05 novembre 2007
Ben et Chris photographiés par Gareth Watkin
Un rêve de cinéma
03 novembre 2007
Sots art où l'art politique en Russie de 1972 à 2007
Honte à moi, je découvre la maison rouge , lieu pourtant dont on m'avait copieusement parlé, à l'occasion de cette ébouriffante exposition sur le sots art. L'exposition la plus gay de l'année après celles de Gilbert et George à Londres et de Pierre et Gilles à Paris.
Un peu d'histoire d'ou vient le Sots art? C’est en 1972, sous l’impulsion de deux artistes moscovites, Vitaly Komar et Alexander Melamid , que s’élabore l’art « Sots », dénommé ainsi par analogie avec le Pop Art, à partir des mots art et socialisme.
Plus que la dénonciation qui caractérisait la démarche de la première génération des artistes « dissident», le Sots Art est le détournement des images et des slogans de la propagande du pouvoir pour les rendre grotesque. La méthode repose sur l’emploi incorrect et hors contexte des sujets et des motifs de l'art officiel. Ces manipulations ludiques d’une réthorique du pouvoir destinée à soumettre l’individu, ont réellement contribué à libérer les consciences.

oeuvres de Boris Orlov
Historiquement, le terme Sots Art désigne un projet d’exposition en appartement qui réunissait une douzaine d’œuvres sur le thème du Pop Art soviétique, en 1972 à Moscou. Il est ensuite repris par un groupe d’artistes qui se développe dans les années 1970 et 1980 autour des personnalités de Vagrich Bakhchanyan, Ilya Kabakov, Alexander Kosalopov, Leonid Sokov, Dimitri Prigov, Boris Orlov et le Nest Group. Exclus des expositions officielles, ces artistes exposent dans leur propre logement, qu'ils transforment en lieu de création, de diffusion et de rencontres pour l’avant-garde moscovite. La reconstitution d’un appartement à l’entrée de l’exposition, rappelle cette période. Le Sots Art devient le style dominant de la Pérestroika (1985-91).

Photo de Boris Orlof
Ce voyages hilarant dans l'art dissident soviètique et post Pérestroika entre en écho dans ma mémoire avec l'épatant documentaire de Frédéric Mitterand, La folle de Brejnev, qui faisait le panorama de la vie gay dans la Russie immédiatement après l'écroulement de la dictature rouge. Mais qu'est ce que le Sots art? Pour faire simple c'est le détournement de l'art officiel pour délivrer un message de révolte. Au commencement cela se résumait à circonvenir le fameux réalisme soviétique. La toile, peint dans le style d'un Arkadi Plastov, artiste phare du réalisme socialisme, représentant Boris Eltsine et le général Lebed dans un paysage bucolique en est un bon exemple. Mais très vite les artistes russes contestataire se sont attaqués à d'autres images.
L'accrochage de l'exposition n'hésite pas à surenchérir sur le propos, parfois le détournement est renforcé par la juxtaposition des oeuvres. Mettre les Staline et Lenine portant tendrement des petites filles, face au tableau de Dmitry Vrubel avec Brejnev embrassant à pleine bouche Honecker, belle ode à la gérontophilie, qui ferait bander comme un cerf une de mes jeunes connaissances (artiste méfiez vous toujours d'une lecture au premier degrè), suggére le désir pédophile chez Lénine et Staline... Comme dans les collages de Bachanyan pour deux projets de couverture pour le Lolita de Nabokov où une écolière donne un baiser furtif au buste de Lénine...
La série de peintures, baisers rituels de Boris Orlov, dans la salle intitulée curieusement "baisers sans amour" qu'en sait-on? renouvellent indicutablement le baiser dans l'art. D' ailleurs on peut voir cette présentation non comme une exposition politique, mais comme une vaste installation renouvelant les canons du politiquement correcte dans les pratiques sexuelles. Naivement je pensais que Gilbert et George, quoique en catimini, étaient les seuls, à honorer la douche d'or jusqu'à ce que je découvre la sculpture - fontaine de Vasily Tsagolov beaucoup plus explicite que les oeuvres des duétistes britanniques. Depuis que je fais de la publicité pour cette merveille, je connais déjà plusieurs de mes relations qui rêvent de l'installer au centre de leur pelouse. Toutefois je tiens à préciser que le commissaire de l'exposition, le docte et talentueux Andrei Erofeev qui est aussi le conservateur de la galerie Tretiakov à Moscou (l'équivalent local de notre Centre Pompidou, mais pour combien de temps après les remous suscités par l'exportation de cette exposition qui avait pourtant déjà été montrée à Moscou et qui est l' organisateur de cette exposition semble ne pas avoir la même interprétation que moi, puisqu'il nous assure que l'artiste, avec cet objet, transforme un meurtre commandité en fontaine, offerte à la contemplation du citoyen blasé...

