Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

28 décembre 2007

La vérité ou presque de Stephen McCauley

Au fil du Nil, petits fragments de ce livre savoureux:

<<Les couples de garçons qui affichent leur fidélité sont généralement rangés dans la catégorie eunuque et invités à des dîners où les gens parlent de chiens...
Il avait fini par comprendre que les gens ont hâte de déverser leurs plus noirs secrets parce qu'ils sont persuadés que tous les homosexuels vivant comme ils le font dans un marécage d'ambiguité morale, ne sont pas en position de juger les autres...>>

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Lanskoy

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Composition en vert


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Miroir divin

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27 décembre 2007

XXY

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Argentine, 2007, 1h 31

Réalisé par Lucia Puenzo, scénario: Lucia Puenzo d'après l'oeuvre de Sergio Bizzio, Directeur de la photographie: Natasha Braier, musique: Andrés Goldstein & Daniel Tarrab, Montage: Alex Zito & Hugo Primero 

Avec: Inés Efron,Martín Piroyansky, Ricardo Darin, Valeria Bertuccelli, Carolina Pelleritti, Germán Palacios, Guillermo Angelelli, César Troncoso, Jean-Pierre Reguerraz, Ailín Salas, Luciano Nóbile,Lucas Escariz

Résumé:
Un couple d’argentin et leur fille ont quitté Bueno Aires pour aller vivre dans un petit village de la cote uruguayenne où le père biologiste étudie les tortues marines locales. Ils vivent dans une maison de bois perdue dans les dunes. On comprend assez vite que cette fuite était surtout pour protéger leur fille. On comprend moins vite que leur fille Alex agée de quinze ans est en fait un hermaphrodite. XXY commence avec l'arrivée d’un couple d’amis de la mère qui leur rend visite. Leur fils de seize ans, Alvaro, les accompagne. On comprend, pas vite du tout, que si le père d’Alvaro a accepté l’invitation c’est qu’il est un spécialiste en chirurgie esthétique (et néanmoins un sale con) et s’intéresse médicalement au cas d’ Alex. Les deux adolescents tombent amoureux l’un de l’autre...

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L’avis de Bernard Alapetite
Le premier atout du film est son sujet: l’hermaphrodisme quasiment jamais traité au cinéma, je ne me souviens guères que du “Mystère Alexina” de René Feret ou du “Satyricon” de Fellini abordant la question. Ou bien encore du court-métrage documentaire “L'Hypothèse hermaphrodite”  d’ Alain Burosse qui brossait, en 1997, un tableau de l'hermaphrodisme à travers les arts et la science. Il y a aussi Mika, l'un des personnages de “Fudoh” de Takashi Miike en 2001 qui était  atteint par cette particularité génitale et ce doit être a peu près tout... En littérature il y a bien sûr “Middlesex”, de Jeffrey Eugenides, le roman de référence sur le sujet.

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Petit rappel cuistre de mythologie grecque, Hermaphrodite est l'enfant d'Hermès et d'Aphrodite, il est doublement sexué et a hérité de ses parents leur beauté. Après son union avec la nymphe Salmacis, Hermaphrodite et son épouse ne forment plus qu'un seul être à la fois mâle et femelle.
Précisions médicales encore plus cuistre: Le titre ne peut  correspondre à l'histoire car les personnes XXY sont de phénotype masculin.

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Plus précisément XXY se penche sur les troubles que cette particularité engendre chez le sujet, son entourage et plus généralement dans une société dans laquelle la différenciation des sexes est une règle fondamentale même si elle est rarement explicitée. Les questions que se pose Alex sont essentielles pour son devenir: doit-il choisir un sexe?  Et lequel? Aime-t-il (elle) les filles et/ou les garçons. Peut-elle assumer cette bisexualité génétique? Sont corps peut-il devenir un objet de désir et non de voyeurisme malsain?... Surtout peut-il (elle) supporter le regard des autres. Le film, même s’il n’est pas toujours complètement maîtrisé, au delà de ce cas particulier, pose le problème plus générale du regard de la société sur l’ inhabituel qu’elle nomme monstre pour mieux le tenir à distance.

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Avec tact Lucia Puenzo, pour son premier film, montre la souffrance que cette particularité provoque chez une jeune fille exposée aux ragots crapoteux et libidineux, à la brutalité d'une médecine qui ne parle que de  traitements aux corticoïdes et de chirurgies "réparatrices". Elle met en évidence la culpabilité qui ronge les parents.

