27 août 2007
Vaincre à Olympie
France, 1977, 100mn
Fiche Technique
Réalisation: Michel Subiela, scénario: Michel Subiela d’après le roman éponyme (édition du Rocher) de Maurice Genevoix
, image: Maurice Venier, André Dumaitre et Robert Jaffray, son: Michel
Lamy, décors: Daniel Pierre, Tassos Zografos, costumes: Pierre Cadot,
montage: Lucienne Barthelemy, musique: Vladimir Cosma
Avec: Jean
Marais, Thierry Dufour, Panos Mihalopoulos, Myrto Parashi, Georges
Marchal, Jean Topart, Jean Martinelli, Marie Lebée, Alex Golfis...
Résumé:
Nous
sommes dans une Grèce antique d’avant Péricles. Un mystérieux voyageur
(Jean Marais) arrive dans un bourg qui est tout à la dévotion de
Sostratos (Thierry Dufour), jeune et beau pugiliste qui se prépare
pour le concours des prochains jeux Olympiques. L’ errant demande
l’asile au village qui le lui refuse car l’homme critique l’entourage
du jeune champion qui selon lui est amolli par les flatteries et le
désir qu’il provoque chez les deux sexes. L’homme lance un défi à
Sostratos. S’il parvient à battre le garçon au bras de fer, ce dernier
devra le suivre. Dans le cas contraire il quittera sans retour le
village. Comme il se doit Sostratos est vaincu et part avec le vieil
homme qui l’emmène au sommet d’un mont où se trouve un temple. Là ils
s’ asseyent et l’ errant se mue en aède et raconte à l’éphèbe une
histoire, du temps de sa jeunesse. Celle d’Euthymos (Panos
Mihalopoulos), un jeune pugiliste de Crotone, lui aussi gâché par son
commerce avec une ensorceleuse et un philosophe pervers tous deux
amoureux de l’athlète. Ce garçon sera sauvé par un homme de passage,
Milon de Crotone (Georges Marchal ) qui parviendra à l’extraire de son
milieu pernicieux. Il l’emmènera, loin de cette fange, pour lui faire
subir le dur entraînement qui le conduira à la victoire...
L’avis de Bernard Alapetite
Cela
commence très mal, même si on est ébahi de prime abord par la tenue des
jeunes acteurs au pagne, façon string, dégageant largement des fessiers
fort consommables. Mais une fois l’hypnose provoquée par ses chairs
enviables évanouie, on est effaré par cette Grèce antique de pacotille
où sautillent des jeunes hommes qui semblent lancés dans un concours
effréné à qui sera la plus follasse. On se doute bien que la démarche de Michel Subiela est loin de tout naturalisme, voire de tout néoréalisme avec comme toujours chez lui l'intrusion du fantastique (on peut penser par exemple que les personnages joués par Jean Marais et Georges Marchal sont immortels) et du merveilleux avec l'intrusion du théâtre dans la narration. Mais faudrait il encore que ces intrusions s'intègrent harmonieusement au récit. Ce qui n'est pas toujours le cas.
Si Thierry Dufour, qui incarne
Sostratos, le jeune athlète blond, est très mignon, il joue
effroyablement faux. Cela ne s’arrange guère avec l’arrivée de Jean
Marais qui, lui aussi, ne cache pas grand chose de ses attributs
virils, mais il fait un sort à chacune de ses répliques, comme si le
devenir du monde en dépendait... Et l’on tombe de Charybde en Scylla
avec l’histoire gigogne de l’initiation par Milon, du beau brun
Euthymos de crotone, bourgade, elle aussi infestée de tapioles auxquels
se seraient joints quelques rustres bûcherons barbus d’ Argolie. Le
mélange est du plus curieux effet, mais le clou, c’est le méchant
philosophe libidineux joué par un Jean Topart maquillé comme un
guerrier soudanais qui se serait couvert de percings tel un punk
compulsif. Si Jean Marais joue déjà théâtre, au mauvais sens du terme,
il est d’une remarquable sobriété par rapport à Topart qui se lance
dans un cabotinage éhonté en Socrate de deuxième zone. C’est tellement
outré que cela en est réjouissant. Mais un grand mieux se produit
lorsque le film se recentre sur l’initiation d’Euthymos par son mentor.
Le réalisateur parvient parfaitement à retranscrire le rapport entre
l’ainé et son élève, fait de tendresse, de respect et d’amour, qui se
tisse au fil d’un entraînement forcené. Le mérite en revient
essentiellement à Georges Marchal qui joue le rôle du maître avec
beaucoup de conviction, tout en intériorité. La prestation de son
élève, bien agréable à regarder, est également tout à fait
convaincante. Par ailleurs le jeu des acteurs grecs, coproduction
oblige, souffre d’un doublage et d’une postsynchronisation à la limite
de l’amateurisme.
Si
Michel Subiela utilise bien les différentes valeurs de plan et ose des
cadrages audacieux, il est victime des tics de réalisation de l’époque
avec ses panotages incertains et ses effets de zoom trop fréquents. Il
a la bonne idée de placer plusieurs fois sa caméra au dessus de
l’action, offrant ainsi une vue du ciel panoramique du meilleur effet.