On peut bien sûr déplorer que toutes les oeuvres exposées ne possédent pas, comme l'installation de notre esthète de l'eau courante, le même fini artisanale et que certaines relèvent d'un amateurisme potache, mais elles sont heureusement bien minoritaires. Il y a même du très bel ouvrage comme ce précieux service à dessert abécédaire de Brouskine qui ferait l'orgueil de votre vaisselier et qui reprend la recette de l'image décalèe par rapport à la légende, chère à Glen Baxter , pour décorer joliment ses assiettes.
Quant à Komar et Melamid ne voulant pas réduire leur champ d'action à la peinture russe, ils se sont attaqués avec beaucoup d'humour et de virtuosité à la peinture classique; comme on le voit ci-dessous.

Staine et les muses Staline devant le miroir
Plus traditionnelles mais très efficaces sont les caricatures de Slava Sissolev qui denonçait dans ses dessins la triste réalité soviétique des années 60. Parfois les installations les plus simples peuvent être les plus percutantes comme celle de "Platitude internationale" qui nous présente une kyrielle de bouteilles de vodka vides, sobrement légendée, Les dirigeants. Plus ambigue est la démarche d'Igor Moukhine avec sa belle série de photos en noir et blanc des monuments commémoratifs de l'ére soviètique, impécablement cadrés.
D'autres comme nous le dit le petit livret qui nous est obligeamment remis à l'entrée, ce qui est bien maigre en l'absence de tout catalogue ou reproduction, << jouent sur la désacralisation des icones>> comme Victor Skersis, en dénudant des pionières. En ce qui me concerne j'y ai vu un respect du quota minimum d'oeuvres lesbiennes dans une manifestation aussi ostensiblement pédé...
A ce stade de ma petite évocation de l'exposition, je voudrais prévenir les futurs visiteurs pusillanimes, qu'ils osent soulever le rideau qui à un moment leur obstruera le passage, car à cet instant ils ne seront qu'au tier de leur promenade dans cet art de la dissidence (attention rien indique qu'il y a une suite). Il pénètreront alors dans une pièce où au centre tourne un manège-vitrine dans lequel ont été disposé des sculptures célèbres, miniaturisées, du XXème siècle. On y reconnait des oeuvres de Picasso, Moore, de la statuaire soviètique... L'éclairage sur cette structure tournante projette, sur les murs blancs de la salle, une sarabande d'ombres, silhouettes déformées et agrandies des miniatures de la vitrine. Selon le commissaire de l'exposition ce dispositf de Sokov est sensé faire prendre conscience au spectateur de la confrontation redoutable et antagoniste entre l'art moderne et "l'art soviétique". En ce qui me concerne j'ai vu plus dans cette très belle installation une représentation de la folle histoire de l'art du XX ème siècle où s'entrechoquent et se succèdent, à un rythme effréné, écoles et théories faisant perdre ses repères à l'"Homme". La démonstration du choc des esthétiques me semble toute aussi belle et plus éloquente avec la rencontre de deux sculpture, du même Sokov où l'on voit un Lénine intrigué face à l'homme qui marche de Giacometti.
Toujours par Sokov qui me semble l'artiste majeur de cette école par la qualité et la diversité des oeuvres présentées, alliant comme un Armand par exemple, l'art conceptuel avec le beau et le dérangeant, voici la rencontre d'Hitler et de Staline sous la forme d'un jouet de bois sculpté issu du folklore, s'entendant comme larrons en foire pour cabosser le monde.
Sokov n'est pas le seule à faire se rencontrer et même copuler la croix gammée et la faucille et le marteau. Il y a aussi ces "coussins" dont l'image serait parfaite en couverture pour la réédition de l'indispensable Le passé d'une illusion de François Furet.
Le sots art adore les rencontres incongrues et iconoclastes comme celle proposée encore par Sokov, à la Warhol, Monroe et Staline ou encore la nouvelle trinité de Kossolapov que j'ai mis en ouverture de mon article.
Autres détournements ceux que d'autres artiste font subir à la publicité, comme cette enseigne Mac Lenine ou cette impayable publicité façon coca cola pour le cocktail Molotov. J'ai dans cette salle découvert ce qui me parait être un chef d'oeuvre de l'uchronie peinte, mon cher Time-square envahit par des publicités soviétiques.
Si l'on est attentif aux dates de production des oeuvre et au petites biographies qui les accompagnent, on constate malheureusement, que plusieurs artistes ont déjà disparus prématurément et que beaucoup d'autres ont émigré aux Etats Unis. Le Sots art se transforme, passant de l'underground a des concepts plus monumentaux, plus décoratifs et peut être moins subversifs. Espérons que le sots art ne se transforme pas en soft art. Nous pouvons que constater que ne nous est pas présenté contre poutine des charges comparables à celles contre Lénine, Staline ou Brejnev... Voyons les réalisations qui se trouvent aux deux extrémités du spectre esthétique de ce qui nous est proposé. Pour l'underground iconoclaste et un rien vulgaire, mais très explicite, nous trouvons l'installation de Kontentin Zvezdochotov qui met en scène un monde parallèle (?) où dans une ville totalitaire tout objet de plaisir serait interdit et où la tranche de pastèque serait une convoitise inateignable, pouvant mener aux dernières extrémités pour la posséder. D'une même facture mais dans un genre loufoque, il ne faut pas manquer le sous-marin/brouette de Boris Orlov dans la série des artefacts de la civilisation soviétique.
J'opposerais stylistiquement à cette installation fruitière, celle, beaucoup plus policé qu'en à la forme, de Vladimir Doubossarsky et Valery Koshlliakov, intitulée Archéologie de la ville utopique qui nous projette dans un musée uchronique où vestiges archéologiques antiques et restes authentique de sculptures de l'époque stalinienne (issus de l'atelier du sculpteur Tomski) sont présentés au même plan sur fond d'un panorama moscovite idéalisé. Cette idée d'archéologie se retrouve dans le travail de Boris Mikhailov qui colore à la main des photos des années 70 et les agrandit. Elles semblent alors venir d'un passé lointain. Avec l'effondrement de l'Union Soviètique disparaissait pour les artistes du Sots art l'ennemi a un art de destruction a bientôt fait place une sorte de nostalgie pour le style soviétique, curieux retournement dont Archéologie de la ville utopique témoigne.

