26 octobre 2007
Le vélo taxi de la place du temps

New-York, Time square, septembre 2007
24 octobre 2007
La chasse au trésor de Jean Le Gac
Les
artistes contemporains qui nous font sourire et même rire (un rire
admiratif s’entend), ne sont pas légion. La quasi totalité faisant même
plutôt dans le sinistre et le déprimant et intime le spectateur:
regardez mon installation: elle dénonce l’incurie des grands et notre
fin prochaine; je suis la nouvelle Cassandre. En plus si l’on considère
les tenants de l’art conceptuel qui savent dessiner et qui ne pensent
pas que seul le moche, le presque rien et même le rien (je vous renvoie
à la réjouissante théorie du presque rien et du pas grand chose de
l’irremplaçable Cueco,
nous arriverons à peine à organiser un bridge et si enfin en plus de
ces qualités rarissimes on cherche que notre oiseau rare soit un
pédagogue franc du collier, il n’y en a plus qu’un, c’est Jean Le Gac
, né en 1936,qui se présente lui même comme à la périphérie de l’art
contemporain. Cela tombe bien car l’impétrant a eu la bonne idée de
m’inviter au vernissage de sa Chasse au trésor, installation sise dans
la chapelle du musée d’Archéologie nationale du château de Saint-Germain-en-Laye.

De quoi il retourne et à quoi cela ressemble, le mieux est de laisser
la parole à l’artiste: << Pour le musée nationale d’archéologie
de Saint-Germain je propose une œuvre au sol. Sur la base de
couvertures militaires soudées ensemble orthogonalement, avec des
variantes, aux fortes coutures apparentes formant dessin selon des
périmètres inspirés des chantiers de fouille, seraient aménagées des
“ouvertures”, aux formes irrégulières, où apparaîtraient des peintures
sur toile fragmentaires, des textes et des photographies..;>>.
C’est la description clinique de ce que l’on voit, mais ce qu’il ne dit
pas c’est que surtout il nous offre un passeport pour bien des voyages
imaginaires. Ce programme est en outre enrichi par la spécificité du
lieu, qui fait que le soleil jouant dans les rosaces gothiques de la
chapelle projette (il en était ainsi tout du moins le jour du
vernissage) un feston d’ombre sur l’oeuvre.
L’installation est centrée sur la figure de l’archéologue, parente, tout du moins dans l’imaginaire du peintre, mais aussi dans l’imaginaire populaire qu’il traduit si bien, d’autres archétypes rencontrées dans son oeuvre. L’archéologue ne peut il pas apparaître aux yeux de certains comme un voleur? Et il y a foule de monte en l’air chez Le Gac. Le fouilleur fut un peu espion parfois, aventurier souvent... Cet archéologue fantasmé (Indiana Jones), très années 30, possède bien sûr les attributs chers au peintre, casque colonial, bas de molletière, vareuse... Les tableaux peint par Le gac rappelle ceux de Iacovleff ,le peintre qui suivit la croisière noire puis la croisière jaune en 1932, ce n’est bien sûr pas un hasard...
Le Gac est un des rares artistes, à l’instar d’un Bernard Faucon , d’un Etienne Martin
ou au cinéma d’un Podalydes, à tirer des réminiscences de son enfance,
des œuvres qui ne soient pas niaiseuses mais au contraire stimulantes.
Ce
qu’il y a de merveilleux chez ce créateur c’est qu’il n’oublie jamais
la probité de l’artisan qu’il me semble tout artiste devrait être
aussi, ni le souci pédagogique, probablement hérité de son ancien
métier de professeur de dessin.
La mise en scène d’une activité, ici, l’archéologie, veut dire pour LeGac une profonde, observation et réflexion sur celle-ci: << Il y a en archéologie des “instants d’apparition” magiques pour un peintre quand sous la brosse délicate ou le pinceau du fouilleur se révèle par fragments un vestige du passé...>>. Comme il le raconte avec beaucoup d’élégance dans le passionnant et précieux petit catalogue de l’exposition (édition de la réunion des musées nationaux 25€, en faisant un judicieux parallèle entre le métier d’archéologue et celui d’artiste peintre.
On peut voir La chasse au trésor aussi comme un hommage aux archéologues en particulier à Victor Segalen et à Dominique Roussel.
La
légèreté du plasticien n’implique pas l’inculture, mine de rien, en
passant, Le Gac invite, comme il le ferait au délicieux buffet de son
vernissage, ses inspirateurs, compagnons de voyage et autres mentors.
En se promenant sur les planches, chemin initiatique, et aussi
passerelle qui permet de découvrir cette œuvre horizontale dans cette
architecture verticale, nous recevons les saluts, plus ou moins
discrets, de Stevenson, Edgar Poe, Victor Segalen, Michel Butor, H.
Rider Haggard, Borges, Hergé, Pierre Edgar Jacob... Dans d’autres de
ses installations nous avions eu le plaisir d’y croiser Maurice
Leblanc, ou plutôt Arsène Lupin, Souvestre et Allain, je veux dire
Fantomas...

