Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

27 octobre 2007

Jean Rochefort dans ENTRE AUTRES

rochefortImaginez une forte pluie, deux hommes se mettent à l'abri de l'averse. Ils entre dans un lieu indéfini qui pourrait être un hall d'attente où vous même patientez. Vous attendez un évènement. L'un des deux arrivants est un musicien. Il porte son accordéon. L'autre est comédien, c'est Jean Rochefort, vous l'avez reconnu puisque vous êtes venu pour lui... Comme pour passer le temps, pour lui même et pour son compagnon, par touches il évoquera sa vie, s'enchaîneront des anecdotes sur son métier, des souvenirs, d'enfance, principalement et surtout au travers de textes qu'il aime et parfois qu'il a joué... Si au début de mon propos j'ai inventé cette pluie drue qui conduirait des quidams à partager inopinément un lieu de hasard c'est qu'il me semble manquer au spectacle une pareille anecdote, prétexte à ce chemin à rebours, littéraire et mémoriel, fait surtout de sentes de traverse... Cela donnerait un cadre, certes artificiel, mais le théâtre n'est il pas qu'un jeu d'artifices, à cette suite de monologues qu'aèrent les improvisations talentueuses de Lionel Suarez sur son accordéon. C'est la seule réserve que je ferais à cette soirée placée sous le signe de l'élégance et pas seulement celle de la silhouette étonnamment juvénile de Jean Rochefort.
ON sait qu'il est là pour de bonnes raisons comme il le déclare: <<Parce que je n’aime pas voir les journées raccourcir en automne, et que le théâtre a été construit en 1924 et puis j’aime partager, faire rire, voire émouvoir, faire connaître, et que vous êtes mon seul médicament. ».
Quel tact que de discrètement signaler qu'il y a peu de temps encore Philippe Noiret jouait sur la même scène qu'il foule aujourd'hui... Il y aura d'autres saluts informulés, à ses amis comédiens qui ont abandonné la scène, le laissant seul avec son trac... Passeront ainsi, Jean Gabin, Michel Serault, les Branquignoles, Louis de Funes, Jean-Roger Caussimon...
Si les souvenirs, comme ceux de son enfance durant la dernière guerre, charpentent le spectacle c'est surtout par le choix des textes qu'il est remarquable. Il faut tout le talent et l'élégance de Rochefort pour passer d'une chanson,  Avanie et framboise, de  Boby Lapointe à une page de Primo Levi qu'il fera suivre d'un texte au surréalisme apocalyptique de... Jean Yanne que continuera réflexion morale de Victor Hugo...
Pour rompre la gravité d'un propos, Rochefort sait nous régaler de l'imitation du gibbon ou ressusciter les diseurs du tournant du XIX ème siècle en nous interprétant L'héritage infernal de Charles Trenet ou Félicie de Fernandel... Durant la soirée nous croiserons encore pêle-mêle, Harold Pinter, Raymond Carver, Roland Barthes, La Fontaine,  Michel  Audiard,  Prévert, Verlaine, Henry Miller, Cioran, Cervantes, Molière, Fernand Raynaud... et Jean Rochefort en taupe ou en éléphant. En somme, une soirée en très bonne compagnie.

Théâtre de la Madeleine
19
rue de surène 75 008 Paris 

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