07 mai 2008
Escapade
En raison d'une escapade espagnole le blog prend quelques jours de vacances
oeuvres au noir
Ken Riley

Comme vous vous en êtes sans doute aperçu je ne suis pas atteint par cette maladie franchouillarde qu’est l’anti américanisme en particulier dans le domaine de l’illustration où il furent à mon avis les maîtres de 1920 jusqu’aux années 70. Notre nombrilisme forcené fait que la plupart des artistes américains qui donnèrent le meilleur d’eux même, si on excepte Norman Rockwell sont inconnu sur les berges de la Seine. J’ose le dire, dans ma mégalomanie extrême j’ai entrepris de faire œuvre pédagogique pour vous présenter ces grands illustrateurs, j’ai commencé avec Harry Bush puis continué avec Leyendecker . Les illustrateurs américains présentent à mes yeux d’immédiates qualités. La plus importante c’est qu’ils sont tous des virtuoses du dessin, grands connaisseurs de l’anatomie humaine et animale. Ce qui s’explique d’abord par le sérieux des écoles d’art américaines où l’on apprenait à dessiner alors que dans leurs homologues européennes on en était déjà (et encore) aux vaines parlotes et sans doute aussi que les Etats unis offre des paysages d’une ampleur qui n’existe pas dans le vieux continent, obligeant ceux qui veulent se confronter avec leur représentation d’inventer une composition de l’image qui n’est que rarement donnée d'emblée. Autre choses que j’apprécie est, qu’en ce temps là, bien sûr dans les publicités, mais aussi dans les illustrations de nouvelles ou d’articles, ces dessinateurs privilégiaient ce qu’un de nos célèbres avionneurs (mais je crois que nous n’en avons eu qu’un, monsieur Marcel Dassault) appelait l’actualité heureuse. On y voit principalement des gens à l’aise et souriants et puis les beaux messieurs n’y sont pas rares..
L’élu du jour est un des tout, tout meilleurs, même si une hiérarchie dans le domaine des arts, et peut être plus encore dans celui des “arts appliqués, qui sont sujets à de multiples contraintes, est particulièrement difficile à établir. Il s’agit de Ken Riley
Ken Riley est né en 1919 à Waverly, dans le Missouri. Il a été élevé dans le Kansas et a reçu les prémices de son éducation artistique au Kansas City Art Institute, où il était un élève de Thomas Hart Benton. En 1941 il se rend à New York pour étudier avec Frank Dumond.Il suit aussi des cours du soir au Grand Central School of Art avec Harvey Dunn.
Pendant la seconde guerre mondiale, Riley sert sur un garde cote. C’est lui qui plus tard concevra le timbre poste commémoratif émis en hommage aux Gardes côtes en tant que contribution à l'effort de guerre. Presque à la fin du conflit, il est transféré à Washington durant cette période il travaille à une fresque murale pour le New London Coast Guard Academy.
Riley a commencé sa carrière par une courte incursion dans la bande dessinée. Il aurait même travaillé avec Jack Kirby dans le même studio sur la même bande dessinée au milieu des années 1940.
Peu de temps après son bref passage dans la BD, Riley commence sa longue association avec le Saturday Evening Post. Ci dessous sa première illustration parue dans le magazine le 17 Janvier 1948.
Il devient rapidement célèbre comme illustrateur collaborant donc au Saturday Evening Post et plus tard à Life, au National Geographic, au reader digest...
Durant une période de huit ans, à partir de 1958, Ken Riley a fait environ 100 illustrations pour la série “capitaine Hornblower” dans “le Saturday Evening Post” ce sera à la fois un sommet et un tournant dans son travail.
Si Riley est un maître en anatomie et dans la composition de ses images dont certaines sont si évocatrice qu’elle paraisse contenir tout un roman en une seule vignette, c’est avant tout dans son approche de la couleur qu’il est unique. Il suffit d’observer un détail d’une de ses images pour être fasciné par la myriade de couleurs que Riley, utilise même dans les plus terre à terre des objets dans une illustration standard. Mais peut être que le grand talent de Riley c’est de ne jamais considérer une illustration comme standard... On peut ainsi passer beaucoup de temps à scruter les coins et recoins de l'une de ses illustrations ...