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Les deux jeunes acteurs sont formidables, même si au début on ne comprend pas bien quel peut être le problème d’Alex qui est remarquablement interprétée par Inés Efron, une comédienne argentine de 24 ans,  tant son coté masculin est loin d’être évident. Une des bonnes idées du film est de n’avoir pas fait des deux jeunes protagonistes des êtres immédiatement aimable. Alex est une sauvage, violente et solitaire avec pour seule compagnon un petit iguane vert. Persuadée d’être un monstre, Alex va dans ce sens, donnant des coups, cassant le nez de son meilleur ami, provoquant ses camarades. L’actrice utilise beaucoup son regard d’animal blessé pour faire passer sa différence... Quant à Alvaro c’e’t un grand dadais qui pourtant au deuxième regard ne manque pas de sensualité...

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Le reste de la distribution est également remarquable. Une mention spéciale pour Ricardo Darin qui incarne le père d'Alex. Cet acteur argentin est familier du public français pour avoir été l'un des héros des deux dernier films du regretté Fabián Bielinsky, “Les Neuf Reines” (2000) et “El Aura” (2005).
Si le film est pudique, il n’esquive pas la crudité dans la scène bien filmée de l’ etonnante relation sexuelle entre Alex et Alvaro. Il dépeint  justement le trouble d'Alvaro puceau à l'homosexualité inavouée devant le corps d'Alex androgyne butée mais impatiente de sexe, qui lui prouve qu'elle possède une façon bien à elle (!) de le satisfaire. Les deux adolescents se découvrent une complicité amoureuse et sexuelle inattendue. XXY met bien en évidence l’obsession qu’a Alex pour son pénis surnuméraire.

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Le propos du film est renforcé par le fait de l’avoir situé dans un milieu particulièrement machiste, une petite communauté de pêcheurs sur la cote uruguayenne. Comme dans un autre film sud américain de cette année, “La Léon”, XXY nous offre des images d’une contrée presque jamais montrée au cinéma.
Affleure habilement dans le scénario, qui manque parfois pourtant de rigueur, la profonde coupure qui existe dans la société argentine entre la “droite” incarnée par le père d’Alvaro et la “gauche” personnifiée par celui d’Alex.

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XXY a aussi l'avantage de créer une visibilité sur plusieurs   millier de personnes en France qui subissent des “mutilations” arbitraires chirurgicales de “ normalisation”. Il faut savoir que chaque jour des nouveaux nés ont les organes génitaux “mutilés” pour en faire “des hommes” ou des “femmes”...
Malheureusement ce film très attachant ne manque pas de carences. En premier lieu, il est affaibli par un montage trop lâche qui étire inutilement les scènes, bien des plans sont inutiles. L’abus de nombreux silences soulignés par des regards qui se voudraient lourds de sens est agaçant et suggère surtout que la cinéaste et ses acteurs sont mal à l’aise dans les scènes dialoguées.

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Si je comprend bien la volonté de la cinéaste de mettre les images à l’unisson de la tension des protagonistes, il y a bien peu de soleil sur cette plage, surtout du gris, un ciel bas, une mer opaque, la maison en bois est terne, ses intérieurs sombres, il y a quelquefois des pluies diluviennes... Il n’en reste pas moins que la colorimétrie est souvent laide et que le film semble mal étalonné.
Enfin, est ce à cause d’une hâte bien compréhensible de tourner son premier film, que la cinéaste a omis de développer certains aspects de son scénario qui ne sont restés qu’ embryonnaires comme la position du père d’Alex vis à vis des pêcheurs autochtones ou le personnage très intéressant et très bien joué de l’ami d’Alex?

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Que ces réserves qui ne sont en rien rédhibitoires et bien naturelles pour un premier film, ne vous retiennent pas de découvrir le film le plus original de l’année.
XXY a été récompensé par le Grand Prix de la Semaine de la critique lors de la soixantième édition du festival de Cannes, en 2007. Il  est le candidat argentin à l'Oscar du meilleur film étranger pour 2008.