Il
ne faudrait surtout pas penser, après cette kyrielle de noms
intimidants que cette chasse au trésor soit un pensum, que l’artiste
ait réussi à “alourdir” son œuvre, but qu’il s’était proposé avec cette
nouvelle performance, j’ose ce terme car comme presque toujours Le Gac
se met en scène par photos et dessins interposés. Voilà une œuvre qui
est à la fois post moderne et subtilement autofictionnelle. L’humour
est la caractéristique de cette pensée. Avec ses facéties Le Gac nous
donne le vertige, c’est un maître de la mise en abîme, et nous fait
nous interroger sur la nature de l’art nous conduisant à une
délectation toute proustienne.
S’il
revendique sa post-modernité, il n’est pas dupe de certains mirages de
l’art contemporain: <<Je ne parviens plus à croire comme certains
que l’art moderne fait encore question. Pour moi l’histoire de l’art
moderne a été très vite plébiscité. C’est aujourd’hui une vieille dame
assez conformiste qui ressasse ses souvenirs.>>. Cette lucidité
est le fruit d’une longue et fructueuse réflexion: << J’ai
souvent fait l’assimilation du peintre avec le détective et
l’archéologue, ceux qui mènent l’enquête et dans mon cas l’enquête sur
l’art - c’est à dire comment on “arrive” à l’oeuvre, l’enquête sur la
“vocation” comment alors que rien ne vous destine, prédestine à cela,
on devient artiste. Ce faisant, je ne suis pas là dans la
déconstruction de la peinture, de ses moyens spécifiques mais dans le
démontage du personnage du peintre lequel est passé de l’homme-médecine
à l’artiste, puis à l’artiste plasticien d’aujourd’hui... Mon travail
se situe entre image et peinture, lesquelles sont aujourd’hui
inconciliables...>>
Si Le Gac n’a pas tout à fait à mon sens la place qu’il mérite dans le concert de l’art contemporain, c’est peut-être qu’il est difficile d’organiser une rétrospective de son oeuvre. Comment faire se jouxter ses farces érudite? Et quel lieu pour cela, les cimaises neutres des grands espaces habituellement dévolus aux expositions institutionnelles ne lui conviennent guère. Ne sachant jamais quel pérégrin de la blogosphère peut s’égarer sur mon site, j’ose une suggestion, bien des villes se plaignent de l’inutilité de leurs églises, heureusement aujourd’hui désertée grâce au recul de la crédulité, cela serait une riche idée d’en offrir une à Le Gac, pour qu’il expose, de façon permanente, une de ses merveilles, recyclage en accord avec ce grand “transmutateur” de l’imagerie populaire.
Renseignements pratiques:
La chasse au trésor
Une installation monumentale de Jean Le Gac
Musée d'Archéologie nationale, château de Saint-Germain-en-Laye
dans la chapelle du musée
place Charles de Gaulle
78105 Saint-Germain-en-Laye cedex
du 24 octobre 2007 au 5 mai 2008
tous les jours sauf le mardi de 10h à 17h 15
Navy
22 octobre 2007
Naive impudeur
21 octobre 2007
Une visite à la FIAC 2007
La visite annuelle à la FIAC est un de mes rituels annuels les plus précieux. Elle a bien changé cette foire depuis ma visite lors de sa première édition qui se tenait alors dans l'ancienne gare de La Bastille démolie depuis où il y quelques mois j'eus tant de plaisir à découvrir Lohengrin... Et puis c'est toujours une joie que de se retrouver dans cette nef du Grand-Palais où jadis je me suis tant démené. Joie augmentée depuis la restaurations des lieus qui voit maintenant entrer des flots de lumière par la grande verrière même si cet éclairage n'était pas idéal pour admirer les oeuvres des galeries qui n'avaient pas disposé un vélum au dessus de leurs cimaises. Cette année encore le plaisir était au rendez-vous, mais il fallait le mériter avec la grève des transports et un prix d'entrée de 25€! Il faut louer les organisateurs de maintenir année après année le subtil équilibre entre art moderne et art contemporain et entre galeries françaises et galeries étrangères
Je ne vais plus à la FIAC pour faire des découvertes, ce qui me semble illusoire passé un certain âge, tant l'oeil a été fait par nos pratiques, mais bien plutôt pour avoir des nouvelles de mes admirations de jeunesse. Matta fut l'une des premières, une découverte de mes vingt ans sans que je puisse me souvenir des circonstances. La galerie Claude Bernard exposait une très belle sélection de ses toiles peintes entre 1980 et 1990 soit à la fin de la carrière de l'artiste.
Les nouvelles que m'ont données des artistes que j' admire d'exposition en FIAC depuis longtemps furent bonnes même si j'aime moins la "nouvelle" manière de Rosenquist préférant la veine réaliste de ce maître du pop art dont j'avais pu admirer une sélection représentative de la production lors de sa rétrospective au Guggenheim de New-York en 2002, quand à Bazelitz il est toujours égal à lui même, c'est à dire au plus haut.
e
Bazelitz Rosenquist
Si j'arpente d'une façon méthodique les allées du Grand Palais, je cherche aussi les galeries où je suis sûr de prendre du plaisir. Cette fois encore Applicat-Prazan ne m'a pas déçu, même si, contrairement à l'année passée avec Schneider, la galerie ne réservait pas son espace à un seul peintre, qui est la formule qui comble le plus mon attente, mais préférai exposer un florilège de toiles issu de l'école française de l'abstraction lyrique ou abstraction chaude.

