Le blog de Bernard Alapetite

A partir du cinéma mais aussi de toute la production culturelle un regard gay et décalé sur les jours

12 juillet 2007

UN BATMAN ET ROBIN GAY

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Jean-Claude Farjas


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Oreste et Pylade
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GILBERT and GEORGE


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L’ humeur est contingente parfois des trottoirs que l’on arpente. Cette fois, ils seront londoniens. Il me faut toujours un prétexte pour quitter ma tanière. En ce printemps électoral, ce fut la rétrospective Gilbert & George à la Tate Modern. Ils sont les premiers artistes britanniques à être exposés en ces lieux alors que d’habitude ils sont cantonnés à la Tate Britain. Il n’y a pas créateurs plus gays que ces compères qui font de l’affichage de leur homosexualité, comme de leurs prises de position politique – les deux étant intimement liées – des œuvres d’art. Sous leur aspect de petit comptable propret de la City se cache une âme et un corpus révolutionnaire qu’aucune révolution ne pourrait récupérer.

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Je recommande particulièrement Narmel datant de 2001 qui, sur 15 mètres de long juxtapose des petites annonces pornographiques aussi cocasses que représentatives de la sexualité gay.
Mais le fait presque nouveau par l’intermédiaire de la célébration de Gilbert & George, c’est le retour dans l’art moderne d’un volontarisme pour le beau, paradoxalement par le truchement (en partie) de l’esthétisation de ce qui est pour le commun des mortels la quintessence du trivial : la pisse et la merde. Ils osent, osons ce mot obscène pour tout Artiste aujourd’hui, le « DÉCORATIF », mais ils le pervertissent pour en faire une arme de combat politique, véritable outil de dénonciation. À la différence de la plupart des créations d’art contemporain, les leurs sont immédiatement lisibles par un grand public dans le monde entier, malgré leurs références très britanniques. On a pu constater l’inverse avec Rauschenberg dont j’avais découvert la rétrospective par hasard l’an passé à New York et qui s’est transportée cet hiver à Paris, délestée de quelques pièces. Cette exposition présentée sans aucune explication à New York comme à Paris, m’est restée inintelligible, comme je le pense pour beaucoup de ses visiteurs. On pouvait cependant remarquer que le souci d’esthétisme n’était pas non plus absent de la démarche de l’Américain.
La teneur des œuvres exposées par les duettistes anglais, m’a délivré, pour la première fois je crois dans ma longue carrière de pérégrinant des expositions, de la présence des bébés hurleurs et autres impubères chahuteurs. La population qui s’extasiait, le jour de ma visite à la Tate, était presque composée que de gays, mais cependant bien différents des tapioles cacochymes qui encombrent souvent les galeries et autres foires d’art. On avait parfois la troublante sensation que les plus accortes créatures des images de Gilbert & George étaient descendues de leur cimaise pour venir admirer leurs petits camarades... Après Londres, l’exposition se transporte dans l’ordre à Munich, Turin, San Francisco pour terminer son périple au Brooklin Museum de New York en janvier 2009. Si vous êtes dans les parages de cette merveille dans ces villes, ne la manquez surtout pas.

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Si ces contrées n’ont pas votre visite, il vous reste l’achat du catalogue raisonné de l’œuvre de Gilbert & George, paru chez Gallimard. Il est curieux de faire paraître un catalogue raisonné, sensé contenir l’intégralité de l’œuvre pour des artistes encore vivants ! Cela se présente sous la forme de deux gros volumes reliés, contenus dans une petite valise en carton, type emballage de champagne de luxe, et il vous en coûtera 75 € (rapport qualité/prix imbattable) et puis vu le poids de la chose, cela remplace très élégamment de petits haltères...

Posté par bernar alapetite à 11:21 - DE CIMAISES EN CIMAISES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LA LEON


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Argentine -France, 2006, 85mn

Réalisation: Santiago Otheguy, musique: Vincent Artaud, image : Paula Grandio, son: Abel Tortorelli, décor : Sergio Rud, montage : Sebastian Sepulveda, Valeria Otheguy

Avec: Jorge Roman, Daniel Valenzuela, Jose Munoz, Daniel Sosa, Ana Maria Montalvo

Résumé
Le delta du Paranà en Argentine est un labyrinthe de rivières et de ruisseaux, un monde sensuel et sauvage, où Alvaro (Jorge Roman) mène une vie humble et solitaire. La pêche et la coupe des roseaux constitue son labeur quotidien. Son homosexualité et sa passion pour les livres font de lui un personnage à part parmi les habitants frustres, traditionalistes et homophobes, de cette région d'Argentine  qui semble hors du temps. Chaque jour, Un bateau bus, La Leon relie  ce territoire mouvant sans frontières définies à la ville. Il est piloté par El Turu (Daniel Valenzuela), un homme violent et autoritaire, le relais incontournable de toute communication entre les habitants qui en font un notable de cette communauté. El Turu voit la différence d'Alvaro comme une menace et est déterminé à le harceler parce que… secrètement il le désire

