Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

31 décembre 2007

Hughes Geijer

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PETER DE BERLIN (That man peter Berlin)

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USA, 2005, 80mn

Réalisation: Jim Tushinski, production: Lawrence Helman & Jim Tushinski

avec: Peter Berlin, John Waters, Armistead Maupin, Wakefield Poole, Jack Wrangler, Robert W. Richards, Rick Castro, John F. Karr, Dan Nicoletta, Robert Boulanger, Guy Clark.

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Résumé
Comment devient-on Peter de Berlin? Comment cet homme est né une deuxième fois en s’inventant, un physique un look jusqu’à son nom pour devenir une des plus célèbres icônes gays du XXème siècle? Le documentaire de Jim Tushinski répond à ces questions en parcourant la vie de Peter, de son enfance, durant l’immédiate après-guerre en Allemagne, à sa vie actuelle à San Francisco. Artiste doué, photographe et cinéaste, Peter Berlin nous explique qu’il est sa plus grande création, soigneusement construite et... inaccessible. Ses admirateurs et ses amis offrent avis et anecdotes. Mais Peter de Berlin est un excellent commentateur de sa propre vie. Le film est agrémenté de stupéfiantes photos d'archives et d'extraits de films.

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L’avis de Bernard Alapetite
Peter de Berlin interroge sur le statut de documentaire, tant il fait naître l’émotion et tant, par définition, il dépasse le document.
La conjonction du double fait que, premièrement, aujourd’hui nous possédons pour quelques personnes, et pas seulement pour des personnalités, des images fixes mais surtout des images qui bougent de leurs premières années à leur fin et que deuxièmement, en particulier pour l’homosexualité, nous assistons à la quasi suppression de la frontière entre la sphère publique et la sphère privée, donne l’émergence de films, comme celui-ci, où le documentaire s’avère plus romanesque que la plupart des fictions.

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En observant bien Peter de Berlin on voit certes un bel homme, mais presque un homme ordinaire. Pourtant cet homme a eu le talent de se rendre extraordinaire. Il a construit un personnage qu’il vivait 24 heures sur 24, pour le plaisir des autres, mais surtout pour le sien. Son histoire extraordinaire est ainsi emblématique du parcoure de beaucoup d’hommes ordinaires qui sont devenu extraordinaires à force de volonté et aussi d’avoir su capter l’attente d’une époque. Il ont ainsi fait l’Histoire. Pour Peter de Berlin ce n’est pas l’histoire avec un grand H mais la petite histoire du mouvement gay qui heureusement commence à nous parvenir enfin, grâce à l’influence des gays studies américaines.
Peter Berlin, le "Greta Garbo du porno" comme il est qualifié dans ce documentaire, n’a fait que deux films, Nights in black leather, réalisé en 1973 par Ignacio Rudkowski, mais sur les idées et les instructions de Peter, et That boy en 1974. Il a aussi figuré dans quelques courts-métrages, tournés en 16mm, diffusés d’une façon confidentielle. Il est donc plus une icône qu’un acteur. (Tous les films sont achetables en dvd sur son site officiel)

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Peter de Berlin peut être, à mon sens, considéré comme un artiste majeur du body art à l’instar par exemple, d’hier Pierre Molinier ou d’aujourd’hui, Anthony Goicolea. Il a une capacité de se mettre en scène, seul, avec un polymorphisme aussi remarquable que parfois presque obscène. Peter est un être multiple. Il passe de maigre à baraqué, de normalement musclé, à hyper dessiné. Au fil des séances, il apparaît si différent, et pourtant toujours  avec le même sex-appeal. Ses poses ont quelque chose d’à la fois de vraiment triviales (la bouche entrouverte, le visage incliné, les yeux mi-clos), très salope, et d’à la fois sophistiquées, félin, aristocratique avec un sens aiguë du détail dans les tenues, les gestes, les regards... Dans le film il est tantôt content de lui et même infatué, tantôt peu sûr de son “œuvre”: << Je me suis toujours photographié seul, dans mon intimité, avec un miroir pour mettre au point les images, et des marques sur les décors pour me repérer. Mes images n’étaient pas destinées à être montrées. C’est après la sortie de Nuits en cuir noir que j’ai accepté d’en diffuser. Je trouve mes films médiocres mais je suis très fier des images que j’ai réalisées. Là est mon vrai travail>>. On ne sait pas s’il parle des photos elles-mêmes, ou de ce qu’elles représentent, c’est-à-dire lui?

