15 novembre 2007
SACREVOIR
Derrière le pseudonyme de Sacrevoir qui fait penser à un mot valise lacanien se cache l’artiste allemand Heiko Noack né à Berlin est en 1964. Après des études d’art et de mathématique il décide de vivre de son art à Berlin en prenant comme quasi unique sujet des adolescents souvent à peine pubères. Il expose depuis 1997, jusqu’à aujourd’hui uniquement en Allemagne, en Russie et en Hollande . Deux ouvrages reproduisent ses oeuvres, un petit catalogue et un porte folio.
On ne peut que constater en découvrant l’oeuvre déjà importante l’étonnante maîtrise technique de l’artiste. Si le dessin et la peinture sont ses activités principales, il sculpte également Sa peinture ne semble se réclamer que de l’influence du picasso de la période bleue et rose avec une pointe de réalisme socialiste dans le modelé des figures.
Une des particularités du travail de Sacrevoir est le mélange des techniques. Sa peinture juxtapose des empâtements de matière avec des touches presque transparentes. Le peintre laisse parfois des plages de toile nue donnant une touche post moderne (quoique solution esthétique déjà proposée par Wyeth pour des peintures finies vers 1940) à un travail basé sur un savoir faire très classique. On décèle facilement encore sur les oeuvres les plus récentes, l’importance qu’a pu avoir la copie d’antiques dans la formation de Sacrevoir. Une formation sans doute plus proche de celle que recevait les peintres du début du XIX ème siècle que celle instillée par nos actuels Beaux arts.
Deux écueils guettent cette virtuosité, d’abord dans la forme le danger de se laisser aller à des empâtements trop nombreux qui risqueraient de faire pencher l’oeuvre vers une mauvaise peinture grasse d’un certain retour à l’ordre des années 30, et dans le fond, celui de vouloir mettre trop précisément ses adolescents en situation. Sacrevoir semble légèrement atteint par une maladie qui semble particulièrement toucher les plasticiens prenant pour sujet les garçons (mais pas seulement, voir Garouste , la tentation du retour à l’antique qui va malheureusement de paire souvent avec un kitsch effréné; mais ce n’est pas heureusement encore le cas chez Sacrevoir.
Car il faut reconnaître que la série consacrée à Icare, montrant le garçon se préparant à son fatal envol, est très réussie. Peut être que cette mise en situation d’un modèle dans une antiquité mythologique est une (inconsciente?) réaction au diktat qui régnait encore dans son pays lorsqu’il était adolescent, époque où l’artiste était sommé de mettre les personnages représentés sur une toile dans des activités quotidiennes, et si possible valorisantes, du monde moderne.
C’est sans doute dans les dessins que s’épanouis le mieux l’art de Sacrevoir. Leur virtuosité le mette à l’égale des plus grands dessinateurs de l’art moderne et contemporain; par les sujets traités on pense immédiatement à Mac Avoy.

A la première vision, on pense avoir devant les yeux, les dessins d’un sculpteur par les volumes merveilleusement suggérés, mais d’une dextérité de tracé presque jamais atteint chez ces derniers, sans les hésitations du trait ou les alourdissements du crayonné qui abîment trop souvent les esquisses préparatoires aux sculptures. On s’aperçoit très vite devant la perfection de ces dessins que ceux-ci ne sont pas des travaux préparatoires mais au contraire le travail le plus abouti de l’artiste.
Sacrevoir mélange mine de plomb, pastel, gouache, aquarelle sanguine avec beaucoup de métier. Les rehauts de couleurs servent la plupart du temps à donner plus de volume ou à agrandir la profondeur de champ de la scène. Une technique proche de celle d’un Pignon Ernest-Pignon mais sans malheureusement le surcroît de signifiant que procure chez ce dernier la mise en installation, et/ ou en situation de ses dessins. Comme pour ses toiles, dans ses oeuvres sur papier Sacrevoir joue avec les vides et la teinte du support dans des mise en page très habiles.
Les tableaux de Sacrevoir sont souvent très sensuels et même érotiques mais il ne tombe jamais dans les facilités pornographiques où choit, malgré son talent, un peintre comme, Bernard .


Les garçons sont souvent croqués dans des poses classiques pourtant Sacrevoir sait aussi figer le mouvement, surprenant son modèle dans un geste intime, parfois trivial, ce qu’il ne fait à mon sens pas assez fréquemment. Ses adolescents ne semblent pas être d’aujourd’hui mais de toujours... Les décors dans lesquels ils sont campés se réduisent le plus souvent à un lit ou une chaise. Les rares accessoires comme leur vêture sont intemporels.
Il s’exprime dans des formats moyens, le grand coté de la toile dépasse rarement les un mètre, sauf pour par exemple les très belles toiles que sont "Die vier albanischen Brüder” et “Prüfung des ersten Flügels”...
Pour chaque tableau la palette est limitée. Les couleurs ne sont jamais pures mais savamment mélangées et cassées pour n’être pas trop acides. Leurs gammes varient de toile en toile, même si les bleus et les gris dominent. Dans les dessins, mais aussi dans quelques toiles, des écritures variées font irruption dans le cadre, cela peut être des notations personnelles, le titre ou une phrase de Shakespeare, d’Apulée, Garcia Lorca, Thomas Mann...
On peut déjà dire que l’oeuvre de Sacrevoir est importante par la singularité de son sujet et surtout par la maîtrise qu’a de son art , cet artiste que l’on dirait hors du temps.