Lorsque l’on élargi le champ pour se concentrer sur la composition c’est une et plus grande merveille encore qui apparaît, la façon dont il a organisé de ce vaste kaléidoscope de teintes et réussit à les faire chanter dans une belle harmonie. Riley a beaucoup réfléchi sur l’utilisation de la couleur: << Nous possédons tous tant par la naissance que l’éducation un sens intuitif des couleurs. Chacun a aussi un usage personnel et une manière qui lui est propre d’interpréter la composition des couleurs. Le jeu des juxtapositions d’une teinte contre une autre peut faire voyager l'oeil tout au long de la composition et créer ainsi le mouvement. Les couleurs sont divisées en deux familles: les chaudes et les froides. Ces dernières font reculer le point de perception de l’image alors que les couleurs chaudes le font avancer, c’est en partie cela qui donne la profondeur de champ. En général, une illustration comporte une dominante de couleur, qu’elle soit chaude ou froide. Un camaïeux apportera un équilibre, une notion de calme. Au contraire inclure une couleur stridente, en opposition avec les autres induit de la violence. Il est sage de faire des essais de couleur afin d'explorer celles qui donnent le meilleur effet. >>.
C’est pourtant le dessin que Riley met en avant dans sa pratique: << Je pense avec un crayon, en terme de lignes. Mes peintures sont essentiellement des dessins. Je n’insisterais jamais assez sur l’importance du dessin. >>.
Au magazine Illustration , il s’explique sur sa méthode: << Je commence à faire un crayonné pour disposer les masses. Il est facile de suggérer un personnage debout, couché, statique ou en mouvement. Je fais ainsi de nombreuses vignettes avant d’être satisfait du rythme, du mouvement des lignes directrices, toutes choses qui sont très importante pour moi. Parfois je fais aussi des études séparées d’un morceau du tableau. Ensuite à partir de la vignette que j’ai retenue, je fais un croquis en couleur sommairement peint mais précis quant à la mise en page. Je fais souvent plusieurs essais de couleur, quand un me convient je réalise la peinture finale d’un format du double qu’elle aura une fois imprimée. Très souvent je peins sur un fond de couleur, c’est dans la plupart des cas une couleur chaude. Le dessin final est alors tracé à l’encre et à la plume. Avec le croquis devant moi j’appose la couleur au pinceau toujours guidé par la ligne. Je travaille avec divers médiums, crayon, encre, fusain, tempera à l’oeuf, caséine, huile, aquarelle et même à l’acrylique cela dépend des sujets et aussi par exemple de l’opacité que je veux obtenir pour une surface.>>.

.
Ken Riley au contraire de bien de ses confrères ne voit pas en la photographie l’ennemi, << Contrairement à autrefois, les lecteurs sont abreuvés maintenant de plein d’ excellentes photographies d'illustration qu’ ils peuvent comparer avec les illustrations peintes. Ce public bien informé comprend la différence entre les deux. Il connaît ce que l’une et l’autre peut lui apporter pour sa connaissance et son plaisir.>>.
Riley a bien des talents. Il fut aussi un musicien, un batteur, et a obtenu un certain succès en tournée avec Eddie Lain et son orchestre.

À la fin des années 60, après avoir travaillé comme illustrateur pour de nombreuses années sur la côte Est, il a été commandé par les Services des parcs nationaux des États-Unis lui commande de plusieurs tableaux du Yellowstone et Grand Teton National Parks. Enthousiasmé par à l'intensité de la lumière, il est convaincu que c’est dans l’ouest qu’il veut vivre et travailler.

En 1971 il installe son atelier à Tucson, en Arizona. Durant les trois dernières décennies Ken Riley a surtout été un peintre du vieil Ouest s’interessant à l’aspect historique. Riley prend pour sujet la vie quotidienne, la culture et la philosophies des peuples indigènes, notamment les Apache, les Mandan et les tribus des plaines. Il situe ses œuvres à l'époque des premiers contacts entre les peuples autochtones et les explorateurs tels que Lewis et Clark. Il représente les États-Unis de la cavalerie et des premiers pionniers.
.