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Il invente le nom de Peter Berlin en 1973 aux USA , parce que lorsqu’il répondait Armin aux américains qui lui demandaient son prénom ceux-ci ne parvenaient pas à bien le prononcer. Armin Hoyningen-Huene, lui, est né en 1943 dans une famille d’aristocrates allemands ruinés, mais cultivés. Il est le Petit-neveu du grand photographe hollywoodien et gay George Hoyningen Huéné. Dans sa prime jeunesse, il travaille comme photographe pour la télévision, habite Berlin. Il voyage beaucoup en Europe, Rome, Paris... suivant son riche ami Joachem Lahiola avant d’arriver aux Etats-Unis en 1970 d’où il ne repartira plus. Il réside d’abord à New-York puis à San Francisco où il crée Peter de Berlin. Un être déjà décalé dans l’univers des clones qui surgissait alors. Un clone inclonable, puisque si Peter ne ressemble à rien de ce qui a existé jusqu’alors, rien ni personne ne lui ressemble depuis.

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Ce que révèle surtout le film, c’est que cet homme, d’un ego sur dimensionné, il est très fier de son sang bleu, et  exhibitionnisme peut être d’une grande pudeur et d’une grande justesse lorsqu’il parle de l’histoire d’amour qu’il a eu pendant 20 ans avec son ami James et du sida qui l’emporta. C’est la partie la plus belle et la plus touchante du film. Elle nous apprend qu’il ne faut jamais rester à la surfaces des images, même celles d’une icône gay...

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Jim Tushinski a recueilli les différents témoignages avec beaucoup de tact et de pertinence, puis a su tricoter habilement ces séquences, toujours élégantes, avec un nombres impressionnant de films et de photos d’époque pour en faire ce documentaire exemplaire; le portrait d’un homme qui ne cherchait pas à être célèbre, seulement à être désiré et aimé.   
Peter de Berlin n’a que très peu confié son corps à  quelqu’un d’autre que lui même. il n’a accepté d’être photographié que par Robert Mapplethorpe, un peu par Warhol, et dessiné que par Tom of Finland dont on voit les dessins. Les noms cités démontrent qu’il ne manque pas de goûts.
Site officiel de Peter de Berlin
Site officiel du film

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30 décembre 2007

Christopher Sylvest Hermann

            

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Frédéric Mitterrand et Béjart

La lecture de la presse est souvent navrante, aussi il est nécessaire de mettre en exergue les articles qui vont à contre courant de la médiocrité ambiante. Chaque mois le papier de Frédéric Mitterrand en dernière page de Têtu  est un de ces textes qui sauvent l'honneur de la presse écrite. L'auteur réussit à merveille, grâce à sa sincérité, y mêler culture et émotion.
La chronique du dernier numéro à pour sujet Béjart, elle est remarquable en voici les dernières lignes:
<<Au fond je ne sais pas pourquoi il était toujours aussi gentil avec moi alors que nous vivions dans des mondes si différents. J'ai beau chercher, je ne trouve pas, hormis le fait qu'il était  de toute façon la bonté même et qu'il reconnaissait d'emblée la solitude. Cette liberté peut être à laquelle j'aspire sans avoir pourtant ni la volonté ni l'énergie de la conquérir vraiment et qui s'envole ce matin au vent du nord, sur cette plage d'Ostende, avec les cendres d'un enfant méconnu de Marseille.>>

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Darren Weslund

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DER EINSTEIN DES SEX (L’EINSTEIN DU SEXE)

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Allemagne, 1999, 96mn

Réalisation: Rosa von Praunheims, scénario: Chris Kraus & Valentin Passoni, image: Elfi Mikesch, musique: Karl-Ernst Sasse, montage: Michael E. Shephard

avec: Kai Schuhmann, Friedel von Wangenheim, Ben Becker, Wolfgang Völz, Otto Sander, Gerd Lukas Storzer, Olaf Drauschke,  , Monika Hansen, Tima die Göttliche

