





USA, 2009, 73 mn
Réalisation: Harry & Bernard Schumanski, scénario: Harry & Bernard Schumanski image: Stephan Jones, montage: Bernard Schumanski
avec: Theo Montgomery, Forth Richards (Ryan), Benji Crisnis (Daniel), Jake Casey, Womack Daryl, Peter Petersen, Beatrice Carina, Heidi Blissenbach, Garett Dragovitz
Résumé
Wrecked a pour sujet la descente aux enfers causé par la drogue et le sexe, le sexe considéré comme une drogue, de Ryan (Forth Richards), un adolescent gay de 18 ans qui essaye de devenir acteur et de mettre sa vie sur la bonne voie. Mais ce désir est rapidement supplanté par le retour soudain de son ex, Daniel (Benji Crisnis ). Ce dernier demande à Ryan un endroit pour rester en lui promettant une vie normale et une relation amoureuse stable. Ryan sait que Daniel est incorrigible et que ce garçon est mauvais pour lui, pourtant il l'accueille, par faiblesse, par attirance physique incontrolable? Mais la toxicomanie de Daniel et sa soif inextinguible de sexe sapent tout espoir de normalité pour Ryan. Daniel entraine le garçon dans sa spirale de sexe et de drogue.
L'avis de Bernard Alapetite
La première chose qui me paraît important de dire est que Wrecked est l'un des films les plus économiques, un des plus faibles budgets que l'on peut voir. C'est aussi l'un des films les plus sexuellement explicites que le cinéma américain nous ait montré.
Le film multiplie les séquences très justes comme celle où l'on voit Ryan tenté d'obtenir un rôle lors d'une audition de la pure ethnologie sur la tribu du cinéma indépendant, idem pour toutes les scènes de répétition. J'adore le personnage de l'assistante du metteur en scène, quasi muet et qui pourtant parvient à exister très fort à l'écran.
Une de mes premières surprises devant ce film a été de voir apparaître des dollars alors que j'étais persuadé que ce que je voyais, se passait en Europe et plus particulièrement en Angleterre tant la forme de Wrecked est plus proche du cinéma indépendant européen que de son homologue américain.
Wrecked a été tourné par une caméras de poche qui suit les personnages (souvent fort attrayants) dans leurs moindres gestes d'où aussi, malheureusement la fréquente instabilité de l'image.
Je suppute, après une petite enquête que tous les acteurs du film, d'ailleurs tous excellents, ont utilisé des pseudonymes. Ceci peut être pour ne pas gêner leurs futures carrières ou vis à vis de leurs familles en raison des scènes de sexe on ne peut plus crues. Sont-elles simulées? (se demande le voyeur libidineux et quasi professionnel que je suis). Nous voyons quatre des acteurs complètement nus. Chacun se donne beaucoup de mal pour que ses partenaires ait une érection (que nous voyons). Mais il ne faudrait pas croire que Wrecked est un porno. Les scènes de sexe, ici ne sont pas tournées pour exciter le chaland. Leur grand intérêt est que leurs contenus sexuels explicites, construisent les personnage, fondent leurs l'actions et ancrent d'avantage l'histoire et les personnages dans la réalité. Wrecked a plus besoin de cela, étant une pure fiction, que par exemple « Shortbus » avec lequel il a bien des similitudes car shortbus a (en partie) des gens de la vie réelle comme acteur.
La force de Wrecked est que l'on entre immédiatement en empathie avec Ryan. Son très agréable physique n'est sans doute pas pour rien dans l'affaire. On a envie de crier à ce pauvre garçon de laisser tomber Daniel qui ruine sa vie. Pendant la journée, Ryan travaille en tant qu'acteur mais bientôt il commence à avoir des difficultés avec son rôle du fait de ses inquiétudes quant à la sincérité de son amant, qui, pendant ce temps là, est continuellement à la recherche de nouvelles drogues ou d'argent pour en acheter ou de sexe. Daniel est immergé toujours plus dans son monde de drogue lui fait croire que tout va bien. Quand les deux garçons sont ensemble, on a le sentiment que le sexe est l'arme qu'utilise le couple pour s'éviter d'aborder les véritables questions auxquelles ils devraient faire face. La meilleure partie du film est celle qui décrit le quotidien de la relation tumultueuse entre les deux garçons.
