaisir que j'ai pris à voir le film en question, ce qui est hautement subjectif et montre que le plaisir est pluriel...

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Gravure anglaise sur bois du début du XXème siècle

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21 décembre 2007

Je suis une légende

1078film20071218_222723_0_bigJe suis allé avec beaucoup de réticences voir ce film. Comme toujours méfiant pour les adaptations, d'autant que celle-ci est d'un de mes livres préférés de science-fiction et un des premiers que je lus dans ma lointaine adolescence. Je posséde encore le volume qui me procura tant d'émois. C'est un petit volume de la célèbre collection Présence du futur, des éditions Denoel, qui hébergeait bien des merveilles sous leurs couvertures énigmatiques où, sur fond blanc, une ellipse floue semblait poursuivre un cercle net. Les deux figures géométriques n'avaient pas toujours la même couleur, tantôt violet, tantôt bleu, tantôt ocre jaune... Ma méfiance étant encore renforcée du fait que j'avais beaucoup aimé l'adaptation qui fut fait du chef d'oeuvre de Richard Matheson sous le nom de "Survivant". Film dans lequel Charlton Heston sort de ses emplois stéréotypés. La version au budget minuscule dans lequel Vincent Price joue le rôle principal m'avait quant à elle ravit par son habileté.
Mes craintes sont vite tombées par la maîtrise qu'a le cinéaste de nous suggérer la situation sans longues et fastidieuses explications. Tout passe par l'image et la mise en scène. Will Smith presque mutique est étonnamment sobre. On n'échappe cependant pas aux scènes tire larmes sur la famille du héros. Mais intérêt principale du film est de nous montrer un New-York vidé de sa population. Je suis toujours bluffé par les possibilité des effets spéciaux qui nous offrent des images aussi spectaculaires que Park avenue laissé aux seules biches ou que la cinquième avenue striée d'herbes folles. Amoureux de New-York vous ne pouvez pas manquer Je suis une légende, ne serait-ce que pour frissonner devant le Brooklyn bridge éventré.
medium_legende Toute cette exposition de la terre, ici New-York, dévastée est fidèle dans son esprit au livre. Mais le film est irrémédiablement gâché par la rencontre de notre héros avec une femme et son fils (?) porteurs d'un message messianique directement issu de la droite conservatrice religieuse. Ces personnages n'ont aucune épaisseurs ni vérités et ne font que mettre en évidence les lacunes du scénario: tout comme après la catastrophe du 11 septembre nous ne voyons aucun des cadavres de la pandémie, pourquoi et comment certains meurent alors que d'autres sont transformés en espèce de zombi? Si ces créatures dégénèrent faute de nourriture comment expliquer qu'ils se transforment dans le même temps en êtres musculeux (la texture des zombis n'est pas convaincante) capables de grimper aux murs telles de véloces araignées...
Mais le clou est l'image de fin lorsque la femme et son fils rejoigne une communauté miraculeusement préservée (comment?) qui ressemble à ce qui doit être le  rêve des partisans de Bush junior, une Amérique composée de petits villages, serrés autour d'une belle église pimpante, peuplée que de blancs bien propres et protégée par de hauts murs infranchissables pour les puissances du mal. Emerveillez vous d'un New-york post apocalypse et sortez avant la fin.

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Scène pour imaginer

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Lilies

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Fiche technique :
 Réalisateur : John Greyson. Scénario : Michel-Marc Bouchard, d'après sa propre pièce. Montage : André Corriveau. Photo : Daniel John. Musique : Mychael Danna. Directeur artistique : Marie-Carole de Beaumont.
Canada, 1996Durée : 95 mn. Disponible en V0 et VOST.

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Avec : Ian D Clark, Marcel Sabourin, Aubert Pallascio, Jason Cadieux, Danny Gilmore, Matthew Ferguson, Brent Carver, Rémy Girard, Robert Lalonde, Gary Farmer, Alexander Chapman, John Dunn-hill, Paul-patrice Charbonneau, Michel Marc Bouchard, Khanh Hua, Benoît Lagrandeur, Pierre Leblanc, Jean Lévesque, Antoine Jobin, Alain Gendreau, Simon Simpson, Eddy Rios, Martin Stone.