Résumé
Fils d’un médecin juif, Magnus Hirschfeld (1868 - 1935) (Friedel von Wangenheim) entreprend des études de médecine en 1888. Il est révolté que la science tienne l’homosexualité pour une maladie et une perversité. Son diplôme obtenu, il ouvre son cabinet. Une expérience traumatisante , le suicide de l’un de ses patients, incapable de révéler son homosexualité à ses parents, le pousse à agir.
Hirschfeld écrit Sapho et Socrate et fonde en 1897 un comité scientifique militant pour la dépénalisation de l’homosexualité, l’abrogation du fameux paragraphe &75. La pétition en faveur de la révision du Code pénal est signée par de nombreuses personnalités, mais le projet de loi présenté au Parlement est rejeté.
Il fonde un institut de recherche sur la sexualité. C'était alors un champ de recherche encore inexploré. Des personnes de toute  l'Europe le consulte au sujet de leurs propres problèmes sexuels, dont un jeune aristocrate autrichien, le baron Hermann von Teschenberg (Gerd Lukas Storzer),  qui devient son ami et son principal  soutien financier. De son côté, le préfet de police de Berlin (Wolfgang Völz) s’intéresse aux travaux de Hirschfeld. En sa compagnie, il découvre incognito les milieux homosexuels de la capitale. Cette évolution inquiète von Teschenberg : craignant de devenir l’objet d’un chantage, il fuit à l’étranger…

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L’avis de Bernard Alapetite
Sous ce titre imbécile, même si “Einstein du sexe” est le surnom que donnèrent à Magnus Hirscheld des journalistes américains durant son séjour à Los Angeles, se cache une biopic d’un des pères de la sexologie et le grand père de tout les activistes gays de par le monde. Mais ce film est un bien mauvais coup porté au grand homme et à tout le mouvement gay tant il échappe que rarement au grotesque.

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La vie d’Hirscheld, plus sa vie privée que son combat pour la reconnaissance des amours homosexuels, est débitée en une série de vignettes sensées être “kolossalement” signifiantes, jouées façon patronage ou cabaret teuton. On y découvre ainsi son amour non consommé avec le Baron von Teschenberg, les longues et heureuses années passées en compagnie de Karl Giese (Olaf Drauschke), la controverse qu’il entretient avec cet autre figure de la défense des homosexuels qu’est Adolf Brand (Ben Becker) chantre de la beauté physique de la jeunesse allemande ou encore la présence de son ami et ange gardien, le travesti Dorchen.
Les acteurs surjouent chaque scène et font des mimiques que l’on aurait déjà trouvées outrées au temps du cinéma muet. Seul Olaf Drauschke qui interprète l’ami d’ Hirsheld apporte à la fin du film émotion et vérité qui évite un naufrage artistique complet. Cela est d’autant plus regrettable que le film se base sur une recherche historique sérieuse et complète bien illustrée par les inserts judicieux d’ images d’archives qui ponctuent le film et nous restituent cinquante ans d’histoire allemande qui servent de décor à cette tragédie. Car la vie d’Hirsheld, comme l’histoire de son pays, est une tragédie. Ainsi, on ne comprend pas du tout le parti pris choisi par Rosa von Prauheim de faire jouer les acteurs sur un ton primesautier et égrillard en complète contradiction avec ce qu’il nous raconte. Il est curieux de voir combien une certaine Allemagne terrifiée par un retour possible du nationaliste éprouve une sorte d’extase à cracher sur son pays car l’Einstein du sexe nous montre un pays qui de 1880 à 1935, peuplé que de veules abrutis toutes sexualités confondues.

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Même le kitsch ne peut pas cautionner une scène franchement antisémite, il est bien sûr involontaire, lorsque l’oncle et la tante du jeune Magnus rechignent à lui payer ses études, une séquence qui n’aurait pas déparé dans le  les pires films de propagande nazi. Le spectateur attentif pourra se distraire la rétine par de très fugitifs beaux garçons nus dans des galipettes champêtres assez croquignolesque.
Rosa von Praunheim, de son vrais nom Holger Mischwitzky, c’est au milieu des années 60 qu’il a adopté le nom d'artiste Rosa von Praunheim, est né à Riga (Lettonie) en 1942. Il a commencé à tourner au début des années 70 des courts métrages expérimentaux. Il a réalisé en trente ans plus de cinquante films et téléfilms, surtout des documentaires, dont presque tous ont un rapport plus ou moins lointain avec l’homosexualité, dont les récents Rosa, tu crains ! (2002), Fassbinder et les femmes (2000). Toute son œuvre reste marquée par l’underground et l’esthétique des années 70 ce qui la rend difficilement regardable aujourd’hui.
Der einstein des sex est tout de même instructif mais artistiquement bien triste.

site du réalisateur

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29 décembre 2007

Massacre des enfants

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Massacre des enfants d'Alexandre-Francois-Xavier Sigalon découvert grâce à ce beau site et visible en ce moment au Musée des Beaux Arts de Lyon dans le cadre de l'exposition Le plaisir du dessin jusqu'au 14 janvier.