La production a des faiblesses techniques multiples. Par exemple, On voit une fenêtre dans la maison de Ryan, recouverte d'un drap. Certains dialogues semblent s'évanouir. La pellicule est assez granuleuse. Surtout la script ne devait pas être très vigilante car par exemple, dans une séquence Ryan va au lit torse nu, se réveille tôt avecs un t-shirt, puis sort du lit avec un autre! Les faux raccords lumière sont innombrables. Paradoxalement le film est néanmoins assez bien éclairé. Les réalisateurs jouent sur la lumière et l'intensité des couleurs pour appuyer leur narration. Les scènes dans lesquelles Ryan est seul sont lumineuses et sont dominées par les couleurs vives, alors que lorsque Daniel est à l'écran l'image est à la fois plus sombre et plus granuleuse (Tournées avec une autre caméra?) Et qu'on ne vienne pas me dire que ce genre de bourde a un rapport quelconque avec un petit budget. Il suffit d'ouvrir les yeux au moment du tournage et encore plus à celui du montage. L'argument scénaristique est mince: un parasite vivant au crochet de son hôte le manipule mais après tout le Tartuffe de Molière n'est pas autre chose...
Wrecked est le premier film des frères Schumanski, cinéaste dont je ne sais rien.
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La fin du film, quelque peu en divorce avec le reste, est aussi brusque que puissant qui sans être moralisateur ou didactique, ne se laisse pas oublier même si elle est ratée. Probablement que tout simplement les cinéastes ne savaient pas terminer leur film. C'est seulement en voyant cette fin malheureuse que je me suis aperçu que le jeune acteur qui interprète Ryan, que tous les amateurs de choupinets devrait adorer, ressemblait beaucoup à Vincent Branchet dans «F est un salaud que Wrecked rappelle dans la dépendance (sexuelle) qu'a Ryan envers Daniel. Cela m'étonnerait beaucoup que les frère Schumanski ignorent F est un salaud. Le plus gros reproche que je ferais au film est d'être trop court, ce qui est plutôt bon signe. J'aurais aimé suivre un peu plus longtemps le parcours de Ryan. D'autant que quelques minutes de plus auraient permis d'approfondir la psychologie des deux principaux protagonistes, ce qui n'aurait pas été inutile. Wrecked est un film provocateur et hypnotique qui, comme Shortbus, ose prendre des risques. |
La Varenne, 30 septembre 1983






J'habitais les bords de Marne à La Varenne, non loin de Charles Trenet que je voyais passer souvent lors de ses promenade, mais ce matin là du bel été 1983 ce fut un promeneur à roulettes qui attira mon attention alors que je me prélassais sur mon balcon, en ces temps un de mes appareils photographique n'étant jamais loin...