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L’avis de Bernard Alapetite
Au temps des formatages exacerbés, des séquelles et autres préquelles voici un film absolument singulier, d’abord par la merveille de ses images, filmées par une caméra posée, en plans fixes et contemplatifs, aux cadrages au cordeau. La leon est à la fois ambitieux, sans concession par sa forme, et raisonnable par la longueur du film et la limitation du sujet, du nombre des personnages et du lieu dans lequel l’intrigue se déroule; un lieu vraisemblablement très bien connu par le réalisateur et un sujet probablement qui le touche de très près. Modeste aussi par l’argument l’affrontement psychologique tendue entre deux hommes totalement dissemblable, sur fond de chicanes pour des coupes de bois; peinture de l’engrenage de la violence quotidienne née de la frustration sexuelle qui passe beaucoup plus par le non dit, ces pesants regards signifiants, par l’ellipse narrative et la grammaire cinématographique que par le dialogue dans ce monde de taiseux. Au delà de la narration et de l’esthétique Otheguy se sent un devoir de témoignage et de vérité comme il l’explique: <<j’ai du mal à comprendre comment au delà de l’efficacité de la narration, certains cinéastes n’arrivent pas à voir qu’avec les implications dans l’histoire, comment filmer un type qui coupe du roseau puisse poser problème. Tu vas laisser trace et document de ça, ça crée l’Histoire. C’est notre archéologie en train de se faire. Donc quand les américains montrent les mexicains avec les grands chapeaux ou les irakiens comme des terroristes, ils sont en train de créer l’Histoire, car finalement ces images font l’Histoire, complètement opaque et fausse. Donc quand on parle d’engagé, je me sens engagé personnellement à essayer de ne pas en tout cas faire cela, et de laisser avec mes moyens, une trace, quelque chose avec une visibilité qui soit la moins perturbée possible.>>

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On peut aussi penser que si Santiago Otheguy a choisi d’ancrer son récit dans le delta du Paranà c’est que ce fleuve dans son pays joui d’une aura de mystère, fleuve mythique déjà du temps des conquistadores. Les navires l’empruntaient pour acheminer l’or et l’argent du nouveau monde vers l’Europe.
Un peu de géographie: Le Rio Paraná prend sa source au Brésil et descend vers l'Argentine jusqu'à rejoindre le Rio Uruguay. Il devient alors, aux abords de Buenos Aires, le Rio de la Plata (Le Fleuve de l'Argent). Avec ses 220 Km de rive à rive, c'est le fleuve le plus large au monde. Lorsqu'il se déverse dans le Rio de la Plata, le Paraná se divise en d'innombrables ramifications plus ou moins larges. Il forme alors le Delta du Paraná, véritable labyrinthe aquatique. Ce réseau complexe d'îles et îlots inondables s'est constitué au cours des siècles grâce au dépôt incessant des sédiments charriés par les eaux du fleuve. Les sédiments s'accumulent régulièrement dans le Rio de la Plata provoquant une avancée permanente de ses îles sauvages vers le Sud, vers Buenos Aires. Le Delta avance d'environ 70 mètres par an.
Au début du siècle, 30000 personnes vivaient dans le Delta.   Ils ne sont plus que 3000 à vivre dispersés sur ce territoire devenu proportionnellement immense. Ils s’appellent les Isleños (habitants de L'Île), forment une communauté refermée sur elle-même, où tous les membres se connaissent entre eux et ont besoin les uns des autres pour survivre au quotidien. Le film raconte cet isolement image par image avec beaucoup de rigueur. La plupart des Isleños, tel Alvaro, subsistent en récoltant les roseaux qui poussent abondamment sur les rives. Une fois séchés  ils servent à la fabrication de vanneries. On voit “le vieux”, père d’élection d’alvaro, tresser un panier. Ils vivent aussi de la pêche et du bois des peupliers qu'ils coupent pour le revendre aux papeteries de la ville. C’est d’une rivalités pour la coupe de ces arbres que va naître le drame entre les iliens et des étrangers au territoire, deuxième fil rouge du scénario.