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Rimbaud vu par Valentine Hugo

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TWIST

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Canada, 2005, 1 h 34.

Réalisation : Jacob Tierney, scénario: Jacob Tierney, image: Gerald Parker, directeur artistique: Ethan Tobmann

Avec: Joshua Close, Gary Farmer, James Gilpin, Josh Holliday, Mike Lobel, Max McCabe, Stephen McHattie, Andre Noble, Michèle-Barbara Pelletier, Tygh Runyan,

Résumé
Twist est une réécriture contemporaine et dramatique de l’ Oliver Twist de Charles Dickens transposé dans le milieu des prostitués mâles de Toronto. Le jeune SDF Oliver (Joshua Close), un orphelin homosexuel, fragile au visage elfique, rencontre Dodge (Nick Stahl) qui lui propose un toit dans l'appartement qu'il partage avec d'autres jeunes. Très vite, il s'aperçoit que tous ces garçons sont des " junkies " qui se prostituent pour le compte du gros Fegin (Gary Farmer). Oliver n'a pas le choix, lui aussi se met à faire le trottoir. Dodge devient le mentor d’Oliver. Il l'instruit sur les plaisirs interdits. Peu à peu une relation amoureuse entre les deux garçons se dessine... Le film est raconté du point de vue de Dodge.

L’avis de Bernard Alapetite
Twist, réalisé pour moins de 500 000 $ est la première oeuvre de Jacob Tierney. Il a d’abord été acteur, notamment dans le splendide The neon bible de Terence Davies en 1997. Comme Scott Silver pour Johns, afin de s'imprégner de cet univers, et de peindre les portrait le plus juste possible de ces garçons perdus, Tierney et Stahl ont séjourné dans le quartier de Toronto où sévit cette prostitution. Nick Stahl déclare: << J'ai observé leurs visages, la manière dont ils se tenaient debout, la manière dont ils se déplaçaient.>>. Quand à Tierney, le jeune réalisateur explique: << Oliver Twist est un livre incroyablement déprimant et violent. Tous les thèmes abordés par Dickens, l'exploitation de l'enfance, l'abus sexuel, le travail des mineurs, sont des sujets actuels. La prostitution masculine était la transcription la plus directe du milieu décrit par son roman... Presque tous les prostitués que j'ai rencontrés pour documenter cette histoire avaient été victimes d'abus sexuels. Quand on est tombé, c'est difficile de s'en sortir. C'est pourquoi je n'étais pas d'accord pour que l'angélique Oliver de Dickens s'en sorte et pas les autres... Nick joue Dodge parce que j'ai écrit ce rôle pour lui et il a suivi ce projet auquel il était très attaché. C'est mon meilleur ami et nous étions colocataires quand je vivais à Los Angeles...». On a aperçu Nick Stalh entre autres dans Bully, Terminator III , La ligne rouge, L’homme sans visage, Sin city... Contrairement à River Phoenix, on ne peut pas s’empécher de penser à My private Idaho (et aussi à Sugar), dont le corps se féminisait devant la caméra, Stahl assume lui sa virilité, acteur sensible mais structuré par son corps massif. Il y a du Brando première période chez lui et c’est tout le film qui s’en trouve influencé.