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La nouvelle bibliothèque d'Alexandrie

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Egypte, Alexandrie, décembre 2007

Je profite de ces images pour vous signaler ce site qui mèle avec élégance et intelligence architecture et cinéma



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The death of french culture

timeDans l'édition européenne du magazine américain Time, datée du 3 décembre on pouvait lire: << La France est devenue un bazar multiethnique d'art, de musique et d'écriture des banlieues et des coins disparate du monde non blanc...>>. Comment mieux dire ce que je pense depuis des années de ce pays où on a eu de cesse que d'encenser la marge alors que depuis longtemps il n'y avait plus de page.
Faut-il ajouter qu'un tel constat serait impubliable dans une revue de France, pays qui a ajouté la langue de coton à la langue de bois et où la seule liberté est d' ânonner avec les ilotes...

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26 décembre 2007

Jack Harris

                      
                   

                  



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Rites of passage

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Fiche technique :
 Réalisé par Victor Salva. Scénario : Victor Salva. Images : Don E. Fauntleroy. Musique : Bennett Salvay. Montage : Ed Marx. Son : Benjamin Patrik.
USA, 1999, Durée : 95 mn. Disponible en VO.

Avec: Dean Stockwell, James Remar, Jason Behr, Kenny Cloutier, Andrew Cooper, Marianna Elliott (II), Joseph Foss, George Georgiadis, Brenda James, Robert Glen Keith, Joseph Kell, Andreas Michael Lamelas, J . Nancy Sawyer, Rondell Sheridan, Thomas G. Waites et Jaimz Woolvett.

 
Résumé :
Del Farraday (Dean Stockwell), la soixantaine bourgeoise et sportive, invite pour quelques jours, son fils aîné (Robert Glen Keith), jeune avocat englué dans sa médiocrité banlieusarde, dans son chalet de chasse, situé au bord d’un lac, en pleine forêt. Il désire se réconcilier avec lui. Arrivant au chalet, les deux hommes sont surpris d’y trouver déjà Campbell, le plus jeune des fils de la famille, que pourtant le père avait chassé deux ans auparavant lorsqu’il avait découvert son fils dans les bras d’un autre garçon. La nuit tombe, autour de la table du dîner la tension monte. Le père, brutal et homophobe, veut s’expliquer avec ses deux fils, lorsque soudain on frappe à la porte de la maison. Deux étrangers (James Remar et Jaimz Woolvett) demandent de l’aide. Ils prétendent que leur voiture est en panne dans ce lieu isolé. Del Farraday les fait entrer. Bientôt on découvre que c’est un piège. Les deux hommes sont en fait de dangereux psychopathes évadés de prison. Il s'avère que le fils gay est à l'origine de tout cela. Il s’est lié d'amitié, et même plus, avec l’un des taulards. Il a monté ce traquenard afin de se venger de son père, à qui il ne pardonne pas d’avoir brisé son histoire d’amour. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme Campbell l’avait prévu...

