10 septembre 2007
The everlasting secret family

Fiche technique :
Réalisation :
Michael Thornhill. Scénario : Frank Moorhouse, d'après son recueil de
nouvelles The Everlasting Secret Family and Other Secrets. Chef Opérateur : Julian Penney. Musique : Tony Bremmer. Montage : Pamela Barnetta.
Australie, 1987, Durée : 93 mn. Disponible en VO.
Avec
Mark Lee, Arthur Dignam, Paul Goddard, Tom Kennedy, Paul Davies, Alen
Carey, Heather Mitch, Alexander Brown et Dennis Miller.
Résumé :
Un
important sénateur d’âge mûr (Arthur Dignam) se rend dans une école
privée de garçons pour y choisir son nouvel amant. Au sein d’un groupe
de beaux jeunes gens, il désigne un blondinet (Mark Lee). On arrange
alors plusieurs rencontres entre eux. Le garçon accepte les avances du
politicien, et bientôt il est introduit dans un groupe composé de
notables homosexuels et de leurs jeunes amants. Notre héros est ensuite
intronisé dans cette confrérie, « la famille », lors d’un rituel
vaguement maçonnique. Il apprécie bien vite le pouvoir et le prestige
auxquels il a droit en tant que garçon-objet du sénateur.
Pour
parfaire sa carrière, le sénateur doit se marier. Il choisit une jeune
femme de la meilleure société, brushing et coupé Mercedes. Et voici
notre garçon-objet jaloux et inquiet pour son confort. Un jour le
chauffeur du sénateur, Eric (Dennis Miller), apprend au garçon que lui
aussi a été un des amoureux du politicien mais le temps ayant fait ses
ravages, il n’est maintenant plus que son chauffeur. Plus tard, le
jeune homme devient l’amant d’un juge distingué (John Meillon) avec
lequel il entretient des rapports sadomasochistes dans lesquels il est
le dominant. Le jeune homme, terrifié de voir que son statut privilégié
s’érode, exige que le juge lui fournisse le nom d'un médecin qui
connaîtrait le secret de l’éternelle jeunesse... Pour améliorer son
image, le sénateur a un enfant. Il amène son amant au domicile conjugal
pour s’occuper de son fils.
Seize
ans ont passé. Le fils du sénateur, influencé par son mentor, devient
homosexuel et est aussi initié à la « famille ». Le sénateur et son
fils dépendent alors de l'amour du jeune homme qui est devenu, au fil
du temps, le point central de leur vie.
L’avis de Bernard Alapetite
Ce
film pourrait être inquiétant à plus d’un titre, d’abord parce qu’il
traite de l’abus sexuel perpétré par des nantis et notables sur une
jeunesse naïve mais surtout par ce qu’il présente une sorte de théorie
du complot avec comme d’habitude une secte secrète, cette fois de
dépravés sexuels qui mènent le monde uniquement pour assouvir leurs
fantasmes libidineux. Heureusement, on ne croit pas une seconde à cette
fable abracadabrantesque issue de la plume d’un gros frustré. Cela dit,
on comprend qu’un tel film puisse se faire sur le terreau de
l'hypocrisie sexuelle de la société australienne des années 60 et 70,
qui est par ailleurs assez justement dépeint.
The Everlasting Secret Family
mélange une étude psychologique et de milieu presque naturaliste avec
un scénario complètement barré, avec ce médecin qui peut donner la
jeunesse éternelle à un Dorian Gray version éphèbophile. L’étrangeté du
film est renforcée par son environnement bucolique, la ville de
Camberra et ses alentours, la capitale nationale de l'Australie, ville
uniquement administrative et assez artificielle, située au milieu de
nulle part. Ensuite l’intrigue se transporte à Sydney, qui est vécue
par le garçon curieusement comme un lieu claustrophobique dont on ne
verra que le port de plaisance, vu de la fenêtre de l’appartement, à la
reconstitution soignée, très design chic année 70, dans lequel le
sénateur a installé son amant sous la garde de son chauffeur... Autre
bizarrerie : on ne connaîtra jamais ni le nom du garçon ni celui du
sénateur.
Si
on laisse de côté le fatras ésotérico-fantastique, le rite crypto
maçonnique pour être coopté dans « la famille » étant d’un ridicule
achevé et devant déclencher une franche rigolade, on découvre un film
sensible qui nous raconte la difficulté d’un homme politique à vivre
son amour homosexuel, les accommodements qu’il doit faire pour parvenir
à maintenir son rang, comme épouser une femme qu’il n’aime pas et avoir
un enfant qui l’indiffère. On peut noter avec quelle habileté il se
sert de ce dernier pour amener au domicile conjugal son amant. Ce
sénateur, qui a des faux airs du « bon » docteur Goebbels, n’est pas le
prédateur cynique qu’on pourrait croire à la lecture du pitch du
scénario. Il aime sincèrement le garçon mais il ne veut pas lui
sacrifier son statut social. Il ne laisse pas tomber non plus son ex,
recyclé en factotum. On perçoit que sa femme n’est pas dupe et préfère
ces arrangements plutôt que de perdre elle aussi le rang dans la
société auquel son mariage lui a permis d’accéder. Elle ne veut pas
plus perdre l’amour de son fils qu’elle accepte de partager avec
l’ancien amant de son mari... Mais ce film sans l’habillage du scandale
et du bizarre était sans doute plus difficile à réaliser mais c’est
celui-là qui intéresse le cinéaste.
Le
chef opérateur réussit un beau travail de mise en images, mention
spéciale pour la scène d’ouverture avec tout le collège s’ébattant en
petite tenue blanche sur un stade au gazon tout britannique, bien aidé
par un décorateur soucieux du moindre détail. On peut regretter le
puritanisme du filmage. Pourtant le film commençait bien avec le
bouchonnage du garçon nu par le sénateur, malheureusement cette scène
croquignolesque restera veuve même si l’on a plusieurs fois l’occasion
d’admirer Mark Lee, qui a été la co-star avec Mel Gibson de l’excellent
Gallipoli de Peter Weir, en culotte fort seyante. En
dehors de son physique accorte, tout de même pas assez juvénile pour le
rôle, il joue très bien comme le reste de la distribution : des
habitués des plateaux de la télévision australienne. On reconnaît dans
le juge adepte de la fessée John Meillon, un des rôles principaux des Crocodile Dundee.
Dans ce panorama non exhaustif, je m’en voudrais d’oublier la musique
de Bremner, façon chœur liturgique, interprétée par de mâles voix, qui
intervient régulièrement à des moments où elle est complètement décalée
!
Il faut
aller au-delà de la surface de cette bizarrerie australienne – avec sa
société secrète d’homosexuels très organisée : « la famille », qui
ressemble à la fois à un fantasme de pédéraste et à une phobie de
policier homophobe – pour découvrir une histoire humaine dont les
antipodes n’ont pas le privilège.
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