USA, 84 mn, 1994 Réalisation: Gregg Araki, scénario: Gregg Araki, image: Jim Fealy, montage: Gregg Araki & Kate Mcgowan, musique: Dan Gatto avec: James Duval, Rose McGowan, Johnathon Schaech Résumé Tout commence dans une grosse voiture américaine typique, une chevrolet, Jordan (James Duval) et Amy (Rose McGowan) parlent des problèmes de leur génération, la Doom Génération, du sida, du chaumage, de leurs vies sexuelles pas encore épanouies, tous les deux sont encore vierges... Quand soudain un homme ensanglanté est projeté sur le capot de la Chevrolet. Il entre dans la voiture et les supplie de démarrer le plus vite possible. L’homme en sang, vêtu de noir, se nomme Xavier Red (Johnathon Schaech), appelé tout au long du film X. Si Jordan et Amy sont encore puceaux et incertains quant à leur avenir, X lui, a perdu sa virginité depuis longtemps, et sait parfaitement où il va: Nowhere. Très vite une atmosphère étrange, presque malsaine se crèe au travers de ces trois personnages, que l’on croirait sortis d’un livre de Burroughs. Amy n’aime pas Xavier pourtant elle ne peut pas résister à l’attirance qui la guide vers ce beau teenager dont les traits rappellent ceux de Jim Morrison. Après une dispute entre X et Amy, les trois compères décident de se payer de quoi remplir leurs estomacs. Bourrés de drogues et d’alcool, ils entrent dans un night market, prennent ce qu’ils sont venus chercher, quand le vendeur, derrière lequel on remarque une pancarte indiquant un calibre 38 sous l’inscription en lettres rouges: << Ici on n’appelle pas les flics...>>, leur demande 6,66 $! Bien sûr, aucun d’eux n’a de monnaie. Le vendeur excité sort un fusil à pompe, mais X ne lui laisse pas le temps d’exécuter son acte et retourne le fusil contre lui... Commence alors pour les trois anti-héros une cavale éperdue, où chaque pause sera marquée par un incident sanglant L'avis de Bernard Alapetite Le premier film hétérosexuel d’Araki, proclamait une publicité pour le film, peut être, mais alors le film hétérosexuel le plus homosexuel du cinéma. Pour le deuxième volet de sa trilogie sur l’adolescence perdue dans le rêve américain, Gregg Araki nous offre un road movies exalté dans lequel errent des personnages sans but et sans avenir. Dans Doom generation la violence n’est pas gratuite. Elle est vitale pour la survie des personnages, dans une Amérique où l’on achète des armes dans les drugstores. X sait que s’il ne tire pas le premier, le vendeur n’hésitera pas, lui à user de son arme. Araki donne à cette violence un ton décalé en montrant la tête sans corps du vendeur continuant de parler. Il nous dit que la violence de son film réside plus dans le caractère des protagonistes, et dans leur sexualité, que dans les scènes de violence pures, comme chez Oliver Stone, le film par ses moins bons cotés , fait penser à Tueur né. On pense également beaucoup àBonnie and Clyde, même fuite devant leur destin.Doom est hanté par une sexualité infernale. Comment ces trois ados incandescents perdus dans la noirceur de leur quotidien, et la fatalité omniprésente du sida, vont se libérer? La réponse d'Araki est la violence de l’acte sexuel et la crudité des images des corps. Le cinéaste fait du personnage d’Amy Blue la médiatrice par laquelle Jordan et X vont faire passer leur homosexualité. Jamais les deux garçons ne feront l’amour, mais c’est Amy sorte de truchement, qui en passant de l’un à l’autre fait converger leurs sentiments refoulés. La scène finale consacre l’horreur du monde dans lequel Amy, Jordan et Xavier errent: Jordan, l’innocent naif se fait massacrer par de jeunes aryens nazis tandis qu’Amy est violé. L’Amérique fanatique a rattrapé et détruit ce trio et l’onirisme chaotique que les personnages créaient. Lors d'une interview à la sortie du film Gregg Araki expliquait sa position par rapport à la culture gay (position bien proche de la mienne) <<The Doom Génération est avant tout un film profondément romantique. Mes films en général véhiculent un idéal amoureux et une transcendance... En tant que sujet les adolescents me fascinent, car se sont des êtres frivoles et versatiles, contrairement aux adultes qui, eux sont beaucoup plus subtils et équilibrés et c’est pour cette raison qu’ils sont moins intéressants que les ados puisqu’ils ne vivent pas les drames permanents auxquels la jeunesse est confrontée... Je suis gay, mais je ne corresponds pas aux stéréotypes qui trottent dans la tête de tout un chacun concernant les homos. Je ne suis