13 novembre 2007
Steve Walker
Steve Walker http://www.stevewalkerart.com/ est un peintre autodidacte. Il appartient aussi, a cette grande tradition américaine des peintres-illustrateurs parente avec celle des scènes de genre, chère à la peinture anglaise des XVIII éme et XIX ème siècles. Cette peinture est souvent regardé, stupidement avec mépris, de notre coté de l’Atlantique parce que représentatif d’un art pas assez conceptuel, pas assez intellectuel selon les critères du parisianisme, naviguant aux franges de l’hyperréalisme mais contrairement aux artistes de cette école, je pense à un Estes qui met en avant l’architecture, la rue où règne l’automobile, Steve walker met l’homme au centre de sa peinture. Il a un rare talent pour capter sur sa toile, les petits riens du quotidien qui nous raconte d’emblée une histoire et qui parviennent à nous toucher. Ce qui intéresse Steve Walker ce n’est pas l’anatomie des corps mais surtout l’anatomie de l’ instant comme il l’explique dans la présentation d’une de ses expositions: << À la différence d'un romancier ou d'un réalisateur de film, le peintre figuratif est contraint de faire une synthèse des émotions, des évènements en une évocation d'un moment singulier. Il n'y a aucun "commencement" et ni aucune "fin" , simplement un moment. C'est toujours un défi... Ces moments sont présentés dans un contexte gay parce que c'est la vérité de ma vie ou des vies dans lesquelles ils se sont produits.>>.
On pourrait qualifier Steve Walker de peintre de la mémoire certaines de ses toiles sont plus ou moins autobiographiques. Par certains cotés son travail ressemble à celui du romancier. La déclaration suivante corrobore mon sentiment: << Je peux réfléchir pendant des années avant de faire une peinture particulière, alors qu'une autre peut se concrétiser seulement quelques jours après que me soit venu l’idée qui l’aura inspirée. Je prend constamment des notes et je fais des croquis sur les sujets de tableau qui me viennent, par crainte de les oublier.>>.
Ses personnages presque toujours des hommes, dont on devine l’homosexualité, sont fixés dans des tâches ou des postures qu’un peintre ou un photographe généralement n’aurait pas retenues pour immortaliser ses modèles. Il y a peu de visages chez lui et presque jamais de regards. Steve Walker excelle a faire “jouer” ses personnages de dos dans les scénettes de ses tableaux qui sont de véritable mise en scène. Il suffit de le lire pour s’apercevoir qu’il se vit un peu comme un cinéaste: << les modèles sont un élément très important de mon travail. Ils sont comme des acteurs et je suis leur metteur en scène. La plupart n’ont jamais posé avant de travailler pour moi.>>. D’ailleurs le vocabulaire du cinéma vient naturellement lorsque l’on parle des toiles de Steve Walker.
Ainsi on peut dire qu’ il emploie prioritairement le plan moyen parfois le gros plan, presque jamais le plan large. Son regard est le plus souvent frontal sur son sujet. Ces plans moyens font qu’autour des personnages l’espace est restraint. Il est aussi généralement dépouillé. On retrouve au fil des années des lieux de prédilection supports pour les anecdotes des tableaux. La chambre à coucher est l’un d’eux: << Les scénarios situés dans une chambre à coucher m'ont toujours plu car ils offrent d’innombrables possibilités pour des poses visuellement dynamiques des modèles. Le lieu privilégie la position étendue, qui offre une grande variante dans les angles et les attitude sans que celles-ci soient trop contraignante pour celui qui pose. Les scénarios sont sans fin. Dans “ At Five in the Morning", comme dans beaucoup d'autre de mes peintures, le rapport entre les deux hommes est intentionnellement ambigu. Sont-ils des petits amis ? Était-ce un “coup” d'une nuit ? L’ un des deux doit-il travailler plus tôt que l'autre ? Sont-ils heureux ou malheureux ensemble ? Il y a tant de moments uniques dans un rapport (autre que le sexuel) qui se produisent dans une chambre à coucher...>>.
Chose rare dans l’art figuratif aujourd’hui, l’artiste parvient à faire vivre plusieurs personnes dans un même tableau, mais souvent les personnages sont volontairement représentés plus côte à côte qu’ensembles... d’où une certaine mélancolie qui se dégage de la plupart des oeuvres.