06 mai 2008
Raphael Neal
Je ne connais rien de Raphael Neal, sinon qu'il est né à Orsay en France en 1980. Il me semble que depuis Bernard Faucon, il n'est pas apparu dans notre pays un photographe avec un monde intérieur aussi fort. Les photos ci-dessous font partie de sa série "auto portrait". D'autres images dérangeantes et puissantes sur son site .





.
Sa raison d’être
2007, France, 200mn
Réalisateur : Renaud Bertrand, Scénario : Véronique Lecharpy &Pascal Fontanille, image: Marc Koninckx, son: Jean Casanova, montage: Laurence Bawedin, musique: Stéphane Zidi
Avec: Nicolas Gob, Michaël Cohen, Clémentine Célarié, Nozha Khouadra, Bérénice Béjo , Valérie Donzelli, Valérie Mairesse, Sophie Quinton, Carlo Brandt, Philippe Lefebvre, Cyril Descours
Résumé:
Nous sommes au début 1981, lors d’un match de foot un beau brun (Michael Cohen), genre intello mais qui soigne ses abdos, kiffe sur un blond (Nicolas Gob), Bruno de style plus rustique, dans la douche des vestiaires. Tout ce qui va suivre est raconté par le brun. Nicolas et Bruno deviennent amis. Bruno a une petite amie, Isabelle (Sophie Quinton), qui se trouve être la soeur de Nicolas. Isabelle accouche de Jérémy mais dont Bruno n’est pas le père. De son coté Nicolas homo et grand fêtard a un meilleur ami, Jérôme (Cyril Descours) avec lequel il couche régulièrement. Jérôme tombe amoureux d’un steward américain. Ce dernier ne tarde pas à tomber malade et meurt; c’est une des premières victimes du sida. Jérôme est contaminé. Bruno voudrait se marier avec Isabelle et reconnaître Jérémy. Isabelle hésite. Bruno réussit à la convaincre. Quelques jours avant de s’unir, passant par là, le couple est victime de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers. Isabelle est tuée, Bruno très gravement blessé. Hélène (Clémentine Célarié) la mère de Nicolas élève Jérémy. Nicolas est désespéré et se jette dans la drogue et la fornication intensive. Bruno sort du coma mais il est paralysé des jambes. Nicolas arrache Jérémy à sa mère, Hélène pour s’en occuper et le rendre à Bruno. La séparation d’avec l’enfant rend Hélène folle. Bruno se rééduque et tombe amoureux de son infirmière Nadia (Nozha Khouadra), d’origine algérienne. Elle est marié avec Nabil militant de Touche pas à mon pote. Elle a deux enfants. - A cet instant nous sommes à la quarantième minute du film et si les scénaristes n’ont pas chaumé il y a néanmoins beaucoup de trous dans la narration. Nous ne savons pas alors par exemple ce qui nourrit au sens propre comme au sens figuré, Nicolas, son père ou Jérôme...
Nicolas fait accueillir Bruno, en chaise roulante dans la belle et grande maison de ses parents. La famille recomposée disperse les cendre d’Isabelle dans un fleuve voisin. 1983, Jérôme développe le sida. Vers la quarante cinquième minute on comprend enfin que Nicolas est le secrétaire d’une importante politicienne de droite tout en s’occupant de Jérémy et en cohabitant avec la marraine de l’enfant qui lui sert d’alibi dans sa profession. Dix minutes plus tard on apprend que le père va enseigner à l’université de Montréal. Nicolas et Bruno prennent un appartement ensemble pour élever Jérémy. Au bout d’une heure de film Bruno tente d’avoir une relation sexuel avec Nicolas, mais il n’arrive pas à bander, fin de l’expérience, ce qui nous vaut tout de même de voir Bruno nu de dos. La cohabitation des deux hommes est difficile. Presque guéri Bruno a repris son emploi d’ouvrier menuisier. 1985, Nadia se bat pour faire éclater la vérité sur le sang contaminé. La mère de Nicolas vire alcoolique grave. Nadia s’aperçoit que Bruno a été contaminé lors d’une transfusion. La mère de Bruno divorce et se remarie avec le patron de son ex mari. Nicolas devient l’attaché parlementaire d’un député de droite qui recherche à faire éclater la vérité sur le scandale du sang contaminé. Le député en question tout marié qu’il est est un un pédé dans le placard. Il drague Nicolas et rapidement ils couchent ensemble, la première fois dans leur bureau de l’assemblée nationale. Mais leur histoire doit rester secrète. Bruno est viré de son boulot lorsque l’on découvre qu’il est séropositif. Le jeune et joli Jérôme meurt du sida. Fin de la première partie.