pas non plus en phase avec la culture dite gay, ni avec cette supposée communauté gay. Gay est un mot lourd de sous-entendus, et toutes ses significations ne correspondent pas nécessairement à mes centres d’intérêts, à ma nature. Mon seul souci, c’est que l’un de mes films précédents, à savoir « The Living End », a été considéré comme l’un des porte-flambeaux du mouvement homo. Je n’ai pas de problème avec le fait d’être gay. Je sais que cela affecte mon travail et ma sensibilité, mais je considère pas que cet état de fait doit être prédominant et déterminant dans tout les rapports que j’entretiens avec la société. C’est juste une partie de moi-même. Ce n’est ni un problème, ni une revendication. >>. Né en 1963, Araki, les deux G de Gregg viennent de ses parents, a grandi à Santa Barbara, ce qui explique l’ancrage de ses films dans la Californie du sud. Il a travaillé comme critique musical pour L.A. Weekly, d’où l’omniprésence de la musique dans ses films. Si ses films ne sont pas toujours subtiles ses critiques musicale ne l'étaient guère plus. N'a-t-il pas écrit à propos de Leonard Cohen: << S’il est si déprimé, pourquoi ne se tire-t-il donc pas une balle dans la tête.>> Le ton était déjà donné. Gregg Araki se voulait l’emblème du non politiquement correct, du moins jusqu'à Mysterious skin. Il commence sa carrière cinématographique dans le cinéma underground pur et dur par Three Bewildered people in the night, en 1987, film tourné en 16 mm et en noir et blanc pour seulement 5000 $. Ce film devient très vite un classique du cinéma indépendant américain et remporte trois prix à Locarno. Déjà Araki est connu dans l’underground de Los Angeles comme un héritier de Godard aux yeux bridés (comme son nom l'indique il est d'origine asiatique). En 1989 il recommence le même tour de force avec The long week end, sous-titré O Despair, que l’on pourrait traduire par O Désespoir. Le film est entièrement post-synchronisé car il n’avait pas les moyens de payer un ingénieur du son, ni même un perchman! Son premier, comme son deuxième film, sont des non « budget films », entièrement financés par les amis et même par les membres de l’équipe de tournage! Au festival de Sundance il rencontre Jon Jost qui lui donne une caméra et de la pellicule super 16, ce qui lui permet de tourner en son synchrone et en couleur, mais pour à peine 25000 $, « The living end ». Ce film fera fureur dans le milieu underground et il rapporte prés d’un million de dollars une fois gonflé en 35 mm. Avec cet argent Araki se lance dans la réalisation d’une trilogie dont le premier volet est « Totally F..d up » dont le titre en dit long, la traduction en français correct pourrait être: Complètement bousillé. « The doom génération » est le deuxième opus de cette trilogie, sorte de « Tueur né » plus déjanté et moins clippé, filmé par une caméra gay. Nowhere est le dernier maillon de cette vision nihiliste de l’Amérique. Ont suivi deux films plus consensuel (du moins pour Araki) Mysterious skin et smiley face. En 2010 doit sortir Kaboom dont le tournage est terminé et où l'on retrouvera James Duval.
La varenne, octobre 1983
Chaque décennie qui se termine incite au bilan. En imitation de ma revue de cinéma préférée, Positif, je me suis amusé à faire mon classement de mes dix films préférés pour la période allant du 1 er janvier 2000 au 31 décembre 2009. Vous pouvez jouer à ce petit jeu de société, grand pourvoyeur de discussions pour thés et diners, et nous communiquer votre classement.
1- Mulholland drive / Linch
2- Laissez passer / Tavernier
3- Parler avec elle / Pedro Almodovar
4- Les lettres d'Iwo Jima / Clint Eastwood
5- La vérité nue / Atom Egoyan
6- Volver/ Pedro Almodovar
7- The last show/ Altman
8- Le voyage de Chihiro / Miyazaki
9- Les plages d'Agnes / Agnes Varda
10- Les herbes folles / Alain Resnais
Après un premier tri j'avais retenu aussi: Election, Gery, In the moon for love, Black book, L'étrange histoire de Benjamin Button, Big fish, A.I., memories murder, Triple agent, Mystic river, Roi et reine, Still life, Le temps qui reste, Des chiens à ma porte, Master and commander
La varenne le 30 septembre 1983.
Carlo Farneti, illustrations pour une édition de 1935 des Fleurs du Mal de Baudelaire
collection Richard Sica
L'amour et le crâne!
Farneti Carlo (1892-1961) était un artiste italien né à Naples, qui s'installe à Paris en 1926. Il a illustré des oeuvres de Zola, Poe et Baudelaire.
Rome, foro italico (ancien foro Mussolini), novembre 1983