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L’avis de Bernard Alapetite :
Ne baraguinons pas : nous voilà devant l’un des meilleurs thrillers de ces dernières années. Le film bénéficie d’un savoir-faire cinématographique indéniable, d’une interprétation remarquable et surtout d’un scénario palpitant et toujours imprévisible. Il est en outre riche d’un sous texte qui permet au spectateur d’imaginer bien des péripéties hors champ. Rites of Passage échappe à tout accent mélodramatique. L’angoisse est distillée avec beaucoup d’habileté. Les quelques retours en arrière sont bien amenés. Ils offrent à la fois des plages de calme, faisant redescendre la tension, et des informations sur le passé des personnages, éclairant notamment l’incommunicabilité entre le père et ses fils. Le film évite le piège de la prise de parti, du bon contre les méchants, tant cette barrière entre le bien et le mal demeure ici floue et insoupçonnée. Rites of Passage n’est pas une œuvre gay, selon la dénomination classique dans le cinéma américain, mais l’homosexualité nourrit toute l’intrigue.
Cela commence comme un drame familial, pour se métamorphoser en un thriller haletant. Victor Salva raconte, dans le commentaire du film sur le DVD, qu'il s'est inspiré d'événements de son passé pour écrire son scénario. Il a été également doté, comme son héros, d’un père autoritaire et obtus. Le tournage a été vécu pour lui de manière cathartique. Il a réalisé Rites of Passage directement après être sorti de prison. Le réalisateur, qui n’a jamais caché son homosexualité, ce qui aurait difficile au vu de ses films, a en effet été condamné à plusieurs années de prison, malgré ses dénégations, pour des actes de pédophilie sur un garçon de 12 ans. Il se serait inspiré de certains de ses anciens codétenus pour les personnages des tueurs.
C'est en 1986, à l'occasion de la Sony/AFI Home Video Competition que Victor Salva – qui a commencé dès l’âge de treize ans à tourner des courts métrages en super 8 – est remarqué par Francis Ford Coppola, membre du jury. Son court métrage, Something in the basement, reçoit le prix dans la catégorie fiction. Deux ans plus tard, Francis Ford Coppola produit le premier long métrage de ce Californien d’alors trente ans, Clownhouse, un thriller à petit budget, dans lequel trois garçons sont attaqués par trois malades mentaux déguisés en clowns. Dès lors, le cinéaste se spécialise dans le registre de la série B angoissante ; il signe en 1995 Nature on the beast, un autre thriller interprété par Eric Roberts et Lance Henriksen. L'année suivante, Victor Salva change de genre cinématographique et met en scène son premier film fantastique, Powder, pour les studios Disney. Interprété par Jeff Goldblum et Mary Steenburgen, ce long métrage met en scène les aventures d'un jeune homme, doté de pouvoirs de télékinésie. C’est un énorme succès commercial. Après son incarcération, il est mis au ban d’Hollywood mais Coppola ne l’a pas oublié et co-produit Rites of Passage, de l’aveu de Salva son film le plus personnel. Puis il revient à ses premières amours, le thriller d'épouvante, avec Jeepers Creepers, le chant du diable. Ce film à petit budget et sans prétention, dans lequel deux adolescents se retrouvent aux prises avec une terrifiante créature, remporte un succès surprise à travers le monde. Cette faveur du public le remet définitivement en selle et il ne tarde pas à lui donner une suite, sobrement intitulée : Jeepers Creepers II (2003). Cette fois, c'est à un bus rempli de basketteurs que le monstre s’attaque. Les deux Jeepers Creepers sont à forte teneur homoérotique. On ne risque pas d’oublier une séquence du début de Jeepers Creepers II où de beaux adolescents prennent un bain de soleil sur le toit de leur schoolbus ! En 2006, Victor salva a tourné Peaceful Warrior qui se déroule dans un gymnase, avec Scott Mechlowicz et Nick Nolte mais qui ne nous est pas encore parvenu ici, sur nos écrans.

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L’interprétation de Rites of Passage est irréprochable. Elle démontre quel réservoir de talents possède le cinéma américain. Il faut bien dire qu’avant le film de Salva, on attendait peu de choses de Jason Behr, vu presque seulement à la télévision, surtout dans Roswell. Il a fait aussi de nombreuses apparitions dans d’autres séries comme JAG (où il retrouve Dean Stockwell), Profiler, 7 à la maison, Cracker et Buffy. En 1999, il joue le rôle récurrent de Chris Wolfe dans la série Dawson (saison 2). Parallèlement à sa carrière télé, Jason fait une courte apparition dans Pleasantville avec Reese Whiterspoon. Ici, il est remarquable dans son rôle de jeune gay écorché vif et tient le film de bout en bout. On l’a revu avec plaisir dans The Grudge. On a pu voir Robert Glen Keith (D J Farraday) en vedette dans l’excellent remake californien de Mort à Venise, Death in Venice, CA. À la manière d’Hitchcock, Salva apparaît furtivement en pianiste d’hôtel au tout début de Rites of Passage.
Pouvez-vous vous souvenir, vous que la camarde a épargné et qu’Alzheimer traque, du temps où, rue d’Ulm ou bien dans un pelucheux cinéma de quartier, vous restiez le dernier, assis dans votre inconfortable fauteuil, au risque de vous faire écraser les orteils, jusqu’à la dernière image pour tenter de mémoriser le générique du film que vous veniez de voir, classique ou nanar peu importait ; ce qui comptait, c’était d’engranger un maximum d’images et de noms, qu’ensuite vous vous réciteriez pour conjurer vos insomnies, comme d’autres se remémorent la litanie des empereurs romains ou la nomenclature des papes. Si vous êtes de ceux-là, mes frères cinéphiles et cacochymes, l’apparition du nom de Stockwell, le père homophobe, aura dû vous titiller la mémoire. Vous vous serez précipité vers votre bibliothèque ou votre ordinateur et « mais bon dieu, mais c’est bien sûr ! », ce nom vous disait quelque chose, mais comment reconnaître dans ce père intransigeant Le Garçon vert du film éponyme de Losey traqué par tous parce que... différent.