1986, Jérémy apprend que Bruno est malade et qu’il n’est pas son père. Nicolas est très amoureux de Pierre (Philippe Lefèbvre) son député. Bruno retrouve du travail chez un vieil ébéniste. Nadia qui a été chassé de son hôpital à cause de son engagement sur le sang contaminé travaille maintenant dans un laboratoire spécialisé dans le suivi des malades du sida. Le sida de Bruno se déclare. Il développe une première maladie opportuniste. Nadia passe de plus en plus de temps à son chevet. Nabil est jaloux. Bruno se remet. 1989 Il se trouve une nouvelle copine Fabienne (Bérénice Béjo). Quelque temps après il développe une autre maladie opportuniste. Nadia se sépare de Nabil et vient vivre avec les deux hommes. Bruno se relève encore et décide de vivre avec Fabienne. La mère de Nicolas n’accepte pas la nouvelle liaison de Bruno. Le député de Nicolas devient secrétaire d’état et lui chef de cabinet. Bruno retombe malade mais cette fois encore il s’en sort grâce à la bithérapie. Hélène se suicide par noyade le matin de Noël 1995. Bruno a une nouvelle maladie dont il ne se remet pas. Nadia lui injecte la piqûre de la délivrance devant la télévision sur laquelle Bruno vient de voir la France être championne du monde de football. Pierre s’oppose au PACS. Nicolas menace Pierre de l’outé. Ils se séparent. Pour se consoler Nicolas qui a trop bu lève un jeune mec au matin il s’aperçoit que son coup d’une nuit est séropo et qu’ils ont eu un rapport non protégé. Nicolas est contaminé. Pour récupérer Nicolas Pierre rend publique son homosexualité. Ils se remettent ensemble.
L’avis de Bernard Alapetite
Contrairement à l’habitude je n’est pas écrit un résumé qui n’aurait pu être que trompeur, mais ce que l’on appel, dans le jargon cinématographique, une continuité dramatique pour bien, je l'espère, montrer l’incongruité de cette histoire causée par un trop plein de péripéties. C'est cette continuité dramatique que l'on présente aux producteurs pour essayer de les convaincre de monter le film et aux différentes autorités pour essayer de récupérer quelque argent.
Dés les premières images on sent que l’on va droit à la catastrophe artistique, plan trop serré sur l’action, les figurants c’est cher, donc le réalisateur resserre le cadre pour que le spectateur ne s’aperçoive pas que la foule que le cinéaste est sensé filmer de résume en fait à une demi douzaine de clampins Mais surtout la voix off nous expliquant le pourquoi du comment de ce que l’on devrait voir, ce qui est presque toujours un aveux d’impuissance cinématographique est ici patent.