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Le bateaux-bus est le seul lien avec le monde extérieur de fait les conducteurs comme  El Turu de ces bateaux-bus sont donc des figures centrales et puissantes dans cette vie communautaire.
Le film est tourné dans un beau noir et blanc bien contrasté, où néanmoins la gamme de gris n’est pas sacrifiée, en haute définition numérique. Le noir et blanc renforce l’impression d’être hors du temps, d’autant que le spectateur possède peu de marqueurs temporels. Le bateau pourrait en faire office, mais la leon avec son étrave perpendiculaire à l’eau peut aussi bien naviguer il y a 60 ans qu’aujourd’hui. On aperçoit quelques télévisions et automobiles lors d’une incursion dans la ville la plus proche qui pourraient nous transporter à la fin des années 70, mais tout cela n’est que supputation, l’époque n’a que peu d’incidence sur le déroulement du drame mais cette incertitude chronologique, renforce l’étrangeté du lieu et de cette histoire. Le spectateur est par ailleur troublé par l’inatendue architecture cubiste de la maison rongée par l’humidité qu’habite Alvaro. Par le choix du noir et blanc le cinéaste rompt avec les canons esthétiques du jour, comme par le choix de l’acteur qui interprète Alvaro que l’on peut admirer nu dans des plans évidents, une beauté loin des canons made in USA. Le rythme très lent du filmage épouse le cours méandrique du fleuve. L’image rend palpable l’humidité et la touffeur de cette contrée qui rappelle un peu le bayou louisianais et nous fait nous souvenir de films comme La nuit du chasseur, Un été en Louisiane... Curieusement l’atmosphère lourde de ce lieu clos aux brumes rampantes évoque Simenon… La pesanteur de la frustration sexuelle est la même que chez Tennessee Williams.

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La caméra filme horizontalement, souvent louvoie au raz de l’eau et se pose quelque fois au plus près des corps, mais souvent comme à distance, pour leur laisser la liberté de vivre leur triste quotidien. Elle nous fait entrer dans ce monde fermé, un peu à la manière d'un anthropologue. On se sent proche de ces êtres écrasés de solitude, isolement dont s’évade Alvaro par la lecture. Il faut voir avec qu’elle tendresse il caresse les livres qu’il soigne... On est surpris lorsque l’on découvre qu’il répare les livres pour la bibliothèque de la petite ville. Cette scène inopinée mais bien introduite est exemplaire de l’habileté qu’a Otheguy pour densifier ses deux rôles principaux leur épaisseur est pour beaucoup dans la réussite du film.
<<Voilà, moi mon petit vieux dans mon histoire, je ne vais pas le sur découper avec 5 caméras dans 3 vues différentes. C’est un petit vieux, contemplatif etc. Je veux que les gens rentrent dans ses rides, dans son regard, dans ses mains…>> En ces deux phrases le cinéaste dit tout sur sa manière de filmer.
Le mélange entre acteurs professionnels et habitants de la région est très réussi. On a pu déjà voir Jorge Roman (Alvaro) dans le film chilien Mon meilleur ennemi d’Alex Bouen et dans Nordeste de Juan Solanas quant à Daniel Valenzuela (El Turu), il s’est révélé dans L’ours rouge d’Adrian Caetano.

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Santiago Otheguy a fait ses étude de... musique en France où il vit. El Leon est son premier long métrage auparavant il n’avait signé que quelques court métrage dont un La Rampe avec Claude Jade, réalisé dans le cadre des scénarios contre la drogue. Quand on lit sa note d’intention sur le cinéma on ne peut que continuer à espérer en cet art et en ce nouveau cinéaste: << J’ai l’impression que les jeunes réalisateurs s’inhibent, s’autocensurent. Je pense qu’il faut faire des films vraiment comme on le sent avec un langage qu’on pense approprié au sujet et qu’il ne faut pas avoir peur. Il ne faut pas se voiler la face non plus, il y a de grands sacrifices à faire, et dans le monde actuel, soit on se laisse porter par le consensus, et fatalement on traverse une vie de consommateur tranquille, soit toute autre action ou geste que l’on voudra faire méritera un sacrifice. Il ne faut pas vouloir faire une carrière dans le cinéma en voulant absolument reproduire le langage des autres, mais aujourd’hui c’est comme ça, il faut sacrifier quelque chose pour pouvoir sortir quelque chose.>>
La León a été primé au Festival de Berlin 2007. Le film a reçu la Mention spéciale Teddy Award.
Un western aquatique où chaque plan, tous magnifiques et sensuels, est essentiel, images raffinées où les sexes mâles remplaceraient les colts.

 


Posté par bernar alapetite à 09:48 - cinéphagie gay - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LES PASSANTS 2


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Pascal juillet 1983

Posté par bernar alapetite à 08:20 - LES PASSANTS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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