Rites of Passage est une œuvre mature. On sent que le réalisateur est proche de ses personnages. Il traite frontalement de l'homophobie tranquille de certains parents. Le couple père/fils composé de Dean Stockwell et Jason Behr fonctionne à merveille dans cet affrontement entre le désir d’être soi et les vieilles lunes moralisatrices. Il est aussi très rare de trouver l'homosexualité au centre d'un thriller américain. Elle est presque toujours cantonnée dans les comédies ou les comédies dramatiques. Chaque scène est excellemment filmée. Salva sait bien profiter des magnifiques décors où il a eu le bon goût de situer son thriller. Don E. Fauntleroy, qui signe aussi l’image des deux Jeepers Creepers, est un virtuose des atmosphères nocturnes dans lesquelles se déroulent les trois quarts du film.
Il y a un DVD seulement pour la zone 1, sans sous-titres français, chez deux éditeurs (??). Il contient un précieux commentaire du réalisateur et des scènes coupées qui ne sont pas inutiles à la compréhension de l’intrigue et qu’il aurait été bon de garder dans le montage final.

Pour plus d’informations :
Voir la bande annonce

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Bikeboy

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25 décembre 2007

LES REBELLES DU DIEU NEON

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Taiwan, 90mn, 1992

Réalisation: Tsai-Ming-Liang, Scénario : Tsai Ming.Liang, Photos : Liao Pen-Yung, Musique : Huang Hsu-Chung, Montage : Wang Chi-Yang, Production : Hsu Li-Kong, Decors : Lee Pao-Ling

avec: Lee-Kang-Sheng, Chen Chao-Jun, Miao Tien, Hsiao Kang, WANG Yu-Wen, LU Hsiao-Ling, LU Yi-Ching 

Résumé
Deux jeunes gens, Ah-Tze (Chen Chao-Jun), et Ah-Kuei, sur leur moto slaloment entre les voitures. Ils dépassent un taxi conduit par un homme d’âge mûr (Miao Tien), à ses coté son fils Kang-Sheng (Lee Kang-Sheng) auquel il a proposé de l’emmener au cinéma. L’adolescent semble fasciné par le couple à moto, image de liberté et de sensualité. Quand le feu passe au rouge, les deux-roues se faufilent au premier rang, bloquant le taxi. Le chauffeur s’impatiente, klaxonne. Ah Tze se laisse dépasser, puis le redépasse et brise le rétroviseur latérale du taxi. Le taxi fait une embardée et va heurter une autre voiture... On entre bientôt dans la famille de Kang-Sheng, Le garçon est flanqué d’une mère mystique (LU Hsiao-Ling) et d’un père démissionnaire. Kang-sheng retrouve le vandale quelque temps plus tard et le suit. Lassé du travail scolaire, il a abandonné ses études au grand dam de son père, Il piste le jeune loubard dans des rues où la pluie ne semble jamais cesser. Il est secrètement amoureux du motard, sans que rien ne soit explicite. Le jeune homme abandonne sa moto pour rentrer dans un hôtel. Kang-sheng en profite pour détruire l'engin. Il laisse une signature sur le sol: "Le prince Ne Cha est passé."...