Riopelle
Lanskoy
Après l'abstraction chaude on pouvait changer de climat avec l'abstraction froide, chez Denise René. C'est avec un peu d'émotion et beaucoup de nostalgie que je vois, chaque année, cette petite grande dame à la fois impérieuse et modeste être présent dans son stand comme le capitaine scrute de sa dunette...

Rencontre de Arp et Herbin chez Denise René
La FIAC peut être aussi propice à des retrouvailles inattendues comme celles avec le collectif d'artistes russes AES+F qui, prenant comme matière première les corps adolescents, les représente en acteurs des pires atrocités, donnant des oeuvres à la fois très attirantes par le détail des corps et provoquant une répulsion en regard des actes représentés. Une des particularités de ce groupe est de traiter une scène par le biais de la photographie et/ou de la sculpture et/ou de la peinture sans oublier les performances et les installations...
AES+F est composé de Tatiana Arzamasova, Lev Evzovich, Evgeny Svyatsky et de Vladimir Fridkes
• Tatiana Arzamasova, née en 1955 à Moscou, est diplômée de l’Institut d’architecture de Moscou (1978).
• Lev Evzovich, né en 1958 à Moscou, est diplômé de l’Institut d’architecture de Moscou (1982).
• Evgeny Svyatsky, né en 1957 à Moscou, est diplômé de l’Institut polygraphique de Moscou (1980).
En 1987, ces trois artistes s’associent au sein du Groupe AES. Depuis 1995, le groupe AES collabore avec le photographe Vladimir Fridkes, d’où l’appellation « Groupe AES+F ».
Vladimir Fridkes, né en 1956 à Moscou, travaille en tant que photographe de mode et a publié des clichés dans les éditions russes de nombreux magazines (VOGUE, Harper’s Bazaar, ELLE, Marie Claire, Cosmopolitan...). Le groupe AES+F travaille avec la photographie, la vidéo et les technologies multimédias. Exposé en Russie et à l’étranger depuis 1987, le groupe a proposé des projets individuels à la Biennale d’art contemporain de Moscou (2005), au Festival international de Moscou Mode et Style en photographie (2003) et au Mois international de la photographie Photobiennale (1998-2006).
A leur actif, des projets au Venezuela, en Autriche, en France ainsi que des expositions collectives : ARS 06', Sense of the Real, au Kiasma Nykytaiteen Musee d’Helsinki, 4e Biennale d’art contemporain de Tirana, en Albanie (2005), Biennale de Sydney (2004).
Les membres du groupe AES+F vivent et travaillent à Moscou.
On fait également de curieuses rencontres à la FIAC comme ce gorille chez de Noirmont
Comme toujours, un artiste semblait être mis en exergue par les marchand; habituellement ce coup de projecteur est en relation avec l'actualité, mort, grande rétrospective... il semble pourtant que ce n'est pas le cas pour Dubuffet très présent pourtant cette année.

Dubuffet
On pouvait aussi croiser de beaux Basquiat et de drôles d'oiseaux...
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Reflets
20 octobre 2007
Jacques Sultana
Jacques Sultana a peint dans le même lieu, des sujets voisins de ceux que je photographiais, dans les années 80
Aux écoutes
19 octobre 2007
La prisonnière aux yeux bleus
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Signe, Var, octobre 2007






