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La principale bonne idée du film est d’avoir centré l’intrigue sur Dodge et non sur Oliver comme dans le roman; ce qui nous évite une version attendue comme celle de Polanski qui paradoxalement est beaucoup moins fidèle à l’esprit de Dickens que Twist. Le cinéaste justifie de manière convaincante cette infidélité dans la forme: << J'ai relu le livre en cherchant ce qui était occulté. Raconter l'histoire du point de vue de Dodge signifiait que je devait lui créer un passé, ce qui donne une autre perspective à l'histoire. Dickens racontait l'histoire à travers les yeux de ce parfait enfant et je la raconte à travers ceux d'un enfant des rues, junkie et prostitué qui rencontre un enfant au visage d'ange.>>.
Le réalisateur a demandé à son directeur de la photo, Gérald Packer et a Ethan Tobmann, le directeur artistique de construire à l'aide de lumières et de décors très froids un univers où l'amour n'a pas sa place. La lumière blafarde et les tons délavés, dans les bleus et bruns éteints, transcrivent l’état d’esprit des personnages; la propention à laisser vide le centre du cadre, la vacuité de leur âme. Dés les premières images l'atmosphère glauque et morbide d'une chambre de motel, d'un coin de ruelle à la tombée de la nuit plante le décor. C'est dans cette grisaille du quotidien, dans la froidure de la nuit, dans la lumière vacillantes des halots, dans l'ombre que tout se déroule. Les jeux de lumières donnent au récit des teintes malades et lugubres.
Le café est le rare endroit où Oliver trouve un peu de chaleur humaine que lui procure Nancy, une serveuse enceinte admirablement interprétée par Michèle-Barbara Pelletier. Sorte de grande sœur improvisée et protectrice, elle est une oasis de bonheur volé à la désespérance des jours. Son destin tragique sonnera le glas de ces vivants en rémission. «C'était un rôle minuscule quand j'ai lu le scénario, relate la comédienne, mais en voyant le film, ce rôle est devenu très important.»
Au fur et à mesure que l’innocence d'Oliver, qui fascinait tant Dodge, se désagrège, les deux garçons se confronteront à leurs propres démons intérieurs. Oliver tentera d'exprimer son désir pour Dodge qui refusera traumatisé par les souvenirs trop violents des abus sexuels subis durant son enfance. Mais contrairement à la fin heureuse du roman de Dickens, les deux plans extrêmes du film, l'ouverture et le final, démontrent qu'Oliver n'échappera pas à son destin.
Et l'on se prend à en vouloir à tous ceux qui, avant, les auront abîmés : le père et le frère de Dodge; la mère d'Oliver, partie trop tôt; le sénateur, son grand-père en fait, qui le recherche puis le renie. Même Fagin le souteneur, un substitut paternel plus qu'un profiteur, puisqu'il recueille ces jeunes et leur rappelle les règles du jeu. Lui aussi disparaitra.
Une des grandes forces du film réside dans ses personnages secondaires, en particulier dans celui de Fagin, homme répugnant en apparence, qui n’en demeure pas moins touchant dans sa relation empreinte de tendresse et de culpabilité envers les jeunes garçons qu’il met sur le trottoir, c’est dans ses failles et ses contradictions qu’il révèle le mieux son humanité à l’image de tous les autres protagonistes du film. Ce côté humain est avant tout dû au choix du comédien, l'Indien mystérieux de Dead Man, Gary Farmer.
Tourné dans les ruelles de Toronto, Twist est une oeuvre convaincante, qui nous plonge dans le monde de la prostitution masculine. Il est dommage que les références très appuyées à Macadam Cow-boy donnent ainsi par moments l’impression d’être devant une version ”jeune” du film de Schlesinger.
Le parti pris de ne pas montrer est  omniprésent. Il est parfois très efficace comme pour ce Bill, figure menaçante qu’on ne verra jamais, mais il peut être aussi contre productif. Comment montrer l’horreur physique de la prostitution sans jamais montrer une scène de sexe?!
La photographie est très soignée, rendant le film techniquement irréprochable. Cependant un montage plus rapide aurait amélioré le film, surtout dans sa première partie. La très belle chanson originale du film Pantaloon in Black due à Ron Proulx et Jacob Tierney a obtenu le prix de la Meilleure chanson originale aux Genies, l’équivalent de nos Césars au Canada.
Tierney a su s’approprier l’œuvre de Dickens en la transposant dans un nouveau milieu, mais également en faisant de Dodge le personnage principal, en nous faisant comprendre son parcoure et sa détresse. La scène finale boucle avec le commencement. Twist se termine là où il a commencé : dans la lumière froide d’une chambre de motel, à la fin d’une passe banale. Seul le garçon a changé. Elle montre l'impasse des personnages et l’impossibilité à ce qu’ils soient sauvés. Tout ce qui c'est passé avec Dodge va se reproduire avec Oliver.
Ce film est une parabole sur la perte de l'innocence, et non sur la rédemption.
Le dvd est édité chez Antiprod qui ont eu la bonne idée d’ajouter à Twist un court-métrage, Elève-toi traitant du même thème et se déroulant aussi à Toronto.

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28 décembre 2007

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