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L’avis de Bernard Alapetite
Les rebelles du dieu néon est le premier long-métrage de cinéma de Tsai-Ming-Liang. Il est aussi le premier volet d’une trilogie, suivront Adieu l’amour puis La rivière, son chef d’oeuvre (ces deux films sont réunis dans un dvd aux éditions Films sans frontières). L’essentiel des obsessions du metteur en scène s’y trouve déjà. L’eau est omniprésente. Les garçons souffrent en silence et portent leur croix de solitude et de frustration. Et pourtant la première scène du film est une scène joyeuse, de jouissance passagère: Un garçon et une fille sur une moto, un couple uni par le hasard. Le jeune homme, Ah Tze  a rencontré... dans les toilettes de son appartement une fille, Ah Kuei, qui vient de faire l’amour avec son frère. Ce dernier l’a laissé là comme une chose périmée, dans une scène mémorable de machisme: la fille est allongée nue sur le lit, l’homme est déjà habillé, il lui glisse sa carte de visite dans la main et lâche une réplique incongrue: <<Si tu comptes acheter une voiture, appelle-moi.>>. Ah Tze lui propose de la raccompagner. Mais ils ont un accident. C’est   une séquence typique du cinéma de Tsai-Ming-Liang dans lequel on part d’une image joyeuse pour arriver à un échec, toute action, tout désir se délite La famille est un tombeau. Sans oublier une obsessions qu’il partage avec un bon nombre de cinéastes asiatiques, mais aussi curieusement britanniques: les salles de bains et toilettes en tout genre.
Autre caractéristique de son cinéma l’ aphasie généralisé des personnages qui les font déambuler la nuit, en silence dans des paysages urbains sinistrés.
Ces paysages hiératiques sont illuminés par la grâce de Lee kan Shen, le double juvénile du réalisateur, non un double à la façon du Doisnel de Truffaut, mais un double dont il aurait un impérieux désir sexuel. La scène où le garçon saute sur son lit, puis s’y abandonne vêtu que d’un provoquant slip blanc immaculé est un des sommets érotiques du cinéma gay, et pourtant dénué de tout acte sexuel. La grande force de Tsai Ming Liang est de respecter son spectateur et de le vouloir aussi intelligent que lui même. Le choix de la sexualité de son héros est clair pour ceux qui savent voir. La scène où il détruit la moto du loubard, pour le punir de son hétérosexualité? et combler momentanément sa frustration, pendant que celui-ci fait l’amour à sa petite amie est la scène clé du film.