Un des grands mérites du film est l’utilisation des superbes paysages
grecs. Le film a été tourné entièrement en Grèce, probablement dans le
sud du Péloponnèse.
Il est malheureux de constater que ce film serait
aujourd’hui infaisable d’abord à cause du massacre en trente ans des
paysages grecs (et autres) mais surtout par la liberté sexuelle qui
s’en dégage, la présentation de la pédérastie grecque comme allant de
soit, ce qui était le cas dans cette société antique, dont elle était
un des piliers, sans parler de l’ode à l’effort et l’obéissance de
l’élève à son maître qui sous tend tout le film. Je rappelle que lors de sa diffusion le film passa en "prime time" sur la deuxième chaine nationale.
Dans 200 téléastes français (éditions CinémAction-Corlet, 1989) on peut lire à propos de Vaincre à Olympie, <<Michel Subiela ne nous convie pas à un hommage convenu de l'antiquité classique, mais à une vision pasolinienne et quelque peu iconoclaste d'une Grèce restituée dans ce qui devait être sa vérité quotidienne: truculence, bisexualité, fanatisme, orientalisme... des êtres de chair et de sueur. Les statues d'athlètes marmoréennes laissent la place à deux stars qui n'avaient jamais pu jusque là se rencontrer dans un film, Jean Marais et George Marchal.>>
Michel Subiela fut un personnage de première importance pour la télévision des années 60 jusqu'au milieu des années 80. Il est né au Maroc en 1935. C'est sa rencontre avec Henri Bosco qui sera déterminant pour sa vocation. Parallèlement à ses études, il participe dés l'age de douze ans à des émissions à la radio marocaine comme auteur de sketches et comme comédien. En parallèle à ses études à Scienc-Po, il est rédacteur en chef adjoint de Positif à sa création. Il débute au cinéma comme régisseur, opérateur, assistant réalisateur. Puis il entre à la télévision. Il est un des premiers à adapter un roman contemporain à la télévision. C'est d'abord L'empire céleste de Françoise Mallet-Joris puis La corrida de la victoire. Mais sa grande oeuvre en tant qu'adaptateur est celle du roman d'anticipation Le navire étoile (Le Fleuve Noir) de E. C. Tubb. Il adapte aussi des classiques comme Les hauts de Hurlevent et Les aventures de monsieur Pickwick en feuilleton.
Mais sa plus grande réussite, il la connait en tant que producteur faisant entrer le fantastique sur le petit écran avec les quatorze téléfilms qui composent la série Le tribunal de l'impossible. Outre Vaincre à Olympie Michel Subiela est aussi le réalisateur de plusieurs autres téléfilms comme Meurtre sur la personne de la mer (1979), aux nettes préoccupations écologistes, Les blancs paturages (1980), Le coeur cambriolé d'après Gaston Leroux, Le prix de la terre (1985)... On se doute que les orientations mercantiles de la "nouvelle" télévision française ne plaisent guère à Michel Subiela qui depuis quelques années vaque à d'autres occupations qui n'ont rien de télévisuelles.
Michel
Subiela, en 2002, lors d’une interview, restée inédite, m’assura que
Maurice Genevoix s’était montré très satisfait de l’adaptation qu’il
avait fait de son livre. Il a du tout de même être quelque peu surpris
de ce qu’était devenu son livre passablement modifié par la libido du
réalisateur assez loin de l’humanisme sportif qui caractérise Vaincre
à Olympie, publié à l'occasion des jeux Olympiques de Paris de 1924
alors sous le titre Euthymos, vainqueur olympique . On le sait peu mais
Maurice Genevoix était un athlète accompli, devant qui s'ouvrait une
carrière sportive brillante, carrière que sa réussite à l'agrégation de
lettres et, surtout, une terrible blessure sur les champs de bataille
de la Marne réduisirent à néant.
Malgré ses imperfections et l’obsolescence de sa réalisation, Vaincre à Olympie est à voir pour la noblesse de son message et pour sa liberté de ton.
Commentaires
En 2004 Arte proposa une série sur les "Champions d'Olympie". On suivait de jeunes et authentiques athlètes qui rejouaient aux jeux Olympiques. Même décor (Olympie), mêmes épreuves, mêmes régles, entrainements, conditions de vie.
La production avait pensé faire "jouer" ces athlétes entièrement nus mais la difficulté (ou l'inconfort) pour ces jeunes gens d'avoir leurs génitoires en liberté avait amené la réalisation à leur proposer des slips couleurs chaires bien moulants.
Il se dégageait de cette série une indéniable touche érotique, que les images de "vaincre à Olympie" évoquent.
Tu as raison de noter qu'une telle oeuvre aujourd'hui ne verrait pas le jour.
Je ne sais pas si la brulante actualité (l'incendie menaçant le site historique d'Olympie) est fortuite? je garde un excellent souvenir de la visite d'Olympie, de la douceur de son paysage.
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