Archéologie de la ville utopique
Pourtant la nostalgie pourrait être bien vite remisée au placard pour cause de retour de l'absolutisme, le poutinisme remplaçant le soviétisme car ma gazette m'avait alerté que 19 pièces avaient été empéchées de sortir de l'Union Soviétique, euh je voulais dire de Russie. Par les mêmes source j'apprend que le débat polémique provoqué par la censure des autorités russes continue de plus belle à Moscou, où le gouvernement cherche, non sans duplicité, à apaiser les esprits sans toutefois renier ses positions. Mercredi dernier, le ministre de la Culture, Alexandre Sokolov, qui avait déjà déclaré publiquement que ces oeuvres étaient « de la pornographie et une honte pour la Russie » , s'est félicité d'avoir mis un terme au conflit en interdisant leurs venues, notamment celles « ordurières des portraits d'hommes politiques dans des poses obscènes » des Blue Noses (les « Nez bleus »), duo de choc parmi l'un des plus populaires de la nouvelle Russie qui ose s'attaquer aux trois tabous que sont le sexe, la religion et bien sûr Poutine. Pourtant la nébuleuse Sots art ne tient pas vraiment un discour constructif mais plutôt nihiliste, comme le déclare le commissaire de l'exposition, << Il rejette toute loi dans quelque dogme que ce soit. Il ne déclanche pas de slogans alternatifs.>>
Revenons à la gaytitude omniprésente dans l'exposition avec une "compression" de séduisants marins de Georgy Gourianov et la vision sots art du martyr de saint Sébastien par Alexandre Kosolapov.