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La moto et le scooter sont des échappatoires pour les jeunes gens. La ville pullule de contre-lieu à l’espace familiale clôt, (arcades de jeux vidéo, boutiques de mode, patinoire, discothèques) où la liberté peut s’exercer sans frein. Les Rebelles du dieu néon s’articule autour d’une opposition, qui atteindra sa splendide apogée dans La rivière entre l’espace stérile, coincé, exigu, de la vie domestique  et le champ ouvert de la ville, dont Tsai Ming Liang capture l’infinie mouvance, les jeux des rencontres fortuites, les séductions dangereuses, la solitude aussi...
Xiao-kang, personnage récurrent de toute une oeuvre, est dans sa posture favorite, celle du voyeur, lorsque Ah Tze découvre sa moto vandalisée. Hsiao Kang, seul dans sa chambre d’hotel observe sa victime, filmé en contre- plongée, vêtu de ses seuls sous-vêtements blanc immaculés, le garçon danse, saute sur le lit, il se cogne la tête contre le plafond et s’ecroule sur la couche dans une sorte d’orgasme! On ne sait pas si Hsiao Kang veut être Ah Tze ou être aimé de lui, sans doute les deux. Tout le film joue de cette ambivalence. Mais ne serait ce pas la relation qu’entretient Tsai Ming-Liang avec Lee Kang-Sheng? Discret sur celle-ci, voilà comment il raconte la découverte de sa “muse”: <<J’ai découvert Kang-Sheng dans une de ces arcades où les ados vont jouer sur des écrans vidéo. J’étais à la recherche d’un ”mauvais garçon”. Kang-Sheng n’a pas l’air d’un mauvais garçon, mais il donne l’impression d’avoir juste fait quelque chose de mal... Quand je l’ai rencontré, il essayait de passer l’examen d’entrée à la fac, qu’il avait déjà raté quatre fois de suite. Et ça le tracassait beaucoup car dans son système de valeurs, aller en fac représentait quelque chose de sérieux. Alors il faisait des petits boulots pour gagner de quoi payer les frais d’inscription dans une boîte à bac, tout comme le personnage qu’il joue dans Rebelles... J’ai écrit le scénario de Rebelles pour lui. J’ai créé un personnage qui lui ressemble beaucoup, de façon qu’il puisse être vraiment lui même en le jouant.>>.
TSAI MING-LIANG est né en Malaisie dans l’état de Sarawak en 1957. Il est élevé par ses grands-parents, qui étaient vendeurs de nouilles, c’est sans doute ce qui explique dans son cinéma les fréquentes présences de petits marchands. La principale distraction de l’enfant est le cinéma. Il se gave de films américains, hong-kongais, indiens... Au lycée, il découvre Chaplin avec Les lumière de la ville, à propos duquel il écrit sa première critique de cinéma. Il s’installe à vingt ans à Taiwan où il obtient, quatre ans plus tard, son diplôme d’art dramatique. Il écrit alors plusieurs pièces de théâtre (dont Instant bean sauce noodle en 1981, et A sealed door in the dark en 1982). Il crée un one-man-show expérimental (Wardrobe in the room en 1983) traitant de la solitude dans les grandes métropoles. Il écrit des scénarios pour la télévision jusqu’en 1989 et aussi pour le cinéma notamment pour Wang Tung. En 1989 il commence à réaliser des téléfilms. (The happy weather, For away, All corners of the sea , Li hsiang’ love line, My name is Mary, Ah-Hsiang’s first love, Give me a home, dans lequel joue Miao-Tien qui est le père de Lee Kang-Sheng, dans Rebelles et La rivière, The kid 1991). C’est dans The kid, en 1989, que Tsai Ming-Liang fait tourner pour la première fois Lee Kang-Sheng. Il y joue un délinquant qui vole l’argent du repas d’un écolier. Tsai Ming-Liang filme ce racket comme une drague. Lee repère le gamin dans une salle de jeux vidéo; le regarde longuement et intensément; le suit dans le labyrinthe des ruelles de la vieille ville. Il entre en contact avec lui en allant pisser à coté de lui contre un mur. C’est ce qui devient le prétexte du racket <<Petit on ne pisse pas ici pour rien.>>. (on pense beaucoup au Kid return de Kitano qui possède un homo-érotisme proche de celui de Tsai Ming-Liang.).
Typiquement asiatique dans son rythme, la référence la plus immédiate du film est pourtant américaine. Lee Kang-Sheng, affublé d’un tee-shirt de James Dean, tombe en arrêt devant une affiche de celui-ci. C’est donc très ouvertement de La fureur de vivre dont il est question dans Les Rebelles du dieu néon. Et de ce qu’il y a moyen de faire avec la jeunesse quand elle vous dévore les entrailles, quand elle brouille la vue et détraque les sens... Mais ici le centre n’est pas l’avatar de James Dean (Ah Tze) ou celui de Nathalie Wood (Ah-Kuei), mais de son amoureux transi Plato incarné par Sal Mineo; Plato, dont Lee Kang-Sheng est le successeur.
La mise en scène épouse la fièvre de ces adolescents qui n’arrivent pas à rester en place. La caméra se focalise sur les entrées ou sorties de champ.  Elle est mobile tout en étant tenue d’une main ferme. Elle joue avec l’espace. Elle passe d’un acteur à l’autre tel un imprévisible insecte, parfois rejetant un personnage dans le hors-champ, parfois le suivant avant de l’abandonner au profit d’un autre sans que ce mouvement soit dicté par le dialogue ou l’action. Elle capture au passage l’intensité d’un regard qui demeure invisible à celui qui en est l’objet.  Elle suggère, au moyen d’un panoramique brillant ou d’un contrechamp hardi, des équivalences, des parallèles...
Alors que maint cinéastes de par le monde s’évertuent encore à plagier les codes, vieux de près de cinquante ans, de la Nouvelle Vague, Tsai Ming Liang, dans ce premier opus, a su en capter l’esprit, en particulier celui des Quatre cent coups. On y retrouve la même alacrité à capter les images de la rue ou d’une vie socialement simple et pourtant  émotionellement riche. On y retrouve aussi ce même balancement entre l’action et la contemplation, ici celle d’un beau garçon viril et inaccessible. Malheureusement il semble que les mânes de la Nouvelle Vague, à Taiwan comme en France, atteignent rapidement leur date de péremption. La grâce chez le cinéaste taïwanais n’aura durée que le temps de sa trilogie, à laquelle on peut ajouter The kid, film pour la télévision qui marque l’apparition de Lee Kan Chen; si ses films suivant, the Hole, Goodbye, Dragon inn, La Saveur de la pastèque,  Et là-bas quelle heure est-il ? où la référence à Truffaut est trop appuyée, ne sont pas négligeables, ils n’ont plus cette liberté qui enchantait Les rebelles du dieu néon. Petit à petit un certain systématisme à quelque peu étouffé la création et la sensualité du metteur en scène.
Si Tsai Ming Liang est un cinéaste ouvertement systématique c’est surtout le plus sensuel, le plus délicat, peut être le plus érotique des cinéastes actuels. Parcequ’il prend le corps pour une machine mystérieuse et malléable étrange et triviale. Il a fait un film d’une douceur extrême, élégant et délié, poétique et envoûtant.
Un dvd existe en zone 1, VO sous titré en anglais.



                

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Paul Mielke















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