L’échec du film tient autant à sa son esprit qu’à sa forme. Déblayons tout de suite la forme technique de la chose, n’importe quel producteur de bon sens devrait se rendre compte que traiter 27 ans d’histoire en 3 heures avec une foule de personnages lancés dans des péripéties des plus romanesques est déraisonnable. Si la chaîne (1ère diffusion le 26 Mars 2008 sur la 2) avait été vraiment courageuse et responsable, elle aurait du produire une mini série de cinq à six épisodes de 90mn. Mais le pécher originel de “Sa raison d’êtres est d’avoir voulu mêler des genres qui se révèlent antagonistes, soit le mélo cinématographique façon Douglas Sirk, avec le roman feuilleton genre Eugène Sue, qui a engendré le feuilleton télévisé genre tombé en désuétude depuis la mort de l’ORTF. La différence principale des deux genres réside dans leur construction le premier se nourrit d’un nœud gordien aussi inextricable qu’improbable et est d’essence fondamentalement pessimiste; le deuxième ne vit que par une incessante avalanche de péripéties tragiques et également peu réalistes mais rendues crédibles justement par leur arrivée continue dont la fréquence empêche le spectateur de réfléchir. Dans cette dernière forme, au bout du compte, après bien des tragédies, quelques personnages arriveront au terme de ce chemin infernal et toucherons au paradis. On le voit, des conceptions bien différentes ,tant par leurs philosophies que par leurs rythmes. Les scénaristes Véronique Lecharpy et Pascal Fontanille qui était déjà aux commandes du très bon “Un amour à taire", ont voulu de surcroît faire coller les aventures particulières de leurs personnages avec l’Histoire de la période traversée, élection de François Mitterand, pandémie du sida, scandale du sang contaminé... La seule idée raisonnable qu’ aient eu les auteurs ait de rendre compte de toute cette foisonnante période par le biais d’un regard spécifique, en l’ occurrence celui des gays, personnifié par le narrateur Nicolas. Non que la bonne idée ait été de choisir le regard gay, aucun communautarisme dans mon propos, ce regard en vaut un autre pas plus, mais surtout, enfin il réduit le champ narratif de ce scénario qui par ailleurs explore beaucoup trop de sujets jusqu’à arriver au ridicule par leur accumulation et veut tout embrasser sans rien étreindre...
Dans la deuxième partie, bien meilleure que la première si l’on exepte la toute fin lourdement didactique, le rythme devenant moins frénétique, il laisse enfin passer l’émotion. Les scènes entre Bruno et Fabienne par exemple sont réussies.
Le parti pris de ne pas vieillir les acteurs par le maquillage, les personnages, aux cheveux près, ont presque le même aspect du début à la fin du film alors, que plus de vingt cinq ans ont passé, sauf jérémy qui est joué par des garçons différents au fil du temps, est une bonne solution. N’imagine t-on pas, souvent les autres (et soit même) avec un aspect qu’ils ont cessé d’avoir depuis longtemps... Autre bonne idée de faire des réunions de la famille élargie dans la grande maison des parents de Nicolas des bornes sur la route du temps.
Si les poncifs ont souvent leur part de vérité, il est déconseillé à un réalisateur d’en faire un catalogue quasi exhaustif dans son film, comme c’est le cas dans “sa raison d’être”. C’est forcement un steward qui a contaminé le joli jérôme, lourde allusion au patient zéro; quand une femme est enceinte, elle ne peut que vomir; le jeune prolo (ah les gros plan sur le torse de Gob en marcel! un grand moment) est bien sûr homophobe et fils d’un routier. La politicienne de droite ne peut être qu’une caricature façon Boutin revue par Marie France Garaud...
Les allusions à l’actualité du moment, la guerre des Malouines, les régimes communistes en Europe de l’est... sont plaquées artificiellement dans les conversation entre les personnages et arrivent comme des cheveux sur la soupe.
Il serait grand temps que les cinéastes s’aperçoivent que situer un film en 1981, présente les mêmes difficultés logistique que de filmer une action se déroulant pendant les guerres napoléoniennes ou le premier conflit mondial. Dans les trois cas les objets de la vie quotidienne sont complètement différents de ceux d’aujourd’hui. Il y a même la difficulté supplémentaire, lorsqu'une fiction se déroule dans les quarante dernières années, que bon nombre des spectateurs qui verront le film, se souviendront des détails de ce temps là et qu’ils n’auront pas oublié les visages connus d’alors. Et bien avec des moyens limités, Renaud Bertrand s’en tire très honorablement, évitant les anachronismes trop flagrants, je n’ai guère vu qu’un sweet capuche peu plausible lors d’un entraînement de foot en 1981. La reconstitution du Palace est possible en revanche l’avatar de Fabrice Emaert est grotesque et n’a aucune ressemblance avec son modèle dont la physionomie est encore bien présente dans la mémoire de ceux qui sont passés au Palace.
Le miracle est qu’au milieu de séquences parfaitement ridicules, super téléphonées et très mal dialoguées, certaines scènes parviennent à être des îles d’émotion, comme lorsque Bruno annonce à sa mère qu’il est séropositif, qui parviennent à étrangler notre rire.