La gamme de couleurs est assez réduite. Les tons froids dominent. Mais depuis quatre ans Steve Walker peint également au Costa Rica ce qui a eu pour conséquence de réchauffer sa palette. Il s’exprime surtout dans des formats assez grands généralement de plus d’un mètre pour le plus petit coté de la toile. La mer est très présente dans ses toiles qui sont très ancrées dans le paysage américain bien que parfois on reconnaisse l’Amérique centrale, l’Italie ou l’Espagne ... C’est d’ailleurs seulement à 25 ans, en 1987, après un voyage en Europe pendant lequel il arpente les grands musées du continent, qu’il décide de se consacrer véritablement à la peinture. Steve Walker est né à Ottawa d’un père militaire de carrière. Encore enfant, il suit sa famille dans un petit village du Canada. Il retrouvera la ville à seulement dix neuf ans lorsqu’il ira à Toronto, où il réside toujours, pour poursuivre des études de théâtre; quatre ans plus tard diplomé de l’université, il entâme une carrière de comédien qu’il poursuivra sporadiquement jusqu’en 1995, mais qui ne lui donne pas satisfaction, il désir être un artiste: << Faire partie d'une bonne production ou d'une belle pièce, est une entreprise passionnante et agréable. Pourtant à mon avis, un acteur n’est pas uncréateur. le créateur c’est le dramaturge et le metteur en scène di. L'acteur est au service de leur vision artistique. Pour cette raison être acteur, était rarement une expérience artistique agréable pour moi....>>.
Si son homosexualité ne lui pose aucun problème, en tant que gay, Walker prend conscience qu'il vit une période de l'histoire des homosexuels, qui est à la fois la meilleure et la plus mauvaise. Les hommes et les femmes gays sont de mieux en mieux acceptés, alors qu'en même temps le SIDA a dévasté la communauté gay. Il sent que pour lui le métier de comédien est trop limité pour parler de la condition des gays tel qu’il le vit, c’est alors qu’il opte pour la peinture C’est de la vie quotidienne de sa communauté qu’il veut faire la matière première de son oeuvre et il y parvient admirablement. Son ambition est de témoigner pour un groupe à une époque donnée en un lieu précis avec pourtant le souhait de toucher à l’universel: << Je puise les thèmes de mes tableaux dans ma propre vie, dans mes propres expériences, et de ce que j'ai observées autour de moi. Je n'ai jamais songé à déguiser les réalités de ma vie d'homme gay dans mes peintures, afin de gagner un plus large public et une plus grande audience dans le monde d'art. je vois mon travail un peu comme un documentaire, une interprétation, une cristallisation de moments singuliers que je tente de restituer par des lignes, de la couleur, de la lumière, des ombres, en utilisant cent brosses, mille tubes de couleurs, et un million de traits. Je tâche d'inciter les visiteurs à s'arrêter, ne fût-ce que pendant un moment...>>.
Il serait réducteur de considérer que la peinture de Steve Walker est une peinture gay pour les gays. Ses peintures n’ont pas pour thème profond les personnes gays ou l'homosexualité. Ses thèmes sont l'amour, la haine, la douleur, la joie, le plaisir d’être ensemble, la beauté, la solitude, le désir, l'espoir, le malheur, la mort. Autant de thèmes universels indépendamment du genre, de la classe socio-économique, de la culture ou de l'orientation sexuelle mais que l’artiste choisi de faire passer par des jeunes hommes gays. ce qui rend sa peinture unique. Dans les trois dernières années, grâce à des voyages, le peintre a élargi son inspiration. Le Costa Rica semble lui avoir apporté un sérénité que l’on retouve dans ses toiles situées dans ce pays. Quant à l’Espagne elle lui a donnée des image d’une tauromachie apaisée.
Depuis plusieurs année, Steve Walker se consacre totalement à la peinture. Il estime produire une quarantaine de toiles par an. Cette production par essence limitée, bien qu’on puisse le ranger dans la catégorie des peintres très productifs, et le succès toujours grandissant de ses créations, l’ont amené à réfléchir sur la visibilité de sa peinture. Il est un des premiers artistes à s’engager autant, dans ce que l’on pourrait appeler les galeries virtuelles: << Vu le nombre relativement petit de peintures qu'un artiste peut réellement produire dans sa carrière et le coût prohibitif de ce travail pour beaucoup, il était très important pour moi, de rendre mon oeuvre disponible à un plus grande public à beaucoup moins de frais. Le site Web permet à n'importe qui dans le monde avec un ordinateur et un raccordement à Internet de voir mon travail presque sans dépense.>>.
Alors que Steve Walker a exposé d’abord dans les restaurants et les bars gays, il est aujourd’hui présent dans de grandes galeries à Toronto, Montréal, New York, Philadelphie...