Résumé :
Québec, 1952, un évêque, monseigneur Bilodeau (Marcel Sabourin) est envoyé dans une prison afin de confesser un ancien camarade de collège, Simon Doucet (Aubert Pallascio), prisonnier et malade. Il a été condamné à perpétuité, il y a quarante ans pour un meurtre. Mais le prisonnier ne se confesse pas. Avec la complicité de ses codétenus, Simon Doucet parvient à séquestrer l'évêque dans la chapelle, où il l'oblige à regarder une pièce jouée par les prisonniers dans laquelle ils reproduisent des événements vieux de quarante ans.
Elle lui raconte l'éveil et les premières expériences homosexuelles de trois adolescents en 1912. Dès qu'il entend les noms des trois garçons: Vallier de Tilly (Danny Gilmore), Jean Bilodeau et Simon Doucet (Jason Cadieux), l'évêque reconnaît sa propre histoire et comprend que sa vie est en danger.
À cette époque, au collège catholique de Roberval, Simon jouait une pièce évoquant le martyre de Saint-Sébastien dans une représentation scolaire avec son ami Vallier, dont il était éperdument amoureux. Vallier est le fils d'une excentrique comtesse française (Brent Carver) exilée dans ces lointaines contrées dans l’attente d’une hypothétique restauration de la monarchie dans son pays, seule condition pour qu’ elle puisse daigner y revenir... Bilodeau, qui essayait vainement de convaincre Simon d'aller au séminaire, était le spectateur jaloux des deux acteurs amoureux. Bilodeau, lui-même amoureux de Simon, brise leur union en provoquant un incendie qui cause la mort de Vallier. Même s'il se dit innocent, c'est Simon que la justice condamne...
Lilies noue un inextricable réseau d'intrigues, d'alliances, de trahisons et de jalousies, qui mettront à jour un secret vieux de 40 ans.
L’avis de Bernard Alapetite:
Peu de films nécessitent autant de patience. On met longtemps à se laisser envoûter par ses superbes images et pour entrer dans la complexité du dispositif narratif, mais rares sont ceux qui offrent une si belle récompense aux pugnaces et aux patients. Bientôt l’émotion finira par les submerger.
Baroque et bouleversant, romantique et rigoureux, Lilies joue sur plusieurs registre
s, et gagne en chacun d'eux. On y trouvera aussi bien une brûlante histoire d'amour qu’une remarquable métaphore sur la création. Ce qui aurait pu n'être qu'un Roméo et Juliette gay, devient, grâce à l'intelligence du scénario de Bouchard et à la mise en scène inspirée de John Greyson une histoire, universelle et intemporelle, sur l'amour fou, le prix du secret et l'art de la dissimulation.

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Le n
œud du drame, la représentation du Martyre de saint Sébastien nous ramène à l’âge d’or des collèges classiques, où l’on montait régulièrement des pièces du répertoire et où les rôles de femmes étaient tenus par des garçons. Parabole du film, le Martyre de saint Sébastien métaphorise l’amour. Le scénario, qui passe du récit de prison au drame historique, offre une structure de mise en abîme : l’évêque est spectateur de sa vie qui est transformée en une pièce de théâtre alors que le déclenchement du drame qui bouleversa son existence était justement la représentation d’une pièce ; le tout est filmé et vu in fine par nous, les spectateurs d’aujourd’hui. Cette construction en strates, l'histoire à l'intérieur d'histoires, du scénario de Michel-Marc Bouchard, dramaturge célèbre au Québec qui a adapté sa propre pièce Les feluettes , convient parfaitement à la propre démarche du réalisateur, grand amateur de dispositifs gigognes et d’aller et retour entre le passé et le présent.
Petit aparté linguistique qui me parait indispe
nsable. Le sous-titre du film, Feluette, vient d’une déformation de l’adjectif fluet, aujourd’hui en joual (langue majoritairement parlée au Québec), il a acquis une connotation péjorative pour désigner les homosexuels.

