06 décembre 2007
Paul P.
Les dessins de Paul P., canadien installé à Paris, à la galerie Thaddaeus Ropac nous emmènent au pays des amours défuntes, des désirs enfuis. Paul P. ressuscite avec ses dessins de garçons aux silhouettes d’hier et aux pudeurs aguicheuses les paysages de nos caresses presque oubliés... Il nous fait mesurer le temps et nous interroger sur les millésimes de nos anciens émois. En sortant de la galerie, croisant un garçon sensuel de l’age de ceux que je venais de découvrir sur les murs de la galerie j’ai pu mesurer combien les physiques des adolescents ont changé...
Ce sont même les attitudes de la tendresse et de l’abandon qui ont évolué. Paul P. dit qu’il trouve ses modèles dans les revues pornographiques des années 70 (je pense que c’est une erreur pour lui de dévoiler cette prétendue source), ce que l’on ne pourrait deviner, tant ses dessins sont exempt de vulgarité.
La plupart des tableaux représentent des garçons seuls dans des poses presque toujours évidentes que l’on se souvient avoir aperçu, au réveil, lorsque l’autre, que l’on ne connaissait la plupart du temps que de la veille et sous un prénom d’emprunt, avait émergé avant nous du sommeil réparateur des fougueux plaisirs d’alors...


Le travail de Paul P. est tout empli de nostalgie pour les figures de ses garçons que l’on imagine tapin au coin d’un boulevard, pour Paris, arpentant ces années là, dans une ronde métronomique et infernale, un parcour qui allait du boulevard Saint Germain, devant le drugstore, à la rue de Rennes jusqu’à la minuscule rue Bernard Palissy pour retrouver le boulevard, par la rue du Dragon leur permettant un nouveau passage devant la terrasse du drug store où, en été, le chaland devant son bock ou sa menthe à l’eau les jaugeait à chaque passage avant de faire son choix ou de partir dépité devant la médiocrité de l’offre. Que sont ils devenus, ces passants du crépuscule? Combien de survivants à ces trente ans de géhenne? Nolot dans son dernier film nous donnait des nouvelles de ces rescapés...

La nostalgie du dessinateur se lit aussi dans son style qui ressuscite dans ma mémoire le délicat graphisme de Gilles Rondot ou les coups de pinceau sulfureux d’Alex Barbier . On a quelques nouvelles du second mais plus du tout du premier... Dans ses meilleurs oeuvres, celles qui ne doivent pas trop à la photographie, c’est Bacon qu’elles évoquent, si ce dernier avait dessiné ou peint à l’eau. Le plus surprenant est que Paul P est né dans cette fin des années 70. Il a la nostalgie des sarabandes sexuelles de ces année qu'il n'a jamais connu; mais curieusement, il évacue toute relation sexuelle dans ses images. Seule audace permise, un doux baiser sur les lèvres que s’échangent deux garçons... Paul P. imagine les lendemains d’un âge d’or où les corps désœuvrés et alanguis semblent attendre la catastrophe avec une résignation un peu ennuyée...
L’artiste choisit le plus souvent l’aquarelle et une gamme de couleurs très reduite pour évoquer ces fantômes de nos érections qui en sortent comme délavés par la pluie du temps. Alors que dans d’autre pièces c’est d’un trait précis au crayon qu’il cerne les formes offertes des modèles. Le plus souvent le support de ces abandons est le papier ou le carton; quelques huiles avec des bruns et des jaunes rechauffent un peu cet accrochage assez froid.
La plupart des travaux de Paul P. sont de petits formats qui ne sont pas complètement mis en valeur dans paradoxalement la très belle salle où la galerie présente l’artiste mais qui est un peu trop vaste et trop froide pour le sujet et les dimension des tableaux dont les prix s’échelonnent entre 5000€ et 10000€.
En revanche ils trouvent un bel écrin dans le très soigné catalogue de l’exposition (20€) intitulé Blue and silver qui bénéficie d’une très intelligente préface de François Jonquet dont j’extrais ces phrases très justes: <<Le temps est une valeur essentielle de son œuvre: Paul P. exhume du passé des photos promises à l’oubli et crée d’après elles un espace neutre, dont il gomme le décor, un espace vide, où le temps est suspendu...>>.
Renseignements pratiques:
Paul P.
Galerie Thaddaeus Ropac
7rue Debelleyme, 75003 Paris