Cela est du principalement aux comédiens (Michael Cohen et Nicolas Gob, ont tous deux reçu, à juste titre, le Prix d’interprétation masculine à Luchon) qui dans ce mélo improbable, se débattant dans des situations impossibles, disant un texte parfois indigent, parviennent à rendre leur personnage convaincant et nous force à rester devant l’écran pour connaître la suite.
05 mai 2008
Floc'h
Les amis de l'Angleterre, d'Alain Resnais et de Francis Albany entre autres, ne peuvent que se réjouir de l'ouverture de ce site consacré au grand Floc'h dont sont tirées les images ci-dessous.

.
Fleur bleue
04 mai 2008
Le grand alibi

Un brillant chirurgien volage est assassiné par balles lors de sa villégiature dans le manoir d’un de ses amis, sénateur et collectionneur d’armes à feu. Voila pour le pitch du scénario très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Bonitzer que l’on n’ est pa peu surpris de trouver aux manettes d’un tel film pour notre grand plaisir très nouvelle qualité française façon Podalydes, s’il a pris beaucoup de libertés avec la lettre, a été parfaitement fidèle à l’esprit de la reine du roman à énigmes. Le grand alibi est un titre quelque peu trompeur, si l’on grand plaisir à voir ce film cela ne doit guère aux mânes de sir Alfred. Il faut attendre la fin pour retrouver dans la poursuite sur les toit quelque chose du Hitchcock de “Sueur froide” même si cette séquence m’a encore plus évoqué “Frantic” de Polanski. Ce qu’il y a de plus hitchcockien dans ce “Grand alibi” là, c’est sans doute la musique très “hermanienne”.
On remerciera Bonitzer d’avoir joué humblement le jeu de l’adaptation, d’avoir réalisé le film sans l’écraser sous les références et autres clins d’oeil post moderniste. La réalisation est propre servie par un montage particulièrement efficace. Enfin un cinéaste qui ne fait pas son malin tout au service de ses acteurs, sans pourtant oublier de les diriger et ils donnent le meilleur d’eux même. Miou Miou est exceptionnelle dans son rôle d’épouse de notable et de conne supersonique. Lambert Wilson que l’on regrette de voir nous quitter si tôt est admirable dans la précision de son jeu où le moindre haussement de sourcil ou frémissement de rides construit son personnage, lui et Arditti parfait en huile maniaque apporte une touche à la Resnais, façon Smoking, no smoking fort bien venue que renforce la superbe affiche signée Floc’h nous sommes d’ailleurs peut être encore plus chez François Rivière que chez Agatha Christie. Tous les acteurs seraient à citer, la jeune génération avec Céline Sallette et Agathe Bonitzer ne démérite pas. J’ai seulement trouvé Maurice Bénichou un peu à coté de son rôle, et quand on voit que c’est un acteur du calibre de Bénichou que l’on trouve un peu juste, cela donne une idée de la performance des autres...
Près de deux heures de plaisir enfantin retrouvé. Grâce au Grand alibi je me suis souvenu des heures de bonheur que j’avais aux alentours de la onzième année à lire les petits volumes brochés du masque qui avaient déjà des couvertures aux photos incitatives et que je traquais dans un magasin de planche, face à la mer, à l’enseigne du dauphin vert et qui ne se consacrait qu’à la vente de livres de poche, objet qui passait encore, alors pour certain, comme une nouveauté vaguement sulfureuse. Dès que j’avais acquis le précieux petit parallélépipède je le dévorais tantôt le ventre raclé par le sable de la plage, tantôt les cotes et les coude malmenés par la chaise longue de pont dévoluée à la lecture de plein air au jardin. L’hiver pour ce plaisir que j’entrevoyais comme presque interdit je me repliais sur le divan du salon dont les ressorts et la toile rêche et fleurie n’étaient pas tendre pour mon dos.
Les professeur de nos collèges devraient se rappeler qu’Agatha Christie est l’auteur idéal pour faire aimer la lecture aux jeunes adolescents et puis on y apprend à respecter les belles demeures et le sens de la hiérarchie, ce qui me paraissent être de bonnes choses en ces temps de plèbéisme triomphant...