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Le film évoque une situation historique peu perceptible pour un non québécois
: la continuité entre le Québec du début du XXe siècle et celui des années 50, toujours étouffé par l’obscurantisme catholique, alors que le règne de Maurice Duplessis ne soulevait pas encore suffisamment de contestation pour être renversé.
Pour la première fois avec Lilies
, John Greyson ne filmait pas un de ses scénarios. Il a réussi à adapter pour l'écran une pièce qui reposait davantage sur l'évocation que sur l'illustration, sans pour autant la trahir ou diluer sa charge romantique. Il a décloisonné le huis clos d'origine en le transposant dans un lieu géographique imaginaire dans lequel des hommes, codétenus du héros, tiennent tous les rôles. Un artifice qui se fait vite oublier pour orienter les spectateurs vers l'essentiel du récit axé sur les jeux de miroirs et les faux-semblants. Greyson a privilégié les images au symbolisme appuyé, en harmonie avec la photographie aux tons chauds.

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Jouant sur le réalisme, le symbolisme et l'onirisme, ce film superbe, qui allie la magie du cinéma à celle du théâtre, montre à quel point la vérité se cache derrière des masques.
Si l’on veut trouver une filiation cinématographique à Lilies
, c’est dans les œuvres les plus baroques de Fellini comme E la nave va, Amarcord ou Casanova qu’on la trouvera.
La réalisation très soignée a visiblement bénéficié de gros moyens. Daniel John, chef opérateur d’un autre très beau film gay
, Handing garden, virtuose du clair-obscur, a du regarder longuement les œuvres du Caravage avant d’empoigner sa caméra. Il a bien fait, il en reste quelque chose dans ses magnifiques images où néanmoins parfois, il lui arrive de perdre le point ! D’autres séquences comme celle de la mort de la mère en forêt ou encore celle de la torride scène d’amour entre les deux garçons dans la baignoire sont directement inspirées de la peinture pré-raphaélite. La photographie possède une beauté visuelle qui donne une profondeur au sentiment de perte, d'espoir et de colère qui anime toute l'œuvre de Greyson.
Nous sommes continuellement surpris par ces scènes où la toile peinte d’une représentation de patronage se transforme soudain en un cossu décor victorien tout droit sorti d’un film de James Ivory ou bien en une rue d’un village canadi
en du début du XXe siècle. L’inventivité du montage fait constamment douter le spectateur de l’époque qu’il découvre sur l’écran. Le lieu, même, est remis en question par le fait que les acteurs s’expriment en anglais alors que l’action est clairement située chez les canadiens français, licence habituelle au cinéma mais d’autant plus perturbante cette fois que certains comédiens parlent l’anglais avec un fort accent français.

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La direction d'acteurs est irréprochable. Brent Carver campe une aristocrate déchue avec beaucoup de finesse. Quant aux deux acteurs jouant les adolescents amoure
ux, non seulement ils sont bons, comme toute la distribution, mais ils sont aussi sublimes. Pour une fois, de manière pas trop subliminale, on peut admirer les fesses de Danny Gilmore qui nous offre leur succulent pommé, mis en valeur par la délicate cambrure des reins. L’un des plus beaux fessiers qu’il m’ait été donné de pouvoir admirer au cinéma !
Greyson convoque également la littérature. On peut voir dans le film une rémi
niscence de Genet dans son homo-érotisme élégiaque de la prison. Film culte dans les pays anglo-saxons Lilies n’a bizarrement jamais été distribué en France. Il a été récompensé par le prix "Génie du meilleur film", "Meilleur film 1997" au Festival du film international gay et lesbien de San Francisco, et le prix du "meilleur film canadien" au Festival des Films du Monde de Montréal.
Cette f
lamboyante adaptation de la pièce Les Feluettes, de Michel-Marc Bouchard, Lilies de John Greyson prouve avec éclat que le théâtre d'auteur a sa place au cinéma.
Les éditions Home scr
een ont édité un dvd en Belgique avec des sous-titres français mais sans le moindre supplément.

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