Au début de l'article je parlais des folles de Brejnev, celles de Poutine méritent largement le détour.
Petit bémol tout de même à mon enthousiasme l'absence d'un catalogue et de toutes reproductions des oeuvres. Cette absence est pourtant assortie de l'interdiction de photographier. Interdiction que j'ai bien sûr contournée (j'ai réalisé la plupart des images illustrant l'article) grâce à la géographie des lieux composés d' un grand nombre de pièces dans lesquels les gardiens ne peuvent pas toujours être présents.
La Maison rouge doublement bien nonmée est donc la visite parisienne indispensable cet automne. A l'exeptionnel intérèt historique, politique et... humoristique de l'accrochage s'ajoute la qualité esthétique de la présentation des oeuvres qui n'oublie pas non plus la volonté pédagogique de nous faire découvrir ce mouvement artistique, que pour ma part je connaissais surtout jusque là par articles de presse interposés et par l'exposition dédiée à Boulatov qui a eu lieu il y a quelques années au musée Maillol (Fondation Vierny). Certainement qu'une connaissance du russe doit encore augmenter le plaisir de la visite qui reste en tout état de cause, grand.
Liberté, Boulatov
Liste des artistes exposés avec leur lieu et date de naissance (L'orthographe des noms peut être différente de celle utilisée dans mon texte et ou dans l'exposition)
Vagrich Bakhchanyan (Moscou, 1938), Blue Noses Group (Viacheslav Mizin (Novossibirsk en Sibérie, 1962) et Alexander Shaburov (Berezovsky en Sibérie, 1965)), Blue Soup Group (fondé en 1996 par Alexei Dobrov (Moscou, 1975), Daniil Lebedev (Frunze, 1974), Valery Patkonen (Moscou, 1972), rejoint en 2002 par Alexander Lobanov (Khimki, région de Moscou, 1975)), Sergey Borisov (1975),Erik Boulatov, Alexander Brener (Alma-Ata, 1957),
Grisha Bruskin (Moscou, 1945), Sergei Bugaev (Afrika) (Saint Petersbourg, 1966), ilya-emilia-kabakov. (Sverdlovsk, 33),
Vladimir Dubosarsky (Moscou, 1964), Andrey Filippov (Moscou, 1959),
Georgy Gourianov ,Edward Gorokhovsky (Moscou, 1929-2004), Dmitry Gutov (Moscou, 1960), Ilya Kabakov (Ukraine, 1963), Alexey Kallima (Grozny, 1970), Nikolay Kozlov (Moscou, 1954),
Vitaly Komar (Moscou, 1943), Maria Konstantinova (Moscou, 1955),
Irina Korina (Moscou, 1977),
Alexander Kosolapov (Moscou, 1943), Valery Koshlyakov (Salsk, 1962), Oleg Kulik (Ukraine, 1963), Leonid Lamm (Moscou, 1928),
Rostislav Lebedev (Moscou, 1946), Alexander Melamid (Moscou, 1945), Serguey Mironenko (Moscou, 1949), Igor Mukhin (Moscou, 1961), Nest Group (fondé en 1975 par Victor Skersis, Mikhail Roshal, Georgy Donskoy), Vikenty Nilin (Moscou, 1971), Timur Novikov (Saint Petersbourg, 1958), Boris Orlov (Moscou, 1941), Anatoly Osmolovsky (Moscou, 1969),
George Ostretsov (Moscou, 1967), PG Group,
Ivan Razumov, Mikhail Roshal (Moscou, 1956-2007), Alexander Shnurov (1955),
Leonid Sokov (Moscou, 1941), Olga Soldatova (1965), SZ Group,
Vyacheslav Sysoyev (Moscou, 1937-2006), Avdey Ter-Oganyan (Rostov-On-Don, 1981), Dmitry Tzvetkov (Kolomna, région de Moscou, 1961), Alexander Vinogradov (Moscou, 1963),
Dmitry Vrubel (Moscou, 1960), Vadim Zakharov (Moscou, 1959),
Konstantin Zvezdochotov (Moscou, 1958)

Oeuvre des Blue noses
Informations pratiques:
La maison rouge
10 boulevard de la bastille 75012 paris
tel. +33(0) 1 40 01 08 81
ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h
nocturne le jeudi jusqu'à 21 h
02 novembre 2007
Le jeune amateur d'art populaire fatigué
Retour sur Chabrol
Les blogs offrent une diversité et une intelligence critique que la presse écrite ne nous propose plus, les ruines circulaires est un des meilleurs que l'on puisse lire... Quelques pierres de ces ruines ci-dessous.
De retour de vacances, au petit matin j'écoute une émission radiophonique consacrée à la cinéphilie. Quelques lieux communs (je n'aurai pas le courage d'écouter l'émission dans son entier) et l'un des interlocuteurs qui déplore qu'un Antonioni ne pourrait aujourd'hui trouver à financer ses films, alors que dans les années soixante et soixante-dix ces derniers étaient de relatifs succès commerciaux. Times are changing . Mais il est vrai comme nous le précise - sans rire - le journal Libération du 20 août, à propos d'un jeune trader : Christophe Edlinger est loin d’être inculte : il a lu tout James Ellroy... On ne va quand même pas lui en demander plus.
La Fille coupée en deux de Chabrol, ça se voudrait du Mirbeau (celui des Affaires sont les affaires ) qui ferait des variations autour de Pierre Louÿs (celui de La Femme et le pantin ). A la différence près que Mirbeau en créant le personnage de Lechat crée un héros quasi shakespearien , un type universel et par la même intemporel. Alors que le film de Chabrol baigne dans une sorte de sociologie, mais une sociologie complètement datée. Il serait temps que Chabrol apprenne que les boites à partouze ne sont plus l'apanage des notables de province, que le cap d'Agde est plutôt fréquenté par les employés de bureau, que l'industrie pharmaceutique est entre les mains de consortiums financiers et que les traders ont lu tout James Ellroy.



















